Vie professionnelle

Publié le 22/05/2020

Elles n’avaient pas longtemps cessé ! À l’arrêt entre dix jours et un mois, souvent au début du confinement, les entreprises du paysage ont repris l’entretien des espaces verts, voire certains chantiers, dès avril. Le chiffre d’affaires sur le début de l’année 2020 s’en ressentira, certes, mais les structures ont limité la casse et parient sur un afflux de commandes depuis le déconfinement.

Toutes les entreprises du paysage travaillant avec des sociétés privées et/ou des particuliers sont confrontées à « une énorme demande », depuis la fin du confinement, dixit Jacky Wolff, de la société Wolff René & Fils - Espaces verts à Hoerdt, vice-président de l’Union nationale des entreprises du paysage (Unep) du Grand Est et co-président du Bas-Rhin avec Gérard Jost. « C’est le côté plus que positif du confinement : les gens ont eu le temps de parler jardin », relève-t-il. Ce sentiment est partagé par Franck Jehl, l’un des trois dirigeants de l’entreprise Thierry Muller depuis 2018, responsable de l’agence du Haut-Rhin, à Richwiller. La société mère est à Geispolsheim-gare. « On est confiants, le carnet de commandes est bon. Depuis le 11 mai, on a repris notre activité à plus que 100 % », dévoile-t-il. Cette hausse d’activité pallie au manque d’avril : moins 25 % de chiffre d’affaires sur les quatre premiers mois de l’année, par rapport à 2019… Mais aussi moins de dépenses, souligne Franck. Main-d’œuvre intérimaire et contrats saisonniers renforcent les équipes chez Thierry Muller, aujourd’hui. « On peut rattraper mais encore faut-il de la main-d’œuvre qualifiée », tempère Jacky Wolff, qui en appelle à la Chambre d’agriculture d’Alsace et aux établissements publics pour qu’ils signent des conventions de stage au plus vite, et rappelle que l’apprentissage se prépare d’ores et déjà pour la prochaine rentrée des classes. Ses employés feront des heures supplémentaires, « pour le moment », et il l’assure : ils prendront leurs congés, essentiels pour les retrouvailles en famille et les vacances. Olivier Schellenberger est gérant et salarié de la SARL Schellenberger à Strasbourg-Neudorf, créée par son aïeul en 1925. Lui a trouvé son stagiaire. Ce dernier vient d’un centre de formation privé qui l’a conventionné. Du 12 mai au 27 juillet, il travaille avec Olivier et le second salarié de l’entreprise, et il passera son examen pratique à la SARL. Olivier n’est, pour autant, pas encore aussi enthousiaste que ses confrères précités. « De mars à mi-mai, on a reçu deux fois moins d’appels qu’en temps normal à cette période. On travaille essentiellement avec des particuliers et des copropriétés, et ils appellent moins », constate-t-il. Les devis de création d’aménagements commencent à revenir tout doucement. « C’est un coup de frein au développement de la structure même si elle n’est que légèrement impactée », enchaîne Olivier, qui compte sur le chômage partiel (le site Internet du gouvernement était saturé deux semaines durant, précise-t-il, au début du confinement) et sa trésorerie, pour enrayer les pertes de mars-avril. L’embauche d’un salarié fin 2020 est maintenant soumise à l’évolution de la situation. Chez Thierry Muller, pas question de renoncer aux investissements prévus en 2020, d’une hauteur de 500 000 €. « On a suspendu nos prêts bancaires et on espère bénéficier du prêt garanti par l’État », confie Franck Jehl. Les deux structures sont incomparables. Si la SARL Schellenberger fait vivre deux salariés, grâce surtout aux privés de Strasbourg et des environs, et affiche un chiffre d’affaires 2019 de 300 000 €, le groupe Thierry Muller atteint 15 millions d’euros (M€) de chiffre d’affaires annuel dont 80 % est fait sur du marché public. Près de 120 salariés travaillent pour la SAS, qui a fêté ses quarante ans cette année. Ils se déplacent dans toute l’Alsace, en Moselle et dans le territoire de Belfort.     