Vie professionnelle

Chambre d'agriculture Alsace

Vaccinée à la relance

Publié le 12/03/2021

La session de la Chambre d'agriculture Alsace s’est tenue en visioconférence le 5 mars. Les élus ont évoqué le contexte sanitaire et le plan de relance dans lequel le monde agricole compte prendre toute sa part. La question de l’utilisation de l’eau et de sa qualité est également une préoccupation majeure.

La question des prix et du revenu reste au centre des préoccupations des agriculteurs. Si une embellie se dessine au niveau des cours mondiaux pour les céréales et le sucre, de nombreuses autres productions comme le vin, la viande et le lait restent sous la pression de prix insuffisants et de la hausse des charges. « La viticulture souffre toujours de la fermeture des restaurants avec l’absence de touristes et les taxes à l’export vers les États-Unis. Les productions animales ont du mal à répercuter la hausse des charges d’alimentation, en volaille et viande bovine notamment. La loi Egalim, qui était censée régler ces questions lors des négociations annuelles avec la grande distribution, a bien du mal à se concrétiser auprès des centrales d’achat. De façon évidente, le rapport de force entre la production et la distribution n’a pas encore changé de camp, loin s’en faut ! », explique le président de la Chambre d'agriculture Alsace (CAA), Denis Ramspacher. Et d’attendre toujours la concrétisation par des actes de cette souveraineté alimentaire tant attendue. « Produire plus, produire mieux en France et sur nos territoires doit avant tout permettre aux agriculteurs de vivre dignement du fruit de leur travail, en circuit court comme en circuit long, en bio comme en conventionnel. L’agriculture est certes un « métier passion » qui doit intégrer certaines contraintes en termes de climat, de temps de travail, de pénibilité parfois. Mais la passion ne suffit pas. Pas de revenu, pas d’avenir ! », ajoute Denis Ramspacher. Nouvelle Pac : vigilance Il a ensuite rappelé les principaux points de vigilance concernant la réforme de la Politique agricole commune (Pac). À commencer par la convergence des aides que la profession agricole souhaite la plus progressive possible. Le contenu des éco-régimes sera également observé. Ils doivent rester accessibles à tous les agriculteurs avec comme point crucial de la rotation des cultures. « Nous rappelons aussi notre attachement à l’efficience des outils de gestion des risques et aux mesures du deuxième pilier qui doivent accompagner les transitions et les investissements productifs dans les exploitations », précise le président de la CAA qui a salué la décision de la Région Grand Est de cofinancer l’ensemble des dossiers de demande d’aides sur le Plan de compétitivité et d’adaptation des entreprises (PCAE) 2020. Ce programme a connu en 2020 un gros succès dans toute la région, avec en Alsace 354 demandes correspondant à 48 millions d’euros (M€) d’investissements. « Plus d’une centaine de dossiers qui étaient bloqués faute de cofinancement ont ainsi pu être rattrapés représentant plus de 2,6 M€ de subventions. Les investissements d’aujourd’hui sont essentiels pour préparer l’agriculture de demain », rappelle Denis Ramspacher qui a remercié le président du Conseil régional Jean Rottner, et l’élu en charge de la commission agriculture Patrick Bastian, pour leur soutien et leur action. Il s’est également félicité du dynamisme des agriculteurs alsaciens qui se sont positionnés sur les appels à projet « plan de relance » de FranceAgriMer. Méthanisation et solaire photovoltaïque Concernant le contexte plus régional, la transition énergétique et la production d’énergie renouvelable sont des facteurs de développement pour le monde agricole. « L’agriculture a assurément une belle carte à jouer avec la méthanisation mais aussi le solaire photovoltaïque. 