Vigne

Syndicat des vignerons indépendants d’Alsace

Vrac, volumes, VCI, irrigation…

Publié le 21/09/2018

Les vendanges battent leur plein, c’est l’occasion pour le Synvira de faire un point sur différents dossiers : millésime 2018, rendements, VCI, irrigation, vrac, accompagnement marketing et commercial des vignerons.

Difficile à mi-parcours d’établir un bilan du millésime 2018, mais le président du Syndicat des vignerons indépendants d’Alsace (Synvira), Pierre Bernhard, a souhaité inviter la presse pour aborder quelques points d’actualité professionnelle. Le vignoble alsacien est resté prudent sur les estimations de récolte. D’abord évaluée à « un peu plus de 1 million d’hectolitres (Mhl) » selon un communiqué du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace, Agreste, le service statistique du ministère de l’Agriculture, s’est pour sa part prononcé en juillet sur 1,172 Mhl. Mais la réalité des volumes n’est pour l’heure pas connue : « La canicule est passée par là, et d’ici quinze jours, il va y avoir des phénomènes de concentration si le beau temps se maintient », explique le président du Synvira. S’ajoutent d’autres incertitudes : le rendement de pressurage, les pieds manquants et quelques zones en situation de sécheresse, dont certaines ont toutefois repris des couleurs à la faveur des dernières pluies. « L’essentiel des beaux terroirs ne devrait rentrer qu’à partir de la semaine prochaine. » En cas de dépassement des maximas, les vignerons peuvent cette année stocker des VCI (Volumes complémentaires individuels) soit 5 hl de volumes supplémentaires, valable en crémant, et alsaces blancs sauf les gewurtz, riesling, pinot gris et rouges qui ne sont pas concernés. Irrigation ou arrosage qualitatif Désormais la question de l’irrigation se pose sérieusement au vignoble alsacien. Pierre Bernhard opte pour « arrosage qualitatif », une sémantique adaptée à la diversité des opinions qui caractérise les vignerons indépendants. Un arrosage qu’il juge cependant nécessaire également pour sauver des jeunes plants. « Pour, contre, on devrait avoir une proportion d’opinions de l’ordre de 45/55 chez les vignerons indépendants. » Pour Pierre Bernhard, l’irrigation doit être abordée comme une solution parmi d’autres : le matériel végétal, les porte-greffe et cépages, les pratiques agronomiques, l’effeuillage, la régulation de la charge. « Notre objectif c’est la qualité, mais des zones vont au-devant de problèmes à cause du climat. Comment gère-t-on ces zones ? […] Clairement, on ne peut pas dire aujourd’hui à un vigneron qu’il ne cultivera plus la vigne ici ou là », explique le président du Synvira. Et au-delà de l’irrigation, c’est avant tout la question du type de viticulture vers laquelle le vignoble alsacien veut s’engager qui est posée. « Que voulons-nous faire de notre viticulture ? » Une biodiversité de vignerons Et dans le vignoble alsacien, la diversité des philosophies et des approches est grande. Entre des vignerons enclins à laisser s’exprimer les composantes naturelles du lieu et des vignerons plutôt interventionnistes qui souhaitent maîtriser leur élaboration à la vigne et dans le vin. De même en aval de la production, certains défendent un type de vin, d’autres revendiquent la diversité des types, considérant que l’identité gustative ne réside pas dans les sucres résiduels, les arômes ou l’acidité. C’est au titre de la défense de cette diversité d’approches que Pierre Bernhard est allé, dimanche dernier, soutenir le Bruno Schloegel, vigneron à Wolxheim, sommé par le contrôle interne de l’ODG de faucher l’enherbement de ses vignes au nom de leur mise en conformité avec le cahier des charges de viticulture en appellation. « Il y aura toujours du vrac » La question du vrac a aussi beaucoup occupé les esprits : « Les vignerons indépendants ont cessé de croire que les négociants allaient résoudre le problème du vrac », résume Pierre Bernhard. Le vrac n’est d’ailleurs pas une problématique inhérente aux seuls vignerons indépendants, fait-il remarquer : « Tout vigneron aura toujours une part de vrac à vendre, tout comme d’ailleurs les négociants ou les caves coopératives. » Pour le président du Synvira, le problème vient du déséquilibre entre la capacité de mise en marché de la filière des vins d’Alsace, actuellement de 940 000 hl/an, et son potentiel de production, de l’ordre de 1,2 Mhl, en chiffre rond. « Il faut reprendre des marchés et ne pas se « bouffer le nez… » S’ajoutent à « cette réelle problématique » de mise en marché, les difficultés d’image que rencontrent les vins d’Alsace : « Aujourd’hui, vendre du vin d’Alsace n’est pas la chose la plus facile à faire ! » Dans un contexte de « baisse des ventes au caveau et ce, malgré les efforts consentis en œnotourisme et en qualité d’accueil au caveau ». Enfin, « les exploitations grossissent car malheureusement des vignerons jettent l’éponge et décident de vendre des raisins », énumère Pierre Bernhard. Plus d’accompagnement à la commercialisation Qu’à cela ne tienne, les vignerons indépendants annoncent des changements au Synvira : « On a besoin de plus de soutien d’accompagnement en marketing, pour le positionnement prix, ou encore pour le montage de dossier d’aide à l’export », explique le président. Le Synvira devrait donc à terme recruter des profils moins administratifs et plus à même de délivrer des conseils pour aider au commerce et au marketing des vins d’Alsace. Mais il faudrait aussi que la filière s’arme davantage avec des formations plus performantes en anglais, ajoute-t-il. Les vignerons indépendants devraient donc incessamment bénéficier de « plus d’accompagnement pour attaquer des marchés exports ».