Des volontaires dès la première heure Pour les deux entreprises, le 16 mars, tout s’est arrêté. Principe de précaution oblige. La SARL Schellenberger est restée fermée trois semaines, jusqu’à ce qu’Olivier soit assuré de pouvoir poursuivre son activité, que lui et son collègue se soient confectionnés des masques, qu’ils aient du gel hydroalcoolique et des gants, et que leur reprise soit accueillie favorablement par les clients. « La deuxième quinzaine de mars a été une période de doute, vraiment. Je ne voulais pas prendre le risque qu’on puisse se retourner contre moi. Je ne savais pas si mon métier était essentiel ou non. On a obtenu des informations au compte-gouttes à partir de début avril », retrace-t-il. Au sein du groupe Thierry Muller, dix jours après le début du confinement, l’activité reprenait déjà, avec près d’un tiers de l’effectif. Au 27 mars, environ la moitié du personnel était au chômage partiel ; un peu moins de 20 % des salariés en arrêt maladie. À partir de la troisième semaine d’avril, l’activité a augmenté au fur et à mesure des réceptions de masques de protection, et des autorisations des clients à reprendre le travail. Concernant les marchés publics, ceux-ci étaient réticents au départ, du fait notamment de la promiscuité inhérente à certains chantiers. Seulement 30 % de l’activité du groupe est basée sur l’entretien, 70 % sur l’aménagement créatif de l’espace, ce qui explique aussi la reprise progressive de l’activité. « Les chantiers sont décalés. En marchés publics, on travaille avec des constructeurs qui ont pris du retard », détaille Franck Jehl. Jusqu’à la mi-avril, la SARL et la SAS ont été confrontées à des difficultés d’approvisionnement, leurs fournisseurs habituels étant fermés. Autre contrainte partagée : les déplacements sur les chantiers. « Ce n’est que depuis le 11 mai que nous sommes à nouveau deux dans la camionnette », remarque Olivier Schellenberger. Chez Thierry Muller, les salariés se partageaient parfois le véhicule à trois, avant le confinement. Le Covid-19 a changé la donne et cette règle d’une personne par automobile a été un souci organisationnel, admet Franck Jehl. Les deux chefs d’entreprise insistent sur le fait que leurs employés ont repris le travail volontairement. « À l’heure actuelle, on ne regrette pas d’avoir repris l’activité le plus tôt possible, dans les meilleures conditions pour protéger le personnel, qui a été associé aux décisions. Il n’y a pas eu de malade, pas de contagion, jusqu’à présent », s’exclame le codirigeant du groupe Thierry Muller. À la SARL Schellenberger, rien à signaler non plus. Pas la même productivité qu’avant Tout a fonctionné au ralenti en avril mais la nature, elle, n’était pas confinée, rappelle Franck Jehl. La saison de la tonte avait démarré. Les deux entreprises ont surtout fait de l’entretien d’espaces verts durant le confinement. Coup de chance pour les paysagistes : fin mars et début avril, la sécheresse a évité des hauteurs de tonte de plus de 30 cm. « On était dans les standards », lâche Olivier, dont la SARL entretient aussi 250 tombes sur différents secteurs de Strasbourg. Sa demande d’ouverture des cimetières à la municipalité est restée vaine, affirme-t-il. Il n’a pas eu l’autorisation d’entrer dans ces espaces publics avant le déconfinement, le 11 mai. Il a donc raté la première plantation de fleurs, pour Pâques. Jacky Wolff, lui, a pu officier dans les cimetières dès le début du mois d’avril, après avoir soumis aux collectivités du nord de l’Alsace où il opère, un protocole de reprise. « Je remercie ceux qui nous ont laissés travailler. Cela a permis de préserver les emplois et d’en créer à l’avenir », dit Jacky, reconnaissant. La SAS Wolff Renée & Fils, fondée en 1966, a fait 2,30 M€ de chiffre d’affaires en 2019. Elle compte une trentaine de salariés qui exercent à parts égales leurs talents pour des collectivités, des particuliers et des entreprises privées. « Le gros point négatif de cette pandémie, ce sont les mesures de protection et l’organisation du travail qui en découlent. La rentabilité sur un chantier n’est pas la même qu’avant. D’autant plus que certains matériaux arrivent toujours avec du retard aujourd’hui », juge Jacky Wolff. Olivier Schellenberger renchérit : « La productivité, avec ces protocoles, est moindre. Les gestes barrière nous ralentissent, même pour de l’entretien ou se fournir à la pépinière. Chez certaines personnes, c’était facile d’intervenir sans prévenir, avant l’épidémie. Aujourd’hui, il faut obligatoirement appeler avant de passer. Et porter un masque sera d’autant plus pénible quand il fera chaud ». Les affaires reprennent pour les paysagistes. Elles n’avaient pas longtemps cessé. Mais l’exercice de leur métier, bien qu’en plein air, est toujours impacté.

