Vie professionnelle

Dégats de corvidés dans le Haut-Rhin

Agir collectivement contre la « marée noire »

Publié le 31/12/2021

Les agriculteurs haut-rhinois s’inquiètent de l’invasion de corbeaux et de corneilles dans leurs parcelles. Leur surpopulation occasionne d’énormes dégâts dans les cultures agricoles des campagnes, mais aussi de vrais problèmes de salubrité publique dans les villes. Pour y remédier, la profession souhaite mobiliser élus, collectivités, services de l’État et associations pour mettre en œuvre des solutions « communes » et « durables » face un problème qui ne cesse de croître au fil des ans.

Une marée noire s’abat sur le Haut-Rhin. Année après année, les populations de corvidés vont en grandissant, occasionnant au passage des dégâts de plus en importants sur les cultures agricoles. En juin 2020, le secteur de la Porte du Ried, à côté de Colmar, s’était retrouvé au centre de toutes les attentions suite aux ravages continus des corbeaux nichés dans le quartier du Ladhof, à quelques kilomètres de là. Près de 17 000 euros de dégâts sont estimés par un expert dépêché sur place par la FDSEA du Haut-Rhin sur les parcelles de sept agriculteurs. En parallèle, le syndicat majoritaire alerte l’État, la ville de Colmar et Colmar Agglomération sur la nécessité d’agir, et vite. L’appel est entendu : au printemps 2021, trois chasseurs du ban dégainent leurs fusils, les louvetiers sont mobilisés par la préfecture, des arbres sont élagués et des nids sont détruits par l’ONF. Une grande opération « coup de poing » qui porte ses fruits : seuls 2 à 3 hectares ont dû être resemés cette année autour d’Holtzwihr contre une vingtaine en 2020. La directrice de la FDSEA 68, Christelle Jamot, s’en félicite : « On a réussi à mettre fin à la pression dans ce secteur, ou presque. Il reste malheureusement des endroits à Horbourg-Wihr où la pression reste forte. Ce qui confirme que ces oiseaux aiment bien se concentrer sur des parcelles en particulier. » Yves Jauss les a filmés début décembre et a partagé la vidéo sur les réseaux sociaux. L’agriculteur, ancien directeur adjoint de la Chambre d’agriculture Alsace, dresse un constat sans équivoque de la situation : « Les corvidés ont toujours fait partie du paysage. Mais depuis une dizaine d’années, il y a un développement massif des populations avec les conséquences que l’on constate sur nos cultures. Et concrètement, plus personne n’est à l’abri. Les céréaliers sont touchés comme les maraîchers. Les corvidés sont tellement nombreux qu’ils mangent tout ce qu’ils trouvent, même des semences enrobées. Il y a urgence à agir. » Pour un plan d’actions national ou européen Si cette opération a démontré une réelle efficacité localement, elle ne peut malheureusement pas suffire selon les représentants du monde agricole. « C’est un problème qui dépasse le cadre de notre profession. Des entreprises comme Liebherr sont touchées, tout comme les habitants de Mulhouse ou Colmar qui en subissent aussi les nuisances. Aucun territoire n’est à l’abri », souligne Christelle Jamot. Cette année en effet, le Sundgau, du sud de Mulhouse au Jura alsacien, a enregistré des dégâts colossaux liés aux corvidés (lire par ailleurs). Si certains ont élu domicile dans la métropole mulhousienne, d’autres ont leur quartier général à Bâle ou autour de la déchetterie de Retzwiller. « Ceci milite pour un plan d’actions qui soit plus vaste que le seul cadre départemental ou régional. Nos voisins d’outre-Rhin ont le même problème. Nous devons donc réfléchir ensemble à des solutions, pourquoi pas via un programme Interreg financé par des fonds européens », continue la directrice du syndicat. Comme avec le sanglier, les collectivités locales ont un rôle à jouer dans la régulation des populations de corvidés. « En travaillant en réseau, en sensibilisant les élus, on arrive à faire bouger les choses. Mais malheureusement, cela ne suffit pas. On le voit bien à Colmar : on a bien régulé, ça allait pendant un temps, et une nouvelle colonie de corvidés vient s’installer. Du coup, il faudrait faire cela chaque année, de mars à mai, pour protéger les semis. C’est trop restrictif. Nous sommes face à un problème qui nécessite des solutions plus poussées », continue la directrice de la FDSEA du Haut-Rhin. L’an passé, les agriculteurs de la Porte du Ried sont allés dans ce sens en essayant de « duper » l’animal : semer toutes les parcelles en même temps, effacer les lignes de semis à la herse étrille, l’effarouchement… « Le problème est que le corbeau est l’un des oiseaux les plus intelligents qui existent. Vous pouvez l’effaroucher une fois, et la fois d’après, il vous voit arriver à un kilomètre, il reconnaît votre voiture. Et s’il a vraiment faim, il creusera la terre jusqu’à ce qu’il trouve quelque chose. J’en ai déjà vu certains chercher la graine au stade quatre/cinq feuilles du maïs », témoigne Thomas Ritzenthaler, agriculteur à Holtzwihr, en première ligne en 2020 face aux attaques de corvidés. Des solutions pas ou peu adaptées Alors que faire d’autre ? La stérilisation des œufs serait une piste intéressante comme celle