Vigne

Syndicat des vignerons indépendants d’Alsace (Synvira)

Des débats contradictoires pour être force de proposition

Publié le 03/04/2019

Entre les jeunes et les plus anciens adhérents au Synvira, les débats sont ouverts, posés et très contradictoires. Signe d’une bonne vitalité du syndicat de vignerons. Très écouté par l’ensemble des institutions régionales et agricoles, le Synvira souhaite être une source d'initiatives au sein des institutions viticoles alsaciennes.

Plus de 50 % des metteurs en marché de vins d’Alsace sont adhérents au Synvira, le Syndicat des vignerons indépendants d’Alsace. L’assemblée générale se tenait le 27 mars au château Kiener à Colmar. Dans son rapport moral, Pierre Bernhard, président, relève la belle récolte 2018, mais des ventes globales en chute, à 909 000 hectolitres. Pour y faire face, il cite les atouts du vignoble : le potentiel du crémant, la recherche de valorisation par les premiers crus, nécessaire pour attaquer de nouveaux marchés. « Il faut accompagner les adhérents vers ces nouveaux marchés, le positionnement prix, le packaging ». Il évoque également l’œnotourisme comme levier pour faire face aux difficultés. Les vignerons indépendants avec leurs multiples manifestations sont en pointe sur ce dossier. En 2019, la formule de l’Apéro gourmand devrait évoluer et s’étaler durant tout l’été, informe Catherine Schmitt. En projet, une après-midi vin nouveau durant les vendanges. Quant au traditionnel Pique-nique chez le vigneron, il générerait 345 000 € de chiffre d’affaires. Francis Backert : un vignoble en transition « Transition » a été le maître mot de l'intervention de Francis Backert, secrétaire général du syndicat. Face « aux fortes attentes sociétales », notamment au sujet de l’environnement, on ne peut pas faire l’impasse des coûts de production. Transition technique également : Francis Backert a fait référence au dernier colloque de l’Institut français de la vigne et du vin (IFV), où un « robot absolument autonome » a été présenté. « On en verra avant que nous partions à la retraite », entrevoit le vigneron de Dorlisheim. Selon lui, il faut préparer le vignoble à la robotisation : « On a tout intérêt à faire du regroupement parcellaire, car programmer le robot pour 10 ares, ça peut être tout sauf rentable ». Le robot divise Le groupe des jeunes vignerons comptabilise désormais une centaine de membres, rappelle Pierre Bernhard. « Il est très actif, courageux, son dynamisme est une chance pour les vins d’Alsace », note le président. Attaché à son autonomie financière pour s’assurer une certaine indépendance d’action, ce groupe préserve également sa liberté de parole. Réponse a été faite à Francis Backert sur la question des robots par Thibault Specht, jeune vigneron de Mittelwihr : « Je pense que si on entre dans ce jeu-là, on aura une perte de cohérence, par rapport à nos objectifs. » Thibault Specht estime que c’est l’image du savoir-faire qui est remise en cause avec la robotisation. « Nous devons faire face à des problèmes de recrutement. Et sur le marché mondial, avec les pays émergents où les salaires sont bien inférieurs, nous aurons du mal à être compétitifs », lui répond Francis Backert. « On a choisi de faire des vins de terroir » « Nos prix se rapprochent de ceux des vins sans indication géographique, sauf qu’on a toujours plus de régulation. Donc, il faut se poser la question : soit on veut plus de régulation, mais le prix du kg de raisin vaut plus cher et le vin se vend plus cher. Soit on veut moins de régulation et nos concurrents seront les vins de cépages rhénans, les rieslings d’Afrique du Sud. L’immense majorité du groupe des jeunes a choisi de faire des vins de terroir. Nous essayons de vendre un peu plus cher, nous avons tous des salariés, a répondu de son côté Denis Hébinger. J’estime qu’on ne se pose pas les bonnes questions. À 3,70 €/col, le prix moyen export d’une bouteille de vin d’Alsace, ça ne nous intéresse pas. » « Le fait est que les grands choix régionaux opérés ces dernières années vont à l’inverse des aspirations des jeunes. Ils ferment la porte à ces choix d’avenir », estime de son côté Florian Beck-Hartweg. C’est Hélène Huttard, jeune vigneronne à Zellenberg, qui reprend le flambeau de la responsabilité du groupe des jeunes. Au programme : de nombreuses animations avec les chefs étoilés d’Alsace, des soirées formation, after-works, dégustations œnoculturelles. « Notre but est de reconnecter les jeunes, que le métier les fasse rêver. De redonner du glamour. Nous souhaitons réinvestir les capitales », déclare la jeune vigneronne.

