Vigne

Trebogad, la cuvée sans sulfites ajoutés de la cave du Roi Dagobert

Dans le prolongement naturel de la viticulture bio

Publié le 17/11/2018

Lundi 12 novembre, la cave du Roi Dagobert lançait Trebogad, sa cuvée bio sans sulfites et autres intrants ajoutés, chez le chef Antoine Kuster, au Bistrot d’Antoine à Strasbourg. Trebogad est le palindrome de Dagobert, le bon roi, qui méritait bien une cuvée écrite à l’envers…

L’idée de l’élaboration d’une cuvée bio sans sulfites ajoutés, à la cave du Roi Dagobert, ne résulte pas d’une volonté particulière des vignerons ou du service commercial d’Alliance Alsace de répondre à un marché en vogue, mais du souhait de l’œnologue, Lilian Andriuzzi, d’élaborer de tels vins. « Nous n’incitons pas nos vignerons coopérateurs à passer en bio. Quand ils se convertissent, ils le font de leur propre volonté et nous ne faisons que les accompagner », explique Christophe Botté, directeur de la coopérative. C’est aussi dans cet esprit qu’a été élaborée la première cuvée bio sans sulfites ajoutés, Trebogad. Elle s’inscrit dans le prolongement naturel de la mouvance de vignerons de la cave de Turckheim et du Roi Dagobert à Traenheim qui se convertissent en bio. Pour l’heure, 100 des 1 300 hectares que comptent les deux caves du Roi Dagobert et de Turckheim sont en bio, mais nombre de vignerons projettent de se convertir. Conversion qui passe par une phase d’acquisition des convictions, observe Christophe Botté. Lilian Andriuzzi, l’œnologue, a souhaité pousser la logique jusqu’au bout. Et ce sont quelque 14 000 bouteilles de Trebogad, un pinot gris sec, qui sortiront de la cave pour cette première. Mais d’autres cuvées 2018 sont en gestation pour compléter la nouvelle gamme. « No stress mais sans filet » Difficile pour un œnologue de se lancer dans l’aventure des vins sans sulfites, surtout lorsque l’enjeu concerne des centaines d’hectolitres. Car la suppression de l’adjonction de sulfites expose le vin à toutes sortes de microorganismes autres que la levure Saccharomyces cerevisiae. Il faut donc avoir confiance en la matière de base afin qu’elle sélectionne naturellement de bons microorganismes. « J’ai appris avec ce vin à déstresser, sinon on ne dort plus, convient Lilian Andriuzzi. Mais on travaille sans filet. » D’ailleurs « ce vin a fait une graisse en bouteille », explique-t-il, chose impensable dans l’univers de l’œnologie pasteurienne, mais régulièrement rencontrée « chez les nature ». Non levurée, non sulfitée, et sans autre intrant œnologique, juste filtrée grossièrement sur plaque dégrossissante, Trebogad a été élaborée avec la complicité de Xavier Couturier, du laboratoire Duo Œnologie. Huîtres, fromages à pâte cuite, salade persillée de hareng, joue de porc et purée façon Antoine Kuster - dont la « cuisine bourgeoise » gagne en réputation à Strasbourg - la cuvée Trebogad a été testée sous toutes les coutures avec, semble-t-il, une certaine buvabilité au vu des bouteilles consommées lors de ce lancement… Reste désormais au service commercial d’Alliance Alsace - sept personnes au total sous la direction d’Emmanuelle Gallis - de faire connaître ce vin. Christophe Botté regrette un peu que les cavistes nature de Strasbourg aient boudé la soirée. Sectarisme anti-coopérative ou surbooking ? Peu importe, Trebogad s’inscrit dans les valeurs qu’attendent les nouvelles générations de consommateurs, avec en plus l’idée de projet coopératif. Tout pour séduire…

Exportation des vins vers l’Allemagne

D’extraordinaires potentialités et opportunités

Publié le 15/11/2018

Regard sur les néo-consommateurs allemands : « Tradition - identité, modernité, made in France, bio ». Avec ces mots-clés, « je suis persuadé, affirme le journaliste Kaï Littmann, que vous avez des potentialités énormes pour vos vins d’Alsace. » Mais une cure de jouvence semble nécessaire…