déjà pratiquée sur les populations de goélands qui peuplent nos littoraux. « Mais pour la Ligue de protection des oiseaux (LPO), c’est non, il ne faut pas toucher au corbeau. C’est pourtant quelque chose de plus doux que de tuer des adultes vivants avec des fusils », constate Christelle Jamot. Autre piste évoquée par des chercheurs : créer un « dortoir » où les corvidés ne pourraient pas nuire à leur entourage. « On peut envisager cela dans des régions peu denses en cultures maraîchères et céréalières. En Alsace, c’est impossible. » Pour les protecteurs des oiseaux, le principal responsable de cette surpopulation serait la « surproduction de maïs ». Il faudrait donc en produire moins. Une hypothèse balayée d’un revers de main par Thomas Ritzenthaler : « Dans notre secteur, on faisait plus de maïs il y a vingt ans qu’aujourd’hui. Et à l’époque, nous n’avions pas ces problèmes. Ce n’est pas la culture qui est en cause. Il suffit de voir les dégâts sur les choux ou les salades dans notre secteur. » Yves Jauss poursuit : « Ce qui se passe est anormal. Il y a eu un dérèglement au fil des ans. On ne chasse plus le corbeau comme avant, et il n’y a pas de prédateur naturel. » Le hibou grand-duc serait un bon candidat. « Il est quasiment inexistant chez nous. Sa réintroduction pourrait être intéressante mais probablement pas suffisante », craint Christelle Jamot. Des scientifiques avancent aussi l’idée d’intercaler une prairie à côté du champ de maïs pour détourner l’attention des corbeaux et corneilles vers de l’herbe ou de la luzerne. « Ça pourrait peut-être fonctionner avec une petite population de corvidés. Mais dans le cas présent, cela reste une mesure temporaire », fait remarquer Yves Jauss. Un frein culturel à la démocratisation de la chasse Il y aurait aussi l’option d’intensifier la chasse des corbeaux et corneilles ; les agriculteurs sont d’ailleurs de plus en plus nombreux à passer leur permis dans le département face à la recrudescence de dégâts de gibier. Yves Jauss l’a fait et dispose d’une autorisation de tir. Mais là encore, c’est loin d’être facile à mettre en œuvre. « J’admire le travail que les louvetiers ont fait à Colmar car tirer sur ces oiseaux, ce n’est pas facile. Et au-delà de ça, cela reste compliqué de tirer dans des parcelles situées à côté d’habitations ou de chemins de promenade. » Christelle Jamot voit aussi un « frein » culturel à la démocratisation de la chasse dans la population agricole alsacienne. « Dans la plupart des autres régions françaises, les agriculteurs sont les chasseurs. Ils arrivent plus facilement à se protéger. Chez nous, la politique d’attribution des lots de chasse est historiquement différente. Pour beaucoup d’agriculteurs alsaciens, notamment dans le Haut-Rhin, la chasse ne fait juste pas partie de leurs missions. » Là où la profession agricole pourrait trouver des alliés, c’est sur la biodiversité de nos campagnes, elle aussi fragilisée par la surpopulation croissante des corvidés. Thomas Ritzenthaler a pu le constater quand il a vu une dizaine de corbeaux s’acharner sur un cigogneau. L’impact des corneilles est le même, voire plus important, dans la mesure où elles s’en prennent à la petite faune, comme les lapereaux, ou les oisillons des autres espèces. Des dégâts psychologiques bien réels Reste une conséquence, invisible de prime abord, mais bien réelle liée à ces attaques de corvidés : l’angoisse, mais aussi le désarroi, vécus par les agriculteurs concernés. « Maintenant, on dort mal pendant les semis. Pendant plusieurs semaines, on vit dans l’inquiétude », témoigne Yves Jauss. L’an passé, certains ont dû resemer deux ou trois fois après le passage des corvidés, certains à la fin du mois de juin. « Outre le coût de la semence qui s’accumule, il y a une perte de rendement non négligeable à l’arrivée. Ça pourrait mettre en danger des structures d’exploitation si rien n’est fait sur le long terme », analyse-t-il. Contrairement aux dégâts de sangliers, ceux imputés aux corvidés ne sont en plus pas assurables. « Il n’y a pas d’indemnisation, pas de fonds. On n’a pas de filet de sécurité. Nous sommes seuls devant ce risque », déplore Thomas Ritzenthaler. La FDSEA du Haut-Rhin ne veut de toute façon pas se résigner à mener des actions dans ce sens. Christelle Jamot le justifie clairement : « L’indemnisation ne console pas la perte. Il y a un effet sur le moral qui n’est jamais réparé. Derrière ces dégâts, il y a d’abord la souffrance psychologique des agriculteurs. Notre mission est de protéger le fruit de leur travail, tout simplement. » Le syndicat, comme les agriculteurs concernés, espère désormais que les pouvoirs publics se pencheront sérieusement sur cette problématique avant les semis de maïs 2022. « On doit aller plus loin que ce qui a déjà été entrepris. Il y a des actions à mener sur le court terme, comme ce qui a été fait au Ladhof, et il y a des solutions à explorer sur le long terme. Pour cela, il faut arrêter les oppositions dogmatiques entre agriculteurs et associations. Nous devons travailler ensemble pour lutter contre ce fléau », conclut Yves Jauss.

