Vigne

Lutte biologique en viticulture

300 ha de confusion sexuelle en plus

Publié le 01/05/2019

Les 24 et 26 avril, les syndicats viticoles de Riquewihr, Zellenberg et Beblenheim, en partenariat avec les établissements Armbruster, sont entrés de plain-pied dans la lutte biologique contre les vers de la grappe en protégeant 300 ha avec des pièges de confusion sexuelle. Une première qui sera étendue l’an prochain à l’ensemble du ban viticole de ces trois communes voisines.

Dans les parcelles de vigne qui bordent les communes de Riquewihr, Zellenberg et Beblenheim, la saison des amours s’annonce compliquée pour eudémis et cochylis. Les 24 et 26 avril, les syndicats viticoles de ces trois villages voisins ont concrétisé un projet démarré il y a un an aux côtés des établissements Armbruster : la mise en place de la confusion sexuelle pour lutter biologiquement contre ces insectes lépidoptères, responsables de la pourriture des raisins. Près de cent viticulteurs ont travaillé de concert pour poser les capsules de phéromone sur une surface de 300 ha, à raison de 500 diffuseurs à l’hectare. Chaque diffuseur a une durée de vie de 180 jours. Une première étape avant la couverture intégrale de l’ensemble de bans viticoles en 2020. « Dans un premier temps, on a souhaité faire le tour des villages et maîtriser la technique », justifie Aymé Dumas, responsable technique chez Armbruster Vignes. L’atout com' du vignoble La quasi-totalité des viticulteurs des trois communes a pris part au projet. Seuls quatre d’entre eux ont pour l’instant refusé la pose de capsules au sein de leurs parcelles. « Certains ne veulent aucune intervention dans leurs vignes, tandis que d’autres ne comprennent pas le surcoût demandé », indique Aymé Dumas. En effet, là ou un insecticide classique coûte 50 à 60 €/ha, la confusion sexuelle en demande cent de plus pour la même surface. C’est pour cette raison que les communes de Riquewihr, Zellenberg et Beblenheim ont accepté de verser une aide de dix euros par hectare pour chaque vigneron s’engageant dans cette démarche. Soit 174 exploitations à ce jour. « C’est essentiel qu’on soit à leurs côtés pour les encourager. On ne peut pas critiquer les pratiques des viticulteurs et se contenter de ne rien faire », explique Daniel Klack, maire de Riquewihr et viticulteur de métier. Une double casquette qui lui permet de mesurer pleinement l’intérêt de cette lutte biologique, tant pour le viticulteur que pour la commune. « À titre personnel, je préfère avoir le moins d’intrants possible quand je travaille dans les vignes. Je préfère perdre 10 % de ma récolte dans le pire des cas plutôt qu’utiliser un produit si je peux m’en passer. Je pense qu’il faut pratiquer une culture raisonnée pour l’avenir de notre profession, pour nos enfants, pour la nature, et pour l’image de notre viticulture. Actuellement, on se heurte à l’opinion publique qui a beaucoup d’a priori au sujet de l’agriculture dans son ensemble. Avec ce type d’actions, on montre qu’on a une viticulture propre qui se soucie de l’environnement et des personnes qui vivent à proximité », développe le maire de Riquewihr soucieux du « bien vivre ensemble ». Pour une commune qui accueille 1,7 million de touristes par an, l’enjeu en termes d’image n’est pas neutre. C’est pour cette raison que des panneaux explicatifs sur la lutte biologique seront installés afin d’expliquer aux visiteurs ce qui se fait aux abords de la ville, et dans toute l’intercommunalité. « On recrée un équilibre » Si le citoyen gagne en confiance vis-à-vis de la viticulture, le viticulteur gagne en confort de travail. Avec ces capsules de phéromones, plus besoin de se poser la question d’un traitement anti-insecticide en cas de besoin. « On privilégie le confort et la sécurité, avec la garantie d’une réelle efficacité contre ces ravageurs », souligne Aymé Dumas. Autre argument essentiel à ses yeux : le respect de la biodiversité environnante. Contrairement à un insecticide classique qui peut avoir des effets collatéraux, la confusion sexuelle n’a aucune incidence sur les autres insectes. « Du coup, on a un effet positif sur tous les auxiliaires de la vigne. On recrée un équilibre sur le long terme. » Le technicien d’Armbruster Vignes rappelle cependant un détail essentiel : les lépidoptères continueront à voler dans les parcelles. « Mais étant donné qu’ils seront stériles, ils ne pourront plus se reproduire et leur population baissera avec le temps. » Reste à convertir l’ensemble du vignoble alsacien à cette lutte biologique qui rencontre un succès croissant. Avec ces 300 ha supplémentaires, ce sont désormais 1 200 ha qui sont couverts dans toute l’Alsace. Il y a encore un peu de chemin à parcourir avant d’atteindre les 15 000 ha de vignes qui parsèment l’Alsace. Mais Aymé Dumas est confiant. Il est convaincu que d’ici quelques années, « les deux tiers du vignoble alsacien seront confusés ». Une bien mauvaise nouvelle pour les amourettes d’eudémis et cochylis.