Maturité du millésime

La re-concentration à l’œuvre

Publié le 19/09/2018

Les services techniques du vignoble, coordonnés par le Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace, ont publié les résultats d’analyse de maturité du 13 septembre, 5e contrôle. Ils portent sur un peu plus d’une centaine de parcelles, dont 27 de riesling, 25 de gewurztraminer et 12 de pinot gris. Et seulement 4 de pinot noir, car à ce stade des vendanges, beaucoup ont été vendangées. Mais l’analyse de ces quatre parcelles apporte un enseignement notoire : à 13,6° de TAP (titre alcoolique potentiel), la teneur en anthocyanes augmente singulièrement à près de 900 mg/kg, contre par exemple 650 mg/kg en 2017. Cette teneur élevée traduit le phénomène de re-concentration des baies actuellement à l’œuvre dans le vignoble à la faveur des journées anormalement chaudes de cette arrière-saison. Conséquence, ce sont les degrés de tous les cépages qui atteignent des sommets : 13,5° pour le pinot gris, 13,3° pour le gewurztraminer, 13,6° pour le pinot noir, 12,9° pour le muscat et l’auxerrois. La concentration s’exerce également sur les acides. Si l’acidité est supérieure à 2003, avec des pH également bien plus faibles et donc bien plus de fraîcheur, l’Union des œnologues a néanmoins demandé au Crinao une dérogation d’acidification, car l’acidité des jus « sous le pressoir apparaît plus faible que celle au contrôle maturité ». En cause l’extraction du potassium qui fait chuter l’acidité et qui se remarque cette année au débourbage avec beaucoup de dépôts de tartre. Conséquence : les fermentations présentent une fragilité sanitaire avec une propension aux fermentations bactériennes, les piqûres lactiques notamment. Mais l’état sanitaire excellent a incité les grands opérateurs du vignoble à repousser quelque peu les vendanges des cépages nobles, au risque de devoir gérer des excès d’alcool/sucres.

Publié le 19/09/2018

Les domaines viticoles alsaciens pétillent chaque été d’initiatives diverses et variées pour s’animer et attirer un public éclectique. Petit tour d’horizon (non exhaustif) de quelques-uns de ces rendez-vous estivaux 2018.

