Vie professionnelle

Publié le 13/09/2020

Plus encore que d’autres activités économiques, le tourisme a été touché de plein fouet par la crise sanitaire. En Alsace, les gîtes ruraux et les chambres d’hôtes ont mieux résisté que l’hôtellerie classique. Les visites de ferme et les activités d’œnotourisme ont tiré leur épingle du jeu, grâce aux locaux, qui ont joué le jeu.

« Nous avons été agréablement surpris par la reprise de l’activité cet été, indique Maurice Waltsburger, président du Relais départemental du tourisme rural du Bas-Rhin. Avec un taux d’occupation de l’ordre de 70 % par rapport à 2019 pour juillet et près de 90 % pour août, les 950 gîtes, chambres d’hôtes et campings bas-rhinois affiliés au réseau Gîtes de France s’en sortent finalement assez bien. « Nous avons eu beaucoup de réservations de dernière minute et peut-être plus de clientèle de proximité », relève le président du Relais, qui note également un raccourcissement de la durée des séjours. « Il y a eu un redémarrage timide en juin lorsque les gens ont été autorisés à circuler au-delà de la limite des 100 kilomètres, indique pour sa part Serge Mézin, directeur des Gîtes de France du Haut-Rhin. Ensuite, les réservations pour juillet-août ont relativement bien compensé les annulations des mois précédents. » Là aussi, la clientèle locale a été au rendez-vous et ce dès le mois de juin. Les gîtes assez grands, propices aux retrouvailles familiales, ont été plébiscités, mais c’est déjà le cas hors période Covid, précise Serge Mézin. La montagne, ça vous gagne Sur le plan géographique, pas de tendance trop marquée si ce n’est un engouement pour les équipements situés à l’écart des spots touristiques habituels. Les vacanciers ont préféré se mettre au vert à la campagne et respirer l’air pur des montagnes. « Le massif vosgien a bien marché, ainsi que le vignoble », remarque le directeur des Gîtes de France du Haut-Rhin. La plaine d’Alsace un peu moins. » Christiane Oberlin, propriétaire d’un gîte de 7 personnes à Jebsheim, à quelques kilomètres de Colmar, confirme : juillet-août ont été « mitigés » avec une fréquentation de 50 % par rapport à une année ordinaire. Elle s’attend à descendre à 25 % en septembre-octobre. Elle avait l’habitude de recevoir des groupes d’amis retraités en automne : cette clientèle-là va manquer, pense-t-elle. En revanche, elle espère que les marchés de Noël vont être maintenus pour ne pas compromettre la fin de la saison. « C’est en septembre qu’on fait le mois de décembre », rappelle-t-elle. À Bourg-Bruche, dans la haute vallée de la Bruche, Nicolas Kreis est plutôt satisfait de la fréquentation estivale dans ses cinq chambres d’hôtes situées dans la ferme du Nouveau chemin. Réouvertes fin mai, peu après la levée du confinement, elles n’ont été que partiellement remplies en juin mais juillet-août ont été bons et « on a encore du monde en septembre. » Il a retrouvé « pas mal d’habitués », des vacanciers venus pour de courts séjours les années passées et revenus en famille ou en groupe. Des Belges - plus que d’ordinaire - et des Allemands aussi. Le cadre se prête tout particulièrement à la distanciation sociale : la ferme, située à 550 mètres d’altitude, est isolée du village et comme il a fait beau pendant tout l’été, ceux qui ont choisi la formule table d’hôtes ont pu prendre leurs repas dehors. Le respect des consignes sanitaires n’a pas engendré de tension parmi les clients, comme Nicolas Kreis avait pu le craindre avant la réouverture. Des loisirs à la journée Le rebond d’activité dans les gîtes ruraux et chambres d’hôtes est à mettre en regard de la situation difficile que traverse l’hôtellerie dans la région. Christophe Bergamini, directeur de l’office de tourisme de la vallée de Kaysersberg, fait état d’une baisse de fréquentation de 40 % sur tous les hébergements en juillet et presqu’autant en août sur son territoire. Dans une vallée qui compte 6 000 lits touristiques, les conséquences sont énormes. « Ceux qui ont le plus souffert, ce sont les hôteliers du bas de la vallée », explique-t-il. Les activités de loisirs à la journée proposées dans la vallée de Kaysersberg, en revanche, ont cartonné : randonnées, sentier pieds nus, VTT de loisirs ou de descente, toutes les activités outdoor ont été plébiscitées. L’œnotourisme a plus ou moins bien résisté, selon Christophe Bergamini. Les activités proposées dans le cadre de Parenthèse vigneronne - dégustations ou séjours à thème autour du vin et de la gastronomie - « ont bien marché mais elles n’ont pas explosé ». Quant aux visites de caves organisées les mercredis et jeudis chez les vignerons de la vallée de Kaysersberg, elles ont été renforcées, mais leur succès n’a pas duré au-delà du 15 août. Œnotourisme : la carte du collectif Au Synvira (syndicat des vignerons indépendants d’Alsace), Alain Renou, le directeur, se dit quant à lui satisfait du succès rencontré par les événements collectifs œnotouristiques organisés cet été. Tout ce qui aurait dû avoir lieu ce printemps a été décalé à l’été : les apéros gourmands, organisés habituellement une fois par mois de mai à août, ont été redéployés sur les vendredis de juillet et d’août. Une trentaine de domaines viticoles du nord au sud de l’Alsace y ont participé, faisant régulièrement le plein de participants. Et le pique-nique vigneron a été repoussé à la fin juillet : les vignerons ont dû limiter le nombre des invités pour tenir compte des contraintes sanitaires, mais ils ont réussi à attirer une nouvelle clientèle d’estivants, souvent composée de locaux. Un public qui ne s’est pas contenté de consommer sur place, à en croire les chiffres des ventes réalisées par les petits domaines viticoles (moins de 50 000 bouteilles) en juillet : + 30 % par rapport à 2019. Un chiffre qui réjouit Alain Renou. Les vignerons indépendants misent aussi sur les vendanges touristiques et l’opération vin nouveau des 25, 26 et 27 septembre pour maintenir la dynamique. « L’été se termine fin décembre chez les vignerons indépendants ! », plaisante le directeur du Synvira.