45 unités de méthanisation individuelles ou collectives sont d’ores et déjà en service ou en construction en Alsace. Elles sont pour la plupart détenus par des agriculteurs et le plus souvent par des éleveurs qui valorisent leurs effluents, des résidus de culture, des cultures intermédiaires ou encore des biodéchets produits sur le territoire. Malgré certaines polémiques qu’on entend ici ou là, nous considérons incontestablement qu’il s’agit d’une démarche vertueuse sur le plan environnemental qui assure une valeur ajoutée réelle sur un plan économique pour les exploitations concernées et une réponse locale et concrète à la substitution d’énergie fossile. Le solaire photovoltaïque constitue une autre réponse pertinente à cet enjeu », estime Denis Ramspacher. Un appel à candidature a donc été lancé pour proposer aux agriculteurs d’étudier avec eux l’opportunité d’équiper les toitures de leurs bâtiments de panneaux photovoltaïques. L’objectif est de mieux les conseiller mais aussi de les accompagner dans les démarches techniques, économiques et administratives, y compris en massifiant les appels d’offres pour l’achat et l’installation des panneaux solaires. Plus de 160 agriculteurs alsaciens ont déjà manifesté leur intérêt pour la démarche, près de 60 ayant déjà participé à des formations sur le sujet. Eau : expliquer les préoccupations Le vice-président de la CAA Denis Nass, a ensuite abordé le sujet de l’eau. « C’est un sujet qui concerne les exploitations de la montagne que nous devons continuer de soutenir pour préserver notamment l’élevage. C’est également un sujet dans le Sundgau où il n’y a pas d’irrigation. Et c’est un sujet dans la plaine d’Alsace où, précisément, l’irrigation est souvent une solution. Il faut donc être présent sur ce dossier. Nous avons face à nous de nouveaux élus dans les collectivités. Il faut leur expliquer nos préoccupations. Il en va de l’avenir de nos métiers. » C’est également le cas dans les échanges concernant la directive Nitrates et le périmètre de la zone de vulnérabilité. Notamment dans le nord du Bas-Rhin et le sud du Haut-Rhin. « L’administration doit prendre conscience que la nomenclature imposée met en danger l’élevage. Elle risque d’accélérer la disparition des prairies qu’on veut pourtant préserver. Nous sommes également inquiets sur le cahier des charges demandé. Il aura un coût. Qui va le supporter ? », s’interroge Denis Nass. Il indique que des propositions ont été soumises à l’administration et qu’un retour positif est attendu. Nitrates : amélioration sensible Le fonctionnement des agences de développement agricole et rural (ADAR) et les projets alimentaires territoriaux (PAT) sont également suivis avec attention, en lien avec les élus locaux. Il s’agit de continuer à valoriser les productions agricoles. « On continuera à jouer notre rôle dans le cadre du plan de relance pour que nos outils de transformation puissent bénéficier du soutien nécessaire », prévient Denis Nass. Concernant les nitrates, cela reste un problème sur les eaux superficielles. « Dans le secteur du Seltzbach (nord du Bas-Rhin), deux stations d’épurations sont sous-dimensionnées. Malgré tout, les analyses de leurs rejets sont conformes. Le problème arrive lorsque le réseau sature. Les déversoirs refoulent les eaux usées qui prennent la direction de la rivière », précise Didier Braun, secrétaire général adjoint de la CAA. Pour sa part, Denis Hommel, élu dans la toute nouvelle communauté européenne d’Alsace suit ces questions avec attention. « La qualité de l’eau est un dossier qui n’est pas toujours abordé sereinement. On a pourtant obtenu des succès ensemble. Les secteurs encore concernés par les nitrates ne doivent pas faire oublier qu’ailleurs, cela s’est sensiblement amélioré. Dans de nombreux secteurs, il y a des taux de nitrates proches des milieux naturels. Nous avons donc réussi à préserver la qualité bactériologique de l’eau. Sur les molécules agricoles, on a aussi amélioré les choses », souligne Denis Hommel.   ?‍????‍ [COMMISSION COMMUNICATION] Conférence de presse sur la présentation des résultats de l'enquête d'opinion sur l'... Publiée par Chambre d'agriculture Alsace sur Mardi 2 mars 2021  

