Vie professionnelle

Publié le 29/05/2020

Depuis la mi-mars, nos vies s’adaptent à un nouveau rythme, différent, conciliant au mieux les équilibres familiaux aux nécessités d’une activité économique, tout en préservant la sécurité sanitaire. Loin de l’image d’Épinal que certains pourraient avoir de la presse, nos journaux spécialisés n’échappent pas à cette tourmente. Un journal se doit de porter un regard expert sur l’actualité, et surtout de répondre aux attentes de tous ses abonnés, à vos attentes. Très simplement, et au nom de nos deux rédactions de L’Est agricole et viticole et du Paysan du Haut-Rhin, je veux vous remercier pour votre confiance et votre assiduité à nous attendre, nous découvrir et nous lire chaque semaine. Je pense également à celles et ceux qui nous suivent sur les réseaux sociaux Facebook et Twitter, ainsi que sur notre chaîne YouTube Agriculture innovante. Je souhaite aussi adresser un clin d’œil particulier au monde de l’entreprise, à nos partenaires qui nous font confiance, qui publient leurs annonces légales dans nos pages ou accompagnent nos reportages et dossiers spéciaux de publicités. Sans cet équilibre, nous n’existerions pas.     À ce jour, l’horizon est difficilement perceptible. Il nous oblige à plus d’adaptation encore pour vous proposer des contenus pertinents et inédits, pour ne pas reproduire ce qui, ici et là, se trouve être couvert par d’autres supports de communication. Certains imaginent, peut-être, que je décide seul dans mon coin le contenu et la construction de nos deux journaux, que je coupe ou priorise les reportages. Si seulement (rires) ! Non, un journal est un savant mélange, qui se prépare longuement, qui se compose de nombreux ingrédients, de l’actualité aux manifestations à couvrir, qui doit tenir compte du travail et des disponibilités des journalistes. Parfois, il faut arbitrer, faire des choix pour maintenir un équilibre. Un journal est un travail collaboratif, complémentaire et solidaire. Prendre une plume semble, pour certains, être un simple exercice de style, un pseudo travail réalisé en quelques minutes. Mais la réalité est tout autre. C’est un travail d’équilibriste, souvent contraint par le mot et la place ; un travail d’approfondissement, d’enquête et de vérification de la justesse des informations ; un travail qui ne se décrète pas. Pour garder le cap des prochaines semaines, soyons ensemble dans l’action ! Appelez-nous, envoyez-nous un mail, parlez-nous des sujets qui vous interpellent, des nouvelles techniques qui vous intriguent, des visages qui façonnent nos territoires. Bien sûr, il y a des priorités dans l’actualité que nous devons assumer, mais écrire un peu de vous dans nos pages, c’est nourrir le lien extraordinaire entre les professions, les terrains et les humains. Alors très simplement, continuons ensemble cette belle synergie. Merci d’être à nos côtés. Par vous tous, la famille rurale est belle.   Michel Busch

Jean Rottner sur le terrain

Rebondir après la crise

Publié le 29/05/2020

Jour après jour, le SARS-CoV-2 semble perdre du terrain. Peu à peu, les gens reprennent une vie pas tout à fait normale, mais presque. Le moment est venu de tirer des leçons de cette épidémie, dans tous les secteurs, y compris en agriculture.