Publié le 12/09/2020

Les circuits courts dans la restauration collective existent déjà et les filières se sont adaptées. Mais l’accroissement de la demande dû à la loi Egalim nécessite une meilleure organisation entre agriculteurs et collectivités locales.

Comment développer l’approvisionnement local de la restauration collective ? « C’est un sujet important car les gens doivent pouvoir consommer des produits frais cultivés autour de chez nous », explique en préambule Jérémy Pflieger, coprésident des jeunes agriculteurs du Haut-Rhin. Un travail et une réflexion sur le sujet sont menés depuis plusieurs années par la Chambre d'agriculture Alsace. Elle fait souvent le lien entre les consommateurs et les producteurs. « Depuis 2008, nous accompagnons différents projets. Nous avons également sollicité le Conseil départemental du Haut-Rhin pour approvisionner en produits locaux les différents collèges », ajoute Valérie Simon, conseillère Circuits courts à la Chambre d'agriculture. Pour sa part, le Conseil départemental du Haut-Rhin a mis en place depuis deux ans un projet appelé « PRET » (pour la réussite éducative de tous). Un budget de 500 millions d’euros sur dix ans lui a été consacré. Il s’agit de mettre en place des actions de soutien en faveur des bâtiments éducatifs, des cuisines et cantines scolaires ou encore de proposer différentes formations. « Nous servons 2,3 millions de repas par an dans les différentes cantines des établissements du département. L’objectif est de proposer des menus avec des produits bio et locaux. Cela doit devenir une règle. Les gens doivent savoir ce qu’ils mangent et d’où vient la nourriture », insiste Bernadette Groff, vice-présidente au Conseil départemental du Haut-Rhin. Elle ajoute croire à la diversification du monde agricole et donc des produits à consommer. La culture du lin est un exemple. « Une filière se met actuellement en place. À Brunstatt, un agriculteur effectue depuis quelque temps des essais sur ces parcelles. Il faut soutenir et croire en tels projets », précise l’élue. Elle met en exergue d’autres d’actions comme l’opération « Manger local, c’est génial » et différentes autres animations au fil des saisons. Néanmoins, servir de tels repas demande, au préalable, une formation des personnes concernées sur l’ensemble de la chaîne. Cette dernière va des cuisiniers jusqu’aux élèves en passant par leurs parents ou encore le personnel éducatif. L’acheminement des produits locaux dans les différents établissements scolaires n’est ensuite pas forcément simple. « C’est facile de dire qu’il faut le faire, mais c’est parfois compliqué à organiser et à mettre en place. Nous menons des actions contre le gaspillage alimentaire. Nous cherchons à mutualiser nos bonnes pratiques auprès de nos chefs de cuisine. Mais, derrière, parfois, les produits peuvent arriver à manquer », précise Pascal Neuvy, chargé de mission Restauration et maintenance au Conseil départemental du Haut-Rhin. Améliorer toute la chaîne Il y a également des subtilités à connaître. Dans les marchés publics, pour être en mesure d’introduire les produits dans les cantines, le terme « local » est par exemple interdit. « C’est un véritable non-sens de ne pas avoir le droit d’affirmer le fait de consommer local », s’étonne Bernadette Groff. Par contre, sur ces mêmes marchés, les collectivités ont le droit d’être exigeantes avec leurs prestataires. « Il faut les suivre pour tirer vers le haut la qualité des produits. Nous ne devons pas nous contenter d’être de simples donneurs d’ordre ou des spectateurs », ajoute l’élue. En outre, cette incitation à la consommation de produits locaux va s’intensifier. À partir du 1er janvier 2022, la loi Egalim imposera plus de 50 % de produits durables et de qualité dans les cantines du domaine public dans les cantines scolaires. « L’agriculture change et s’adapte. Elle l’a toujours fait. À nous agriculteurs de répondre à ces enjeux avec vous les consommateurs. Nous y arriverons ensemble », note Jérémy Pflieger. Il reconnaît qu’à l’heure actuelle, et même si les progrès sont notables, il n’est pas encore possible, sur tous les produits, de fournir régulièrement l’ensemble des établissements scolaires. « C’est toute la difficulté. Il faut un travail en partenariat sur le sujet. Il faut envisager, par exemple, de faire des précommandes pour laisser le temps aux producteurs de s’organiser. Il faut également que les grossistes jouent le jeu. Ils ont un rôle important dans cette chaîne. Mais, au bout du bout, la clé de tout cela, ce sont les consommateurs », reconnaît Pascal Neuvy. D’où la nécessité de bien communiquer avec la jeunesse. « Les enfants sont les consommateurs de demain. Ils peuvent, eux, éduquer leurs parents et les inciter à acheter des produits locaux. Mais, pour cela, il faut que ces enfants aient un premier accès à de tels produits. Cela se passe dans nos cantines », conclut Bernadette Groff.  