Étude d’image de l’agriculture en Alsace

Un état des lieux « encourageant »

Publié le 11/03/2021

Lancée à la fin de l’année 2020 par la Chambre d'agriculture et l’Adira, l’étude sur l’image de l’agriculture en Alsace a rendu son verdict. Si les agriculteurs sont aujourd’hui « fiers » de pratiquer leur métier, ils nourrissent de réelles inquiétudes pour leur futur proche et regrettent que leur métier ne soit pas mieux considéré. De l’autre côté, les Alsaciens plébiscitent l’agriculture alsacienne, l’encouragent à progresser, tout en admettant manquer d’informations « objectives » pour se faire une réelle opinion sur certains sujets.

Mettre fin aux malentendus, aux a priori, aux raccourcis hasardeux. En lançant, à la fin de l’année 2020, une vaste étude sur l’image de l’agriculture en Alsace, la Chambre d'agriculture, en lien avec l’Agence de développement d’Alsace (Adira), a souhaité dresser un état des lieux objectif de la perception des citoyens, mais aussi des agriculteurs, sur ce secteur d’activité indispensable à la société, mais aussi très souvent décrié dans les médias. Un agribashing très mal vécu par les agriculteurs, partagés entre colère, désarroi et incompréhension. « Nous avons l’impression d’avoir fait du bon travail. Et en retour, on voit ça. Ça nous blesse », révèle le président de la Chambre d'agriculture Alsace (CAA), Denis Ramspacher. Plutôt que de se laisser abattre, la profession alsacienne souhaite reprendre sa communication en main, pour parler « positivement » de ses métiers et pratiques. « Mais avant de faire de la com' efficace, il faut d’abord identifier quels sont les problèmes afin d’établir un plan d’actions derrière », poursuit-il. Ce sont les deux responsables de la commission Communication de la Chambre, Julien Koegler et Ange Loing, qui ont supervisé cette étude d’opinion qui doit permettre de définir les leviers pour créer une image « fédératrice » et « valorisante » des agriculteurs alsaciens. Celle-ci a été menée par un cabinet indépendant missionné par l’Adira, afin d’avoir une vision « claire » et totalement neutre de la situation actuelle.   ?‍????‍ [COMMISSION COMMUNICATION] Conférence de presse sur la présentation des résultats de l'enquête d'opinion sur l'... Publiée par Chambre d'agriculture Alsace sur Mardi 2 mars 2021   Des « inquiétudes » à moyen terme La première enquête a été réalisée entre le 16 décembre et le 13 janvier sur un échantillon représentatif de 767 agriculteurs alsaciens. Ils ont dû répondre par internet, à un questionnaire proposé par le cabinet EDinstitut et validé par la CAA. Le premier enseignement, et il est encourageant, c’est qu’actuellement, deux agriculteurs alsaciens sur trois ont le moral et autant estiment que la situation économique de leur exploitation est « acceptable » à « bonne ». C’est quand on se projette sur le moyen terme que le tableau se noircit légèrement ; une majorité des agriculteurs interrogés sont en effet inquiets à propos des perspectives économiques des deux à trois prochaines années. Plusieurs sujets alimentent ce pessimisme ambiant. En tête de liste, on trouve les critiques répétées et les attaques médiatiques contre le secteur agricole. « Plus globalement, ils estiment que les médias ne parlent pas assez d’agriculture. Et quand ils le font, c’est très souvent de manière négative. Ils ne se sentent pas assez soutenus », indique Julien Koegler. Sont cités ensuite la baisse et la volatilité des cours des matières agricoles, le durcissement de la réglementation environnementale, la concurrence étrangère, et enfin la réforme de la Pac. « Fiers » mais « déconsidérés » Il y a tout de même un rayon de soleil dans cette grisaille redoutée : la relation avec les Alsaciens. Les agriculteurs estiment en effet que ces derniers ont une bonne image de leur profession, et ont confiance dans la qualité de leurs produits. Ils sont d’ailleurs convaincus que les relations avec les consommateurs peuvent être améliorées. Pour cela, pas de secret : la transparence et la