Médecin urgentiste de profession, le président de la Région Grand Est Jean Rottner a été à son affaire lorsqu’il a fallu gérer dans l’urgence les multiples conséquences de l’épidémie de Covid-19. Désormais (soyons optimistes), c’est l’après qui se prépare. Et là aussi, il y a urgence. Il ne s’agit plus de sauver des vies, mais des entreprises, en leur donnant les moyens de se relever d’un ralentissement voire d'un arrêt total de leur activité. Si les agriculteurs, qui répondent au besoin vital de se nourrir, ont pu continuer à exercer leur activité, ils ont aussi subi les effets collatéraux de l’épidémie. Celle-ci a, par exemple, mis en évidence la dépendance de l’agriculture française à la main-d’œuvre étrangère. Quand celle-ci s’est trouvée bloquée par les restrictions de mouvement des populations, la question de savoir qui allait ramasser les asperges, les fraises et autres premières productions printanières s’est brutalement imposée. La profession agricole a réagi en faisant appel à la bonne volonté des Français privés de leur activité professionnelle et en mesure d’en embrasser une autre le temps du confinement. Un appel qui a été entendu, mais qui n’a pas suffi à remplacer complètement le contingent de bras venus de l’étranger. Main-d’œuvre : moins, c’est mieux que rien Le cas de la ferme Lux, située à Pfettisheim, est symptomatique de cette situation. Quelques chiffres suffisent à comprendre la problématique. L’EARL, dirigée par Dominique Lux, consacre 35 % de son assolement 2020 aux asperges en production, soit 34 ha. Le reste est dédié aux grandes cultures, et 15 % sont amputés par la construction du GCO. Ces 34 ha d’asperges représentent normalement 87 % du chiffre d’affaires de la ferme. L’an dernier, 100 % de la surface avait été récoltée, avec 140 t d’asperges à la clé. Cette année, seuls 15 ha ont pu être récoltés manuellement, 5 ha mécaniquement (les agriculteurs ont investi en urgence via la Cuma Asperges d’Alsace dans une récolteuse mécanique à 80 000 € en début de confinement), et 18 ha ne seront pas récoltés par manque de main-d’œuvre. Forcément, la production va chuter - Dominique Lux l’estime à 55 t - et le chiffre d’affaires aussi. Normalement, les asperges sont récoltées par un contingent de 70 saisonniers, quasiment tous étrangers. Cette année, ils ne sont que 58, dont seize Polonais. Les autres sont français, de tous horizons. Beaucoup viennent du monde de la restauration, un milieu pas si éloigné que ça de l’agriculture, mais d’autres viennent de beaucoup plus loin, comme cette jeune femme, qui travaillait dans le marketing à San Francisco, et qui a préféré rentrer au bercail le temps de l’épidémie… Les aspergeraies semblent être devenues un joyeux melting-pot : il fait beau, il fait chaud, des éclats de rire fusent entre les buttes, le short est de rigueur, les masques et les T-shirt, eux, sont optionnels.   Romane, française expatriée à San Francisco est rentrée en France pour le confinement Elle est venue prêter main forte sur une exploitation agricole d’asperges comme de nombreux non saisonniers habituelsElle a permis de sauver une partie de la récolte#solidarité pic.twitter.com/rrDIVGOlAi — Jean ROTTNER (@JeanROTTNER) May 26, 2020   « Par rapport aux inquiétudes que les agriculteurs ont pu avoir, le système a fonctionné, la main-d’œuvre est au rendez-vous et cela permet de sortir la production quand même. En outre, la grande distribution a pas mal joué le jeu de l’approvisionnement local », estime Jean Rottner. Une analyse que partage en partie Dominique Lux : « Nous avons eu énormément d’appels de gens qui souhaitaient venir ramasser les asperges. » Cet élan de la population vers les champs a été salvateur pour les agriculteurs : « Si on n’avait pas pu récolter, on perdait dix années de résultats », a calculé Dominique Lux. Aussi, même s’il a fallu former toutes ces bonnes volonté à la récolte des asperges, que certains étaient parfois trop éloignés du monde du travail et depuis trop longtemps pour être autonomes et efficaces, c’est mieux que rien du tout.     