Main-d’œuvre agricole

Le défi du recrutement

Publié le 23/12/2021

Les 1 712 employeurs agricoles haut-rhinois concluent plus de 20 000 contrats de travail par an, principalement pour répondre aux besoins de main-d’œuvre des cultures saisonnières. Les bras « motivés » manquent et obligent les acteurs du monde agricole à trouver de nouvelles solutions pour attirer et fidéliser ces nouveaux salariés. Des thématiques qui étaient au cœur du premier Agri-Tour organisé à Sigolsheim le 6 décembre par la FDSEA du Haut-Rhin.

Dans le milieu agricole, trouver de la main-d’œuvre qualifiée et motivée est de plus en plus compliqué. Comme dans les secteurs du bâtiment ou de l’hôtellerie-restauration, les offres sont pourtant légion. En face, le taux de chômage de 8,1 % (au troisième trimestre 2021) rappelle que les bras et les cerveaux sont bel et bien là. Mais travailler dehors quelle que soit la saison, sur des tâches souvent pénibles physiquement et répétitives, séduit de moins en moins les foules. Dans ces conditions, comment « séduire » les demandeurs d’emploi à s’intéresser aux métiers agricoles ? Comment les fidéliser ? Des questions abordées lors du premier Agri-Tour organisé par la FDSEA du Haut-Rhin le 6 décembre à la Pommeraie, à Sigolsheim. Une rencontre où les organismes qui gravitent dans ou autour du monde agricole (Chambre d’agriculture, Collectivité européenne d’Alsace, Pôle emploi, Service de remplacement, Germa, Apecita, Anefa, lycées agricoles, etc.) ont pu, tour à tour, présenté les services et actions qu’ils proposaient pour promouvoir et développer les emplois salariés en agriculture. Des besoins dans toutes les filières Les besoins sont très importants pour les 1 712 employeurs recensés dans le Haut-Rhin. Chaque année, ils concluent plus de 20 000 contrats de travail, principalement pour les cultures saisonnières que sont le raisin, les asperges, les fraises et bien d’autres produits. Sous l’effet de la crise sanitaire, le secteur du paysagisme voit son activité exploser depuis bientôt deux ans. « Certaines entreprises ont doublé leur nombre de salariés pendant cette période. C’est un défi en plus à relever en matière de recrutement », pointe la directrice de la FDSEA du Haut-Rhin, Christelle Jamot. Un « frémissement » se fait également sentir du côté des horticulteurs et pépiniéristes, eux aussi confrontés à un regain d’intérêt pour les métiers qu’ils proposent. Et puis il y a tous les organismes qui gravitent autour des paysans, eux aussi ont du travail à offrir : chambres d’agriculture, syndicats, coopératives, centres de gestion, mais aussi magasins de producteurs, fermes-auberges et concessionnaires agricoles. Puis viennent les entrepreneurs de travaux agricoles, auxquels on fait moins référence quand il s’agit de besoins en main-d’œuvre, mais qui sont pourtant confrontés à un problème grandissant : le manque de conducteurs de tracteurs qualifiés. Une tendance que l’on retrouve dans l’enseignement agricole comme l’explique le directeur général de l’EPLEFPA les Sillons de Haute-Alsace, Jean-Luc Prost : « C’est devenu compliqué de former des chauffeurs de tracteurs car chaque tractoriste à son système de conduite. On ne peut pas avoir cinq tracteurs de marques différentes pour former nos élèves. » Des difficultés de recrutement similaires existent aussi pour les poids lourds et les bus font remarquer des participants à cette rencontre. Un « boulot tremplin » sur le marché du travail Alors, concrètement, comment fait un employeur agricole en 2021 pour trouver les salariés dont il a tellement besoin ? Si chaque exploitation a évidemment ses particularités, l’exemple de la Pommeraie est assez emblématique de la situation actuelle. Cette ferme créée en 1963 produit la plupart des fruits qu’on peut trouver en Alsace : pommes, myrtilles, abricots, cerises, pêches, vignes ou encore framboises, cassis