FDSEA et Jeunes agriculteurs du Haut-Rhin
« Nous voulons des solutions immédiates »
FDSEA et Jeunes agriculteurs du Haut-Rhin
Publié le 25/06/2021
Une réunion dite de concertation a eu lieu mardi 22 juin à Saint-Amarin entre les agriculteurs, les chasseurs et les élus locaux à l’initiative de la profession agricole. Le sujet : les dégâts de sangliers et de cervidés en montagne notamment. Après plus de deux heures d’échanges, les professionnels se disent déçus. Une mobilisation pourrait être organisée dans un proche avenir avec les autres syndicats.
Il est 13 h 30 quand une dizaine de tracteurs et une vingtaine d’agriculteurs se retrouvent sur le parking d’un restaurant situé peu avant Saint-Amarin. Les professionnels répondent à l’appel lancé par la FDSEA et les Jeunes agriculteurs du Haut-Rhin, et notamment ceux de la vallée. Une mobilisation qui n’a pas été difficile à obtenir tant les agriculteurs en ont ras-le-bol. Les dégâts de sangliers et de cervidés sont de plus en plus nombreux et toujours plus importants. « C’est devenu invivable », témoignent plusieurs professionnels. Fin mai, un courrier avait été adressé aux maires et au préfet pour, une nouvelle fois, les alerter de cette situation. Depuis des années, des réunions sont organisées. Aucune solution concrète et efficace n’est trouvée. Aucune action n’est réellement mise en place. Pourtant, la profession agricole a déjà proposé des solutions : la stérilisation temporaire des laies, l’expérimentation à plus grande échelle du piégeage des sangliers, l’utilisation d’appareils à visée nocturne pour la chasse comme dans certains départements, ou encore l’extension du droit de destruction toute l’année pour les agriculteurs. En outre, « nous observons que les chasseurs les moins impliqués ne semblent pas davantage inquiétés que dans le passé alors qu’ils font supporter à tous les autres le prix de leur inaction. Nous connaissons les lots défaillants où les dégâts sont colossaux. Nous vous serions reconnaissants de diligenter les mesures qui sont à votre initiative pour faire cesser ces situations », écrivent Pascal Wittmann et Christophe Rué, respectivement président de la FDSEA du Haut-Rhin et du canton de la montagne dans un courrier adressé au préfet. « C’est la réunion de la dernière chance » Les maires ont également été interpellés. Depuis, les échanges se sont multipliés. La fédération des chasseurs du Haut-Rhin a réagi. « Quand j’ai eu ce courrier, je n’ai pas cherché à nier le problème. J’ai estimé qu’il était nécessaire qu’on se retrouve avec les maires, les adjudicataires, les lieutenants de louveterie, le fonds d’indemnisation ou encore l’office national des forêts pour faire le point et travailler ensemble », explique au début de cette réunion Gilles Kaszuk, président des chasseurs du département. « C’est la réunion de la dernière chance ! Si aucune solution immédiate n’est trouvée et mise en place immédiatement, le monde agricole passera à l’action », lance aussitôt Pascal Wittmann. « Comment avoir envie d’exploiter des terres régulièrement saccagées ? Cela ne peut plus durer. La situation est catastrophique. À ce rythme, il sera définitivement impossible d’installer des jeunes sur des exploitations qui ne seront plus viables », poursuit Nicolas Dieterich, secrétaire général des Jeunes agriculteurs du Haut-Rhin. Vient ensuite le témoignage fort et émouvant d’un jeune éleveur, Florent Pierrel. Avec les éleveurs de son canton, il avait été à l’initiative d’une toute première action en interpellant une première fois les élus locaux. « La situation actuelle est invivable. Nous sommes à bout. Notre métier est mis à mal. Nos ressources financières diminuent et nos charges augmentent. Nous voulons des solutions immédiates car on nous balade depuis trop longtemps. » Face à des déclarations, les maires présents prennent la parole. Ils apportent bien leur soutien. D’autres reconnaissent être sans solution. C’est par exemple le cas du maire de Dolleren, Sébastien Reymann, élu en mai 2020. « Je découvre vos difficultés. Mais que peut-on faire de plus ? C’est d’autant plus difficile pour des communes comme la nôtre, car souvent le dernier loyer qui reste, c’est la chasse. Nos budgets fondent et nos administrés nous demandent toujours davantage. Il faut arriver à trouver des solutions ensemble. » « Nous en avons assez d’attendre » Des échanges tendus ont ensuite lieu. Le vice-président des chasseurs du Haut-Rhin, André Belzung, réclame « des états généraux sur les dégâts de sangliers après les vacances d’été. Car ce problème dépasse le monde de la chasse. Et puis je souhaite aussi rappeler que la chasse est avant tout pour moi un loisir ». Des états généraux rejetés par René Zimpfer au nom du monde agricole tout comme le calendrier proposé quelques instants plus tard par Gilles Kaszuk invitant tout le monde à se revoir en septembre-octobre. « Je suis déçu de cette réunion. Nous en avons assez d’attendre. Il faut arrêter de tergiverser. Surtout que nous savons tous où sont les problèmes. On va donc entrer en action », prévient René Zimpfer. Il est suivi par Pascal Wittmann qui fait le même constat. « Je suis également déçu de cette réunion. On ne nous propose aucune solution. Je veux des choses concrètes. Depuis deux heures, on repousse, on repousse, on repousse ! J’ai toujours été pour le dialogue. Mais, là, ce n’est plus acceptable. Nous disons également stop au double discours des uns et des autres », s’agace le président de la FDSEA du Haut-Rhin. Et Ange Loing d’insister : « L’objectif est d’avoir un calendrier avec des solutions. Car ces solutions, elles existent et elles sont facilement applicables. Vous avez des obligations. Faites appliquer la loi. Ici, vous avez déjà perdu le textile. Ne perdez pas le monde agricole », conclut le représentant agricole. À la sortie de la réunion, les discussions se poursuivent sous le regard de nombreux représentants des forces de l’ordre. Un vif échange a lieu entre les agriculteurs et le maire de Moosch, José Schruoffeneger, qui dit ne pas avoir apprécié le courrier qu’il a reçu et « pas davantage votre interpellation d’aujourd’hui. Je saurais m’en souvenir » sur un ton peu consensuel. Après quelques minutes de flottement, Pascal Wittmann reprend la parole pour faire le bilan de la réunion aux agriculteurs. « Nous sommes clairement déçus. Je vais prendre attache avec les responsables des autres syndicats que sont la Confédération paysanne et la Coordination rurale pour engager une action en commun. Car ce sujet concerne tout le monde. Vous pouvez vous préparer pour une nouvelle mobilisation ».