pédagogie, tant sur les métiers agricoles au sens large, que sur les pratiques et les contraintes qu’elles impliquent. Malgré les difficultés, malgré les inquiétudes, les agriculteurs alsaciens restent « fiers » du métier qu’ils exercent au quotidien même s’ils ont le sentiment que leur profession n’est pas assez « considérée » et n’est pas en « phase avec la société ». « Ils sont contents de bosser dans leur exploitation », souligne Julien Koegler. Pour autant, ils gardent à l’esprit que la passion du métier ne fait pas tout. « C’est pour cela qu’ils sont partagés sur l’avenir de leur métier, car il ne leur permet pas de bien gagner leur vie à l’heure actuelle. Il faut que le travail soit rémunérateur, c’est la base », poursuit-il. Une agriculture « plébiscitée »… Du côté des consommateurs alsaciens, l’échantillon des 400 personnes interrogées par téléphone du 1er au 12 décembre ; l’image des agriculteurs est positive. « Ils estiment qu’elle est utile, proche des consommateurs, répond à leurs besoins alimentaires, et participe au dynamisme de l’Alsace », liste Ange Loing. Ils ont confiance en elle pour produire des produits sains et de qualité, notamment la filière fruits et légumes qui est très plébiscitée. « On voit que le travail de communication mené par l’interprofession, porte ses fruits », observe Ange Loing. La confiance des consommateurs est également importante envers les filières viande, lait, et viticole. Tous ces produits estampillés « Alsace » sont justement « faciles » à trouver pour les personnes interrogées, que ce soit dans les grandes surfaces, ou via les nombreux points de vente alternatifs disséminés sur le territoire. Et 83% des personnes interrogées sont prêtes à payer plus cher leurs produits alimentaires pour garantir un revenu correct aux agriculteurs d'Alsace. …et « mal comprise » Même s’ils l’apprécient, et apprécient ses produits, les citoyens alsaciens identifient quatre principaux défis que devra relever l’agriculture alsacienne dans les prochaines années : la réduction de l’usage des engrais ou des pesticides, le développement de l’agriculture bio, le respect de l’environnement, et le développement des circuits courts et de la vente directe. « Maintenant, on peut se demander dans quelle mesure ces réponses sont influencées par les articles de presse grand public », se demande Ange Loing. Son analyse n’est peut-être pas très loin de la réalité. Dans la suite de l’enquête, les personnes interrogées reconnaissent manquer de connaissances sur l’agriculture pour avoir un avis « objectif » sur des sujets comme le bien-être animal, l’usage des pesticides ou des antibiotiques. « Ils n’ont globalement pas assez d’éléments pour répondre. Certains préfèrent s’abstenir de répondre, plutôt que de dire quelque chose de faux. » Les citoyens alsaciens sont en revanche sûrs d’une chose : les agriculteurs peuvent être « fiers » de leur métier, même s’ils ont bien conscience qu’il est « très contraignant », « difficile » et « peu rémunérateur ». Ils sont néanmoins encouragés à poursuivre leurs activités, maintiennent les personnes sondées. « En conclusion, on voit bien la nécessité d’expliquer notre métier au quotidien, d’être le plus transparent possible pour que tout le monde comprenne ce que fait un agriculteur, et pourquoi. L’image de Martine à la ferme n’existe plus que dans les livres », ajoute Ange Loing. Maintenant que cet état des lieux a rendu son verdict, il va falloir passer à l’étape d’après : la création de l’association Agriculteurs d’Alsace (lire nos éditions du 1er janvier). Inspirée des exemples suisse et breton, cette future association, dont certains contours restent à définir, aura la lourde tâche de « restaurer la fierté » d’exercer le métier d’agriculteur, redonner de la « confiance », rétablir la « réalité du métier », et renforcer le « dialogue » avec le grand public. Ce nouvel instrument de communication « positive » doit voir le jour dans le courant de l’année 2021.     Etude d'image de l'agriculture en Alsace    