Marchés fermiers

Mesures barrière en plein air

Publié le 20/05/2020

Fermé pendant deux semaines au début du confinement, le marché fermier d’Holtzwihr fonctionne depuis à plein régime, avec une application drastique des mesures barrière obligatoires contre le Covid-19. Vendredi dernier, le préfet du Haut-Rhin, Laurent Touvet, aux côtés d’élus et de responsables agricoles, est venu constater la bonne mise en œuvre de ce protocole sanitaire « indispensable. » Tous les marchés alimentaires sont officiellement autorisés depuis le 11 mai.

Même « masqué », le marché fermier d’Holtzwihr fait le plein. Fermé pendant deux semaines au début du confinement, il fonctionne depuis à plein régime, moyennant quelques adaptations sanitaires. Dès l’entrée de la cour de ferme, un gel hydroalcoolique est mis à disposition des clients. Au sol, un marquage fléché indique le sens de circulation. Au stand fruits et légumes, les clients se tiennent à au moins un mètre de l’étal ou du vendeur, et n’ont pas le droit de manipuler les produits. Dans la file d’attente, chacun respecte la distance minimale. Chez les agriculteurs commerçants, tous portent un masque. Les clients, dans leur grande majorité, font de même. Par rapport à un supermarché, les risques d’être en contact avec une personne porteuse du Covid-19 sont bien moins importants. Pourtant, les marchés alimentaires de plein air ont d’abord été interdits quand les grandes surfaces restaient ouvertes. Progressivement, la préfecture du Haut-Rhin a apporté de la souplesse, d’abord en permettant à un agriculteur de vendre sa production devant son exploitation, puis en autorisant les marchés alimentaires dans les communes de moins de 5 000 habitants. Un soulagement pour le marché fermier d’Holtzwihr, une institution dans le Ried haut-rhinois depuis vingt ans.       Une fermeture « incompréhensible » Pour autant, la décision de fermer les marchés alimentaires reste toujours aussi « incompréhensible » aux yeux de Vincent Meyer, éleveur laitier et hôte de ce marché fermier. Vendredi dernier, il n’a pas manqué de le rappeler au préfet du Haut-Rhin, Laurent Touvet, venu constater par lui-même la bonne application du protocole sanitaire signé par la Chambre d'agriculture Alsace (CAA), l’association des maires du Haut-Rhin et l’administration. Vincent Meyer déplore le « deux poids, deux mesures » qui a été décidé au sommet de l’État. « Nous, dès le premier jour, nous avons mis en place les gestes barrière. Ici, les clients ne peuvent plus toucher les légumes. Dans les supermarchés, n’importe qui peut les toucher, n’importe comment. En plus, on est ici en plein air, contrairement à un supermarché qui reste un lieu fermé. Il y a donc moins de risques ici sur le plan sanitaire », fait-il remarquer. Laurent Touvet le conçoit, la fermeture des marchés n’était pas en « parfaite cohérence » avec l’ouverture des supermarchés. « Pour autant, un préfet est là pour faire appliquer la loi et la réglementation nationale. Le Gouvernement avait décidé de fermer tous les marchés, sauf exception. Et je ne voulais pas que dans le Haut-Rhin, département le plus touché de France par le coronavirus, il y ait trop d’exceptions. Je ne voulais pas donner de signaux qui auraient incité au relâchement. Néanmoins, dans ce contexte de confinement, j’ai été sensible, depuis le début, à la nécessité pour les agriculteurs de pouvoir écouler leurs produits dans les circuits courts. C’est pour cela que j’ai d’abord accepté qu’un agriculteur puisse vendre ses produits devant la ferme, puis la réouverture des marchés, en tenant compte de la taille de la commune. Si on avait ouvert partout, tout le monde aurait cru qu’on repartait comme avant. Aujourd’hui, l’épidémie est jugulée mais pas encore vaincue. Nous ne sommes pas dans un déconfinement, mais dans une levée progressive du confinement. C’est pour cela que nous devons tous restés mobilisés pour éviter un éventuel rebond de la maladie. C’est grâce à cette organisation intermédiaire mise en place pour des semaines, voire des mois, que des marchés fermiers comme celui d’Holtzwihr pourront fonctionner presque normalement. » Une nécessité « vitale » pour le premier vice-président de la Chambre d'agriculture Alsace, Denis Nass : « Grâce à ce type de marché, l’agriculteur peut expliquer ses contraintes, ses difficultés et le coût de ses