Visite préfectorale à Burnhaupt-le-Bas
La « libre cueillette » de Laurent Touvet
Visite préfectorale à Burnhaupt-le-Bas
Publié le 31/07/2020
À l’initiative de la Chambre d’agriculture Alsace, le préfet du Haut-Rhin Laurent Touvet a visité jeudi 23 juillet l’exploitation de la famille Schittly spécialisée dans le maraîchage, à Burnhaupt-le-Bas. L’occasion de découvrir ce domaine qui est le plus important du département en libre cueillette. De nombreux dossiers d’actualité ont été abordés : l’irrigation en période estivale, le développement du photovoltaïque sur les toitures agricoles ou encore les problématiques cynégétiques des professionnels.
Pendant vingt ans, la production laitière a été dominante sur cette exploitation familiale. Et l’agriculture est devenue un véritable « combat ». « Si on reste petit, on disparaît. Il faut donc innover, anticiper, se remettre en question », explique Luc Schittly quand on l’interroge sur les motivations qui l’ont poussé à développer cette activité de maraîchage en vente directe. Il s’est installé en 1988 avec sa mère. À l’époque, il y avait encore une trentaine de vaches laitières. Dès 1993, il s’est diversifié : la ferme-auberge du Paradisvogel, à Bernwiller, est créée. Puis, en 2001, l’activité de libre cueillette est lancée suite à l’achat de 25 hectares de terrain d’un seul tenant avec un bâtiment agricole. Enfin, en 2009, la retraite de sa mère et l’accident de son frère le poussent à arrêter le lait. Il opère alors un passage en Earl avec son épouse Christelle. Aujourd’hui, l’exploitation occupe une surface qui dépasse les 100 hectares. Les légumes et les fruits sont cultivés pour permettre cette libre cueillette en plein champs, mais également sous serre. On y trouve notamment des tomates et des fraises. Et surtout des produits de saison. Il y a également des asperges, des pommes de terre, des vergers, des petits fruits… Le reste de la surface est consacré au maïs (40 ha), au blé (20 ha), au colza (3 ha), et à l’herbe (15 ha). « Les serres évitent d’effectuer des traitements. Je ne suis pas bio mais, un jour, nous le serons tous car c’est un choix sociétal. Pour nous permettre de réussir et de nous développer, il faut arrêter d’importer. Il y a également le problème du coût de la main-d’œuvre. Il y a ici une vingtaine de salariés temporaires sur toute l’année », précise Luc Schittly au préfet, lors de la visite. La libre cueillette est donc dominante. « Nous avons également une activité de vente au magasin des produits de la ferme et de produits achetés auprès de producteurs locaux. Un autre de boulangerie et de pâtisserie assurée par l’une de mes filles avec la farine et les fruits produits sur la ferme. Nous faisons aussi de la transformation de fruits et de légumes pour faire notamment des confitures. Enfin, nous avons une activité de boucherie avec un projet de transformation de viande », ajoute Luc Schittly. Le préfet du Haut-Rhin a salué le travail mené sur cette exploitation. « Vous êtes un exemple parfait de la nécessité de nous adapter à une certaine réalité. Nous devons tous le faire. Cela concerne les agriculteurs, mais également l’administration et l’État. Tous, nous observons les changements climatiques. Nous constatons un changement de mode de consommation. Il y a de nouvelles exigences chez les consommateurs. La société change. Il faut donc y répondre pour continuer à être présent et c’est ce que vous réalisez ici au Paradisvogel », réagit Laurent Touvet. Développer le photovoltaïque Luc Schittly ne cache qu’il est également régulièrement confronté à des problèmes d’incivilités qui l’ont par exemple obligé à fermer le dimanche après-midi. Une réalité agricole qui rend cette visite indispensable. « Il est important d’échanger sur le terrain. Nos métiers sont évolutifs. Il faut se remettre en question au quotidien. Il faut expliquer comment nous travaillons, valoriser ce travail et notre production. Mais nous sommes également régulièrement confrontés à une réglementation toujours plus complexe à appréhender. Pour autant, pendant le confinement, nous avons tous souffert. La profession agricole a continué de travailler pour nourrir la population », précise le vice-président de la Chambre d'agriculture Alsace Denis Nass. Des propos que confirme le coprésident des Jeunes Agriculteurs du Haut-Rhin, Jérémy Pflieger. Il est lui-même producteur en circuit court. « On sent un engouement du consommateur. Mais, Monsieur le Préfet, vous devez prendre conscience que cette surenchère de règles administratives nous pénalise. La réglementation est bien trop lourde. Les exploitations à taille moyenne sont des proies faciles pour l’administration. C’est un frein à notre développement. On nous impose des règles mais on ne nous donne pas de solution », s’agace Jérémy