Vie professionnelle

Publié le 20/01/2021

Les responsables de la FDSEA et des JA du Haut-Rhin ont échangé avec le préfet Louis Laugier, lundi 11 janvier. La visite du Gaec de Wittelsheim, puis de l’abattoir départemental, à Cernay, a permis d’aborder les sujets d’actualités et les difficultés administratives auxquelles sont confrontés les agriculteurs haut-rhinois.

« Nous étions impatients de vous faire connaître l’agriculture alsacienne. Le Gaec de Wittelsheim est un site bien choisi. Il est représentatif de l’agriculture dans le Haut-Rhin. Il y a là un condensé des filières qui compense la petite taille de nos exploitations », explique en préambule le président de la FDSEA du Haut-Rhin, Pascal Wittmann. Il en profite pour faire un rappel historique de l’évolution de l’agriculture dans le département. « Longtemps, nos terres ont été pauvres jusqu’à l’arrivée de l’irrigation. Puis, il y a eu le développement du maïs qui nous a permis d’assurer l’autonomie fourragère des exploitations de plaine, notamment. Nous avons un parcellaire morcelé. Du coup, la réalité économique d’une exploitation agricole est une alchimie subtile. Nous sommes comme des funambules en équilibre. Nous devons maintenir nos marchés et nous développer au niveau économique, tout en faisant face à des contraintes et des règles administratives qui sont devenues une épée de Damoclès pour nos petites structures », ajoute Pascal Wittmann. Tout au long de l’après-midi, les représentants de la profession agricole vont le rappeler au préfet : ils veulent évoluer et relever tous les défis qui se présentent à eux ; climatiques, notamment. Mais il est impératif que les futures réformes se fassent avec les agriculteurs et pas contre eux. « Les agriculteurs doivent être au cœur des réflexions et des projets de réforme », insiste le président de la FDSEA du Haut-Rhin. L’un des associés du Gaec de Wittelsheim, Michel Rohrbach, présente ensuite l’exploitation. Elle a été créée à la fin des années 1970, par deux familles. Elle est restée aujourd’hui une structure familiale. L’arrivée des quotas laitiers en 1984 permet le développement de la ferme qui a alors une centaine de vaches. « Nous sommes ici dans le bassin potassique. Nous avons toujours été considérés comme une grosse ferme. Ici, pendant longtemps, tout le monde travaillait à la mine. Avec l’irrigation, nous avons pu nous lancer dans un nouveau projet, dans les années 2000. Nous avons investi dans un atelier laitier performant car nous sommes une équipe d’agriculteurs âgés de moins de 40 ans. Les difficultés de départ pour obtenir le permis ne nous ont pas démotivés. Nous avons eu raison d’y croire. L’outil est aujourd’hui bien fait et performant. Les conditions de travail sont agréables et le bien-être animal est assuré », se félicite Michel Rohrbach. Les fermes laitières sont de moins en moins nombreuses. Entre le Gaec de Wittelsheim et la région de Colmar, il n’y en a plus. Il faut aller dans le Sundgau et en montagne. « Une ferme est une entreprise. Nous sommes ici producteurs de lait. Mais également de céréales. Nous faisons aussi du séchage. Nous développons les circuits courts et nous sommes dans une zone renforcée concernant l’eau. Il a fallu évoluer économiquement et techniquement pour nous développer, précise Michel Rohrbach. Comme il en a pris l’habitude lors de réunions syndicales, l’éleveur mime avec des seaux toutes les contraintes auxquels les agriculteurs sont soumis dans leur gestion quotidienne des exploitations.   Rencontre avec Louis Laugier, préfet du Haut-Rhin, au GAEC de Wittelsheim puis à l'abattoir de Cernay, pour lui faire... Publiée par Fdsea Du Haut-Rhin sur Mardi 12 janvier 2021   Les productions irriguées : « cœur battant » de l’agriculture alsacienne Avant de faire la visite des lieux, le préfet tient à lui répondre immédiatement. « Avec mes services et ceux de la direction départementale des territoires (DDT), l’objectif est de faciliter les choses même si les règles sont complexes. Vous évoquez souvent, et à juste titre, vos problèmes et vos difficultés. Mais il n’y a pas que cela. Quand vous parlez toutes et tous de votre métier, vous le faites comme des passionnés. Dans chaque profession, il y a des exigences, des conditions de vie et une organisation personnelle qui jouent sur le moral et la difficulté du métier. Nous sommes là pour vous écouter et aller de l’avant avec vous », observe Louis Laugier. En effectuant le tour de la ferme, Michel Rohrbach rappelle au préfet : « l’eau, c’est mon coffre-fort et le maïs ma sécurité