DRM et autres tracas administratifs

Séance de psychothérapie collective à Andlau

Publié le 27/03/2019

« Ras-le-bol, ridicule, ça suffit, bug syndical, limites atteintes, manque d’interfaces entre administrations… » Les vignerons se sont exprimés sur la réforme de la Déclaration récapitulative mensuelle (DRM) et autres tâches administratives le 12 mars à Andlau. Au-delà, c’est le modèle du vigneron vendeur de vin en direct qui est selon eux « en train de mourir ».

C’est « la pire crise viticole depuis 40 ans », estiment certains. Une pétition en ligne, pour dénoncer la complexité administrative de la Déclaration récapitulative mensuelle (DRM) liée à la multiplicité des appellations-cépage, a incité des jeunes vignerons à organiser une réunion sur la charge administrative, dans le cadre du Grand Débat national. Une trentaine de vignerons se sont ainsi réunis le 12 mars à Andlau à l’initiative de Yann Durrmann et Denis Hébinger. Le premier a organisé le débat et listé plus d’une soixantaine d’obligations administratives : un tiers d’entre elles sont redondantes par manque de connexions entre les administrations et institutions du vignoble. Le second a mis en ligne une pétition sur le site change.org intitulée « Remise en cause de la réforme de la DRM », dont le texte a été rédigé par Jean-Pierre Frick. La réunion s’est tenue dans une ambiance lourde marquée par le suicide, le matin même, d’un vigneron à Bernardswiller, juste après avoir expédié 1 200 hectolitres de vrac. Trop de temps perdu et de complexité En introduction, Yann Durrmann prend l’exemple des dossiers d’aides FranceAgriMer à remplir en trois volets, le premier de 150 cases, le deuxième avec 200 cases et le troisième avec 330 cases : « C’est ridicule » ! Puis chacun s’est exprimé : « Un véritable ras-le-bol avec des formulaires et des formulaires », pour Richard Geiger de Bernardvillé. « La DRM est vraiment problématique », pour Louis Metz d’Epfig. « On est déjà surchargé, on est aidé des retraités et on n’a plus de possibilité d’embaucher étant donné la situation », reconnaît Évelyne Kientz de Blienschwiller. « Je cultive 13 hectares, j’achète des raisins, je vends 120 000 bouteilles. En quatre ans, on est passé d’une à deux personnes pour les tâches administratives et on n’y arrive toujours pas », explique Antoine Kreydenweiss d’Andlau. « Je suis double-actif, la Mutualité sociale agricole plus les Douanes, c’est devenu trop compliqué », exprime Stéphane Gassmann d’Andlau, appuyé par Céline Metz, viticultrice à Blienschwiller, en charge de la paperasse en plus de la vinification sur son domaine. Elle pointe les doublons et les aberrations entre le cadastre et les parcelles sur dossiers Pac. Luc Faller d’Itterswiller raconte qu’il a consacré une demi-journée à mettre au clair les problèmes de cartographie et qu’il passe tous les ans un certain nombre d’heures à corriger les erreurs de l’administration. Le comble est une lettre du contrôle Qualisud que Claude Moritz d’Andlau a reçue récemment : « Nous avons constaté une absence de non-conformité ». Selon Antoine Kreydenweiss, « parfois, il faudrait un traducteur de langage administratif ». Rires dans la salle… Des rires jaunes : « Ça suffit. On n’est pas des idiots ! », s’énerve Alexandre Carl de Dambach-la-Ville. Il raconte ces heures passées au téléphone à patienter pour des services en ligne… Quand ce n’est pas le service qui bug après deux heures de saisie, ajoute Évelyne Kientz. Angoisse d’être toujours à la limite de légalité La question des tâches administratives sociales irrite particulièrement : « Pour les vendanges, c’est devenu insupportable », s’écrie Marjorie Muller. « C’est difficile de tout connaître des lois sociales », ajoute Antoine Kreydenweiss. « Exemple avec un salarié qui ne vient que pour 4 heures de vendanges, soumis aux mêmes lourdeurs administratives : c’est vraiment inadapté », fait observer Florian Beck-Hartweg. Philippe Maurer d’Eichhoffen revient sur cette affaire d’un vendangeur qui de façon récurrente a joué sur les failles du système pour faire condamner des vignerons : « Ça révèle un bug syndical et un manque de soutien entre nous », estime-t-il. Car le sentiment qui