Vie professionnelle

D’Altkirch à Strasbourg

Une journée de manif

Publié le 05/05/2021

Du nord au sud de l’Alsace, ils ont convergé vers le Parlement européen à Strasbourg. Vendredi 30 avril, plus de 1 600 agriculteurs inquiets et en colère contre l’évolution de la politique agricole commune ont conduit leurs tracteurs devant les institutions européennes. Nous les avons suivis depuis Altkirch.

Il est 5 h du matin. La capitale du Sundgau est encore bien endormie. Mais, à l’extérieur de la ville, c’est déjà l’effervescence. Et pour cause. Depuis Courtavon, Feldbach, Largitzen ou encore Ferrette, ils sont une bonne quinzaine à se rejoindre pour former ce premier « convoi » déjà impressionnant sur une route alors uniquement utilisée par quelques travailleurs frontaliers ou chauffeurs de camions. Ils, ce sont ces tracteurs conduits par des agriculteurs, essentiellement des jeunes. Quelques minutes tard, ils font une première halte. Face à eux, Denis Nass premier vice-président de la Chambre d’agriculture d’Alsace et éleveur à Gommersdorf, et Laurent Wendlinger conseiller régional et éleveur à Seppois-le-Bas. Ils accompagnent la sénatrice et conseillère départementale Sabine Drexler et le maire d’Altkirch et conseiller départemental Nicolas Jander. « Nous sommes venus leur témoigner notre soutien et nos encouragements », expliquent les deux élus. Sébastien Stoessel, membre de la FDSEA, est également présent. S’il ne se rend pas à Strasbourg en raison de son emploi du temps, un de ses tracteurs et un de ses collaborateurs en sera. « En ordre. Tout doit bien se passer pour que nos messages soient clairs et bien entendus », rappelle le syndicaliste à ses collègues. Il est 5 h 30. Il est temps de démarrer et de prendre la direction du pont d’Aspach. Parmi les présents, Emmanuel Gnaedig. Ce jeune éleveur âgé de 30 ans est un habitué des manifestations. Il est installé sur l’exploitation familiale à Largitzen depuis 2013. « J’étais aux manifs devant la sous-préfecture d’Altkirch et surtout à Colmar en 2015. Il faut se défendre, se faire entendre et se mobiliser. On parle toujours de nous, mais peu connaissent notre métier », s’emporte immédiatement le professionnel. Son frère est resté à la ferme pour effectuer les travaux quotidiens. Il a calculé tous les changements, culturaux et financiers, qu’impliquerait la réforme de la politique agricole commune si elle était mise en place en l’état. La viabilité de la ferme pourrait clairement poser question. « Je voudrais qu’on arrête de nous tirer dessus car on travaille bien. C’est pesant. Un jour, on nous regrettera. À force de changer les règles, de nous imposer une vision administrative de notre travail, ce dernier devient usant et surtout économiquement irréaliste », ajoute Emmanuel Gnaedig. Casse d’un tracteur et solidarité Le convoi arrive au pont d’Aspach où les agriculteurs sundgauviens retrouvent ceux des vallées de Masevaux et de Thann. C’est l’heure du ravitaillement. Il est assuré par la directrice adjointe de la FDSEA du Haut-Rhin Sophie Barléon et Vincent Dietemann, agriculteur à Traubach-le-Bas. Si la bonne humeur est de sortie, on sent aussi une grande détermination. « France, veux-tu encore de tes paysans ? », questionne une pancarte installée sur l’un des tracteurs. « Nous n’avons plus le choix. On parle sur nous. On veut nous imposer des trucs incroyables. On veut nous expliquer notre métier. Mais c’est bien nous qui nous levons tous les matins pour nos animaux ou pour nos cultures. Cela suffit », lance ce groupe de jeunes quand on l’interroge sur les raisons de cette manifestation. Au redémarrage, un incident. Le tracteur de Martin Babé, éleveur à Courtavon, ne démarre plus. « Désolé, mais il faut être solidaire. On va l’aider. On va repartir ensemble », réagit immédiatement Emmanuel Gnaedig. Après plusieurs minutes d’expertises techniques, et sous le regard étonné des forces de l’ordre, il faut se rendre à l’évidence. Le tracteur est définitivement à l’arrêt. L’éleveur le laisse au bord de la route. Il sera recherché plus tard par quelqu’un de la ferme. Martin Babé, lui, monte, aux côtés de Jérémy Pflieger, co-président des jeunes agriculteurs du Haut-Rhin installé à Spechbach. Les quatre tracteurs rejoignent assez rapidement le reste du cortège qui les a attendus du côté de Cernay. La « manif » est en marche et le convoi devient de plus en plus impressionnant. Il est 7 h 30 du matin. Les agriculteurs traversent Pulversheim et Ensisheim. De nombreux habitants les applaudissent devant leurs maisons ou au bord des rues. Peu d’automobilistes font part de leur mécontentement à l’heure du départ pour les bureaux. « C’est un signe positif. Notre message est peut-être compris. Ou alors, ceux qui s’expriment sur les réseaux sociaux, sont la minorité agissante qui fait trop souvent oublier la majorité silencieuse », réagi Emmanuel Gnaedig. À la sortie d’Ensisheim, le cortège prend la direction de l’autoroute. Il retrouve celui parti de la plaine. Des centaines de tracteurs de chaque côté. Une image impressionnante. Elle est observée du ciel par un hélicoptère de la gendarmerie. C’est à cet instant que les forces de l’ordre, présentes en grand nombre, font entrer le cortège sur l’autoroute. Dans un premier temps, il est demandé aux professionnels de rouler sur le seul côté gauche. Mais, rapidement, les autorités font le constat que le nombre de manifestants est très important. Il est 8 h 40. Peu avant Sainte-Croix-en-Plaine, le convoi se retrouve à l’arrêt.   ? VOUS AVEZ LA PAROLE ? Jeremy Pflieger, co-président Jeunes Agriculteurs du Haut-Rhin : « Je suis très content de... Publiée par EAV PHR sur Vendredi 30 avril 2021   « On ne peut pas accepter » Les professionnels en profitent pour sortir sous la pluie, échanger et se restaurer. La longueur du cortège montre déjà que la mobilisation est réussie. « Je suis très content de cette mobilisation avec plus de 300 tracteurs du Haut-Rhin. Maintenant, on espère que nos revendications vont être à la hauteur de notre motivation. J’y crois. On avait un devoir d’être présent. Mais nos responsables politiques doivent maintenant défendre l’agriculture alsacienne. Il faut que cette Pac 2023 soit à la hauteur de nos attentes. Rien n’est acté. Et cette mobilisation doit leur faire prendre conscience que le monde agricole est uni et solidaire. Nous défendons une agriculture familiale et diversifiée. Tous les efforts réalisés ces dernières années sont payants. Or là, on se prend un coup de poignard dans le dos », réagi Jérémy Pflieger. Charlotte Jaegy, éleveuse de poules pondeuses à Largitzen, et Maxime Wersinger, gérant d’une entreprise d’élagage à Hagenbach partagent le même avis : « On ne peut pas se laisser faire. On ne peut pas accepter la réforme proposée. Nous espérons être entendus. Nous avons confiance en notre avenir car nous n’avons pas le choix ». Le convoi redémarre. Il passe le contournement de Colmar puis entame celui de Sélestat. À chaque fois, sur les ponts, de nombreux témoins les attendent pour les applaudir. De l’autre côté de l’autoroute, de nombreux camions klaxonnent également en signe de soutien. Les agriculteurs ont été rejoints par ceux des vallées de Munster et de Sainte-Marie-aux-Mines. Cette fois, le cortège forme une longueur qui dépasse les trois kilomètres. Un hélicoptère de la gendarmerie survole toujours les lieux. Puis, plusieurs motards des forces de l’ordre montent à l’avant. Quelques instants plus tard, il est demandé aux manifestants de rouler sur les deux côtés de l’autoroute. Il en sera ainsi jusqu’à la sortie vers Erstein. À la radio, une fréquence régionale annonce que la mobilisation est tout aussi forte dans le Bas-Rhin. « Cela montre qu’il y a une réelle inquiétude », réagi Emmanuel Gnaedig. Pour rejoindre le contournement de Strasbourg, plusieurs communes sont alors passées. Il est midi quand, enfin, les feux rouges de Fegersheim sont dépassés. « Cela me rassure » Le convoi est alors à nouveau à l’arrêt. Les autorités ont opté de faire entrer le Haut-Rhin en dernier. Les agriculteurs patientent alors que leurs collègues d’autres départements sont déjà devant le Parlement européen. Des rumeurs circulent. L’affluence est telle que tout le monde ne pourrait pas poursuivre. Pour de nombreux professionnels, ce n’est pas possible. « On est venu pour aller jusqu’au bout », lancent les plus jeunes présents. Le convoi peut finalement redémarrer au plus grand soulagement de tout le monde. Jean Godinat, président des jeunes agriculteurs du canton de la Hardt-Plaine de l’Ill est ravi. « Je suis effectivement satisfait de cette mobilisation car il en va de notre avenir. Cela me rassure. Je ne suis pas un spécialiste des réseaux sociaux. Mais, cette fois, j’avais également lancé un appel à la participation. On voit aujourd’hui que tout le monde se sent concerné », réagit le céréalier. Il converse régulièrement avec ses amis qui sont à l’avant du cortège. Ce dernier entre enfin dans une ville de Strasbourg quadrillée par les forces de l’ordre. Devant le Hall Rhenus, c’est l’arrêt final. Plus possible d’avancer. Les agriculteurs rejoignent le lieu de rassemblement pour écouter les différentes interventions devant le Parlement européen. Autour, les rues sont remplies par plus d’un millier et demi de tracteurs. Une vision étonnante dans une partie de la ville alors silencieuse. Pascal Claude, choucroutier à Chavannes-sur-l’Etang, a lui, fait le déplacement en voiture. « J’étais pris ce matin par mon travail, mais je me sens évidemment concerné. Alors, je suis venu en signe de soutien. J’ai reconnu de nombreux professionnels de mon secteur. Cette mobilisation est un message que nos interlocuteurs doivent prendre en compte », indique le professionnel. C’est avec une heure et demi de retard sur l’horaire prévu que les agriculteurs vont ensuite reprendre la route en sens inverse. Toujours dans l’ordre et la discipline. La délégation du Sud Alsace retrouve ses terres en début de soirée. Il est 21 h 30 passé quand le Sundgau est atteint. Il est temps pour certains de retrouver leur cheptel, pour d’autres de prendre le temps de faire le bilan de cette journée de mobilisation réussie.    