alimentaire ». Précisément, cette gestion de l’eau accompagnée de celle du foncier va faire l’objet d’un long échange. Car, pour les professionnels, sans cela, il n’y a pas d’élevage, d’agriculture ni de viticulture. « Les productions irriguées constituent le « cœur battant » de notre vitalité agricole alsacienne. La crise sanitaire a permis de redécouvrir l’importance d’une production agricole française. L’irrigation est nécessaire pour produire avec régularité et consommer local en Alsace. L’irrigation est donc notre meilleure alliée pour une agriculture régionale de qualité et pour un approvisionnement garanti tout au long de l’année. Elle nécessite des investissements importants. Les agriculteurs doivent être soutenus pour se lancer dans ce type de projet et accéder aux équipements les plus efficaces sur le plan agronomique, tout en étant économes en eau. Et surtout, ils doivent être associés à toutes les réflexions qui viseraient à modifier les usages agricoles de l’eau. Ces réflexions doivent prendre en compte toutes les données. Qu’elles soient historiques, juridiques, agronomiques et/ou économiques », note Thomas Obrecht en charge de ce dossier à la FDSEA du Haut-Rhin. Et de rappeler que la profession milite pour la création de retenues d’eau permettant de faire une gestion raisonnée de l’eau. Et sachant que les cultures intermédiaires pièges à nitrates (Cipan) ne sont pas des solutions efficaces si l’État n’assouplit pas les dates d’implantation. Préserver le foncier et le maïs Concernant le foncier agricole, il a été rappelé que ce sont chaque année plus de 600 hectares de terres agricoles qui disparaissent en Alsace au profit de lotissements, zones commerciales ou artisanales, photovoltaïques au sol ou encore gravières. « Sur ce point, nous ne sommes pas favorables à des projets comme le photovoltaïque au sol. Sous couvert de développer des énergies renouvelables, il n’y a pas lieu de priver l’agriculture de terres utiles à la souveraineté alimentaire de notre pays. Nos toitures agricoles et municipales peuvent accueillir ces panneaux photovoltaïques à la condition que l’État et les entreprises fournisseuses d’énergie jouent bien le jeu, et nous aident à obtenir des coûts de raccordement raisonnables », plaident Pascal Wittmann et Jérémy Pflieger, pour la FDSEA et les JA du Haut-Rhin. Les professionnels ont également sensibilisé le Préfet sur la réforme de la politique agricole commune. « Il faut tout faire pour préserver nos spécificités agricoles et le maïs », insistent-ils. Concernant le plan de relance, la FDSEA et les JA ont pris une part active. Ils souhaitent le soutien des services de l’État pour deux dossiers notamment : l’optimisation des canaux d’irrigation dans la plaine et, le développement d’une filière de production et déshydratation de la luzerne. La profession espère également que le dossier de soutien à l’abattoir y sera éligible. L’abattoir doit développer ses services Un abattoir visité dans la seconde partie de l’après-midi sous la direction du président Christophe Bitsch. Là également, l’historique du dossier a été présenté à Louis Laugier. « Nous travaillons dans de bonnes conditions sanitaires. Et en toute sécurité pour nos salariés. Les animaux sont respectés tout au long de la chaîne. Mais, pour pérenniser l’outil, il est indispensable de le développer. Dans ses locaux et dans ses services », estime Christophe Bitsch. Il est rappelé au préfet que l’abattoir, peu utilisé au départ et lourdement déficitaire, est désormais une entreprise utilisée par de nombreux éleveurs et équilibrée financièrement. Tout au long de cette période, il a reçu le soutien appuyé du Conseil départemental du Haut-Rhin. Il faut maintenant aller encore plus loin dans les services qu’un tel outil doit fournir à ses clients. La fin de la rencontre permet à René Zimpfer, responsable du dossier « chasse » à la FDSEA du Haut-Rhin de remercier le Préfet pour son intervention au début du second confinement. « Elle a permis de chasser une surpopulation de gibiers qui devient de plus en plus alarmante. Les agriculteurs subissent de plein fouet ces attaques de sangliers et autres espèces. Les dégâts sont considérables. Il faut donc que la chasse soit pratiquée au maximum. Non pas en tant que loisir mais parce qu’elle est indispensable à la régulation des nuisibles et à la protection de la production agricole. Nous vous demandons de continuer à prendre les mesures qui s’imposent face aux quelques chasseurs qui ne respectent pas leurs obligations », conclut René Zimpfer.

