Vigne

Publié le 28/02/2019

Martine Becker est entrée à la confrérie Saint-Étienne « par la petite porte » en 1978. Quarante ans plus tard, elle est devenue le Grand Maître de cette institution, et la deuxième femme à occuper cette fonction. Une expérience qui s’est terminée le 25 janvier dernier avec beaucoup de satisfactions à la clé.

L’Est Agricole et Viticole-Paysan du Haut-Rhin (EAV-PHR) : Martine Becker, vous êtes la deuxième femme, après Cécile Bernhard Reibel, à avoir occupé la fonction de Grand Maître au sein de la confrérie Saint-Étienne. Cela vous a-t-il aidé pour préparer votre mandat ? Martine Becker : « J’avais beaucoup regardé ce que Cécile avait fait avant moi. Mais elle a un style que je n’ai pas. Du coup, j’ai cherché ce qui me définissait le plus. Et j’en suis arrivée à la conclusion que je connaissais très bien trois choses : la femme, la bio et le riesling. Des thématiques osées et engagées mais qui ont été au final maîtrisées puisqu’elles n’ont pas si mal réussi. » EAV-PHR : Commençons par le riesling, qui a été l’objet de votre premier chapitre. Pourquoi avoir choisi ce cépage plutôt qu’un autre ou un grand cru ? MB : « Même si j’aime tous les cépages, c’est vrai que j’ai une affection toute particulière pour le riesling qui remonte à mon adolescence. À l’époque, mon père était souvent à la maison avec d’autres vignerons dans un contexte de tensions entre l’Ava et l’Adiva. Tous ces gens d’un certain âge buvaient du riesling. Aujourd’hui, j’ai le même âge et je me rends compte que le riesling reste le meilleur choix pour accompagner des plats dans bien des circonstances. C’est ce qu’on a voulu démontrer en l’associant aux cuisines des cinq continents lors de notre premier chapitre du mois de juin. » EAV-PHR : Vous avez ensuite tenté le pari du bio pour votre second chapitre, au mois de septembre. Une thématique qui a fortement séduit au final malgré vos doutes de départ… MB : « En effet, au début on m’avait dit que la bio n’intéressait personne, sans compter les personnes qui sont contre. Je pensais qu’on n'aurait que cinquante personnes à cette soirée. Au final, cent invités sont venus, dont plusieurs personnalités. En faisant appel à Martine Holweg, le seul chef assermenté en bio en Alsace, nous avons pu démontrer qu’on peut avoir une cuisine d’un niveau étoilé tout en étant bio. Elle a réussi à concocter un repas très innovant, un vrai poème. Et sur le vin, de nombreuses personnes ont découvert que le vin bio pouvait aussi être un vin de conservation. » EAV-PHR : Votre dernier chapitre consacré à « la femme divine » a attiré un peu plus de 190 personnes, soit la meilleure affluence des trois chapitres de 2018. Qu’est-ce que cela vous inspire ? MB : « Cela démontre, je pense, la place grandissante que jouent les femmes dans le monde de la viticulture. Aujourd’hui, on constate qu’il y a davantage de femmes de vignerons qui veulent rejoindre la confrérie. Je pense que ce mouvement va continuer cette année avec Céline Stentz, qui officiera en tant que Major. À titre