Publié le 30/04/2021

Le 26 avril, le préfet du Haut-Rhin, Louis Laugier, était convié par la profession agricole pour venir voir d’un peu plus près les « réalités » actuelles des agriculteurs de montagne, mais aussi les problématiques liées à la gestion de l’eau. Une rencontre riche en témoignages qui laisse entrevoir de grosses difficultés, mais aussi quelques motifs d’espoir.

Chez les agriculteurs de montagne, il n’y a pas seulement des difficultés. Ainsi des fermes ont su se développer, se diversifier et ont un avenir garanti à moyen terme grâce à une transmission déjà planifiée. « C’est pour cela que nous vous avons invité ici aujourd’hui, à Osenbach, où se trouvent deux exploitations dynamiques qui ont su progressivement répondre aux défis qui leur étaient imposés », explique en préambule le premier vice-président de la Chambre d’agriculture Alsace, Denis Nass, lors d’une rencontre organisée avec le préfet du Haut-Rhin, Louis Laugier, le 26 avril. Dans cette commune de moins de mille habitants, les fermes Motsch-Gollentz et Rué ont en effet la particularité de produire céréales et lait, tout en ayant une activité de transformation et de vente directe. Et dans les deux cas, les enfants ont déjà prévu de prendre le relais lors du départ en retraite de leurs parents. « C’est un immense soulagement pour nous », révèle le maire d’Osenbach, Christian Michaud. « Nous allons à la catastrophe » Cet optimisme reste néanmoins voilé d’inquiétudes de plus en plus fortes. Il y a d’abord le problème croissant des sécheresses qui pose de réels problèmes pour l’autonomie fourragère des exploitations. « Quand je me suis installé il y a 25 ans, ce problème n’existait pas. Heureusement que je peux produire du fourrage à Merxheim grâce au réseau d’irrigation collectif qui a été mis en place (lire plus bas). Aujourd’hui, 50 % de l’alimentation de mes bêtes vient de là-bas », témoigne David Gollentz. Un pourcentage qui l’empêcherait par exemple de produire du munster fermier ; le cahier des charges de l’AOP exige en effet qu’au moins 70 % du fourrage soit autoproduit aux alentours de la ferme. À cela s’ajoute l’obligation d’avoir 95 % du fourrage qui provienne de la zone AOP. « Quand vous voyez les problèmes d’eau qu’on a, ajoutés aux dégâts de gibier qui augmentent de manière exponentielle, vous voyez bien qu’on se dirige vers une situation catastrophique si rien n’est fait. La montagne brûle Monsieur le préfet », avertit le président de l’Association du munster fermier (AMF), Claude Schoeffel. Ange Loing, coresponsable du dossier chasse à la FDSEA du Haut-Rhin, enfonce le clou : « Oui, la situation est catastrophique. Nous avons des prairies où plus rien ne pousse par manque d’eau, et quand on sème à nouveau, c’est le gibier qui termine le travail. La survie de nos exploitations est en jeu. Les chasseurs sont dépassés par la situation, même ceux de bonne volonté. Il faut des moyens supplémentaires et nouveaux pour faire baisser cette pression. Sinon, en effet, nous allons à la catastrophe. » Le président de la FDSEA 68, Pascal Wittmann, en profite pour rappeler que cette problématique de gibier se retrouve dans la majeure partie du département. En guise de solution, il propose ainsi d’identifier « ceux qui posent problème » dans le Haut-Rhin. « On doit prendre des mesures face à ceux qui ne jouent pas le jeu. » Le conseiller régional, Patrick Bastian, propose une autre solution pour mettre fin au problème : la stérilisation du gibier. « En Allemagne, pour protéger la forêt, ils ont supprimé les cervidés pendant quinze ans. C’est radical mais cela a fonctionné. Chez nous, on n’arrive plus à financer la forêt correctement tellement les dégâts coûtent cher. Cela ne peut plus continuer. » Pas de transmission sans visibilité