Ferme Lammert à Ensisheim

« J’ai vu un avant et un après »

Publié le 17/01/2021

Il y a cinq ans, Benjamin Lammert, agriculteur à Ensisheim, et sa compagne, Marie Casenave-Péré, ont créé un site internet pour présenter leur exploitation et le métier de céréalier dans la plaine d’Alsace. Un support de communication qui leur a permis progressivement de nouer un dialogue « constructif » et « apaisé » avec le grand public.

Sois le communicant que tu veux voir dans ta profession. Il y a cinq ans, Benjamin Lammert, agriculteur à Ensisheim, et sa compagne, Marie Casenave-Péré, salariée à mi-temps de l’exploitation, ont créé leur site internet présentant leur exploitation et le métier de céréalier dans la plaine d’Alsace. Un constat se faisait jour : le besoin quasi constant de devoir communiquer sur l’agriculture. Au-delà des institutions et des syndicats habitués à l’exercice médiatique, il manquait « un segment » à leurs yeux : le paysan qui parle directement sans filtre, sans étiquette, armé d'un discours pragmatique et argumenté. Voyant que rien n’émergeait au niveau collectif, Marie et Benjamin ont essayé de communiquer par leurs propres moyens. Une manière d’anticiper la crise « d’image » qui pointait le bout de son nez. « Il y avait déjà des débats sur le bien-être animal et on se disait qu’on aurait peut-être d’autres problèmes à cause des produits phytos. Trois ans plus tard, on était en plein dedans », se remémore Benjamin. Un premier pas à faire Mais concevoir un site internet, qui plus est clair et attrayant, demande des compétences ; tout comme une communication efficace avec un public pas ou très peu familiarisé avec le jargon technique agricole. Exit aussi les sujets polémiques qui font la une des médias. « Notre objectif était clair : dire ce qu’on fait, pourquoi on le fait, sans avoir à nous justifier comme si on était coupable de quelque chose, ou rentrer dans une contradiction stérile », explique le couple. Les faits, rien que les faits, la pédagogie en prime. Il a fallu pour cela rédiger des textes pertinents, illustrés par des photos parlantes, le tout classé dans des catégories claires et sans équivoque : « La ferme », « Les champs », « Nos pratiques », par exemple. « On doit traduire avec des termes non agricoles ce qu’on dit et ce qu’on fait », résume simplement Benjamin. Plusieurs mois ont été nécessaires pour faire naître ce portail de communication. C’est Marie qui a mis la main dans le cambouis en apprenant les rudiments de programmation. Grâce au bouche-à-oreille et à la puissance des réseaux sociaux, la plateforme se fait connaître. Les médias en font l’écho. TF1 et France 5 contactent Benjamin pour leur reportage sur le soja. Mais c’est aux abords de ses champs que l'exploitant constate l’impact de cette stratégie de communication. « J’ai vu un avant et un après. Avant, les promeneurs qui passaient à proximité étaient un peu gênés quand ils nous voyaient dans le tracteur. Ils n’osaient pas nous parler et ne savaient pas s’ils nous gênaient. Et puis ils ont découvert notre site. Ils ont vu qu’on était ouverts et qu’on ne demandait qu’à créer un dialogue. Maintenant, ils nous saluent, n’hésitent pas à s’arrêter pour poser des questions. Quand je traite mes parcelles et que des gens approchent, j’arrête le temps qu’ils passent. Derrière, ils