Le marché allemand du vin, dominé dans sa distribution par le hard discount, ne laisserait que peu de place à la premiumisation. Mais à y regarder de plus près, les prix moyens des vins d’appellation sont en forte progression depuis trois ans, et les vins français occupent, face à leurs concurrents européens, le haut de gamme, chacun dans son segment de qualité. L’intervention de Kaï Littmann, journaliste franco-allemand, chroniqueur tous les matins sur les ondes de France Bleue Alsace, confirme ces chiffres et ces tendances observées sur le marché allemand, où finalement les alsaces auraient une superbe carte à jouer. Pour peu qu’ils s’en donnent les moyens et abordent ces marchés avec des codes de consommation adaptés. C’est en substance, le message délivré par cet observateur avisé, lors d’une conférence proposée par la confrérie Saint Étienne, vendredi dernier. Une excellente image En réalité, outre-Rhin « l’image des vins d’Alsace est excellente, leur qualité est incontestée, elle est hautement compatible avec le goût des Allemands ». Cependant, Kaï Littmann cite le témoignage de Karl Keller, importateur à Nuremberg : « Leur image est vieillotte, poussiéreuse ». L’Allemagne, dont on sait la réussite économique, dispose d’une « nouvelle génération de consommateurs aisés et audacieux. Ils ont les moyens, sont prêts à débourser sans compter, pour peu que le service soit à la hauteur. » Selon le journaliste, il s’agirait donc de « quitter les sentiers battus, pour conquérir cette jeune clientèle portée sur les vins fruités, légers » et sur les vins bios également. « Les Allemands ne savent pas qu’il y a du bio en Alsace. C’est dommage, vous passez à côté d’un potentiel énorme. » Rajeunir les codes Aborder le marché avec de nouveaux codes de consommation, sans pour autant « renier les identifiants traditionnels, essentiels aux vins d’Alsace : les colombages, la cigogne, les Vosges, énumère Kaï Littmann. Il est essentiel de préserver cette tradition, mais dans une interprétation plus moderne, plus dynamique, plus fun, adaptée aux réalités d’aujourd’hui. » La solution : « Il s’agit de présenter une offre qui correspond à la clientèle qui rajeunit, à ses codes, à son langage, de comprendre son mode de vie. » Et il s’agit également d’aller à la rencontre de cette nouvelle génération des 29-55 ans « qui ne fréquente pas les salons de vins ». Alors où la rencontrer ? « Dans les centres de vacance sur les rivages du Nord, au bord de la Baltique, cite par exemple Kaï Littmann. Utilisez des germanophones qui connaissent les codes de communication allemands pour aller dans ces lieux. Votre argent dans les salons serait mieux investi en allant là où se trouve cette nouvelle clientèle. » L’autre opportunité, selon Kaï Littmann, c’est le crémant, car les effervescents sont en plein essor et il y a une demande pour se positionner au-dessus des effervescents d’entrée de gamme. « Si j’avais à me positionner, je ferais le crémant en life style product. » « Donc ne pensez pas que l’Alsace est vue comme une entité ringarde qui souffre de noms pas très français. En réalité on s’en fiche ! Et bénéficiez de cette image très positive de la France, d’excellence même. Allez là où les jeunes consomment et proposez un breuvage moderne, jeune et dynamique pour y prendre pied. »

Publié le 15/11/2018

À Westhalten, le domaine du Bollenberg externalise partiellement sa communication. Pour le plus grand bien de sa notoriété et de la fréquentation de son caveau.

