Concours général agricole (CGA)
Un condensé d’agriculture française
Concours général agricole (CGA)
Publié le 31/05/2021
L’agriculture française est riche de sa diversité. Et s’il y a bien un événement qui en rend compte, c’est la remise des prix du Concours général agricole. Même par visioconférence, c’est un festival d’agriculteurs passionnés qui, avec leurs accents chantants, parlent de leurs expériences, de leurs terroirs, de leurs produits tous plus alléchants les uns que les autres.
Assister à la remise des prix du Concours général agricole par visioconférence, c’est un peu comme se trouver face à son péché mignon sans pouvoir y accéder. Très frustrant donc ! Mais c’est aussi l’occasion de faire un tour de France en quelques heures depuis son espace de télétravail. Et ça, c’est une véritable bouffée d’oxygène. Certes, il est impossible de goûter aux produits présentés, mais écouter leurs producteurs en parler suffit à mettre l’eau à la bouche. Célébrée le jeudi 20 mai, dans le cadre de la Semaine de l’agriculture française, créée pour remplacer le Salon international de l’agriculture (Sia), cette remise des prix du CGA suivait de près la levée de certaines restrictions liées à l’épidémie de coronavirus. Ce que n’ont pas manqué de souligner le ministre de l'Agriculture, Julien Denormandie, et le président du Centre national des expositions et concours agricole (Ceneca), Jean-Luc Poulain, au cours de leurs allocutions d’ouverture. « Le Concours général agricole a 70 ans de plus que le Salon de l’agriculture, qui s’est d’ailleurs construit autour de ce concours. Il a vocation à récompenser des femmes, des hommes, des jeunes en apprentissage, à faire primer l’humain, à redonner des lettres de noblesse à ceux qui sont en première ligne pour nous nourrir », a déclaré Jean-Luc Poulain. Un concours qui condense les défis agricoles Le ministre a décrit un concours à la fois « élément de racine et d’identité », mais qui reste « moderne ». Il a insisté sur le « signal fort » que cette cérémonie constitue pour le monde agricole : « De nombreux produits primés aujourd’hui trouvent leurs débouchés dans des espaces qui étaient fermés et qui rouvrent depuis hier. » Pour le ministre, cela doit inciter à « se tourner vers l’avenir même si la prudence doit rester de mise ». Il a évoqué la réforme de la Pac : « Elle doit inscrire notre pays dans sa souveraineté alimentaire, qu’elle a chevillée au corps », a-t-il déclaré. Avant de renchérir : « Le secteur de l’agroalimentaire fait partie de ce qui fait nation. Imposer des standards de protection du consommateur sans dépendre de quiconque, cela relève de notre souveraineté. » Il a aussi évoqué la notion d’identité, liée aux produits du terroir : « Ils font notre renommée internationale, notre fierté. » Lors de cette cérémonie, les prix de trois concours étaient remis, les prix d’excellence, qui récompensent la qualité des produits, le concours des pratiques agroécologiques, et le trophée international de l’enseignement agricole (TIEA). Pour le ministre, ils illustrent les défis que l’agriculture a à relever à court et moyen terme. Celui du changement climatique pour le concours des pratiques agroécologiques. Et celui du renouvellement des générations, pour le TIEA. « Le juge de paix sera le renouvellement des générations, car il n’y a pas d’agriculture sans agriculteurs. Il faut donc accompagner ce renouvellement par la formation, la rémunération, la protection et la visibilité. » Enfin, les prix d’excellence témoignent « de la qualité de nos produits, qui fait l’ADN de notre agriculture ». Prairies humides : faire d’une contrainte un atout Philippe Noyau, président de la Chambre régionale d’agriculture du Centre-Val de Loire et président du comité d’orientation du concours des pratiques agroécologiques, a présenté les deux catégories « Prairies et parcours » et « Agroforesterie », rappelant que ce concours a été créé afin de véhiculer un message en faveur d’une agriculture multiperformante. Huit prix nationaux ont été décernés dans la catégorie Prairies et parcours. Dans la catégorie Pâturage exclusif, le premier prix revient à Jérémy Malot, éleveur en Baie de Somme, dont les agneaux sont commercialisés dans le cadre de l’AOP Agneaux des Prés salés de la Baie de Somme. Les ovins pâturent un domaine public maritime, caractérisé par une végétation particulière qui confère un goût spécifique à la viande. Dans la catégorie Fauche plaine et piémont, le premier prix est allé à l’EARL Loucheron Farcy dans la vallée