Cette vision pessimiste de l’avenir est accentuée par le manque de visibilité sur les Mesures agro-environnementales. Un dispositif unique en France, permettant de répondre à des demandes de la société - zéro phyto et plus de biodiversité - mais remis en question au grand dam des responsables syndicaux haut-rhinois. « On est en avance sur ces questions de société et on nous dit d’aller doucement. On a vraiment du mal à comprendre », ajoute Ange Loing. Michel Habig, conseiller d’Alsace à la CEA, partage la même interrogation : « Il n’y a pas de perspectives, pas de réponses précises. Pourtant, nous le voyons bien ici : sans les agriculteurs pour façonner ce paysage de montagne, il y aurait des friches. Il faut que ces MAE soient renouvelées pour au moins cinq ans pour qu’ils puissent continuer à le faire et inciter les jeunes à reprendre. » Avec 40 % des agriculteurs qui vont partir en retraite au cours des dix prochaines années, il va en effet falloir donner des raisons d’y croire pour les éventuels repreneurs. Pierre-Luc Tischmacher, pour les JA 68, rappelle au préfet que les jeunes ont de l’ambition, de la motivation et la volonté d’entreprendre. « Faites-nous confiance pour reprendre le flambeau et aller plus loin. Mais pour y arriver, nous aurons besoin de l’aide de l’État, de l’Europe et de l’accompagnement bienveillant de l’administration. » Cultiver le « bien vivre ensemble » C’est aussi à elle que s’adresse le président des fermiers aubergistes, Serge Sifferlen, pour « garder ce joyau » qu’est la montagne vosgienne. « Aujourd’hui, tout le monde veut profiter de la montagne, et c’est tant mieux. Mais il faut des garde-fous pour éviter que cela devienne l’anarchie. Il faudra trouver des solutions contre la vitesse et le bruit les jours où il y a beaucoup de monde. Mais des solutions intelligentes sans tomber dans des extrêmes. Nous comptons sur vous pour nous accompagner lorsque nous serons déconfinés. Pas comme l’an passé où on a eu l’impression d’être un peu abandonnés pendant trois semaines. » Pour parvenir à une solution qui fonctionne sur le long terme, Christophe Rué est persuadé qu’il faut avant tout cultiver le « bien vivre ensemble ». « La montagne est un espace économique comme un espace de loisir. C’est un équilibre qu’il n’est pas toujours facile de trouver, mais il est essentiel. Il permet par exemple de favoriser la vente directe de nos produits, une solution parmi d’autres qui permet à nos fermes de vivre. » Des structures qu’il ne faut d’ailleurs pas oublier dans le développement du très haut débit dans le département estime pour sa part le député Jacques Cattin. « Il faut accélérer les investissements pour que les fermiers aubergistes et les fermes isolées soient connectés comme le reste de la population. Aujourd’hui, les commandes et réservations se font en ligne, comme pour les restaurants. » Des solutions pour mieux gérer l’eau La problématique de l’eau n’est malheureusement pas l’apanage de la montagne. À quelques kilomètres en contrebas, l’accès à la ressource pose là encore de plus en question. Sauf quand les agriculteurs se retroussent les manches pour trouver des solutions durables. C’est le cas à Merxheim où un réseau collectif d’irrigation a vu le jour il y a 11 ans. Un ouvrage que découvre le préfet pour la première fois depuis son arrivée dans le Haut-Rhin. « Ces agriculteurs ont été en avance sur leur temps, commente le président de l’Apco, Thomas Obrecht. Cela montre que des solutions existent pour résoudre les problèmes d’alimentation en eau. Ce qui a été fait ici peut être reproduit ailleurs. » Il rappelle au représentant de l’État que la problématique principale n’est pas la quantité d’eau disponible dans le département, mais bel et bien sa répartition. « On