Orienter les politiques publiques à bon escient La visite de la ferme a été suivie d’une réunion avec un certain nombre de responsables professionnels agricoles (Chambre d'agriculture, FDSEA, JA). « C’est le moment de se poser les bonnes questions pour orienter les politiques publiques en matières agricoles », pose Patrick Bastian, président de la commission Agriculture et Forêt de la Région Grand Est. Pour lui, comme pour d’autres, l’agriculture alsacienne aurait tout à gagner à s’orienter davantage vers la production de fruits et légumes. La densité de population élevée, et l’artificialisation des terres qui en découle, sont source de force et de faiblesse. Une force parce que tous ces habitants consomment. Une faiblesse parce que le parcellaire alsacien ne sera jamais celui de la Beauce. Par contre, les terres sont riches et, moyennant quelques investissements, l’eau est accessible en abondance via la nappe phréatique et l’irrigation. Jean Rottner rappelle que la Région travaille sur un plan irrigation, qui balaie aussi bien les systèmes d’irrigation à privilégier, que les conditions de création de bassins de rétention : « C’est un enjeu d’avenir », commente-t-il.   J’ai souhaité ce matin aller à la rencontre du monde agricole pour lui témoigner mon soutien et mon attention. Nous sommes tous responsables de l’avenir de notre agriculture et de ses choix Restons acteurs et consommateurs de cette proximité pic.twitter.com/hyoJHznYXL — Jean ROTTNER (@JeanROTTNER) May 26, 2020   « L’épidémie de Covid-19 a mis en évidence un certain nombre de dysfonctionnements de l’agriculture française et européenne », constate Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, en préambule de cette réunion. Il s’agit donc d’en tirer les conclusions afin de repositionner les stratégies agricoles, notamment en matière d’emploi et de souveraineté alimentaire. « Mais attention à ne pas confondre souveraineté et autonomie alimentaire. Il s’agit de sécuriser l’approvisionnement en nourriture de la population, tout en préservant la vocation exportatrice de l’agriculture française », précise Franck Sander. Il estime aussi nécessaire d’avancer plus vite sur un dossier qui est sur la table depuis plusieurs années : l’approvisionnement en produits locaux de la restauration collective, ce qui implique de pouvoir privilégier les fournisseurs locaux dans la passation des marchés publics, mais aussi de travailler en amont pour proposer une offre en produits locaux qui réponde aux besoins de la restauration collective, par exemple des fruits et légumes déjà épluchés, découpés…   "Les collectivités locales doivent pouvoir mettre en avant dans les cantines scolaires les produits du terroir et en valoriser ainsi l’origine France, dont la qualité sanitaire et la traçabilité sont irréprochables." @ArnoldPuech https://t.co/trkPbNOGyL — La FNSEA (@FNSEA) April 29, 2020   Accélérer la modernisation de l’agriculture D’autres questions ont été évoquées durant cette réunion : la possibilité d’explorer une troisième voie entre agriculture biologique et conventionnelle ; les leviers à actionner pour améliorer la situation de l’élevage en Alsace, et plus particulièrement le fonctionnement du secteur de l’abattage, trop concentré aux mains de quelques-uns ; les moyens à mettre en œuvre pour soutenir la viticulture et la filière brassicole, fortement impactées par la Covid-19, citent pêle-mêle les participants à la réunion. En outre, face au défi climatique à relever, l’agriculture a des solutions à mettre en œuvre (photovoltaïque, petite méthanisation…), et les agriculteurs seront d’autant plus prêts à s’en saisir qu’ils seront soutenus par des politiques d’investissements publics efficaces et cohérentes. Il n’y aura pas d’annonce fracassante de la part du dirigeant de la Région. Ce jour-là, il est venu pour écouter les praticiens de l’agriculture avant de prendre des décisions - une méthode qui a fait ses preuves mais que certains décideurs semblent oublier - et rassurer : « En mettant en lumière l’utilité des agriculteurs, la crise a incité les consommateurs à les regarder à nouveau avec les yeux de l’amour. Elle a aussi montré que la relocalisation commence à côté de chez soi, un élan que nous voulons encourager. » Il constate aussi que, dans le cadre du Business act post-Covid, engagé par la Région afin de relancer l’économie, « on en vient à parler d’agriculture dans tous les groupes de travail car elle est en lien avec des pans entiers de l’économie, comme la bioéconomie ; il faut donc accélérer sa modernisation ».  