et groseilles. Tous sont cueillis exclusivement à la main, avec une charge de travail qui varie en fonction de la culture : quand les pommes ne nécessitent « que » 800 heures par hectare et par an, les myrtilles, framboises, groseilles ou cassis en demandent 2 000. Heureusement, leurs surfaces restent minoritaires par rapport aux pommes qui représentent la plus grande partie de la SAU. Les besoins en main-d’œuvre sont calculés en fonction du potentiel de récolte. En fonction des années et de la production, le personnel annuel peut monter jusqu’à 70 personnes. Cette année par exemple, il a fallu 20 saisonniers d’un coup pendant trois semaines estivales avant un nouveau creux de trois semaines. « Cela nous oblige à être très réactifs », explique Marie Siciarek, responsable commerciale de la Pommeraie. Le savoir-faire des salariés est essentiel car c’est lui qui permet d’obtenir la rentabilité souhaitée à l’hectare. Malheureusement pour les employeurs, le profil des salariés agricoles n’est plus le même qu’auparavant. « Les gens ne viennent plus pour faire carrière dans l’agriculture. C’est devenu un boulot tremplin pour revenir sur le marché du travail, ou parce qu’on ne trouve rien d’autre. On est devenu un peu la roue de secours. Du coup, on n’a plus envie de se fatiguer à les former car on sait qu’ils ne vont pas rester », témoigne un brin désabusée, Marie Siciarek. Pour motiver les gens à s’investir un minimum dans l’entreprise, les responsables de la Pommeraie essaient de faciliter le travail de la taille ou la récolte. « Nous faisons en sorte que tout soit à hauteur d’homme. Mais cela demande du temps et de l’investissement pour être mis en place. On est obligé de s’adapter au profil des salariés d’aujourd’hui, moins physiques qu’il y a quinze ou vingt ans », explique Nathan Gsell qui va prochainement succéder à son père Bernard à la tête de l’exploitation. À cette époque, la Pommeraie pouvait s’appuyer sur un solide contingent de Polonais qui revenaient chaque année. « Mais depuis, la situation économique a beaucoup évolué. Il y a moins d’intérêt à venir en France », observe-t-il simplement. Créer une « dynamique » entre employeurs Malgré cette évolution, la Pommeraie arrive toujours, pour l’instant du moins, à satisfaire ses besoins en main-d’œuvre. Elle dispose d’une part de trois salariés en CDI, dont un tractoriste. D’autre part, elle a encore une petite équipe de travailleurs polonais qui vient deux fois par an, plus les étudiants en été, et le bouche-à-oreille qui reste plutôt efficace. « On pioche un peu partout. On se débrouille comme on peut et, pour le moment, ça fonctionne plutôt bien », poursuit Nathan Gsell. « Par contre, on ne fait plus appel à Pôle emploi, complète Marie Siciarek. Les profils qu’on nous envoyait ne correspondaient pas. La plupart du temps, ce sont des chômeurs de longue durée, en fin de droits, qui n’ont plus l’habitude de se lever tôt le matin pour faire un travail difficile. » Un phénomène accentué par la crise sanitaire, constate Caroline Kast, conseillère à Pôle emploi, mais pas insoluble à ses yeux. Elle suggère « d’user et d’abuser » de la Période de mise en situation en milieu professionnel (PMSMP), un dispositif créé en 2014 pour réaliser une immersion professionnelle pendant quinze jours. « Pendant cette période, l’employeur accueille et forme le stagiaire. Et après, ça se contractualise ou pas entre eux. » Pour Nathan Gsell, il faudrait surtout que le monde agricole s’organise pour faciliter le recrutement de personnel. « Avec tous les agriculteurs qu’on a, on pourrait créer une dynamique collective », ajoute le jeune exploitant. Des groupements d’employeurs de ce type sont très courants dans l’ouest de la France. En Alsace, l’idée commence à germer. Un premier groupement d’employeurs, baptisé Terra Job, a vu le jour dans le Bas-Rhin en décembre 2020.

