Lors de sa dernière session, la Chambre d’agriculture Alsace a souhaité faire le point sur son partenariat avec les collectivités. Fabian Jordan, président de Mulhouse Alsace agglomération (M2A) et de l’association des maires du Haut-Rhin, et Étienne Burger, délégué à l’agriculture et à l’alimentation à la Collectivité européenne d’Alsace (CEA) ont pu saluer ce dialogue constructif.
Mieux valoriser les territoires alsaciens en partageant davantage les priorités, tel est l’objectif des partenariats que développe depuis des années la Chambre d’agriculture Alsace (CAA) avec les collectivités au premier rang desquels on retrouve évidemment l’État, mais également la Collectivité européenne d’Alsace, le Conseil régional du Grand Est, les communautés de communes et les communes. En animant la seconde partie de la session, le vice-président de la CAA, Denis Nass, est revenu sur tous les dossiers d’actualité : la chasse et les dégâts de gibier, l’artificialisation du foncier, les zones de non-traitement (ZNT), l’abattoir de Cernay, les filières, les prix, l’urbanisme et l’aménagement des territoires. « Sur chaque dossier, il faut un dialogue. La Chambre d’agriculture Alsace doit être associée, en amont, aux projets et aux décisions. Je pense par exemple aux mises en place de pistes cyclables riveraines des parcelles. Sur les ZNT, la Chambre est disponible pour faciliter l’apaisement des relations entre les agriculteurs et les citadins. La Chambre est ainsi impliquée depuis des années sur l’évolution des pratiques agricoles », explique Denis Nass.
Concernant l’abattoir de Cernay, les relations étaient déjà excellentes avec le Conseil départemental du Haut-Rhin qui avait facilité son développement après un début d’activité difficile. « Nous confirmons ce soutien. D’autant plus que la CEA est propriétaire de l’abattoir. Elle va investir en 2022 un budget de 2,1 millions d’euros. Un soutien évident qui rentre dans une politique globale de soutien à l’agriculture. En 2021, la CEA a ainsi soutenu votre secteur d’activité à hauteur de 840 000 € », rappelle Étienne Burger, délégué à l’agriculture et à l’alimentation à la CEA. Ce plan de soutien et d’investissement important doit servir à un travail collaboratif. « La place de l’agriculture dans le développement du territoire doit lui permettre de pérenniser son modèle économique. Nous devons continuer, ensemble, à structurer les filières alimentaires à l’échelle du territoire. Pour y parvenir, nous devons maîtriser davantage la fluctuation des prix », ajoute Denis Nass.
Des conventions de partenariat
Directeur général adjoint à la CAA, Emmanuel Molard a évoqué les résultats des dernières enquêtes sur les relations entre les élus, les citoyens et les agriculteurs. « Une première enquête avait été menée dès 2016 avec l’association des maires du Haut-Rhin. Il en ressortait que les maires échangeaient très bien avec leurs agriculteurs et que dans 30 % des cas, un agriculteur était élu au conseil municipal de son village. L’année passée, une autre enquête a été menée auprès du grand public. Les résultats étaient également encourageants. 85 % des Alsaciens enquêtés avaient une vision positive de l’agriculture et 60 % considéraient que les pratiques agricoles avaient évolué positivement. Avec la CEA, une convention existe. Elle encourage aux actions collectives sur le territoire. Par ailleurs, la CAA développe des conventions de partenariat avec les collectivités qui ont comme priorité de protéger les ressources naturelles, de développer des modèles d’agriculture durable et de proximité, et de nouer des bonnes relations avec les habitants », précise Emmanuel Molard. Un exemple concret : les actions menées avec le syndicat des eaux et de l’assainissement d’Alsace Moselle (SDEA) avec les compétences sur l’eau.