font un signe pour me remercier. Clairement, avoir fait le premier pas a détendu tout le monde », témoigne Benjamin. Accepter les critiques sans culpabiliser Pour Benjamin, parler en public est un acquis issu, entre autres, de son parcours professionnel et syndical (il fait notamment partie du bureau de la Fédération française des producteurs d’oléagineux et de protéagineux). Progressivement, il a appris les techniques de communication qui font mouche. Mais pour lui, comme pour tant d’autres, il y a eu une première fois. « C’est jamais facile, quand on se lance. Prendre la parole, devant un parterre de gens muets, peut être déstabilisant. Mais, si on sait de quoi on parle, qu’on s’exprime avec ses tripes et qu’on fait l’effort de rentrer dans la tête des gens pour rendre son discours compréhensible, ça doit rouler », poursuit-il. Au fil des échanges avec les personnes extérieures au monde agricole, Marie et Benjamin ont relevé deux caractéristiques très fréquentes : la méconnaissance des sujets et, parfois aussi, une vision de l'agriculture dictée par la peur. « Beaucoup de personnes nous servent la soupe des médias, à base de messages simplifiés. Mais, si on les écoute, qu’on les comprend et qu’on commence à répondre intelligemment, on se rend aussi compte que le bon sens n’est jamais très loin. Les choses bougent doucement mais elles bougent. Par contre, cela sous-entend aussi de savoir faire preuve d’humilité sur ses pratiques. Comme tout le monde, nous devons accepter les critiques si elles sont justifiées et constructives », analyse Benjamin. Cela veut dire aussi que les agriculteurs doivent arrêter de « culpabiliser » quand ils se sentent pointés du doigt. « Certains voudraient nous faire passer pour les grands méchants. Il faut arrêter de croire à ça. Nous sommes des sentinelles de l’environnement. C’est une question qui nous intéresse et nous sommes capables d’aller de l’avant. On est prêt à faire le job que la société attend de nous, à condition qu’il y ait des solutions. Si on trouve une alternative au glyphosate, aussi efficace, au même prix ou moins cher, on sera les premiers à y aller. Ça, c’est une réponse pertinente et argumentée qui permet d’apaiser le débat. » Retour aux fondamentaux Si tous les arguments techniques, rationnels et de bon sens devaient ne pas suffire pour convaincre, il en reste un, essentiel : la faim. Sans agriculteur, pas de nourriture. « Avec l’épidémie de Covid-19, cette notion de sécurité alimentaire est revenue en force. La souveraineté de nos approvisionnements est redevenue un sujet prioritaire. Surtout, cela a donné un coup d’arrêt à l’agribashing qui prenait des proportions inquiétantes avec des actes de vandalisme, des menaces verbales ou physiques. Tout à coup, on nous a à nouveau regardés pour ce que nous sommes : des femmes et des hommes qui sont là pour nourrir leurs semblables. Bien sûr, l’agribashing peut revenir et il y a toujours des dossiers sensibles. Mais, aujourd’hui, quand on discute avec des amis qui ne sont pas du milieu agricole, ils nous disent que notre métier a un côté très attractif, en pleine nature. Par les temps qui courent, c’est une forme de liberté qui est enviée. Et pour nous, c’est un argument de plus pour parler positivement de l’agriculture et des agriculteurs », conclut Marie.        