personnel, je dirais que cela m’a permis de prouver qu’une femme n’est pas forcément une rivale dans l’ancienne Herrentstube. » EAV-PHR : Ce troisième chapitre a aussi été une excellente opération d’un point de vue financier… MB : « Oui c’est vrai. Aujourd’hui, j’ai au moins la satisfaction d'avoir un bilan qui a plus apporté que coûté (rires). Blague à part, c’est grâce à une gestion rigoureuse et planifiée du Grand Conseil que la confrérie ne perd aujourd’hui plus d’argent. Elle a même la chance d’en recevoir par le biais de la fondation Bern dans le cadre du loto du patrimoine, sans oublier les aides des élus et le sponsoring des entreprises. Et il y a les soirées dégustation organisées par le Major qui affichent complet à chaque fois. Tout cela contribue à une dynamique financière qu’il faut maintenir à tout prix pour que nous devenions, encore plus, le rendez-vous incontournable des vins d’Alsace. » EAV-PHR : Comment, justement, susciter l’envie du grand public de franchir les portes du château pour venir à votre rencontre ? MB : « Déjà, on peut souligner que la confrérie dispose d’une image très positive auprès de connaisseurs émérites ou d’amateurs de vins. On rencontre de plus en plus de personnes qui veulent apprendre à déguster, avoir ce minimum social en leur possession. En parallèle, je pense qu’il y a encore du travail à faire vis-à-vis du grand public. Lorsque nous avons ouvert nos portes lors du dimanche du patrimoine, les visiteurs ont pu découvrir que notre maison n’était pas close ou sectaire. C’est un patrimoine alsacien qui a besoin des Alsaciens. » EAV-PHR : Humainement, que retirez-vous de cette expérience de Grand Maître ? MB : « J’ai eu la chance d’être épaulée dans cette mission par des personnes aussi gentilles que dévouées comme mon Major, Ignace Kuehn, mais aussi le Chancelier Receveur, Jean-Paul Goulby, les anciens Grands Maîtres et les futurs. J’ai eu la chance de faire des rencontres exceptionnelles comme celle du frère de l’empereur du Japon, d’ambassadeurs, de cosmonautes, et je suis devenue membre de la chaîne des rôtisseuses entre autres. J’ai également pu estimer le travail de nos salariés ainsi que de l’ensemble des intermittents du spectacle qui ont su animer avec brio nos soirées. Et j’ai pu voyager un peu, chose que je n’ai quasiment jamais faite durant toute ma vie puisque j’ai toujours donné la priorité à l’entreprise familiale. » EAV-PHR : Le 25 janvier, vous avez passé la main à Jean-Louis Vézien au poste de Grand Maître. Que lui souhaitez-vous pour l’année à venir ? MB : « Jean-Louis, c’est un ami de longue date que j’apprécie beaucoup. C’est une pointure qui a une vue d’ensemble du vignoble alsacien. Il a un côté philosophe qui nous manque parfois. Il a une approche très masculine et cartésienne dans sa façon d’aborder les choses. Ce sera évidemment différent de ce que j’ai fait. Et c’est une excellente chose pour la confrérie de changer un peu chaque année. Cela lui permet de continuer à innover tout en restant fidèle à ses traditions. »