Difficile de dissocier le domaine du Bollenberg et l’auberge Au vieux pressoir. Ils sont sur le même site. Ils sont gérés par des membres de la famille Meyer. Et le second vend les vins élaborés par le premier. « Il est logique qu’ils soient associés dans les messages de communication » conclue Apolline Meyer, co-gérante avec son frère Benoît et son cousin Francis de cette exploitation viticole d’un seul tenant. « Nous communiquons depuis des années auprès de nos clients des départements proches en leur envoyant par courrier une newsletter qui met régulièrement un vin et un plat en avant » détaille Apolline qui se partage la rédaction de cette missive avec sa cousine Adélaïde, directrice du Vieux pressoir. « L’objectif général est de faire partager ce qui se passe au domaine et au restaurant, même s’il y a parfois peu à dire. Nous rappelons les dates du pique-nique du vigneron, de l’apéro gourmand, de notre salon des vins auquel participent quarante viticulteurs de tous les vignobles français. Nous signalons la marche gourmande par courrier électronique depuis quatre ans ». Si ce type d’envoi s’adresse plutôt à des habitués, il oublie de fait la promotion auprès de clients potentiels. Pour toucher cet autre public, le domaine a décidé de travailler sa notoriété. Il a confié cette mission à une agence de relations presse basée à Lyon, notamment spécialisée dans le vin, la gastronomie et le tourisme. « Je lis régulièrement de magnifiques articles dans les journaux. Je n’ai pas suivi de formation dans la communication. Je n’ai ni la disponibilité, ni le contact avec les journalistes et les magazines susceptibles de parler de nous. Je considère les relations presse comme un domaine spécifique. Elles permettent d’avoir une meilleure visibilité régionale et nationale, voire internationale » explique Apolline. Pour accéder à ce statut, la viticultrice a signé un contrat. Il prévoit une fois par mois un échange de courriels avec son prestataire. Ce dernier retient, seul, le thème traité. Il s’agit le plus souvent d’un accord mets/vin. Il fait l’objet d’un communiqué de presse de deux pages et deux photos transmis sous format pdf à une liste de journalistes. « Je lui fais entière confiance. Je n’interfère pas. L’information est structurée différemment de l’écrit que nous envoyons à nos clients. Aujourd’hui, les gens sont curieux de tout. La cave et le restaurant peuvent les inspirer et les inciter à se déplacer » note Apolline. Le coût d’un encart publicitaire Si un organe de presse montre de l’intérêt pour un vin, un échantillon est expédié au rédacteur. L’agence se charge de faire la veille concernant les parutions. Elle en informe le domaine. « Une chaîne de télévision diffusée sur le câble a réalisé un court reportage sur notre eau-de-vie de foin. Il est passé en boucle. Nous avons au moins une visite par mois de personnes qui se déplacent pour ça et qui achètent. Je ne m’y attendais pas » raconte Apolline. Mais « les retombées restent impossibles à évaluer. Comment voulez-vous chiffrer le nombre de personnes qui s’est montré sensible à une photo ou à un article ? ». N’empêche. La fréquentation du caveau et du restaurant reste un indicateur. Depuis le début de l’année, elle a progressé de 10 %. Apolline juge cet investissement raisonnable. « Cela représente le coût d’un encart publicitaire. Pour ce prix, nous sommes passés d’une visibilité nulle à quelque chose. Des portes se sont ouvertes vers des magazines où nous n’imaginions pas être présents un jour. C’est une audience beaucoup plus large que celle des revues spécifiques à la viticulture ». De la même manière, le domaine fait appel depuis cette année à la personne qui gère son site en ligne pour animer sa présence sur les réseaux sociaux Facebook et Twitter. « Elle poste en moyenne un événement par semaine. C’est par exemple la photo légendée d’un produit médaillé, une actualité de saison, une nouveauté. Une mise en ligne provoque des pics de lecture. La simple photo de notre rosé bio présenté en français et en anglais a motivé un client allemand à se déplacer et à acheter » indique Apolline. Le site en ligne du domaine créé en 1996 a pour sa part été reconfiguré en 2011, 2014 et début 2017. « Jusque-là, c’était plus une vitrine qu’une boutique. Les ventes ne décollaient pas. Aujourd’hui, nous enregistrons au moins une commande par semaine. C’est depuis que nous décidons d’une offre de vin mis en avant chaque mois. Les versions du site en allemand et en anglais qui doivent apparaître en 2019 pourraient encore amplifier ce courant commercial. Nous déléguons entièrement les mises à jour. Suivre les clients, renouveler les offres, cela demande de la rigueur et du temps. C’est un autre métier ».

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