produits. Pour le consommateur, c’est la garantie d’une réelle transparence du produit qu’il achète. Il y a ici un lien social très fort qu’il est indispensable de maintenir et de pérenniser. À ce titre, nous ne pouvons que nous féliciter du travail collaboratif qui a été mené entre la Chambre d’agriculture, l’association des maires et l’administration pour trouver une solution à la fermeture des marchés. J’espère maintenant que cette connexion sera durable. » Pas question de se tourner vers les supermarchés Au-delà de l’aspect social, le marché fermier a un rôle économique évident pour ceux qui l’animent. Pour beaucoup de paysans présents, c’est souvent le seul mode de commercialisation. Hors de question, d’ailleurs, d’aller vendre leurs produits aux supermarchés en guise de compensation. Vincent Meyer n’en revient d’ailleurs toujours pas du mail qu’il a reçu, lui proposant d’aller voir des grandes surfaces pour vendre. « Ça a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Nous, cela fait des années qu’on se débrouille pour vendre une grande partie de notre production laitière directement, sans intermédiaire. Aujourd’hui, j’ai la chance d’avoir une entreprise qui tourne, qui est saine. Et ça, c’est grâce à la vente directe. » Un constat que partage Colette Obrecht, éleveuse bovine à Andolsheim, et membre historique du marché fermier d’Holtzwihr. Malgré les difficultés qu’elle a rencontrées dans les premières semaines du confinement, il était impensable de faire appel à des grandes surfaces. « C’est bien mais ce n’est pas l’objectif qu’on s’est fixé en développant la vente directe. » Heureusement pour elle, des clients fidèles ont répondu présents pour soutenir l’activité de la ferme en effectuant des commandes par téléphone. Et quand la possibilité de rouvrir le marché d’Holtzwihr s’est présentée, la municipalité s’est investie en mettant des flyers dans les boîtes aux lettres. Une action qui a porté ses fruits pour Colette Obrecht. « Des habitants du village sont venus pour la première fois au marché. Ils ont découvert son existence pendant le confinement. » Depuis, elle n’a pas à se plaindre. La demande est importante, quel que soit le morceau de viande. « Ici, les gens apprécient vraiment la rigueur de l’hygiène. Tous les morceaux de viande sont filmés, sans contact avec l’extérieur. C’est quelque chose qui semble les rassurer dans le contexte que nous vivons. » C’est d’ailleurs le point qui l’a le plus marqué : le changement de comportement de la clientèle pendant ces semaines de confinement. « Beaucoup apprécient le marché fermier car c’est non seulement en plein air, mais c’est aussi plus sécurisé à leurs yeux. Maintenant, reste à savoir si cet état d’esprit va rester quand l’épidémie sera derrière nous. » Vers une prise de conscience des consommateurs ? Sur le stand à côté, Fabienne Dirringer vend ses volailles et ses œufs qui partent comme des petits pains. Elle aussi a noté un changement d’attitude de ses clients. « Ils viennent moins souvent mais prennent plus à chaque fois. Du coup, nous avons dû revoir notre organisation. » Comme Colette Obrecht, elle a pu compter sur ses clients fidèles lorsque le marché a fermé ses portes. « On avait un peu peur au début. Et finalement, ça s’est très bien passé. On a beaucoup fonctionné avec des commandes prises par téléphone. Et ça continue aujourd’hui. Ce qui fait que je n’ai presque plus rien à vendre aujourd’hui ! Il va falloir maintenant trouver un nouveau compromis pour satisfaire tout le monde. » Dans ce contexte épidémique, l’adaptation et la souplesse sont devenues des clés indispensables pour continuer à avancer sereinement. Fabienne Dirringer essaie de relativiser la fermeture des marchés de plein air car elle reconnaît que c’était une décision « difficile à comprendre ». « C’est là qu’on voit que ce sont les Parisiens qui font nos lois ! Après, il faut aussi comprendre qu’à un moment donné, il fallait agir. Alors, même si la décision était injuste pour les petits producteurs comme moi, je l’accepte malgré tout. » Comme sa collègue, Fabienne Dirringer attend de voir si cet attrait pour le marché fermier et le « petit producteur du coin » va perdurer. « Pour l’instant, beaucoup de gens consomment différemment, tant mieux. Mais rien ne dit qu’ils ne retourneront pas au supermarché quand la crise sera derrière nous. »