En outre, la Chambre a adhéré à la Maison du territoire créée par Mulhouse Alsace agglomération (M2A). Elle a également signé avec elle un projet alimentaire et une convention de partenariat est en cours de finalisation avec M2A, la Ville de Mulhouse et le Sivom pour pérenniser ces relations et développer de nouvelles actions. Fabian Jordan, président de M2A n’a pas caché sa satisfaction : « Nous avons beaucoup d’éléments en commun. À savoir : être acteurs et responsables. Mon projet politique est particulier. Il consiste à faire ensemble pour mieux avancer ensemble. La collectivité doit être le facilitateur. C’est dans ce cadre que j’avais créé il y a douze ans la journée citoyenne. Être engagé sur des valeurs communes que l’on porte sur notre territoire. La proximité est donc un facteur de réussite. Nos conventions ont donc du sens. Nous nous verrons régulièrement. Vous serez associés à tous nos projets politiques. »
L’eau est un enjeu
Le président de la FDSEA 68 Pascal Wittmann a toutefois interpellé le président de M2A. « Je suis attaché au développement économique de notre région, mais aussi à la préservation du foncier agricole. On constate que certaines collectivités contournent les textes, notamment sur les PLU et les PLUI pour gonfler leur emprise urbaine. Ces collectivités compromettent les possibilités de développement économique des exploitations agricoles. Nous souhaitons que vous soyez vigilant pour contrer ces dérives. Nous sommes pour le dialogue. Nous voulons être associés en amont sur ces dossiers. »
De son côté, Fabien Metz, président de la commission environnement à la Chambre d’agriculture s’est agacé d’un arrêté préfectoral sur l’usage de l’eau et l’irrigation. « 35 milliards de m3 d’eau sont prélevés dans la nappe phréatique en Alsace. 3 milliards concernent l’irrigation. Je ne comprends pas pourquoi cet arrêté vise spécifiquement l’agriculture pour qui l’accès à l’eau est important. C’est nier la valeur de notre métier. Dans le Bas-Rhin, il y a des projets qu’il va falloir accompagner plutôt que bloquer. Il faut que les efforts de la profession agricole soient reconnus. L’eau est un moyen de production. Elle est aussi un enjeu de la souveraineté alimentaire. »
Un point de vue que partage Danielle Bras, vice-présidente de la CAA. « L’eau est de plus en plus stratégique. La nappe est un atout, une sorte d’assurance récolte. Elle sécurise le rendement, valorise les intrants, permet de mieux produire. Dans le Haut-Rhin, il y a les canaux d’irrigation de la Hardt. Mais ces installations sont vieillissantes avec un entretien minimal. Or, ces installations sont économiquement intéressantes, moins énergivores, plus durables. Il faut donc investir dans la rénovation de ces canaux et les pérenniser. » Pour sa part, Gérard Lorber a une crainte, en tant que président du syndicat des irrigants dans le Bas-Rhin. « Nous faisons des tours d’eau. Il faut donc être associés aux discussions avant que ces arrêtés soient pris. Irriguer, ce n’est pas un plaisir. C’est un travail et cela a un coût. »
« Redonner de la visibilité et de la confiance aux agriculteurs »
Concernant le dossier de la chasse, Ange Loing a rappelé que les dernières battues concertées n’avaient pas donné les résultats souhaités. « La situation est critique. Il faut, sans délai, des battues administratives partout. Et quand les chasseurs n’ont pas la volonté ou la capacité de réguler, il faut agir. » Enfin, Claude Gretter pour les entrepreneurs agricoles a rappelé l’importance d’une réflexion sur l’aménagement des routes et des entrées de village pour permettre la circulation des engins agricoles.
La réunion s’est terminée avec l’intervention de Laurent Wendlinger, président de la commission agricole au Conseil régional du Grand Est. « Nous voulons continuer de construire avec vous une stratégie agricole pour notre région afin de redonner de la visibilité et de la confiance aux agriculteurs. Nous serons, comme vous, une force de propositions. Nous devons être des acteurs pour récupérer nos parts de marché afin de renouveler notamment les générations sur les exploitations et assurer ainsi leur pérennité ». Le préfet du Haut-Rhin Louis Laugier a conclu en rappelant tout le travail de proximité qu’il effectue avec le monde agricole.