Inauguration de la Foire européenne de Strasbourg

L’écologie qui rassemble

Publié le 10/09/2020

La maire écologiste de Strasbourg et la présidente de l’Eurométropole, toutes deux nouvellement élues, ont appelé à une transformation en profondeur de l’économie pour répondre à l’urgence climatique. Un projet qui nécessite de rassembler toutes les forces vives du territoire, y compris l’agriculture.

Elle aurait pu ne pas avoir lieu : la Foire européenne de Strasbourg a pourtant ouvert ses portes le 4 septembre comme prévu et devrait les refermer lundi prochain, au soir du 14 septembre. Son maintien s’est fait au prix d’une organisation minutieuse permettant d’assurer la sécurité sanitaire de tous les protagonistes, exposants ou visiteurs. Jeanne Barseghian, la nouvelle maire de Strasbourg, l’a répété en inaugurant la 88e édition, le 4 septembre, en présence d’élus et de représentants du monde économique. « C’est parce que nous faisons face aux incertitudes, parce que le Covid nous bouscule que nous devons continuer à vivre et nous projeter », dit-elle. Se projeter jusqu’aux festivités de fin d’année - le marché de Noël de Strasbourg sera lancé le 28 novembre, annonce-t-elle - mais plus encore pour préparer l’avenir. La nouvelle équipe municipale travaille ainsi sur « un ambitieux projet » qui permettra, assure Jeanne Barseghian, de transformer et d’améliorer le quotidien de tous les habitants. Préparer l’avenir implique de trouver des réponses à l’urgence climatique. « C’est l’avenir de notre économie », affirme la maire écologiste, précisant que cette orientation doit être « facilitée, accélérée, accompagnée par les politiques publiques » dans tous les domaines : l’agriculture, le commerce, l’artisanat, l’économie sociale et solidaire. Jeanne Barseghian s’engage à actionner tous les leviers dans ce sens, en particulier la commande publique. Autre priorité : apporter des réponses à l’urgence sociale « dans une des métropoles les plus inégalitaires de France ». Elle souhaite notamment, dans un souci d’équité territoriale, remettre « des services publics, des commerces et donc de l’emploi là où les besoins sont les plus criants ».     À tous les gourmets et amateurs de cuisine d'exception : venez assister au grand concours du Poisson en croûte à la... Publiée par Foire Européenne de Strasbourg sur Mercredi 9 septembre 2020   Tous ensemble La nouvelle maire de Strasbourg compte bien embarquer toutes les forces vives dans cette transformation vers « une économie plus locale, plus durable, plus solidaire ». L’ambition est partagée par l’exécutif de l’Eurométropole de Strasbourg. Pia Imbs, sa présidente, le confirme. Mais pas question de passer en force, ni de faire la leçon aux chefs d’entreprise. Persuadée qu’« opposer écologie et économie n’a plus de sens », la présidente de l’Eurométropole en appelle à l’engagement collectif : « C’est tous ensemble que nous réussirons cette grande transformation. » Tous ensemble ? « Nous aurons besoin des acteurs du BTP et des artisans pour la rénovation thermique des bâtiments, des agriculteurs pour une offre alimentaire de qualité, des paysagistes et des horticulteurs pour la végétalisation des espaces publics, des acteurs de la mobilité pour inventer des solutions de transport alternatives à la voiture, des personnes qui savent réparer pour ne plus jeter et favoriser l’économie circulaire, des acteurs de la finance pour accompagner les entreprises vers la transition écologique… » Cette transformation va créer de l’emploi, assure la présidente de l’Eurométropole, qui annonce