Publié le 16/05/2020

Depuis la fermeture de l’école de ses enfants, Laure Feldmann, de Mittelhausen, a laissé tomber la traite du matin pour un programme beaucoup plus studieux. On est polyvalente ou on ne l’est pas…

Associée avec son mari Damien au sein du Gaec des Quatre ponts, Laure Feldmann travaille à temps plein sur l’exploitation de 100 vaches laitières, située à Mittelhausen. En charge de la traite, du suivi vétérinaire du troupeau et de la partie administrative, elle n’hésite pas à donner un coup de main dans les cultures quand le besoin s’en fait sentir. Alors, quand l’école de ses enfants a fermé en raison du confinement, elle a fait un pas de plus vers la polyvalence en assurant la continuité pédagogique depuis son domicile. En temps normal, Lucas, 4 ans, et Robin, 8 ans, sont tous les deux scolarisés à l’école Clair de lune à Wingersheim, un regroupement pédagogique de six communes. Le plus jeune est en moyenne section de maternelle, l’aîné en CE2. Laure avait l’habitude de les déposer et de les récupérer au bus deux fois par jour. Plus d’école, plus de trajets… et plus de traite du matin non plus : Laure l’a déléguée à ses beaux-parents et à son mari. Elle s’occupe désormais de Lucas et Robin, le matin. « Ils sont plus ou moins attentifs selon les jours, constate-t-elle. En général, ça va mieux quand il pleut : la tentation de sortir est moins grande. » La charge de travail varie, selon le niveau des enfants : « En maternelle, c’est gérable, juge Laure. On reçoit du travail en allemand et en français car Lucas est en classe bilingue ». Jusqu’ici, tout va bien : les couleurs, les chiffres, les mots d’usage courant ne posent pas trop de problèmes. « On verra ce que ça donnera dans cinq ans… », s’amuse la jeune femme, précisant qu’à la maison, on parle tout de même alsacien quotidiennement. Pour l’aîné, qui est en CE2 monolingue, les leçons et les exercices sont transmis par e-mail, par le maître : à charge pour Laure de les imprimer. « Il y a du français et des maths tous les jours. » À la demande de l’enseignant, elle essaie de laisser Robin se débrouiller « mais il y a des moments où il faut tout de même l’aider ». Grâce aux corrigés transmis par le maître en fin de journée, l’enfant peut même s’auto-corriger. Et, si jamais ça coince, Laure peut toujours contacter l’enseignant. « Il y a deux ans, on aurait plus galéré » Lorsque le travail scolaire est achevé, Laure reprend ses occupations à la ferme en compagnie des enfants. L’efficacité n’est pas tout à fait la même mais, dans l’ensemble, les choses se passent bien. « On aurait eu le confinement il y a deux ans, on aurait plus galéré. Là, ils arrivent à s’occuper un moment tout seul : avec le vélo, le tracteur à pédale… Le terrain de jeu est grand. Le grand surveille le petit », souligne l’éleveuse. Comme l’ensilage est tombé pendant les vacances de Pâques, Lucas et Robin ont suivi de près le chantier et accompagné leur père sur le tracteur. Ils ont aussi fait du jardinage et un peu de cuisine avec leur mère. Autant d’activités qui permettent d’occuper les journées, quand les sorties étaient restreintes au minimum. Alors que le déconfinement démarre, Laure et son mari savent déjà que Lucas ne reprendra pas l’école avant septembre. Ils ne pensent pas renvoyer Robin en classe non plus, le 2 juin, comme ils en auraient la possibilité : maintenant que l’organisation est à peu près rodée, cette reprise pourrait à nouveau tout chambouler. Et ça, ils n’y tiennent pas.

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