Vie professionnelle

Coopération agricole internationale

Les Afdi du Bas-Rhin et du Haut-Rhin fusionnent

Publié le 15/09/2021

Après 20 ans de fiançailles, les deux organisations fusionnent en une entité Alsace.

L’inauguration de l’espace agricole à la Foire européenne de Strasbourg a été l’occasion pour les Afdi (Agriculteurs français et développement international) du Bas-Rhin et du Haut-Rhin d’annoncer leur fusion. L’Afdi du Bas-Rhin a été créée il y a 40 ans sous l’impulsion de Jean-Paul Amann et Alphonse Baehl, a rappelé Laurent Fischer, son président. Les organisations professionnelles agricoles (OPA) bas-rhinoises ont joué un rôle majeur dans la réussite de l’association. L’Afdi du Bas-Rhin s’est engagée dans différents projets, notamment dans le département du Pool, au Congo, où elle a contribué à développer l’élevage de bovins et de volailles et aidé à la création d’OPA. Une des particularités de l’Afdi est de promouvoir les échanges entre paysans du Nord et du Sud. « Ce qui m’impressionne le plus, c’est l’envie d’avancer des paysans du Congo » malgré les difficultés, a-t-il souligné. La fusion avec l’Afdi du Haut-Rhin permettra d’être « plus performants, de mobiliser plus de bénévoles et de poursuivre les projets », a déclaré Laurent Fischer. Trois valeurs fondatrices L’Afdi du Haut-Rhin, quant à elle, intervient au Cambodge et au Mali. « Imaginerait-on une France sans OPA, des Chambres d’agriculture avec des salariés sans salaires ? Où en serait notre métier ? Où en serait la souveraineté alimentaire de la France ? Et qui voudrait encore reprendre sans formation ? » interroge pour sa part Dominique Haegelen, président de l’Afdi du Haut-Rhin, pour illustrer l’indigence de moyens dont disposent les paysans africains. Indigence à laquelle s’ajoutent les aléas climatiques et autres calamités qui, comme les criquets pélerins, dévastent des centaines d’hectares en quelques heures. Face à ce contexte, l’Afdi soutient la création d’organisations paysannes, de coopératives, de caisses de microcrédit et aide à la reconnaissance de l’agriculture familiale auprès des autorités locales. Se fédérer au niveau régional permettra d’impliquer encore davantage les acteurs alsaciens et de renforcer l’ouverture d’esprit des jeunes, avance Dominique Haegelen en rappelant les trois valeurs qui fondent le mouvement Afdi : citoyenneté, solidarité, réciprocité. Ancien président de l’Afdi du Bas-Rhin, le député Antoine Herth se souvient de son mandat comme de « l’une des plus belles expériences de sa carrière ». Il y a découvert deux facettes du mouvement : l’Afdi du Bas-Rhin, « davantage adossée aux OPA », et celle du Haut-Rhin, plus marquée par « l’engagement personnel et le feu militant ». La fusion entre les deux structures, au bout de 20 ans de fiançailles, devrait être « mutuellement bénéfique », conclut le député.

Publié le 09/09/2021

Le pass sanitaire est devenu une réalité pour les fermiers-aubergistes. Après une période d’adaptation, les professionnels retrouvent leur clientèle. Néanmoins, ces derniers mois ont été difficiles. Ils peuvent désormais demander une aide financière avant le 31 octobre.

