Vigne

Le crémant d’Alsace à l’honneur sur Arte

Instant d’universalité et de solennité, juste avant le réveillon

Publié le 10/12/2018

Arte diffusera le 31 décembre 2018 à 17 h 25, le documentaire « Crémant d’Alsace, des bulles fines et festives ». 50 minutes dédiées au crémant d’Alsace, réalisées par Jean-Luc Nachbauer. L’équipe de tournage a suivi Serge Dubs dans ses pérégrinations de sommelier à travers le vignoble alsacien.

Dans le cadre de son émission historique 360° Géo, le documentaire se penche sur quatre maisons des vignerons : Mélanie et André Pfister à Dahlenheim, Étienne Arnaud Dopff à Riquewihr, Francine et Clément Klur à Katzenthal et Véronique et Thomas Muré à Rouffach. L’avant-première était projetée ce lundi 3 décembre dans l’auditorium Michel Debré de l’École nationale d’administration (ENA), archicomble. Plus de 300 convives, parmi lesquels des étudiants, des représentants des sociétés culturelles et gastronomiques alsaciennes et des élus. « J’ai cru comprendre qu’en Alsace on avait pu parler de champagne d’Alsace, indique d’emblée Patrick Gérard, directeur de l’ENA. Situant clairement l’enjeu essentiel de la filière des crémants d’Alsace : accéder à la notoriété par l’image renvoyée. Mais en 1905, une loi réserve l’exclusivité du terme de champagne aux vins de la région concernée. » Il faut attendre 1976 pour que les bulles alsaciennes se trouvent une définition juridique, par le décret du 24 août très exactement. Jean-Luc Nachbauer voit dans le crémant d’Alsace à travers l’épopée vécue par ces quatre familles vigneronnes, une fresque « d’histoire locale et universelle » et l’expression de deux révolutions : « La première économique, avec une appellation forte aujourd’hui de près de 35 millions de cols, et surtout l’arrivée massive des femmes dans le monde du vin ». C’est Véronique Muré, présidente des DiVINes, qui a suggéré le sujet, qu’il juge « atypique parce que le documentaire débouche sur un questionnement sociétal » à travers le vécu des vigneronnes et des vignerons. Mais n’en disons pas plus… Quant aux femmes, « elles apportent un plus assez extraordinaire par rapport à la vision masculine du vin, par rapport à la technicité », estime le réalisateur. Toutes, hautement diplômées, « apportent une sensibilité, un regard sur la vigne, en biodynamie notamment », s’agissant de Véronique Muré et Francine Klur. Trois dimensions Revenait à Pierre de Romanet, président du club d’œnologie de l’ENA, de commenter ses impressions. Le documentaire souligne trois dimensions importantes, « scientifique, poétique et humaine ». Scientifique parce que les auteurs des vins « sont souvent ingénieurs, voire anthroposophe, un nom compliqué qui fait fin XIXe, mais la Romanée Conti est aussi en biodynamie… ». La dimension poétique, avec « le vocabulaire de transmission des sommeliers, parce qu’il n’y a pas de classement et quand on déguste un vin, il n’y a que des sentiments, des impressions : astringent, acide, gras ou souple… C’est à chacun de dire ce qu’il aime. » La dimension humaine enfin, parce qu'« au sein de chaque bouteille, il y a accumulation de trésors, du sol, du vigneron, de ceux avec qui on partage le vin ». Et c’est cette dimension humaine du documentaire qui a « beaucoup touché » l’étudiant de l’ENA, « lorsqu’on conçoit le vin et qu’on le partage avec ceux qui ont contribué à le faire naître. C’est ce qui ressort et qui fait qu’on est si fier en France de ces bouteilles, parce qu’on est fier de les partager. » « Quel vin vous a fait vibrer ? », demande l’étudiant de l’ENA. Réponse de Serge Dubs : « C’est un Cheval blanc 1947. Je me suis dit, c’est ça qu’il faut savoir boire et apprendre à connaître. Lorsque dans le vin il y a des sensations multiples, notre corps réagit, nous sommes capables de sortir le vocabulaire. Avec ce passage tout à coup, le vin devient vivant grâce au sommelier. » Mais, Serge Dubs précisait plus tôt : « Nous n’existerions pas, si vous ne nous faisiez pas de bons vins avec des personnalités, des sensibilités, des particularités et qui entrent dans nos sens ». C’est finalement Étienne-Arnaud Dopff qui a eu l’un des derniers mots : « Il faut considérer tout le travail qu’il y a derrière une bouteille et c’est là qu’on prend conscience de la dimension du vin ». Profitant de l’auditoire exceptionnel, il a souhaité « la bienvenue dans nos domaines respectifs et tous les autres domaines d’Alsace ».

