Visite de la préfète du Grand Est
La montagne veut se faire entendre
Visite de la préfète du Grand Est
Publié le 26/10/2020
Mercredi 14 octobre, Josiane Chevalier, préfète du Bas-Rhin et de la région Grand Est s’est rendue à la ferme Barb à Wasserbourg. Une après-midi de découverte de l’agriculture de montagne pour la représentante de l’État qui a pris ses fonctions il y a huit mois.
L’invitation n’est pas totalement désintéressée. Avant l’arrivée de la préfète, Thomas Barb, éleveur, le reconnaît : « J’espère la sensibiliser à l’agriculture de montagne. » Et surtout la rendre attentive à ce que tous appellent les MAE : les mesures agro-environnementales et climatiques (MAEC). « C’est une aide facultative souscrite dans un souci de maintien des espaces ouverts, de la biodiversité des sols, pour ne pas intensifier les prairies, explique Tom Schott du Gaec des Trois Fours à Muhlbach-sur-Munster et vice-président des JA du canton de Munster. Elle permet d’acheter du fourrage, de préserver la diversité florale et de rester dans un système extensif et non-intensif. » Elles remplacent les MAET (mesures agro-environnementales territorialisées) en cours entre 2007-2013. Les MAEC mises en place en 2014 arrivent à échéance cette année. Pour le moment, leur renouvellement est prévu pour un an. « Nous n’avons aucune visibilité, souffle Tom Schott. Nous sommes dans le flou. » « Qu’est-ce qu’une vosgienne ? » À l’arrivée de Josiane Chevalier, Thomas Barb présente son exploitation : « C’est une ferme de transhumance. Nous sommes ici dans le site hivernal à Wasserbourg du 1er octobre au 15 mai. La période estivale, je la vis à 1 100 mètres d’altitude à la ferme-auberge du Strohberg tenue par ma mère, ma sœur et quatre saisonniers. Je transforme 80 000 l/an, soit environ huit tonnes de fromages : munster, barkass et cœur de massif. L’atelier lait est composé de vingt vaches laitières et dix allaitantes. L’atelier viande représente douze veaux par an et une dizaine de génisses valorisées à l’auberge. Toutes en vosgienne. » La préfète écoute attentivement et demande : « Qu’est-ce qu’une vosgienne ? ». L’éleveur déroule alors l’historique et les qualités de la race, avant de proposer une visite de la fromagerie : 90 m2 d’atelier de production pour 185 000 euros d’investissements réalisés en 2009 dont 40 % d’aides. En 2018, son projet d’installation était la création d’un troupeau de vaches allaitantes et le développement de la partie fromagerie. L’échange entre le jeune agriculteur et la représentante de l’État se poursuit. Elle voit les cœurs de massif dans la cave d’affinage et s’exclame : « Étonnante cette forme de fromage ! -Les éleveurs de montagne sont carrés, enchérit l’éleveur. -Arrivez-vous à satisfaire la demande ? -60 % de la production est vendue durant les six mois d’ouverture de la ferme-auberge. Pour le reste, il est vendu majoritairement dans le magasin de producteurs Cœur Paysan à Colmar. Une part plus marginale des ventes est faite au magasin attenant à la fromagerie Le comptoir fermier. -La Covid a favorisé les circuits courts, souligne Josiane Chevalier, et on espère que cela va rester. C’est en tout cas ce qu’il faut développer ». Nos Vosgiennes ont retrouvés leur quartier d'hiver.?? Publiée par Ferme BARB sur Mercredi 7 octobre 2020 80 % des surfaces de montagne contractualisées MAEC À l’issue de la visite, Pascal Wittmann, président de la FDSEA du Haut-Rhin, prend la parole : « L’éleveur de montagne n’est pas seulement un homme attentif à ses bêtes. C’est aussi un fermier aubergiste qui fabrique, vend et sert sa production. En plus de cela, il est le paysagiste du massif des Vosges. Il maintient le paysage ouvert, empêche que la forêt ne prenne le dessus et ferme la vallée. C’est un service que l’agriculteur rend à la collectivité, pour un revenu moyen entre 10 000 et 12 000 euros/an. La MAE, c’est autour de 5 000 euros. 80 % des surfaces de montagne sont contractualisées par ce biais. Il faut pérenniser ce travail pour poursuivre le développement du tourisme dans les Vosges. » « Le gouvernement dit vouloir garantir la souveraineté alimentaire du pays, pour cela, il faut une reconnaissance de cette aide pour les cinq ans à venir. Ce n’est pas un luxe mais une nécessité », complète Denis Nass, premier vice-président de la Chambre d'agriculture Alsace. Josiane Chevalier avoue découvrir l’existence des fermes-auberges. Serge Sifferlen, président de l’association des fermes-auberges du Haut-Rhin va lui en donner un aperçu : « Vous êtes dans la Mecque des fermes-auberges. Elles représentent au moins 150 ans de tradition, date de création du Club vosgien, partenaire heureux des fermes-auberges, soit 43 établissements et de 180 à 200 salariés saisonniers. » Il souligne également deux problématiques récurrentes : la régulation du gibier et les sécheresses successives. « À pullulation exceptionnelle, mesure exceptionnelle, ose Pascal Wittmann. Le risque est que les agriculteurs s’occupent eux-mêmes du problème. » « Le premier acteur de l’environnement, c’est le paysan » Josiane Chevalier remercie de l’avoir fait rencontrer ce « jeune agriculteur qui donne de l’espoir. C’est un exemple d’une réussite atteinte au prix d’efforts, je l’ai compris. Je suis convaincue du rôle majeur des agriculteurs, même si parfois vous ne communiquez pas assez sur vos manières de faire. J’en suis persuadée, le premier acteur de l’environnement, c’est le paysan ». Elle répond aux différentes questions soulevées : « La ressource en eau est une priorité. Il ne faut écarter aucune solution et diversifier les réponses. Pour ce qui est des dégâts de gibier, il est urgent dans les deux départements que l’on se mette autour de la table avec les maires et l’État. S’agissant des MAE, j’en ai entendu parler dès mon arrivée. Vous êtes persévérants. Je n’ai pas de doute sur la pérennité de cette aide. » Une rencontre entre les élus et le ministère de l’Agriculture laisse entendre un maintien pour les trois ans à venir. Pour répondre à Denis Nass au sujet des énergies renouvelables et du plan de relance. Elle affirme : « Notre rôle est de vous accompagner. Il faut un projet prêt, mature et il faudra être dynamique. Le Premier ministre l’a dit, si l’argent n’est pas reversé dans un territoire, il ira dans un autre. Pas d’état d’âme. » Impossible d’éluder le débat actuel sur la politique agricole commune (Pac). À ce propos, elle dit : « Je viens de Corse (elle y était préfète depuis 2018, N.D.L.R.), je connais bien la Pac, aussi ses mauvaises pratiques. Les discussions sont en cours, elles sont difficiles. Le Président [de la République] fait tout ce qu’il peut pour que le montant alloué à la France ne baisse pas, tout en intégrant un rééquilibrage entre l’élevage et les grandes cultures. » Et de conclure : « Beaucoup de voyants sont au vert. Je vois que vous êtes engagés, persévérants. Nous ne sommes pas toujours d’accord, mais nous sommes à vos côtés. »