Ce jeudi 12 août est l’une des rares journées de l’été alsacien où le soleil et une belle douceur règnent en montagne. Forcément, cela se ressent sur la route où les motards, camping-caristes et autres automobilistes se croisent. À chaque arrêt, c’est la ruée vers les fermes-auberges. Souvent, la question est la même : Il faut le pass sanitaire ? La réponse est positive depuis le 9 août. Une étape qui a pourtant été difficilement franchie. Sous couvert d’anonymat, de nombreux professionnels veulent bien témoigner. « Fin juillet et début août, cela a été très compliqué. Notre clientèle habituelle venait moins. À la place, il y avait de nouveaux consommateurs. Surtout des gens non vaccinés qui voulaient se faire une dernière sortie », témoigne l’un d’eux situé dans la vallée de Munster. Un autre ajoute : « Ils voulaient surtout faire la fête entre amis. » Du coup, le 9 août était autant attendu que redouté. « C’est un été très mitigé. Il y a la crise sanitaire, le pass sanitaire et cette météo défavorable. Nous attendons des jours meilleurs », poursuit alors un troisième professionnel situé au-dessus de Masevaux. Cette journée du 12 août est de celles-là. À la ferme-auberge du Grand Ballon par exemple, on a le sourire. La terrasse s’est bien remplie pour le déjeuner. Et à l’heure du thé, ils sont nombreux à s’arrêter pour trinquer et faire une pause. « Nous venons de Belgique. Nous sommes en Alsace pour quelques jours. Aujourd’hui, nous faisons la route des Crêtes. Le pass sanitaire ? Non ce n’est pas un problème. Nous étions prévenus. Nous connaissons les lieux. Nous nous arrêtons ici dès que nous sommes dans votre région », expliquent Huguette et Paul, un jeune couple de retraités. Didier Bronner, le responsable des lieux, vient à leur rencontre pour scanner leur fameux pass. « Il n’y a pas de difficultés. Les gens savent qu’il faut le présenter. Parfois, il faut juste expliquer un minimum. Le seul désagrément qui peut survenir c’est quand la machine ne marche pas. Cela prend alors un peu plus de temps », témoigne le professionnel. Il fait un autre constat, propre à cet été 2021. Pour avoir du monde, il faut surtout que la météo soit favorable. « Les rares fois où il a fait beau, nous avons eu du monde et la circulation a été beaucoup plus importante », ajoute-t-il. Le pass et/ou le drive Le président de l’association des fermes-auberges du Haut-Rhin, Serge Sifferlen, lui-même gérant au Schafert à Kruth, ne cachait pas son inquiétude à l’arrivée du pass sanitaire. Après un mois d’observation, il est rassuré. « Le public est bien de retour tout comme le soleil. On a plutôt tendance à devoir refuser du monde par manque de place plutôt que d’attendre les gens. J’ai été agréablement surpris de la résilience des clients. On était dubitatif. Mais dans l’ensemble, tout le monde accepte désormais le pass. C’est entré dans les mœurs. C’est tout juste si les clients ne s’étonnent pas qu’on ne soit pas plus rapide à leur demander à leur arrivée », explique Serge Sifferlen. Forcément, depuis le 9 août, les premiers à être revenus dans les fermes-auberges sont les retraités puisque ce sont les premiers vaccinés. Les rares non vaccinés profitent d’un autre service issu de la crise sanitaire : le drive. « Plusieurs fermes-auberges proposent cette formule. Cela permet aux réticents du pass de venir tout de même profiter des bons produits de la montagne. Ils commandent au préalable, cherchent les produits puis s’en vont directement. Nous constatons qu’ils consomment alors un peu plus loin sur les parkings et autres aires de pique-niques. Cette formule du drive a séduit pas mal de monde. Notamment les plus jeunes », constate le président des fermiers-aubergistes du Haut-Rhin. Il a également constaté une petite baisse de l’affluence la semaine dite de « tolérance » qui a suivi le 9 août. Depuis, c’est un retour à la normale pour la majeure partie des entreprises avec qui il est en contact. « Les gens sont disciplinés et patients. Car forcément cela désorganise un peu nos habitudes. Nous n’avons évidemment pas embauché spécialement. Du coup, au moment des « coups de bourre », il faut faire un peu la queue. Vérifier le pass demande à chaque fois quinze à vingt secondes par personne. Mais, tout le monde attend dans la bonne humeur. Il faut passer par là pour se permettre ensuite ces bons moments chez nous », analyse Serge Sifferlen. Une bonne arrière-saison ? Aucune ferme-auberge n’a été contrainte de fermer à cause du pass. Celle du Hahenbrunnen, au-dessus de Linthal, a dû s’y résoudre quelques jours en août mais pour une autre raison, un cas de Covid-19 y avait été détecté au sein de l’équipe. « Ce n’est jamais bon de fermer à cette époque de l’année, mais ils n’avaient pas le choix. Depuis, tout est rentré dans l’ordre », se réjouit le professionnel. Au Schafert, la saison se poursuit normalement. Si la situation sanitaire ne l’empêche pas, la ferme-auberge sera ouverte jusqu’au 14 novembre. « Pour le moment, l’année est intéressante. On est dans la lignée de 2020 malgré le mauvais temps, mais encore loin de 2019. Nous espérons maintenant réaliser une bonne arrière-saison. Nous attendons beaucoup de septembre et d’octobre », observe Serge Sifferlen. Comme un grand nombre de ses collègues, il a également revu la jauge de sa salle de restauration. « Nous sommes à 70 % de notre capacité d’accueil pour respecter la distanciation sociale et les règles sanitaires. Cela signifie que nous avons une trentaine de couverts en moins. C’est contraignant. Mais cela nous permet de travailler sereinement. Nous n’avons pas encore été contrôlés au contraire d’autres fermiers-aubergistes. Je sais que ça s’est alors bien passé. Je constate surtout, et c’est le plus important, que les gens sont heureux de ressortir, de s’aérer et de se retrouver. Il y a également beaucoup de randonneurs un peu partout dans la montagne », conclut Serge Sifferlen.

