Publié le 29/01/2019
À Dambach-la-Ville, Mathilde et Florian Beck-Hartweg misent sur l’équilibre de leurs vignes pour réduire drastiquement l’usage du cuivre, voire le supprimer totalement.
Pour Mathilde et Florian Beck-Hartweg, n’importe quelle vigne ne se prête pas à une stratégie de protection à dose réduite ou nulle de cuivre et de soufre. « Il faut l’y préparer très en amont » disent-ils. « La santé d’une plante ne passe pas par des traitements qui ne sont qu’une roue de secours. C’est l’ensemble des conditions dans lesquelles le vigneron met sa vigne ainsi que son environnement qui déterminent son comportement ». Leur approche est donc globale. Elle débute dès la mise en place de la vigne. Ils laissent pousser les couverts indigènes sur 80 % de la surface. Les 20 % restants sont semés avec des légumineuses comme du pois ou du trèfle. Ils préparent le rang à planter sans labour profond. Ils piochent la portion de sol qui reçoit le pied, pour bien l’aérer. Ils font confiance à du matériel végétal issu de sélection massale. « Il donne des grappes plus lâches, moins sensibles au botrytis » précise Florian. Ils choisissent un porte-greffe 3309 dans les sols riches et un 34 EM qui résiste mieux à la sécheresse dans les sols plus superficiels. Ils maîtrisent l’herbe sur le cavaillon en combinant le passage de disques avec le broyage des sarments d’abord, la scarification de l’interrang avec des dents de semis direct ensuite et le rolofaca à la floraison de la vigne. « Ce matériel préserve davantage la biodiversité. L’herbe couchée conserve plus d’humidité et de fraîcheur au sol ». Florian se bat contre les entassements, sources de problèmes de ravageurs et/ou de maladies. Afin d’obtenir des vignes qui ne soient pas trop denses, il les ébourgeonne au printemps. Il les palisse à la main pour bien répartir la végétation. Il les effeuille au cas par cas. « Les raisins ne doivent pas être noyés dans les feuilles » précise-t-il. Il ne rogne pas non plus ses rangs. Mais il tresse les branches du haut avant de les encastrer dans le dernier fil. « Cette option évite la formation d’entre-cœurs qui sont d’abord à l’origine d’un foisonnement végétatif et qui se révèlent poussants après coup. J’économise un passage de pulvérisateur en fin de saison » affirme Florian. « Je remarque que l’arrêt de croissance est plus précoce et la vigne se concentre davantage sur ses fruits. Ils sont plus mûrs avec moins de sucre ». Précisons également que les parcelles du domaine ne reçoivent ni engrais, ni amendement depuis vingt ans au moins. Défenses activées Cette vigueur contrôlée débouche sur un rapport feuilles/fruits classique mais avec moins de l’un comme de l’autre. Elle est le préalable à la stratégie de protection mise en œuvre par Mathilde et Florian. En saison, leurs vignes présentent souvent des feuilles plus jaunes. Cette couleur ne les inquiète pas. Au contraire. « Des mesures de l’INRA ont montré que leur taux de chlorophylle était identique à celui de feuilles plus vertes. Ce jaune indique simplement que la vigne a activé une famille de molécules chargées de la défendre ». Pareille levée de boucliers ne dispense pas d’appliquer des traitements à base de plantes, récoltées fraîchement dans les parcelles juste avant intervention, ou séchées de l’année précédente. Mathilde et Florian s’appuient sur cinq végétaux. Pissenlit et consoude en purin stimulent l’activité du sol. L’ortie en purin favorise la croissance de la vigne. L’achillée en décoction renforce l’action des autres plantes tout en activant les mécanismes de défense de la vigne comme les tisanes d’ortie et de prêle. En purin, cette dernière assèche et durcit les parois cellulaires des feuilles de vigne. « Cuivre et soufre sont seulement notre dernier recours » constate le couple. Une année moyenne correspond à quatre/cinq traitements intégrant ces deux éléments mélangés au purin ou à la tisane de plantes. « Le cuivre est le plus souvent sous forme de bouillie bordelaise, mais en 2016 j’ai utilisé de l’hydroxyde en raison de la pression mildiou. La dose varie habituellement entre 100 et 300 g pour une moyenne annuelle de 600 g. En 2018, j’en ai fait trois à 150, 200 et 250 g. En 2016, je suis monté à 3,5 kg et dix passages. J’incorpore le soufre mouillable à raison de 4 à 8 kg/ha » détaille Florian. L’an passé, il a comparé un protocole de trois passages plantes/cuivre à cinq passages de plantes seules sur 10 ares de riesling. Un traitement ortie/prêle/achillée avec préparat 500P au stade 4-5 feuilles étalées et un second prêle/achillée avec préparat 501 en fin de saison, ont complété son programme. « Aucune différence n’était visible » signale Florian. Il envisage de tester cet itinéraire sans cuivre sur 1 ha en 2019. « Le coût des intrants est faible, mais il est certain que le temps de travail augmente. Il faut donc valoriser correctement auprès de sa clientèle les vins à forte identité qu’on obtient ».