À Reichsfeld, le domaine Borès n’en est plus à son coup d’essai. Il a accueilli du 18 au 22 août pour la troisième année consécutive le festival de théâtre itinérant « Soirs à pressoirs ». Cette année, ses rieslings et ses sylvaners issus du Schifferberg, ont trouvé leur place entre les pièces, les contes, les concerts, les poèmes et le cabaret qui s’installent le temps des représentations dans les généreux espaces de la cave. Ils sont servis en dégustation lors des intermèdes avec des produits locaux, parfois inattendus comme des tartes flambées aux légumes. « C’est un projet au départ culturel. Le vin s’y est naturellement greffé, même s’il faut s’investir à trois pendant deux bonnes journées pour la préparation et une pour ranger » constate Marie-Claire Borès. « Nous communiquons beaucoup autour de nous. Le festival nous permet de faire faire le détour à Reichsfeld. Les gens se disent : « tiens, du théâtre chez un vigneron indépendant, c’est original ! Ils sont satisfaits du spectacle, de l’ambiance, du vin. L’attraction est différente, authentique ». À la différence du pique-nique du vigneron qui capte 800 personnes enfants compris sur deux jours, le festival rassemble une soixantaine de participants par après-midi et soirée. « C’est très bien comme ça » poursuit Marie-Claire. « Il faut conserver la proximité, le côté intime, où l’on est là pour prendre son temps ». La plupart des participants achètent des vins. « Il s’agit pour l’essentiel de nouveaux clients » se félicite Marie-Claire. De son côté, le domaine Spannagel à Katzenthal a sauté sur l’occasion d’être une étape du tour de France dans lequel se sont lancés les associés du domaine Orgâmic, dans le Vaucluse. Cette « bande de copains » passionnés par le vin (même s’ils n’en ont pas fait leur métier principal) s’est posée ici et là cet été pour proposer ses « vins gourmands, sur le fruit, faciles à boire » dans un J9 aménagé en point de vente temporaire. Marie Spannagel a fait relayer leur passage à Katzenthal par l’office du tourisme. Deux cents personnes se sont déplacées au domaine entre 16 h 30 et 21 h 30. « Nous nous orientons de plus en plus vers ce type d’événement ponctuel qui est facile à mettre en place » rebondit Marie. « Là, il m’a suffi d’ouvrir les portes et de les laisser s’installer. Inviter des collègues chez soi permet d’échanger des idées entre nous et ne vous enlève pas de clients. Toute la gamme de la vingtaine des vins figurant sur la carte du domaine était offerte à la dégustation. Orgâmic comme nous-mêmes avons réalisé un chiffre d’affaires similaire. Sans cette offre complémentaire, une partie du public présent ne serait pas venu ». « Dire ce qu’il y a derrière une bouteille » « Il devient de plus en plus difficile d’exercer de l’attractivité sur le client de passage » constate Dominique Schoenheitz, du domaine éponyme à Wihr-au-Val. « Nous déployons davantage nos activités sur l’hiver, un peu moins sur l’été ». Mais pas question de garder les bras croisés. Le domaine propose gratuitement et sans réservation chaque jeudi matin en juillet-août une heure trente de randonnée pédestre facile sur les coteaux de Wihr‑au‑Val afin d’expliquer l’histoire du vignoble, ses terroirs, le cycle végétatif et les travaux de la vigne. La balade s’achève à l’heure de l’apéritif (ou presque) par la dégustation de plusieurs vins : sec, doux, effervescent ou rouge. Une autre version de ces sorties est labellisée « écotourisme » par la région Grand Est. Elle obéit un cahier des charges comme le questionnaire de satisfaction distribué à la fin. Elle met l’accent sur la découverte de la biodiversité présente dans le vignoble. Un jeu de questions-réponses en français ou en anglais rythme le parcours. La prestation est payante à hauteur de 10 € par adulte, 5 € par enfant et 25 € par famille. « Le domaine pratique un niveau de prix qui demande de montrer au public comment nous travaillons. L’objectif de ces balades est donc de faire comprendre la qualité de nos vins. Il faut dire ce qu’il y a derrière une bouteille, quelle est la vraie valeur d’un verre de vin » justifie Dominique. La randonnée pédestre annoncée par l’office de tourisme concerne de vingt à soixante-dix participants qui « montrent du répondant » la plupart du temps. La sortie écotouristique est limitée à trente personnes. « Là, le public est souvent urbain. Le faire participer n’est pas toujours évident tant les gens sont très éloignés de la nature. Les échanges sont maigres, alors que je ne veux pas juste tenir un monologue. En outre, la dégustation vins et fromages suppose une intendance assez lourde et du temps alors que le retour en achat reste faible. Les gens apprécient, mais il n’est pas certain que je continue ».  

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