Agriculteurs de Bretagne

Le dialogue, droit au but

Publié le 16/01/2021

Créée en juillet 2012, « Agriculteurs de Bretagne » est une association qui entend rassembler tous ceux pour qui l’agriculture est un levier essentiel du développement régional autour d’une démarche de communication positive et collective. Huit ans plus tard, le bilan est très encourageant et démontre que l’agribashing est loin d’être une fatalité.

Entre les agriculteurs et les consommateurs bretons, la relation semblait bien mal engagée. En apparence seulement. Au printemps 2011, un groupe de paysans de cette région riche en élevages se réunit pour redorer l’image d’une agriculture bretonne malmenée. L’épisode très médiatisé des algues vertes était passé par là. Les agriculteurs bretons étaient alors convaincus d’une chose : ils ne sont ni aimés, ni compris. En face, un sondage révèle en réalité le fort attachement des Bretonnes et des Bretons aux paysans qui les entourent. Un paradoxe ? Des interrogations réciproques plutôt, et un besoin profond d’apprendre à mieux connaître l’autre, et ainsi mieux communiquer. L’association Agriculteurs de Bretagne était née avec une idée fixe en tête : redonner la « fierté » aux paysans. Neuf ans plus tard, ce pari ambitieux est devenu une réalité, inspirant d’autres régions. L’agribashing s’est mué progressivement en « agriloving ». Certes, les contradicteurs et les « anti » sont toujours là, un long chemin reste à parcourir. Mais, en Bretagne, peut-être plus qu’ailleurs, l’image du métier d’agriculteur s’est considérablement améliorée. Le secret : faire parler celles et ceux qui le vivent au quotidien. « C’était une évidence à nos yeux que ça soit les agricultrices et agriculteurs qui parlent. Pas des institutions ou des syndicats. Et ça marche », explique la présidente de l’association, Danielle Even. La com', ça s’apprend Montrer ce qu’on fait, le dire, l’expliquer, n’est pas un exercice facile. Danielle Even l’a expérimenté personnellement face un jeune couple vegan. Forcément, quand on est éleveuse de porcs, on part avec un certain handicap. Et pourtant, en prenant le temps de dialoguer, la compréhension peut s’installer à défaut d’acceptation. « En prenant le temps de leur parler, j’ai pu leur rappeler que nos métiers, ce sont avant tout des femmes et des hommes, comme eux. Quand on déshumanise une profession, c’est trop tard. » Elle en est convaincue : cette capacité à parler de son métier, de l’expliquer pour finalement convaincre son auditoire est à la portée de tout un chacun. En étant bien entouré, c’est encore mieux. Là, réside la grande force d’un collectif comme Agriculteurs de Bretagne : accompagner les nouveaux venus dans leur démarche de communication, leur donner les clés essentielles pour bien s’exprimer, en vidéo sur les réseaux sociaux ou en présentiel face à d’autres personnes. La confiance est la clé, tout comme l’exploration d’autres horizons. « Il ne faut pas hésiter à sortir de ses lieux habituels. On peut aller sur un marché, sans produit à vendre, juste pour se mettre en avant et parler avec les gens qui passent. Ce n’est pas la chose la plus facile à faire, c’est vrai. Mais, progressivement, on prend de l’assurance. On se rend compte que les gens nous écoutent et qu’un dialogue est possible », témoigne Danielle Even. Un exemple illustre assez bien cela : la complexité et la diversité de l’agriculture qui tend à être mieux appréhendée par les Bretonnes et les Bretons. « Dans nos animations, on parle de filières longues, de filières courtes, d’animal et de végétal, de bio et de conventionnel. Une diversité de réponses qui correspond à la diversité d’actes d’achats qui existe en face. En présentant les choses de cette manière, le public s’identifie et on finit par mieux se comprendre. Cela leur permet également de mieux appréhender les différences entre un cochon élevé ici, avec le cahier des charges strict qui est le nôtre, et un cochon importé du Brésil. Si au moins ils sont capables de faire cette différence, c’est déjà beaucoup », estime Danielle Even.     Des communes aux stades de foot Dans sa stratégie de communication, Agriculteurs de Bretagne a réussi le tour de force d’impliquer de nombreuses collectivités. Nombre d’entre elles affichent le logo de l’association à l’entrée de leur ville ou village. Ces communes sont toutes adhérentes à l’association, ce qui sous-entend un réel engagement de leur part. « Ce n’est pas juste un soutien verbal à l’égard de notre profession. Les collectivités qui s’engagent à nos côtés doivent réaliser au moins deux actions de promotion par an qui mettent en avant les agriculteurs de leur territoire. » Cela peut être la mise en avant dans le bulletin communal, ou bien encore de proposer un site pour organiser une journée « Tous à la ferme ». « Le maire a l’avantage de connaître tous les agriculteurs de sa commune, ce qui n’est pas notre cas. Il a la capacité de faciliter l’organisation de ce type d’événements », justifie Danielle Even. L’agriculture bretonne a aussi réussi à se faire place… dans les stades de foot. Dans le club phare de la région, le Stade Rennais, la « marque » Agriculteurs de Bretagne est déployée sur d’immenses tifos, visible par des milliers de spectateurs ou téléspectateurs. On la retrouve également au départ de la très médiatique Route du rhum, ou associée au festival musical des Vieilles charrues. Autant d’événements qui ont fait connaître l’association aux agriculteurs bretons et qui les ont incités à la rejoindre. Aussi médiatisée soit-elle, l’association n’a pas encore réussi à rallier tous les paysans bretons à sa cause, ni les acteurs qui gravitent autour. « Notre objectif est d’obtenir la reconnaissance des 3,5 millions de Bretons. On n’y est pas encore, c’est certain. Cependant, nous sommes aujourd’hui bien inscrits et repérés dans le paysage. Et ça, c’est déjà beaucoup. Les choses bougent dans nos campagnes. Mais tout cela ne se fait pas en un claquement de doigts. Pour construire une communication efficace, cela prend des années. Le plus dur, c’est de faire le premier pas. »    

Pages

Les vidéos