le lancement en septembre d’un pacte pour l’économie locale, sociale et durable s’appuyant notamment sur les idées émises par les entreprises et les Chambres consulaires. Il s’agira d’agir en complémentarité avec l’État, la Région et le Département, qui ont élaboré chacun leur propre plan de relance dans la foulée de la crise sanitaire. Un travail de fond attend donc la collectivité. Un travail qui permettra de « concilier économie et écologie et de garantir les emplois et les entreprises pérennes sur notre territoire », assure Pia Imbs. « On peut encore agir » « C’est au niveau local que l’essentiel de la nouvelle économie va se jouer demain », considère pour sa part Claude Gruffat, député européen. Pour l’invité d’honneur de cette 88e édition, il y a « une urgence absolue d’un changement de modèle économique ». Il en veut pour preuve les dégâts provoqués par le productivisme à tous crins. La disparition des animaux sauvages, des populations d’insectes et d’oiseaux, la baisse de la fertilité des sols sont des bombes à retardement, n’hésite pas à dire le député européen. « La pandémie doit nous faire réfléchir, ce n’est pas d’une transition mais d’une mutation dont nous avons besoin. »     Nouveau ! L'Espace Knack Eat : un espace dédié à la fameuse knack locale à découvrir sous toutes ses formes ! Et comme... Publiée par Foire Européenne de Strasbourg sur Mercredi 9 septembre 2020   Face à ce constat d’une nature dégradée, Claude Gruffat ne se résigne pas. « On peut encore agir. On a à peu près 10 ans pour opérer ce changement radical vers une économie décarbonée, plus sobre, avec une meilleure prise en compte du social ». Fils de paysan, ancien conseiller agricole, le député européen membre du groupe Les Verts-ALE entend incarner le combat d’une économie réconciliée avec l’écologie. Il a assisté à l’émergence de l’agriculture biologique dans les années 1980, modèle qui l’a convaincu en raison de son discours sur les produits et sur la qualité des sols. Il a choisi de s’y engager, non pas en s’installant comme agriculteur mais en ouvrant un magasin de produits biologiques à Blois. La rencontre avec l’association Biocoop l’a amené à s’investir dans ce réseau qu’il a présidé de 2004 à 2019. En 15 ans, le nombre de magasins affiliés à Biocoop a plus que doublé : ils sont aujourd’hui 530 magasins employant plus de 6 000 salariés. Le chiffre d’affaires atteint 12 milliards d’euros (Md€) dans le même temps. 60 000 paysans de proximité à installer Biocoop a également permis l’émergence de filières de production agricoles contribuant à « faire vivre les paysans, mettre en marché les produits et satisfaire les consommateurs ». Fier de cette réussite, Claude Gruffat estime que « dans les sept ans qui viennent, on aura besoin d’installer au moins 60 000 paysans de proximité » pour répondre à la demande grandissante de produits biologiques locaux. L’agriculture biologique, qui était « un signal faible » il y a 35 ans s’est donc muée en véritable modèle de société. Un modèle dans lequel la coopération occupe une place centrale. C’est à cette particularité et à des valeurs solidement et fermement défendues que Biocoop doit sa réussite, affirme le député européen. Fort de son expérience, il appelle l’auditoire à s’engager pour une économie « au service de l’humain, une économie durable respectant les liens sociétaux et la biodiversité. Une économie dans laquelle l’espèce humaine ne domine pas la nature parce qu’elle en a peur mais qui vit avec parce qu’elle la connaît. »

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