Interpellé par un chasseur auprès de qui il se plaignait des dégâts de corbeaux sur ses plantations, Guillaume Moschler, jeune agriculteur d’Innenheim, a passé son permis de chasser, pour les réguler.
Contre les corbeaux, il a pris l’arme ! Guillaume Moschler, 28 ans, a passé son permis de chasser, il y a cinq ans, à Geudertheim, où se trouve le siège de la Fédération des Chasseurs du Bas-Rhin (FDC 67). Aujourd’hui, il est partenaire de chasse sur un lot qui englobe sa parcelle, à Innenheim. « J’ai un lot de chasse, depuis trois ans. Je suis plus libre ainsi », déclare-t-il. Ils sont neuf partenaires, au total, dont cinq à « sortir tous les dimanches aux corbeaux, au printemps ». « Pour avoir un résultat, il faut sortir, dit-il. En début de semaine, on repère où passent les corbeaux et le week-end, on se cache dans les haies, après avoir déposé des corbeaux fictifs en plastique pour les appeler. Quand ils viennent, on les tire, à 30 m maximum, avec un fusil de précision et du calibre 12. Il faut être en place au lever du jour. Et il faut changer d’endroit souvent. Les corbeaux sont malins. » Fin novembre, il a pu organiser une battue, dans la moutarde qu’il avait plantée, pour tuer quatre sangliers. « On les a vus et tirés le jour même. On peut réguler les sangliers dans la moutarde », s’exclame-t-il. Guillaume milite pour que les agriculteurs laissent l’engrais vert (sorgho, moutarde ou phacélie), jusqu’en janvier, sur leurs parcelles, afin que les sangliers s’y glissent avec plaisir et que les chasseurs puissent les tuer.
Intérêts communs
Pour « détruire » les volatiles sur une autre de ses parcelles, Guillaume Moschler demande l’autorisation au patron de la chasse qui comprend son champ. S’il pourrait légalement se passer de l’approbation du détenteur de droit de chasse, puisqu’il effectue une destruction, il préfère mettre les formes : « ça favorise la bonne entente », juge-t-il. « Le patron de chasse est toujours d’accord que je tire sur ma parcelle. Les chasseurs et les agriculteurs ont un intérêt commun à ce qu’il y ait moins de corbeaux. Chez nous, le lièvre et le faisan se redéveloppent, depuis qu’on tire les corbeaux. On en a tué 90 cette année et 140, l’an passé. Sur deux lots de chasse, c’est beaucoup ! Pour les agriculteurs, c’est bénéfique pour le maïs, les choux, les salades. Les oiseaux enlèvent les pousses des légumes juste pour voir s’il y a un ver en dessous. C’est d’autant plus emmerdant que l’année d’après, ils reviennent ! En 2020, c’est la première fois qu’il y a des dégâts dans le maïs, chez moi, témoigne Guillaume, qui est syndiqué JA. Si, sur chaque lot de chasse, une centaine de corbeaux étaient tués chaque année, ça irait. Chacun doit y mettre du sien, chasseurs et agriculteurs. C’est bien que les agriculteurs régulent. »
En #automne il y a les #courges mais aussi toutes sortes de #choux aux nombreuses vertues ?? Nous vous accueillons ce...
Publiée par EARL Ferme Moschler sur Samedi 24 octobre 2020
Un devoir et une passion
Si Guillaume a passé son permis de chasser pour cela, l’année de son installation sur la ferme familiale, il y a pris goût. Sur quatre battues en trois semaines, en 2020, il a tiré cinq chevreuils et cinq sangliers, à Valff, Krautergersheim et Meistratzheim. Sur ses deux lots de chasse, à Innenheim, il a tué 80 corbeaux, cette année, et un sanglier, depuis un mirador, seul, cet été. « J’aime la forêt. Quand j’étais petit, je me baladais tout le temps. J’aime la nature, le monde sauvage, confie-t-il. Et j’aime tirer. C’est intéressant de tuer le sanglier parce que ça permet de diminuer les dégâts dans le maïs. Quand je participe à une battue, ailleurs, c’est de l’entraide ; j’amène ma pierre à l’édifice. » Pour ce qui est du chevreuil, sa régulation évite la consanguinité.
Plus qu’un devoir moral, la chasse est devenue une passion. « De novembre à janvier, j’y suis tous les dimanches, au sanglier, jusqu’en milieu d’après-midi. Et, au printemps, je tire les corbeaux tous les dimanches matin de 5 h 30 à 9 h », détaille le jeune agriculteur, qui apprécie la convivialité des repas de chasse et attend avec impatience la levée des mesures sanitaires pour pouvoir à nouveau festoyer. « On rencontre beaucoup de personnes de corps de métiers différents. Ça me change les idées et on développe une solidarité. Là où je vais, il n’y a pas de femmes mais elles sont de plus en plus nombreuses, notamment dans les battues à l’arc. Pour l’instant, on voit encore plus de femmes qui traquent, des rabatteuses », constate Guillaume. Ses copains agriculteurs l’appellent maintenant pour lui demander les coordonnées des chasseurs sur leurs communes. Il fait le lien.
Un investissement… en temps
« Je n’ai jamais calculé combien ça me coûte. C’est un petit investissement. Plus on est de partenaires, moins la location de la chasse est chère. L’arme, on l’achète une seule fois, a priori. Une carabine et une lunette, c’est 2 000 euros ; un fusil, 700 euros. J’en ai pour 200 euros de balles et de cartouches par an, environ ; 24 euros d’assurance. La validation du permis de chasser dans le Bas-Rhin et le timbre sanglier m’ont coûté 180 euros, cette année », estime Guillaume Moschler, qui n’a pas d’autres loisirs. « Entre le boulot et la chasse, il me reste peu de temps pour autre chose », reconnaît-il.