domine, « c’est de se sentir toujours dans la limite de la légalité », étant donné la complexité des tâches administratives, soulève Philippe Maurer. Aux dépens de la famille… « Nous avons droit aussi à une vie de famille », clame Marjorie Muller de Traenheim. Quant à Gilbert Beck, vigneron préretraité à Dambach-la-Ville, il estime que ce sont ces difficultés qui ont découragé son fils de reprendre son domaine. … de la mobilisation syndicale… Il pointe également les défaillances du syndicalisme, notamment dans ce dossier de la DRM. Même analyse pour Frédéric Heitz de Mittelbergheim. Marie-Claire Borès de Reischfeld avait réclamé un audit « pour voir où on en est avec l’administration ». « En fait, le syndicat c’est nous ! On devrait se fédérer pour montrer que nos limites sont atteintes », estime Philippe Maurer. « Pour les déclarations parcellaires, j’ai décidé de ne plus me prendre la tête », indique Antoine Kreydenweiss. « Et pour quelles vendanges tardives ? », interroge Philippe Maurer, faisant allusion à la dévalorisation de ces vins liquoreux. La cause de ces « faiblesses, c’est le manque de temps pour faire de la présence syndicale », estime Gilbert Beck. Ces lourdeurs « posent un problème de démocratie, car ça nous est imposé », renchérit Éric Kamm de Dambach-la-Ville. … et du boulot ! « J’ai encore la chance que mon père soit là. Mais le jour où il arrêtera, je serai dans l’impasse » poursuit-il. « On ne peut même plus sortir dans les vignes avec ces lourdeurs », souligné Christophe Lindenlaub de Dorlisheim. Pour Gérard Goepp, vigneron à Heiligenstein, s’ajoute aux lourdeurs administratives, un prix du vrac qui ne rémunère plus le travail. Selon Denis Hébinger d’Eguisheim, « c’est bien le modèle du vigneron vendeur de vin en direct qui est dans la difficulté », à travers ce poids administratif que « seules les grandes structures peuvent assumer ». « On vit une crise. La conséquence est la fin de la vente directe sur la route des vins », estime-t-il. « Notre modèle s’éteint », confirme Yann Durrmann. « Ces deux dernières années sont les pires de mes 42 années de carrière de vigneron », lance Claude Moritz. En cause, « le millefeuille administratif. Et la DRM, c’est la goutte de trop », de surcroît jugée « inutile ». « Je ne sais pas si l’État se trouvera plus renseigné qu’avant, avec cette DRM. Quoi qu’il en soit, ça va nous foutre dedans », s’alarme-t-il. Il dénonce également les téléprocédures gamma nécessaires pour expédier 18 bouteilles pour Prowein. « C’est déjà 2 heures de travail avant même d’avoir cherché à vendre le vin, quand nos voisins allemands ou autrichiens l’ont déjà vendu. » « Tout ce temps consacré à l’administratif : on serait plus efficace à le passer à vendre », pointe Claude Hauller de Dambach-la-Ville. « On traverse une très mauvaise passe, reconnaît-il. Et ce n’est pas la DRM qui va nous faire avancer. » D’autant « qu’on n’est pas bureaucrates », ajoute Jérôme Brandner de Mittelbergheim. La simplification possible ? Pour Frédéric Hansmann, de la même commune, « les redondances seraient pourtant faciles à supprimer ». Il ajoute avoir eu un entretien avec les services des Douanes « qui disent se satisfaire des mentions blanc, rouge, effervescent ». « Oui ! Les Douanes s’en contenteraient », affirme Christophe Bleesz. D’où l’incompréhension. Pour Florian Beck-Hartweg de Dambach-la-Ville, ce sont en réalité « les vins d’Alsace qui doivent se réinventer ». Attention cependant, « ce n’est pas la dématérialisation qui est en cause, et qui en réalité simplifie les démarches », précise Christophe Lindenlaub. Le problème vient de la multiplicité des codes générés par les cépages, une spécificité alsacienne, qui fait que cette réforme de la DRM est plutôt bien vécue dans les autres appellations, mais très mal ici. « Certaines tâches administratives pourraient être adaptées aux petites structures, qui pourraient en être exemptées », reprend Florian Beck Hartweg. Quant à Antoine Kreydenweiss, il identifie un « manque d’interfaces » entre les administrations. Entre autres exemples : la DEB et la TVA. Ce qui le fait sortir de ses gonds, c’est le slogan : « Ne vous inquiétez pas, on s’occupe de tout ».