Maraîchers réunis de Sélestat

La coop des copains fête ses 50 ans

Publié le 03/09/2021

La coopérative des Maraîchers réunis de Sélestat fête ses cinquante ans d’existence en 2021. En un demi-siècle, l’idée née dans l’esprit d’une bande de copains est devenue une entreprise florissante. Son président, Denis Digel, revient sur cette aventure collective qui a vocation à rayonner bien au-delà du Centre Alsace.

En ce 21 octobre 1970, Henri, Paul, Robert, Pierre, les deux Alexandre et Eugène, tous maraîchers à Sélestat, réfléchissent à une nouvelle manière de vendre leurs légumes. Certains grossistes historiques avec qui ils avaient l’habitude de travailler viennent d’arrêter leur activité. Les regards se tournent désormais vers Strasbourg et son marché gare, là où « tout se passait » à l’époque. Mais en ce début des seventies, pas d’autoroute pour se rendre dans la capitale alsacienne, juste l’historique RN 83 et ses communes à traverser. Un périple quotidien, devenu nécessaire pour assurer la survie et la pérennité d’une activité maraîchère vieille de plusieurs siècles. L’enjeu est historique, la réponse est collective. La bande de copains imagine une nouvelle façon de fonctionner ensemble pour livrer et vendre ses légumes. La coopérative des Maraîchers réunis de Sélestat naît dans les esprits, et voit officiellement le jour un an plus tard. Chacun s’engage à mettre la majorité de sa production dans le panier commun. Pour la livraison, ils font l’acquisition d’un camion, chose rare pour l’époque. Tous passent le permis poids lourds. Chacun leur tour, ils assurent les tournées nocturnes jusqu’au marché gare. Là, ils réussissent à acquérir un carreau pour écouler leurs légumes. « C’était encore plus rare », se remémore Denis Digel, l’actuel président de la coop, fils et petit-fils de Robert et Eugène. Enfant (il est né en 1972), il a vécu l’ébullition du marché gare. « Il y avait une vie incroyable, comme dans une fourmilière. On achetait, on vendait… une vraie image d’Épinal ! » Une époque bénie qui a permis aux maraîchers de Sélestat d’acquérir une renommée commerciale bien au-delà de leurs terres d’origine. Une sorte d’âge d’or de la profession maraîchère qu’on retrouve aussi dans le syndicalisme de l’époque. Cette bonne dynamique incite d’autres producteurs à rejoindre la coop et permet, progressivement, de s’installer durablement dans le paysage agricole alsacien. Un pilier solide face à la concurrence Cinquante ans plus tard, l’idée des copains est devenue une entreprise florissante, forte de ses seize producteurs (dont douze coopérateurs), six salariés (une directrice, une responsable des ventes, deux chauffeurs, deux préparatrices de commande), deux camions, deux millions de salades (le produit phare) produites, des transporteurs tiers, et ses 2,6 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel. La commercialisation a bien évolué avec l’essor des supermarchés et des centrales d’achat. « On a toujours su aiguiller nos courants commerciaux là où il y avait la demande », souligne Denis Digel. Certains clients historiques du marché gare, comme Pomona, sont même encore présents. Le tour de force est d’avoir réussi à s’implanter durablement au-delà de la crête des Vosges, dans les autres supermarchés