Millésime 2018
Climat, comment réagir ?
Millésime 2018
Publié le 17/10/2018
Le réchauffement climatique à nouveau perceptible en 2018 rebat les cartes de manière semble-t-il de plus en plus accélérée. Comment y adapter le vignoble ? L’Ava comme les familles professionnelles n’ont pas encore arrêté de position officielle. Leurs présidents s’expriment ici à titre personnel.
Personne ne nie la véracité du dérèglement climatique. « L’effet combiné d’un déficit pluviométrique et de pics de chaleurs est de plus en plus compliqué à maîtriser. C’est une évidence pour tous les viticulteurs » constate Pierre-Olivier Baffrey, président de la section des caves vinicoles d’Alsace à Coop de France. « Nous allons vers des événements climatiques plus violents. Ne nous affolons pas. Assumons-le en nous y préparant, peut-être en plantant plus les versants nord et plus en altitude » renchérit Pierre Heydt-Trimbach, président du Groupement des producteurs négociants du vignoble alsacien. « Pour l’instant, le dérèglement qui fait rentrer des raisins plus mûrs que certaines années passées est plutôt favorable au viticulteur, mais les aléas climatiques inquiètent. En 2018, le phénomène de sécheresse a été accentué par la charge. Ceux qui ont vendangé en vert fin juillet n’ont pas eu les blocages de maturité remarqués par d’autres. La vigne n’est plus à cultiver comme on la cultivait » remarque Jérôme Bauer, président de l’Association des viticulteurs d’Alsace. Il est rejoint par Pierre Bernhard, président du Syndicat des vignerons indépendants. « D’autres pratiques s’imposent. Un parterre végétal qui tapisse le sol en réduisant l’évaporation, mais qui pourrait aussi pomper l’excès d’eau est une de ces pistes ». Parmi les outils pouvant compenser un régime de précipitations de plus en plus chaotique, difficile de ne pas penser à l’irrigation. « Gestion du stress hydrique dans un souci de maîtriser la qualité me semble le bon terme » rectifie Jérôme Bauer. « Mais ce n’est qu’une partie de la solution. D’autres réponses peuvent être apportées par le travail du sol, la gestion de l’enherbement, la conduite de la vigne, la remontée du taux de matière organique des sols légers afin qu’ils retiennent mieux l’humidité ». « Il faudra certainement passer par là pour sauver la viticulture dans les bassins de Scherwiller ou de Colmar » estime Pierre Heydt. La porte semble ouverte en sachant qu’il est hors de question d’influencer le rendement. « L’eau doit permettre de maintenir le potentiel de production, de garder nos pieds, d’arriver à les faire grandir. Il est prouvé qu’arroser au bon moment diminue l’amertume des vins » envisage Pierre-Olivier Baffrey. Au Synvira, certains pensent que « le terroir se suffit à lui-même. D’autres sont prêts sous condition à imaginer le goutte-à-goutte dans les rangs. L’irrigation peut être vue comme une forme d’assurance récolte » résume Pierre Bernhard. Gare à l’identité des vins d’Alsace ! À plus long terme, les professionnels imaginent-ils un vignoble qui aurait adapté son encépagement à une nouvelle donne climatique ? « Sur le principe, ce serait idiot de ne pas tester de nouveaux cépages. J’ai goûté la syrah. C’est sympathique. Je suis personnellement assez pour. Mais le riesling restera le cépage emblématique du vignoble. Si l’Alsace l’abandonnait, l’Alsace n’existerait plus » déclare Pierre Heydt. « Expérimenter n’engage à rien » rebondit Pierre-Olivier Baffrey. « L’Alsace produira certainement de très bons vins avec d’autres cépages. Mais la question est de savoir quelle est l’âme de l’Alsace ? Quel est son projet commun à moyen et à long terme ? ». « Planter des cépages du sud de la France n’est pas une solution. Il faut travailler les nôtres pour en avoir de plus tardifs et de moins alcoogènes. Quarante cépages jugés non qualitatifs dans les années soixante-dix auront été plantés d'ici 2019 dans le conservatoire de Herrlisheim-près Colmar. Cette génétique recèle peut-être des caractères intéressants. Il faut surtout ne pas oublier que l’identité alsacienne passe par ses cépages ». Pierre Bernhard ne dit pas autre chose. « Considérons toutes les réponses disponibles. Voyons déjà ce que l’Alsace possède comme cépages adaptés. En sol filtrant, un riesling sur un porte-greffe 3309 c’est compliqué, alors qu’un pinot blanc ou un chardonnay tiennent mieux. Et on reste dans l’appellation ! » Les cépages résistants au mildiou, aptes à satisfaire des demandes environnementales et sociétales vers moins de traitements phytosanitaires semblent en revanche être une carte à jouer. Si dans l’immédiat, Pierre Bernhard évoque les alternatives que peuvent procurer des haies de protection, l’intervention de drones ou la mise en service de pulvérisateurs avec panneaux récupérateurs de bouillie, rien n’est écarté à plus long terme. « La viticulture est sous l’œil des hygiénistes, de ceux qui traquent les résidus même infimes dans les vins. Ces éléments sont toujours cités à charge, alors que la viticulture c’est un patrimoine de la France. Il est donc important et urgent d’agir dans ce domaine » argumente Pierre Heydt. « Les viticulteurs sont-ils prêts dans leur tête à une telle mutation ? Comme le consommateur a toujours le dernier mot avec son acte d’achat, pouvons-nous nous lancer commercialement ? » interroge Pierre-Olivier Baffrey. Jérôme Bauer se rassure : « l’Inao est en train d’ouvrir la voie pour déroger à l’obligation de 100 % du même cépage dans une bouteille revendiquant par exemple « riesling ». Dans ces conditions, les cépages résistants qualitatifs deviendront une alternative en ZNT cours d’eau et riverains ».