Pflieger. Le préfet réagit et tempère : « Je partage votre avis. Mais une bonne partie de la réglementation est nationale, voire européenne. Il faut cependant chercher à l’adapter aux situations locales particulières. C’est mon état d’esprit. Faire appliquer des règles intelligemment et déroger à des situations particulières. Même si, en France, on souhaite l’égalité pour tous », admet Laurent Touvet. Ces solutions sont d’autant plus nécessaires à l’heure où l’on demande à la profession agricole d’être présente pour fournir la restauration collective, de structurer ses filières de proximité par le renforcement des liens et des partenariats entre la production, les industries agroalimentaires et la distribution. Cela passe par le développement de circuits courts et l’optimisation de leur logistique, le développement de l’approvisionnement de la restauration hors domicile, et une bonne communication. Un autre axe de développement évoqué concerne les installations photovoltaïques sur les toitures agricoles. Et plus globalement, les énergies nouvelles. « Un vrai sujet à porter avec la fermeture de Fessenheim. Nous sommes dans une période où le monde agricole doit évoluer et se diversifier. On veut cependant éviter que le photovoltaïque se développe dans les champs. Il faut donc accompagner la connexion du réseau avec le syndicat d’électricité. Il faut également accompagner les professionnels pour développer des projets photovoltaïques sur les toitures agricoles », note Denis Nass. Dès le mois de septembre, la Chambre d'agriculture entend réunir un pré-comité d’instruction de ces projets. Elle a fait une demande auprès de l’État pour la création d’un fonds de soutien à ces projets dans le cadre des financements de l’après Fessenheim. « Il faut responsabiliser tout le monde et construire ensemble », insiste Denis Nass. Le préfet assure avoir entendu l’appel à l’aide de la profession pour le photovoltaïque sur les toitures. « Mais, dans le Haut-Rhin, c’est la commission de régulation de l’énergie qui décide sans nous demander notre avis. C’est une autorité administrative indépendante qui fait ses choix sur des critères techniques. Je vais cependant intervenir et tenter de vous aider car les toitures, ça peut rendre service. Pour l’après Fessenheim, je dois saluer l’engagement de la profession agricole. Il faut maintenant être déterminé et patient », signale Laurent Touvet. L’irrigation est nécessaire Un autre sujet d’importance et d’actualité, compte tenu du calendrier actuel, concerne l’irrigation. Elle est nécessaire au Paradisvogel, mais également dans de nombreuses autres zones du département du Haut-Rhin et en Alsace. « Depuis près de 70 ans, on est en avance sur ce sujet par rapport au reste de la France. Dans le Haut-Rhin, nous avons un modèle hydraulique favorisé tout particulièrement par la présence du Rhin. 90 % de cette irrigation ne pose aucun problème en termes de ressource car nous bénéficions d’une nappe qui se remplit naturellement par ce fleuve. Les 10 % restant posent problème car l’eau est issue des rivières vosgiennes, des lacs et barrages qui soutiennent l’étiage. La profession agricole a déjà fait des efforts. Nous sommes cependant inquiets car, dans certains secteurs, nous n’avons pas la même lecture des données techniques que l’administration », observe Denis Nass. Les agriculteurs refusent d’être la variable d’ajustement des données climatiques et des conséquences des mouvements écologiques qui ont interdit l’entretien des cours d’eau. « Sur ce sujet, nous sommes en colère. L’enjeu est de bien gérer cette eau. On doit prélever les 25 m3/s dont on a le droit et besoin. Or, actuellement, nous en sommes à 16 ou 17 m3/s. Le reste est perdu », s’agace le vice-président de la Chambre d'agriculture Alsace. Un dossier suivi de près par le syndicalisme agricole représenté par Thomas Obrecht et Michel Busch. Ce dernier s’inquiète de savoir qui va reprendre les canaux d’irrigation d’ici six mois. Le préfet va lui répondre et le rassurer. Un travail est mené pour envisager ce transfert au département où il y a une équipe compétente. Et non au Conseil régional. Les deux hommes s’inquiètent également du possible « copier-coller » des règles en matière d’irrigation entre les départements du Bas-Rhin et du Haut-Rhin. « Cela ne doit pas être le cas car le Haut-Rhin subit l’endiguement du Rhin. Une étude sur l’impact des prélèvements dans la nappe sur les cours d’eau phréatiques a conduit à l’objectif de mettre en place des règles de gestion par secteur sur le secteur du Ried en centre Alsace. Pour les rivières, la solution a souvent été trouvée. Il reste des difficultés comme dans le secteur de Sundhoffen avec l’Ill. Quoi qu’il en soit, ce réseau est vital pour réalimenter la nappe », insistent-ils.