Première dégustation des Sigilles d’Alsace de 2019

 

Moins de maisons mais plus d’échantillons

Publié le 24/02/2019

La première dégustation des Sigilles d’Alsace a eu lieu le 14 février dernier. Si moins de maisons étaient représentées par rapport à l’an passé, le nombre d’échantillons a lui sensiblement augmenté, avec une proportion croissante de vins de terroir (grands crus et AOC).

C’est ce qu’on appelle un pari gagnant. En donnant une dimension plus marquée au terroir dans la dégustation d’attribution des Sigilles d’Alsace il y a quatre ans, la confrérie Saint-Étienne a visé juste. La dernière session qui a eu lieu le 14 février dernier l’a une nouvelle fois démontré. Avec, cette fois-ci, l’obligation d’inscrire les grands crus exclusivement dans la catégorie « Terroir ». Si le nombre de maisons représentées a baissé par rapport à janvier 2018 (45 contre 54), le nombre d’échantillons a lui sensiblement augmenté passant de 224 vins à 260, dont 115 vins en catégorie « Terroir ». L’ensemble des vins présentés (grands crus, AOC, crémants) était issu du millésime 2017. Seules les vendanges tardives (9 échantillons) et les sélections de grains nobles (3 échantillons) étaient des millésimes 2017 et antérieurs. Malgré la baisse du nombre de domaines en compétition due à un millésime 2017 « très faible en quantité » souligne le grand maître de la confrérie, Jean-Louis Vézien, les jurés désireux de départager les candidats au très convoité Sigille étaient une nouvelle fois très nombreux. Quinze tables de trois à quatre professionnels de la vigne étaient établies, dont sept rien que pour les vins en catégorie « Terroir ». Il faut dire que cette dégustation revêt un certain prestige. Contrairement à d’autres concours, le Sigille départage uniquement des vins déjà embouteillés, donc « parfaitement finis » rappelle Jean-Louis Vézien. Ceux qui reçoivent la note minimum de sept dans les critères de qualité intrinsèque et de typicité dans l’appellation et le millésime iront garnir l’œnothèque de la confrérie Saint-Étienne, riche de 65 000 bouteilles. Un véritable « musée » du vignoble qui permet de prouver régulièrement un aspect de plus en plus reconnu des vins d’Alsace : leur capacité de garde. Comme l’explique le chancelier-receveur de la confrérie, Jean-Paul Goulby, les fréquents ateliers de dégustation de millésimes anciens organisés au château ou pendant la foire aux vins de Colmar font systématiquement salle comble. « Nos vins savent très bien vieillir, et il est très important de le prouver. » De ce fait, les jurés qui départagent les potentiels Sigilles d’Alsace doivent donner une estimation du potentiel de garde (en années) en plus de suggestions d’accords mets-vins. Un critère qui a son importance, notamment pour les plus grands vins qui « demandent du temps » selon plusieurs jurés présents à cette première dégustation des Sigilles de l’année.

Confrérie Saint-Étienne

Jean-Louis Vézien nouveau grand maître

Publié le 22/02/2019

Le chapitre général de la confrérie Saint-Étienne, qui se déroulait traditionnellement en mars, a été avancé au 25 janvier pour faire coïncider le mandat du grand maître avec l’année civile.

Du fait de ce remaniement de calendrier, Martine Becker a présidé une année un peu écourtée, mais très riche en événements, avec la mise en avant du riesling, de la viticulture respectueuse de l’environnement, de l’évolution du rôle joué par les femmes dans la filière, le développement de nouveaux chapitres à l’étranger... Elle a cédé la chaîne du grand maître à Jean-Louis Vézien, l’ancien directeur du Civa, originaire de Champagne mais devenu alsacien comme l’a relevé Pascal Schultz dans sa harangue. « L’universalité des vins d’Alsace », fil conducteur de l’année Jean-Louis Vézien a choisi « l’universalité des vins d’Alsace », comme fil conducteur de l’année. La raison est simple : par la richesse et la diversité de leur gamme de production, les vins d’Alsace sont faits pour s’accorder avec toutes les cuisines du monde. Ce n’est donc pas un hasard s’ils sont aujourd’hui présents dans plus de 130 pays. L’année 2019 devrait aussi permettre de réaffirmer le rôle du château de Kientzheim, qui abrite non seulement la confrérie Saint Étienne, mais aussi le musée du vignoble et des vins d’Alsace, et constitue l’un des principaux centres d’accueil de la route des vins d’Alsace. Lors de ce chapitre général, Ignace Kuehn a cédé la chaîne du major à Céline Stentz, qui a décidé de réactiver le voyage annuel des jeunes conseillers, ce qui leur permettra de découvrir l’œnotourisme d'autres régions viticoles (dans le Piémont italien cette année), et de renforcer les liens qui les unissent, donc aussi l’attractivité de la confrérie pour les nouvelles générations. Deux autres temps forts de l'année 2019 sont à noter.  Les rencontres du château Schwendi, destinées aux professionnels du vignoble, auront lieu le 23 avril, et la vente aux enchères de vins tirés de l’œnothèque, aura lieu le samedi 23 novembre en préambule du dernier chapitre solennel de l’année. Le nouveau grand maître a accueilli son successeur au Civa, Gilles Neusch, qui a fait son entrée au grand conseil. Une manière de rappeler que la confrérie doit son histoire à la continuité assurée par les femmes et les hommes qui la composent, sans oublier l’équipe permanente, managée par Éric Fargeas, qui la fait vivre au quotidien.

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