a une nappe de 35 milliards de mètres cubes dans laquelle on ne pompe que 100 millions de mètres cubes par an, soit 10 % du volume renouvelé annuellement. On n’a pas l’impression de voler qui que ce soit. Pourquoi vouloir nous mettre des restrictions alors que la ressource est présente en abondance ? » Thomas Obrecht milite en revanche pour un transfert de la gestion des canaux de la Hardt de l’État à des acteurs locaux. « Mais avec des moyens financiers. Il y a des solutions à mettre en place pour injecter davantage d’eau dans la nappe avec ces canaux. Mais cela nécessite des investissements financiers assez conséquents. Et sur ce point, EDF ne joue clairement pas le jeu », regrette-t-il. Des solutions sont aussi à explorer au niveau des rivières et des ruisseaux du Centre Alsace, dont l’entretien a été laissé de côté au fil du temps. « Mais là encore, cela nécessite que tous les acteurs soient réunis autour de la table. » Une Pac qui inquiète Pour Pascal Wittmann, il ne pourra pas y voir de sérénité sans « visibilité ». « On voudrait avoir une vision globale de notre agriculture à moyen terme. Mais avec la Pac qui se profile, on est dans le flou. Et il y a des lignes rouges qu’il ne faudra pas franchir », prévient le responsable syndical. Outre un renouvellement sur plusieurs années des MAE, la profession demande surtout que la rotation envisagée à la parcelle telle qu’envisagée dans la future Pac ne voit pas le jour. « Pour notre agriculture haut-rhinoise, cela serait catastrophique encore une fois. Les céréaliers perdraient 30 % de leur chiffre d’affaires, tandis que les éleveurs perdraient la partie la plus importante de leurs rations alimentaires. Il faut quand même savoir que ce sont ceux qui ont des fermes herbagères qui s’en sortent le moins bien en ce moment. C’est grâce au maïs qu’ils s’en sortent. » La FDSEA est aussi inquiète des futurs contours du Plan stratégique national (PSN), la planification stratégique de la Pac à l’échelle nationale. « Et là, c’est l’État qui décide, donc vous », considère Pascal Wittmann. « On classifie les cultures d’automne comme une seule culture alors qu’il faudrait les séparer. Si on laisse par exemple le maïs et la betterave dans le même module, c’est la mort de la sucrerie d’Erstein. Est-ce cela qu’on veut ? » Prendre un peu de hauteur Très attentif au cours de cette visite, le préfet du Haut-Rhin, se veut « pragmatique ». Concernant la chasse, il a bien conscience de la complexité du sujet dans lequel il s’était déjà investi en novembre dernier et pendant l’hiver en prolongeant la chasse contre le gibier problématique. « Il y a une réalité : la pression sur le gibier est trop faible dans le département, il n’y a pas assez de chasseurs si on compare à d’autres départements. » La cause principale à ses yeux est le coût « exorbitant » des lots de chasses. « Là, on a un vrai problème. C’est un billet financier inaccessible pour un chasseur. Je comprends que c’est un revenu pour les communes, mais à long terme, la remise en état des forêts va coûter plus cher. » Sur la question de l’eau, il faut à ses yeux « prendre un peu de hauteur ». « On n’aborde ce dossier qu’en temps de crise en disant qu’il faut restreindre l’accès pour untel ou untel. Il faut réfléchir différemment quand on sait que le niveau de précipitations est toujours le même durant l’année, seule la répartition n’est plus la même. Il y a donc des choses à faire au niveau du stockage, mais aussi au niveau de l’état du réseau qui est peut-être à revoir par endroits. » Pour avancer sur l’ensemble des problématiques, Louis Laugier invite le monde agricole à lui transmettre les « bonnes informations ». « Si le message est clair et compréhensible, c’est d’autant plus simple pour moi de le relayer. »