de la région Grand Est, mais aussi vers le sud, en Franche-Comté. « Et quand la demande est forte et qu’on est en mesure d’y répondre, ça nous arrive d’aller jusqu’en région parisienne. » Cette success story à l’alsacienne revient de loin. Du début des années 1990 jusqu’au début des années 2000, la coopérative se retrouve confrontée à une nouvelle et importante difficulté : la concurrence venue des voisins européens. Avec leur main-d’œuvre à moindre coût, l’Espagne et l’Allemagne, fraîchement réunifiée, commencent à envahir le marché de produits à bas prix. Une aubaine pour la grande distribution de l’époque, mais un sérieux coup d’arrêt pour les maraîchers alsaciens, et plus globalement français. « Ces années étaient très difficiles. Sur les marchés, les clients se fichaient bien que les produits soient locaux ou pas, tout le monde voulait du pas cher. Heureusement qu’on avait la coop pour tenir le coup. Si on était tous restés dans notre coin, le maraîchage aurait disparu à Sélestat », reconnaît objectivement Denis Digel. Une « grande famille » à rejoindre Le « renouveau » de la coopérative survient en 2001 avec l’arrivée de la main-d’œuvre polonaise payée aux conditions françaises. « Des gens motivés qui nous ont permis d’être plus compétitifs sur les marchés et de faire évoluer nos exploitations. » C’est dans cette période que naissent deux institutions aujourd’hui indissociables du maraîchage alsacien : la station d’expérimentation Planète Légumes et l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla). « La coop a joué un rôle moteur dans leur création, toujours avec cette idée première d’améliorer nos produits et notre image. » Face aux distorsions de concurrence, les Maraîchers réunis de Sélestat avaient bien compris que la qualité serait leur meilleure carte à jouer pour les années qui allaient suivre. Un choix judicieux conforté dans les années 2010, lorsque le « manger local » a pris de l’ampleur chez les consommateurs. Aujourd’hui, cette tendance ne faiblit pas. La coopérative aimerait ainsi « recruter » de nouveaux maraîchers, à défaut de pouvoir cultiver de nouvelles terres à Sélestat, pour répondre à la demande grandissante. « Mais nous sommes bloqués entre le Ried inondable d’un côté et les zones résidentielles qui ne cessent de grossir », déplore Denis Digel. Les regards se tournent donc vers les autres communes du Centre Alsace et bien au-delà. « Concrètement, notre coopérative est ouverte à tous les maraîchers d’Alsace, de Ferrette à Wissembourg. Il faut par contre des structures capables de fournir du volume. » En lançant cette bouteille à la mer, Denis Digel prépare le jour d’après, quand la génération actuelle de coopérateurs partira en retraite. Pour certains, l’échéance est très proche et la succession n’est pas assurée. « Il y a une tradition à faire perdurer », rappelle le maraîcher. Il y a aussi et surtout une « grande famille » à rejoindre, où chacun a voix au chapitre de la même façon. Un état d’esprit corporatif issu du Moyen-Âge qui a vocation à perdurer dans le temps aux yeux de Denis Digel. « C’est une philosophie qui a fait ses preuves pendant cinquante ans, et qui aura toute sa place dans le demi-siècle à venir. »

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