Fermes-auberges

La montagne à emporter

Publié le 23/05/2020

Toujours fermées à cause de l’épidémie de Covid-19, les fermes-auberges du massif vosgien s’adaptent pour relancer malgré tout leur activité économique. Depuis la semaine dernière, plusieurs d’entre elles expérimentent, avec succès, la vente à emporter. À consommer sans modération à la terrasse de sa maison ou sur une couverture de pique-nique.

Pas un drive, mais une expérience : celle de la « montagne à emporter ». Ici, pas de cheeseburger, de nuggets de poulet ou de wrap sauce bacon. Prenez plutôt une tourte, des roïgabrageldis, du porc fumé ou du bargkass. Le vrai repas marcaire à emporter avec soi, à déguster façon pique-nique dans un champ ou assis confortablement à la terrasse de sa maison. Alors que les restaurants sont toujours fermés au public à cause de l’épidémie de Covid-19, les fermiers aubergistes du massif vosgien s’adaptent. La semaine dernière, quelques-uns ont lancé la formule « à emporter », à défaut de pouvoir accueillir leurs clients en bonne et due forme. Un succès. Dès l’annonce de cette opération sur sa page Facebook, la ferme-auberge du Schafert, située sur les hauteurs de Kruth, a vu les commandes affluer en nombre. « Le mercredi, on a dû clore les commandes pour être en mesure d’assurer, dans les règles de l’art, tout au long du week-end », témoigne Serge Sifferlen, propriétaire de l’établissement et président de l’Association des fermes-auberges du Haut-Rhin. Pour une première, ce sont 180 commandes qui ont été retirées par les aficionados de la gastronomie marcaire entre vendredi et dimanche, rien que pour le Schafert. Après deux mois de confinement, l’attente des clients était à point. « On sent que les gens ont envie de consommer la montagne, de la parcourir, de prendre l’air. Les fermiers aubergistes les accompagnent à leur manière à défaut de pouvoir les accueillir normalement », poursuit-il.     Relancer progressivement l’activité Pour cette première semaine post-confinement, ils n’étaient que quelques-uns à tenter l’expérience de « la montagne à emporter ». L’opération devrait monter en puissance durant la semaine de l’Ascension. En effet, de nombreuses demandes affluent chez Alsace destination tourisme (ADT) pour savoir ce que peut proposer chaque fermier aubergiste, que ça soit du repas chaud, du repas froid ou juste des produits bruts à emporter. Économiquement, cela représente une bouffée d’air bienvenue pour les fermes-auberges contraintes de rester portes closes. « On est évidemment loin d’un fonctionnement normal. On peut espérer entre 30 et 40 % du chiffre d’affaires habituel. Ça paie les charges fixes et cela permet de remettre nos employés au travail, même à mi-temps. Et puis, nous sommes à nouveau au contact de la clientèle, même s’il y a un peu plus de distance qu’à l’accoutumée. On repart doucement. Pour l’instant, on sent encore un peu d’appréhension chez les gens pour sortir mais ça va doucement monter en puissance. Dans tous les cas, nous sommes prêts pour accueillir les gens en toute sécurité », estime Serge Sifferlen. Des règles sanitaires strictes Comme dans les marchés de plein air, tout a été mis en œuvre pour faire respecter les mesures barrière contre le Covid-19 : gel hydroalcoolique obligatoire avant de pénétrer dans les lieux, marquage au sol pour faire respecter les distances de sécurité, masques pour l’ensemble du personnel. La remise des commandes est elle aussi parfaitement rodée. Chaque client est invité à venir avec ses propres récipients : gamelle en fonte ou plat à baeckeoffe pour tout ce qui est chaud, contenant plastique ou autre pour le froid. Les tourtes sont quant à elle livrées dans une barquette d’aluminium recouverte par un film plastique. Les consommateurs n’ont ensuite plus qu’à réchauffer les plats au four en arrivant à la maison. À moins qu’ils décident simplement de manger presque sur place, en mode pique-nique à une table voisine, ou sur une couverture dans la prairie attenante. « C’est une alternative que nous proposons à ceux qui souhaitent savourer nos plats tout en savourant le paysage de la montagne, à condition de ne pas être les uns sur les autres et de respecter le lieu », souligne Serge Sifferlen. Un achat « solidaire » Une option séduisante qui n’a, pour l’instant, pas été retenue par Béatrice, fidèle cliente venue de Fellering avec son fils. Aujourd’hui, elle entend profiter de la gastronomie marcaire sur la terrasse familiale avec ses parents. « Ils ont plus de 75 ans. C’était plus facile pour cette fois de leur amener la montagne à la maison. En général, on monte ici avec eux. Vu le contexte, il faut encore être un peu prudent. » Elle trouve l’idée de ce drive, ou plutôt de cette « montagne à emporter » géniale. « C’est vraiment chouette de pouvoir manger ces produits qu’on apprécie autant, malgré la fermeture des établissements de restauration. On attendait vraiment cette ouverture. Quand j’ai vu l’annonce sur Facebook, j’ai appelé dans la foulée pour commander. J’avais peur de ne pas en avoir », glisse-t-elle en souriant. Au-delà du plaisir gustatif, elle tenait aussi à apporter son soutien à la ferme-auberge du Schafert. Pour elle, il est essentiel de « répondre présent » afin d’aider les gens qui y travaillent à « vivre correctement ». C’est ce que pense également Sébastien, un autre habitué des lieux, lui aussi habitant de Fellering. « Nous vivons une période difficile. Il faut être solidaire, on n’a pas le choix. En achetant ces produits, ça permet à nos agriculteurs d’avoir une petite rentrée d’argent. C’est un geste citoyen à mes yeux. » Même son de cloche pour Christophe, de Saint-Amarin. Lui connaît les propriétaires du Schafert depuis son enfance. En temps normal, il vient y manger au moins trois fois par an en alternant avec d’autres fermes-auberges du secteur. Aujourd’hui, il tenait aussi, par son achat, à faire un « geste de solidarité ». « On est bien content quand on peut venir en temps normal. Alors, quand c’est plus difficile, c’est important de montrer qu’on est là. Et puis les gens sont en manque de roï ' ! Quand on les fait nous-même, ce n’est pas aussi bon ! »     Regardez la vidéo d'Ilo sur la ferme-auberge Uff Rain dans les hauteurs de Sondernach, qui a trouvé d'autres solutions pour vendre ses fromages :

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