Jeunes Agriculteurs du Haut-Rhin

Maintenir la pression sur tous les fronts

Publié le 28/02/2021

L’assemblée générale des Jeunes Agriculteurs du Haut-Rhin s’est déroulée cette année à huis clos, dans les locaux de la Maison de l’Agriculture, à Sainte-Croix-en-Plaine. Un contexte inédit qui n’a pas empêché de faire le point sur les gros dossiers syndicaux de l’année écoulée, et ceux qui vont animer les mois à venir : veille concernant les projets photovoltaïques, loi Egalim, irrigation, etc.

Ils n’étaient pas trop de deux. Il y a un an, Patrick Meyer et Jérémy Pflieger prenaient ensemble la présidence des Jeunes Agriculteurs (JA) du Haut-Rhin, une fonction historiquement assumée par une seule personne. Une première dans l’histoire du syndicat départemental, et une décision au final très judicieuse. « Cela nous a permis d’être présents sur de nombreux sujets et auprès des services l’État », témoignent-ils de concert à l’issue de l’assemblée générale. Chaque dossier est géré par un groupe de travail ou un référent. « On délègue beaucoup aux administrateurs et nous dirigeons les grandes orientations. »   En direct de notre assemblée générale JA 68 qui se déroule en huis-clos avec les adhérents :D Divers sujets abordés... Publiée par Jeunes Agriculteurs du Haut-Rhin sur Jeudi 11 février 2021   Réguler la consommation foncière Outre l’installation qui reste le « cœur » de l’action JA, la préservation du foncier a occupé une part importante de l’année écoulée. « On n’est plus agriculteur si on n’a plus de terre », exposent simplement les trois coresponsables du dossier « foncier », Émeric Bendele, Jean Godinat et Pierre-Luc Tischmacher. Comme leurs aînés de la FDSEA, les JA s’efforcent de préserver au maximum les intérêts du monde agricole, tout en permettant un développement économique et urbain « réfléchi ». « Nous sommes pour l’esprit d’entreprendre, il faut juste y fixer des limites pour que, dans quelques années, il nous reste du foncier à transmettre à une nouvelle génération d’agriculteurs », poursuivent-ils. Cela sous-entend, d’une part, d’être présent et actif dans les CDPENAF (Commissions départementales de préservations des espaces naturels, agricoles et forestiers) pour ajouter de la cohérence dans certains projets présentés. Mais aussi pour mettre en évidence une consommation foncière « sans états d’âme » de certaines agglomérations dans l’élaboration des nouveaux plans locaux d’urbanisme, intercommunaux ou non. Si la pression sur le foncier agricole augmente, c’est toute la politique d’installation qui est remise en cause. Elle a beau être assez dynamique aujourd’hui (lire encadré), elle pourrait très bien être fragilisée dans les années à venir si le foncier n’est pas suffisamment régulé et protégé. « Quelle perspective a-t-on si on doit travailler toute sa vie uniquement pour financer le foncier ? Sa valeur doit être en adéquation avec la production. Les jeunes générations doivent y avoir accès à un prix raisonnable », poursuivent-ils. « Non » au photovoltaïque au sol Cette présence syndicale est aussi plus que nécessaire pour s’opposer à tout projet photovoltaïque sur des sols agricoles. « Nous serons intransigeants sur ce point. C’est quelque chose qu’on ne peut pas accepter. L’opportunisme économique est là, c’est donc très tentant. Mais nous resterons vigilants à toute forme de dérive », prévient Jérémy Pflieger. Les chiffres présentés ont de quoi inquiéter, en effet. « On parle de 10 000 hectares d’énergie solaire au sol dans les années à venir, c’est une tout autre dimension que celle liée à l’urbanisme. Ce n’est pas au monde agricole de se déshabiller pour permettre à l’État de remplir ses engagements de transition écologique. Et où est l’écologie s’il s’agit de bétonner et recouvrir des espaces vivants et cultivés, sachant le nombre de toitures, de parkings et de friches non valorisés ? On nous annonce de l’agrivoltaïsme, mais est-ce qu’une agriculture durable et saine peut trouver sa place sous ces panneaux solaires ? », s’interrogent les JA. Garantir la valeur ajoutée Si le terrain est indispensable à l’activité agricole, il ne fait pas tout non plus. Sans marge économique, sans revenu, toute entreprise est condamnée à plus ou moins long terme. Patrick Meyer n’a pas manqué de le rappeler : « Nos agriculteurs ont faim de valeur ajoutée. Où est la marge qui aurait dû revenir à nos fermiers à travers la loi Egalim ? On est capable de nous l’appliquer sans problème. Mais quand allons-nous enfin la faire appliquer aux industriels et aux GMS ? Sans le retour de cette valeur ajoutée, nous allons perdre notre diversité, la maîtrise de notre foncier au détriment d’investisseurs étrangers. Si rien n’est fait, c’est toute notre sécurité alimentaire qui sera menacée d’ici dix ans. » À cela s’ajoutent les incertitudes liées à la future Pac et la remise en cause de certaines pratiques agricoles comme l’irrigation. Un dossier crucial pour l’agriculture départementale, en plaine comme en montagne. Mais contrairement à leurs collègues céréaliers, les éleveurs du massif n’ont pas la chance d’avoir une immense réserve d’eau à quelques mètres sous terre pour satisfaire leurs besoins. « C’est pour cela que nous réfléchissons à des solutions qui leur permettraient d’être plus autonomes en mettant en œuvre des choses simples qui demandent peu de travail, pas de déforestation ou de grands ouvrages. Malheureusement, il y a des personnes qui nous mettent des bâtons dans les roues pour des raisons infondées », déplore Jérémy Pflieger. Une image « plus favorable » qu’avant Heureusement pour les JA et les agriculteurs de manière générale, il y a aussi des raisons d’être optimistes. Comme le souligne avec justesse Patrick Meyer, la « guerre » déclarée contre le Covid-19 a permis de mettre en lumière les professions « indispensables » à la survie de la société, dont l’agriculture. « Pendant le premier confinement, les consommateurs ont retrouvé le chemin de nos fermes et ont pu redécouvrir à quel point notre agriculture française et alsacienne est belle, diverse, variée et produite en quantité suffisante pour tous. » Depuis, cette dynamique a un peu faibli ; de nombreux consommateurs étant retournés à leurs anciennes habitudes d’achat. Néanmoins, des évolutions sont restées observe Jérémy Pflieger : « Notre image dans la société est un peu plus favorable qu’avant le premier confinement. Pourtant, nous n’avons pas changé nos pratiques. On ressent même une envie de s’installer, notamment chez des personnes qui ne sont pas issues du milieu. Cela nous montre que l’agriculture fait encore rêver. Et ça, c’est encourageant pour la suite ! »    

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