Former les agriculteurs à la communication

Mieux s’exprimer et gagner en sérénité

Publié le 23/12/2021

Début 2022, la Chambre d’agriculture Alsace, la FDSEA et les JA du Haut-Rhin organiseront de nouvelles formations en « communication positive et constructive », destinées aux professionnels et élus de l’agriculture. Mais est-ce vraiment utile ? Comment appliquer ces nouveaux outils au quotidien ? Retour d’expériences.

Valentin Rué, éleveur à Osenbach : « Je suis plus à l’aise lors d’une prise de parole. » « J’ai participé à cette formation car la communication n’était pas mon point fort. J’ai appris la posture, ce qu’il faut faire, ne pas faire : adapter sa respiration, prendre le temps de répondre, rester à l’aise face au regard des gens. Aujourd’hui, je suis effectivement plus à l’aise. Quand je suis devant du monde, je me sens moins observé. Si je ne sais pas répondre à une question, je dis simplement que je ne sais pas, sans dramatiser. Surtout, cette formation m’a permis de ne plus partir dans les tours. J’avais un litige avec un voisin. Il me reprochait de passer sur son terrain alors qu’il faisait la même chose de son côté. Maintenant, je suis capable de lui expliquer calmement. Plus globalement, mieux communiquer aide dans l’ensemble de ses relations professionnelles. Dans les réunions syndicales ou dans une Cuma, cela aide pour s’expliquer devant tout le monde. J’arrive désormais à expliquer pourquoi je n’ai pas toujours le même avis que les gens qui m’entourent. C’est différent que de me mettre en opposition juste pour dire que j’étais contre. Un débat, une discussion, ce n’est pas seulement oui ou non. Il faut aussi savoir argumenter si on veut être entendu. J’étais étonné d’être l’un des plus jeunes à la première session de formation. Cela m’a d’ailleurs un peu complexé au début ; tous les gens qui étaient là avaient globalement plus d’expérience que moi. J’avais plus de difficultés et je pensais que je retardais le groupe. En réalité, ce n’était pas du tout le cas. Tout se déroule dans la bienveillance, sans jugement. Maintenant, je suis persuadé qu’il faudrait des cours de communication lors de notre cursus de formation en lycée agricole. C’est vraiment quelque chose qui est utile, et qui est de toute manière devenu indispensable dans le monde dans lequel nous évoluons aujourd’hui. Il faut être capable de se défendre face aux attaques et être ambassadeurs de nos métiers. Pour autant, je ne me considère pas encore comme quelqu’un d’accompli en matière de communication. J’ai encore des choses à apprendre, à améliorer. Mon intonation pourrait être meilleure et je suis encore trop direct dans les réponses que je formule. Par contre, je n’ai pas vraiment réussi à mettre en œuvre tout ce que j’ai appris dans le cadre privé. Il faudrait que je le fasse car ça ferait un bon entraînement au quotidien. Mais la réalité est qu’on a nos habitudes avec nos proches, on est dans une zone de confort de laquelle il est compliqué de sortir. Après, c’était aussi le cas dans mon domaine professionnel et j’ai finalement réussi à faire évoluer les choses. J’encourage tout le monde à aller dans ce sens. » Noémie Vézien, assistante commerciale et marketing à la Cave Les Faitières d’Orschwiller-Kintzheim : « Mieux communiquer, ça nous autonomise » « En participant à cette formation. Je voulais apprendre à mieux négocier avec les fournisseurs de la cave. J’avais en effet une tendance naturelle à dire oui trop facilement. La communication positive, c’est aussi savoir dire non quand c’est nécessaire. Il m’a fallu environ trois mois pour mettre en application ce que la formation m’avait appris. Je suis désormais plus à l’aise, je me charge du lancement de nouveaux produits, de nouveaux habillages. Avant, j’allais d’abord voir mes responsables avant de répondre à mon fournisseur. Maintenant, il m’expose ce qu’il veut, j’en