Publié le 07/12/2018

À Hunawihr, Christophe Mittnacht traite ses marcs sur l’exploitation depuis huit ans, et en biodynamie depuis cinq ans. L’apport de ce compost à la structure et à la vie du sol lui importe davantage que sa valeur fertilisante.

Jusqu’en 2010, le domaine Mittnacht Frères suit la voie classique pour traiter ses marcs : il les envoie en distillerie. Le conflit qui éclate à l’époque au sujet du coût de la prestation le pousse à explorer d’autres pistes. « Avec Marc, mon cousin, qui gère le domaine avec moi, nous nous sommes informés et formés. Durant l’hiver, nous avons passé deux journées au CFPPA de Rouffach pour apprendre les bases du compostage, autrement dit comment piloter le tas en fonction de l’humidité et de la température recherchées » raconte Christophe Mittnacht. « Mais les pratiques restent assez empiriques. Pour par exemple estimer la température, je plonge ma main dans le tas. La décision de couvrir le compost avec un géotextile respirant mais étanche, et, à partir de 2013, d’y rajouter des préparations biodynamiques ont été les deux changements majeurs intervenus au cours des années ». Les viticulteurs ont choisi un pré facile d’accès, central par rapport à la situation des parcelles où le compost final est épandu. Il est à une distance certaine du plus proche cours d’eau. Il est localisé le long d’un chemin en ligne droite à quelques centaines de mètres du siège de l’exploitation. La bande de sol qui accueille les marcs reçoit au préalable un préparat à base de bouse de corne (500P). Les bennes peuvent être ensuite déversées aisément sur plusieurs dizaines de mètres de long pour deux mètres de large. Ils restent en l’état de deux à trois mois, le temps qu’ils terminent de fermenter. Dans leur prolongement, Christophe stocke deux remorques de 10 t de fumier de chèvre et de brebis qui lui coûtent 216 € les 10 t et une dizaine de bennes du fumier pailleux dont il débarrasse (gratuitement) un centre équestre à proximité. Il attend janvier pour mélanger marcs et fumiers. La première année, Christophe a confectionné son mille-feuille à l’aide d’un chargeur qui s’est révélé peu pratique. Il a ensuite eu recours au retourneur d’andain d’un prestataire. « Les composants étaient mieux déchiquetés. Mais comme l’entrepreneur venait pour plusieurs chantiers dans la même journée, c’était complexe à organiser. En plus il y avait un coût » signale Christophe. En 2017, le domaine achète pour 700 € un vieil épandeur. Christophe y charge les matières. Elles se mélangent en étant recrachées. Un cycle vertueux Une fois le tas en place, Christophe le perfore de chaque côté en diagonale avec un pieu. Les trous sont espacés de deux mètres en décalé de façon à pouvoir enfoncer alternativement à un mètre de distance des boulettes d’environ 5 cm de diamètre préparées avec de l’achillée millefeuilles (502), de la camomille (503), de l’ortie (504), de l’écorce de chêne (505) et du pissenlit (506). La valériane (507), la seule sous forme liquide, est pulvérisée sur le tas à l’aide d’un atomiseur. « Mon compost est plus homogène qu’auparavant. Il y a davantage de vers de terre, d’autres insectes aussi. C’est bénéfique » juge Christophe avant d’ajouter : « ce n’est pas si simple d’avoir un tas qui fonctionne bien ». Il s’en est aperçu durant la campagne 2017. « Il a fait trop sec. Nous ne sommes pas équipés pour arroser. La vie était peu active dans les 30 à 40 cm supérieurs du tas. Je vais surveiller davantage cette année. J’envisage également de protéger le tas. L’hiver dernier, des sangliers l’ont visité. J’ai mis une demi-journée à démêler la bâche et à refaire l’andain ». Christophe calcule deux journées de travail à deux personnes pour installer son tas de compost d’un mètre de large pour quatre-vingts de long et le retourner deux fois. Après les vendanges, le tour de ses parcelles, l’épaisseur du bois, le souvenir de la couleur du feuillage et de la taille des grappes l’aident à décider lesquelles bénéficieront d’un apport et de la dose appliquée. Épandre le produit final sur 3 à 4 ha à la sortie de l’hiver lui prend cinq journées alors qu’il n’en programme qu’une pour apporter du fumier de fientes bio sur la même surface. « Je n’ai pas l’intention d‘y renoncer pour autant. C’est un cycle vertueux. Je rends à la vigne une partie de ce qu’elle a donné. Il y a l’aspect pratique de ne plus avoir à livrer les marcs. Enfin, mon approche est d’amener de la vie dans le sol. Je réserve en priorité cet apport aux vignes jeunes et à faible vigueur. Il a pour objectif de structurer le sol et de favoriser la vie microbiologique. En termes de vigueur, l’impact reste faible. Il m’arrive de compléter avec des fientes de volaille bio 4,5-3-3. Le but est d’amener 30 unités/ha d’azote ».