Publié le 27/03/2019

Le durcissement de la réglementation environnementale en France va obliger la filière viticole à revoir très rapidement ses pratiques. Il lui faut des solutions techniques, de la formation, des investissements et du… temps !

C’est un tableau de l’Union pour la protection des plantes, l’UIPP. Il dénombre 164 fongicides, herbicides et insecticides autorisés à l’heure actuelle. Si l’on en retire les spécialités classées cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques (CMR), les perturbateurs endocriniens, celles nécessitant le port d’un équipement de protection en rentrée à date, il en subsiste vingt-cinq ! Si cette perspective se réalise, « il y aura forcément des trous dans la raquette de protection de la vigne. Sous la pression sociétale, le pouvoir politique ne prend aucun risque et fait jouer le principe de précaution à fond » prévient Eric Chantelot, expert Ecophyto, s’exprimant au colloque de l’Institut français de la vigne et du vin (IFV), consacré le 21 mars à Colmar à la transition écologique. Le bilan qu’il dresse a de quoi faire s’interroger. Le glyphosate serait interdit dès janvier 2021 et le cuivre reste dans le collimateur. La dose admise est descendue à 4 kg/ha/an avec un lissage sur sept ans. L’instauration d’une « ZNT riverains » à 50 m d’une limite de propriété et l’obligation du port d’un équipement de protection dès qu’une parcelle a été traitée, même au cuivre, sont des mesures envisagées. Depuis janvier 2019 la fin des remises rabais et ristournes et la hausse de 11 à 65 €/ha selon le vignoble de la redevance pollution diffuse promet déjà de gonfler la facture des viticulteurs. « Maintenir une viticulture basée sur le recours systématique aux phytosanitaires n’est pas d’avenir. La logique actuelle est de s’orienter vers moins ou pas de phytosanitaires du tout » conclu Eric Chantelot. Et « d'ici 2030, tout viticulteur souhaitant produire des vins de qualité devra détenir une certification environnementale. L’objectif est d’en avoir 50 % en 2025 » ajoute Bernard Angelras, président de l’IFV. Des alternatives au glyphosate existent. Mais le bât blesse toujours quelque part. « Elles sont globalement plus chères et moins pratiques avec une persistance moindre » résume Christophe Gaviglio, de l’IFV Sud-Ouest. Commençons par le temps passé. Enherber, c’est le multiplier par trois. Travailler mécaniquement par disques émotteurs ou étoiles Kress, c’est quatre fois plus, le thermique, six fois plus. Le terrain ne facilite pas toujours le recours à ces techniques qui demandent un investissement élevé à moyen. Une bonne technicité est exigée en désherbage mécanique. Le bilan carbone est mauvais sauf pour l’enherbement. Le désherbage électrique qui fait passer un arc électrique par les racines et les feuilles des plantes dont on souhaite se débarrasser semble une solution prometteuse mais des essais complémentaires sont nécessaires pour évaluer son impact éventuel sur la microfaune et son bilan carbone. Si la formation à ces techniques suppose un important effort, il reste un autre écueil de taille : aucun industriel n’est actuellement en capacité de fournir le marché en appareils si la surface interdite de glyphosate passe à 80 % du vignoble français dans les délais annoncés par les pouvoirs publics. Près de 500 spécialités de biocontrôle La diminution du volume de produit utilisé est une autre priorité fixée aux professionnels. Des outils d’aide à la décision (OAD) les secondent. Optidose préconise gratuitement des réductions de 25 à 50 % de la dose homologuée au viticulteur qui aura renseigné quatre critères : stade phénologique, développement végétatif, pression parasitaire et sensibilité parcellaire. En Alsace, six viticulteurs exploitant en conventionnel entre Wangen et Bergholtz ont ainsi baissé de 30 % en moyenne leur IFT (indice de fréquence de traitement) en six ans. Le logiciel Decitrait intègre des paramètres supplémentaires comme les données météo prévisionnelles, les observations de terrain, la rémanence des traitements passés et la qualité de la pulvérisation pour proposer la dose et la date du prochain traitement. Il va être testé en Alsace. La qualité de la pulvérisation est un autre levier pour agir. « Les buses à injection d’air sont un bon moyen de réduire la dérive » signale Céline Abidon, de l’IFV Alsace. Elles produisent des gouttelettes plus grosses qui font preuve d’une inertie plus importante et pénètrent bien le feuillage. Le jet porté est donc à privilégier contrairement au pulvérisateur pneumatique qui ne convient pas. Même s’ils sont difficiles à manier, les panneaux récupérateurs permettent de recueillir 70 % du volume pulvérisé en début de végétation et 40 % en moyenne sur la saison. La meilleure piste pour diminuer l’usage des phytosanitaires est encore de s’en passer. Pourquoi ne pas les remplacer par des produits de biocontrôle qui activent des mécanismes naturels de défense ? Un peu moins de 500 spécialités sont répertoriées pour lutter contre les maladies cryptogamiques et les ravageurs. Elles impactent peu l’environnement, sont dispensées de ZNT et peuvent faire l’objet de publicité et de rabais à l’achat. L’essai PEPSVI mené en Alsace de 2014 à 2018 a montré que le rendement pouvait être maintenu en combinant huiles essentielles d’agrumes, purins, soufre et de 0,4 à 1,5 kg/ha de cuivre métal par an. L’essai BEE est allé plus loin en expérimentant la possibilité de faire l’impasse à 100 % sur cuivre et soufre sur des parcelles situées à Châtenois et Ribeauvillé. Mais « en cas de forte pression, des doses suffisantes de cuivre et de soufre restent nécessaires » constate Lionel Ley, de l’Inra de Colmar.

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