prends compte, et j’essaie de l’amener à la solution qui pourrait lui convenir. Désormais, c’est moi qui négocie, et je vais voir mes supérieurs uniquement avec ce que j’ai négocié. Mieux communiquer, ça nous autonomise. Cette formation a renforcé énormément mon estime de moi. Je me sens plus efficace, je perds moins de temps dans mes tâches. Du coup, j’arrive à faire plus de choses. Et je me dis que si j’arrive à gérer seule des négociations avec des fournisseurs, je pourrais faire la même chose dans d’autres discussions, même si ce n’est pas mon domaine de prédilection. En fait, c’est une prise de conscience qui s’opère. Est-ce que je pourrais encore m’améliorer en communication ? Bien sûr ! J’ai franchi une bonne étape en suivant cette formation. Avant elle, j’étais à trois ou quatre sur dix en com', en sortant, je suis passé à sept ou huit. Il me reste à atteindre dix sur dix. Au niveau personnel, c’est plus difficile de faire évoluer sa façon de communiquer. J’ai naturellement tendance à prioriser les intérêts des autres avant les miens. Et puis, les sentiments entrent en jeu, il faut faire attention à ne pas blesser. Au niveau professionnel, il n’y a pas cet aspect affectif. Cela facilite la remise en question de sa communication. » Sébastien Stoessel, éleveur à Feldbach : « Je ne cherche plus à convaincre à tout prix » « En participant à cette formation, je voulais acquérir de nouvelles techniques de communication, apprendre à faire plus attention à la manière dont je pouvais dire les choses. Je pense que c’est devenu une nécessité pour un chef d’entreprise. Aujourd’hui, je gère mieux ma communication dans ma vie professionnelle. C’est par exemple très utile avec des fournisseurs ou des acheteurs. Je garde plus facilement mon sang-froid, même si ça m’arrive encore de m’énerver parfois. Quand c’est le cas, je prends du recul sur mon attitude et je me dis qu’il faudra que je fasse mieux la prochaine fois. Il n’y a pas de secret, il faut s’exercer le plus possible. La chose la plus importante que j’ai apprise dans cette formation, c’est qu’il ne s’agit pas de convaincre son interlocuteur à tout prix. Si on pense qu’on peut changer l’autre, on prend le mauvais chemin. Il faut se contenter d’expliquer son point de vue posément, en essayant de faire adhérer son interlocuteur à une certaine idée. C’est une approche différente. Au final, je suis moins déçu car j’accepte que la personne en face de moi ne pense pas comme moi. J’ai passé un message et j’ai fait au mieux pour qu’il retienne peut-être quelque chose. Si ce n’est pas le cas, ce n’est pas grave. Et puis, si l’interlocuteur ne se sent pas agressé, il peut s’en aller en se disant que c’était une discussion convenable, plutôt que d’être encore plus braqué encore. J’accepte désormais le fait de ne pas avoir de certitudes. Je suis plus tempéré sur les réseaux sociaux que je ne l’étais auparavant. Je pose juste des faits sans dire ce que je pense ou pas, ou je reste dans la dérision. Cela stoppe la surenchère des commentaires. C’est d’ailleurs un enseignement essentiel de cette formation : reprendre le contrôle de sa communication, savoir couper quand on le juge nécessaire et ne pas se laisser embarquer dans des débats interminables. Plus généralement, il faut réussir à trouver le bon équilibre entre le factuel est l’émotionnel, et le faire avec sincérité. Oui, nos fermes ne sont pas parfaites. Il faut avoir l’honnêteté de le dire. Mais si le message est sincère, il est aussi plus audible. Concernant la vie privée, c’est bien plus difficile de changer sa manière de communiquer, malgré la formation. Mon épouse, mes filles ou mon associé me trouvent encore un peu trop abrupt par moments. Je pense qu’il faudrait quelque chose d’un peu plus poussé, avec des mises en situation, pour évoluer davantage. »

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