Association Savoir vert des agriculteurs d’Alsace

Parler du métier avec pédagogie

Publié le 26/04/2021

Les premières fermes pédagogiques du Savoir Vert des agriculteurs d’Alsace ont connu un vrai succès. De nouveaux rendez-vous sont programmés sur l’ensemble de la région à partir du 24 juin, avec un réseau de seize exploitations.

L’objectif recherché pour l’association, présidée par Ange Loing, est de faire connaître le monde agricole aux enfants en proposant aux enseignants un support pédagogique et une collaboration étroite de façon à éveiller la curiosité et le sens de l’observation des élèves. Ces fermes pédagogiques ont également pour mission de faire connaître les phénomènes de la vie agricole, de faire découvrir le métier d’agriculteur et la vie des campagnes, de sensibiliser les enfants au respect de l’environnement, ou encore de mieux leur faire apprécier l’origine des produits alimentaires. « Au sein du Savoir Vert, nous avons la chance de posséder une vitrine de toutes les exploitations agricoles. Nous sommes tous fiers de notre métier et des valeurs que nous représentons en Alsace notamment », explique Ange Loing. Le principe est de proposer aux enseignants volontaires une visite à la ferme d’une demi-journée ou d’une journée dans le cadre d’un projet pédagogique. C’est ce qui s’est encore récemment passé à la ferme Malaitis à Jebsheim et à l’EARL Hussherr-Bras à Roggenhouse. Le 23 mars, ce sont 26 élèves de CP-CE1 de l’école de Biesheim qui ont été accueillis par Charlotte Feuerbach sur son élevage laitier. Le thème de cette visite concernait le veau. « Avant la venue des enfants, j’ai échangé avec l’équipe pédagogique en expliquant mon travail et ce qu’il était possible de voir à la ferme Malaitis. Les élèves ont alors effectué un travail préalable sur ce thème. Ils ont pu imaginer ce qu’étaient une vache et son veau. Ils sont ensuite venus sur place. La visite a duré deux heures. Ils ont pu poser leurs questions. Je leur ai expliqué mon travail, les différentes races de vache, le métier d’agriculteur, l’alimentation de la vache et de son veau, la production, la morphologie de l’animal, la différence entre une vache, un veau et une génisse. Ils ont pu voir le robot de traite. Ils ont découvert que cela ne sentait pas forcément bon. Ils étaient très curieux et captés par la présentation », se félicite Charlotte Feuerbach. Quelques jours après, elle a reçu un courrier avec un dessin de chaque enfant représentant une sorte de reportage en rapport avec cette visite. « L’objectif est atteint. Les messages sont passés. Nous avons pu présenter le métier et notre travail. Cette réalité agricole, nous devons la communiquer. Et c’est la raison d’être de cette association. Sensibiliser les plus jeunes permet également de sensibiliser leurs parents », ajoute Charlotte Feuerbach qui est également la vice-présidente de l’association.   ? Aujourd'hui, les élèves de l'école de Biesheim ont pu découvrir l'élevage laitier à la Ferme Malaitis ! ? Charlotte... Publiée par Le Savoir Vert des Agriculteurs d'Alsace sur Mardi 23 mars 2021   « Avoir la plus grande diversité possible » Cette première session a connu de bons débuts avec la participation de huit exploitations du Haut-Rhin. Il va maintenant prendre un espace encore plus important avec un réseau de 16 exploitations dans toute l’Alsace qui doit définitivement être opérationnel en janvier 2022. Mais c’est dès le 24 juin prochain, toujours à la ferme Malaitis à Jebsheim que les professionnels concernés doivent se retrouver pour faire le point sur les actions en cours, les activités de l’association, rappeler la démarche aux nouvelles recrues et débuter une formation sur neuf journées. « Nous étions précisément neuf au départ. Un seul a arrêté pour des raisons personnelles. Les huit autres sont enthousiastes. Ils représentent toutes les filières agricoles et tous les secteurs du département du Haut-Rhin. Nous nous étendons désormais dans toute l’Alsace. Nous allons maintenant débuter cette formation commune pour les professionnels de cette seconde session. Le but de l’association est d’avoir la plus grande diversité possible », ajoute Charlotte Feuerbach. L’association du Savoir Vert des agriculteurs d’Alsace est dans la même spirale positive que celle qui l’a précédé dans les Hauts-de-France et qui est appelée à concerner l’ensemble du territoire national. Outre ses actions de « terrain » avec les écoles et les enfants, elle communique également largement sur son site internet et sur un réseau social bien connu.   À revoir :

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