de la Somme, où Tanguy Loucheron a renoué avec un système de fauche tardive des prairies, et décrit néanmoins un fourrage « plus riche, plus équilibré ». Dans la catégorie Fauche prioritaire montagne et haute montagne, c’est le Gaec Le Sauvage, situé sur le plateau de l’Aubrac, qui a remporté la plus haute distinction, pour la gestion de ses prairies humides : « Dans un contexte de changement climatique, elles nous permettent d’avoir de l’herbe fraîche, car ce sont des prairies qui restent vertes même quand il fait très sec », décrit Damien Cruez, un associé du Gaec, qui constate : « Les contraintes peuvent devenir des atouts. » L’élevage Hoeffel, lauréat dans la catégorie Agroforesterie Dans la catégorie Agroforesterie, cinq prix nationaux ont été délivrés. Le premier prix de la catégorie implantation est allé dans la Somme, chez Sylvain Deraeve, de l’EARL Plaine de Vie, qui a implanté des haies autour de son parcellaire afin de tamponner les aléas climatiques, d’apporter de l’ombrage… Dans la catégorie Gestion, c’est Ernest Hoeffel et Corinne Bloch, éleveurs à Walbourg qui ont été récompensés par le ministre : « Restaurer les haies, c’est une évidence, mais qui nécessite des transformations. Il est donc important d’accompagner, de financer cette évolution mais aussi d’avoir des ambassadeurs qui portent cette vision. » Ernest Hoeffel a décrit un travail de réintroduction des arbres entrepris de longue date, mais qui s’est amplifié avec la récurrence des sécheresses estivales. Désormais, les haies sont « jardinées », afin de nourrir les vaches en été avec le feuillage des arbres, puis de fabriquer de la litière en broyant le bois. Lorsqu’il est sorti de l’étable, le fumier est composté avant d’être remis en terre. Il y a donc un retour du bois au sol, « comme dans une forêt », constate Ernest Hoeffel, qui rapporte les résultats « impeccables » procurés par cet amendement, ainsi que le foisonnement de biodiversité qui accompagne les haies. Des lycéennes engagées Les prix du Trophée international de l’enseignement agricole (TIEA), dont c’était la 20e édition, ont été décernés par Hervé Noiret, directeur général du groupe France Agricole. Il en a rappelé le principe : les lycées participant devaient relever deux épreuves : la rédaction d’un article de presse et la présentation d’un animal en vidéo. « Cette année, 26 établissements ont passé la ligne d’arrivée, dont des lycées situés en Chine, en Belgique et en Argentine, avec des prestations de très haut niveau, qui donnent confiance dans le renouvellement des générations. » Dans la section races laitières, c’est le Legta Le Robillard, situé en région Normandie, qui remporte le premier prix. Une annonce suivie d’images de lycéens en liesse retransmises depuis leur établissement. Dans la section races allaitantes, c’est le Legta de Montardon qui remporte la première place, avec pour particularité d’avoir formé une équipe uniquement féminine. Depuis la Nouvelle-Aquitaine, elles ont dit avec émotion leur fierté de voir leur travail récompensé. Dans la section des établissements étrangers, c’est l’Escuela de Education Secundaria Agraria de la province de Buenos Aires en Argentine qui décroche la première place. S’ensuit un duplex improbable avec l’Argentine, où il est 4 h du matin et où élèves et professeurs ont dû demander une autorisation spéciale pour se retrouver malgré le couvre-feu. Le meilleur article de presse a été rédigé par le Legta de Montardon, ce qui place les « Demoiselles de Montardon » (voir vidéo, ci-dessous) en tête du concours toutes catégories confondues. Heureuses, et fair-play, les lycéennes ont félicité les autres équipes pour leur participation. La cérémonie s’est poursuivie par la remise des prix aux 36 lauréats du prix d’excellence du Concours général agricole, qui doivent avoir été médaillés trois années de suite pour décrocher un trophée. Au menu de cette échappée gourmande ; du poisson des Dombes, du vin du Jura, du cidre, du safran, du vin corse, des confitures de La Réunion, du champagne, du vin d’Alsace (avec l’EARL Nicollet Gérard et fils), du vin des Côtes de Toul, des produits laitiers, de l’huile de noix, du magret de canard séché, des volailles logées dans des chalets en bois… Julien Denormandie félicite les lauréats, disant son bonheur de pouvoir se retrouver autour de tablées pour déguster les mets produits par les agriculteurs, et sa frustration de n’avoir pu goûter aucun produit primé. Frustration partagée. L’écran redevient bleu. J’ai faim.