Christophe Monnoyer, concepteur d’étiquettes

« Dans la peau du vigneron »

Publié le 05/12/2018

Entretien avec Christophe Monnoyer, concepteur, graphiste d’étiquettes de vin, à Epfig. Et auteur d’étiquettes à succès.

« Mes clients vignerons font de la bouteille et vendent du vrac. Mais le vrac se casse la figure. Ça ne rapporte plus rien, donc il faut trouver des solutions. Il faut vendre plus de bouteilles. Or le vigneron classique n’est pas un commercial. Pour l’aider à vendre, il y a des outils. Des portes d’entrée papier ; et des solutions virtuelles et réseaux pour lesquelles les vignerons sont plutôt très démunis », analyse Christophe Monnoyer. Le magasin et atelier de céramiques Coup de cœur à Epfig, à côté l’église, abrite dans l’arrière-boutique l’agence de création Magnolia. La décoration, la disposition des poteries, le magnifique kachelofe dans le coin ne laissent aucun doute sur le sens artistique et esthétique de ses occupants. Christophe Monnoyer et son épouse Muriel Grosz, artiste céramiste, ont élu domicile en ce lieu pour laisser libre cours à leur créativité. Un lieu où chaque chose revêt un sens particulier et raconte une histoire. C’est aussi dans cet esprit que travaille Christophe Monnoyer à qui, nombre de domaines viticoles alsaciens ont désormais confié le soin de co-concevoir leurs étiquettes. Une deuxième lecture En 2007, il change radicalement de branche et fonde son agence, se forme aux logiciels de graphisme, à la photographie. Pour le reste, les prédispositions artistiques de ce dessinateur au regard bleu perçant d’un Henry Fonda et ses capacités à comprendre et ressentir les aspirations des vignerons lui ouvrent très facilement les portes de la viticulture alsacienne. Pour laquelle il propose des chartes graphiques pour étiquettes, dépliants, kakémonos, enseignes, tarifs, entêtes, et plus largement des logos, etc. « Le travail de création peut durer un an. Soit on travaille sur une cuvée, soit sur toute la gamme. » Une année au cours de laquelle Christophe Monnoyer prend le temps de nouer une relation, de comprendre le vigneron, de partager les inspirations, de coucher sur papier les représentations mentales : « Ils ont des idées, des ressentis, ils voyagent. Il faut plusieurs mois de gestation pour que l’idée se construise. Ce qui est important, c’est d’échanger avec le vigneron. Car il faut que l’étiquette soit à son image. » Cette capacité d’échange, Christophe Monnoyer l’a acquise pendant les 20 années durant lesquelles il a travaillé comme commercial pour une industrie. 20 années pendant lesquelles il a « appris à écouter les clients ». « En deuxième lecture », très souvent, ses étiquettes font allusion à une anecdote qui renvoie au trait de caractère du vigneron. Exemple avec un gewurztraminer de macération, de teinte orangé soutenue, que Christophe Lindenlaub appelait « son fanta orange » : « On l’a appelé éléphanta orange ». Le comble pour un vigneron bio de faire référence à une célèbre boisson du groupe Coca-Cola. L’étiquette, un brin décalée, évoque la personnalité du vigneron qui ne se prend pas au sérieux, même pour un gewurztraminer proposé à 24,50 €, en pleine réussite commerciale. Autre exemple : la gamme de vins du jeune vigneron Louis Maurer. « Son épouse Gwénolé me disait qu’il est toujours dans la lune et à vélo. Le pictogramme qui se balade sur les étiquettes est devenu la signature. » D’autres vignerons se présentent avec « des idées très précises. Là, je n’ai pas beaucoup de travail. » Exemple avec Catherine Riss, « venue avec Julien Kuntz, dessinateur humoristique et sarcastique, et ses dessins ». Pour Fabienne et Jean-Louis Mann, c’est différent : « On a cherché les œuvres d’un artiste qui correspondait bien à la personnalité du vigneron. Ils sont entrés en contact avec l’artiste, Sébastien, lui ont envoyé les vins et il leur a fait deux tableaux. » Finalement, « on ne vend pas, mais on propose des solutions », résume Christophe Monnoyer.

Pages

Les vidéos