Publié le 23/04/2019

Les vignobles de la façade Atlantique ont été durement touchés les 4-5 avril par les gelées à la faveur d’une précocité phénologique conjuguée une humidité relative de l’air importante. Les vignobles orientaux du pays ont mieux résisté à la seconde vague de froid les 13-14 avril grâce à de nombreuses parades. En Alsace, à part sur les jeunes plants, aucun dégât n’est signalé à ce stade.

Les vignobles français viennent de subir coup sur coup deux vagues de gelées. Premier épisode les 4 et 5 avril où les vignobles du Pays Nantais (3 des 4 derniers millésimes ont été touchés), les vignobles du centre Ouest comme le Thouarsais dans les Deux-Sèvres, et d’Anjou ont été touchés avec un thermomètre qui s’est éternisé à -1 °C. Et jusqu’à -4 °C localement. Dans certains secteurs, les dégâts sont chiffrés à 80 %, mais plus généralement entre 20 et 70 %, comme les vignobles de Bourgueil et de Chinon.     À Saumur, les 15 jours d’avance de débourrement ont causé d’importants dégâts. Les chenins également bien avancés autour du Layon ont subi d’importantes pertes. Plus vers la Touraine, comme chez François Chidaine à Montlouis sur Loire, les chenins au stade début de feuille étalée avaient bien résisté jusqu’à vendredi 12 avril au matin. Plus au sud dans le Bordelais, la vague de froid n’aurait finalement pas eu beaucoup de répercussions. Mais l’intérieur des terres du pourtour méditerranéen est déjà touché par des gelées sévères, comme dans l’Hérault et le Gard, dans la vallée de l’Orb notamment. Par ailleurs, des dégâts de grêle sont déjà à déplorer à Pic Saint Loup avec 10 cm de grêlons. En Bourgogne, cette première alerte a causé plus de peur que de mal en Côte de Beaune, mais en Côte châlonnaise, Mâconnais et Beaujolais, certaines parcelles conjuguant exposition et précocité ont été touchées. Le deuxième épisode, dans les deux nuits de samedi 13 et dimanche 14 avril, a été plus sévère à la faveur d’une bise de Nord-Est faiblissante, entraînant la remontée d’humidité de l’air. Le réveil est froid dimanche 14 avril en Franche-Comté avec, -2,7 °C à Besançon ou encore -2,4 °C à Arbois, en Lorraine avec -4,3 °C à Luxeuil et en Champagne avec -9 °C à Mourmelon-le-Grand ou encore -5 °C à Auberive en Haute-Marne. Dès vendredi, c’était donc le branle-bas de combat en Bourgogne, dans le Jura, en Champagne, en Touraine, avec l’ensemble des moyens disponibles : hélicoptère, chaufferette et bougie, aéro-générateur, aspersion et feu de paille. À Montlouis sur Loire, les équipes de François Chidaine se préparaient vendredi à une nuit blanche, après avoir disposé le matériel en Cuma sur l’ensemble du vignoble, ainsi que des ballots de paille. Côté Champagne dimanche matin, les systèmes d’aspersion des bords de la Marne laissaient apparaître un vignoble féerique pris dans sa gangue de stalactites de glace. En Bourgogne, des images de drone montraient un vignoble illuminé de toute part. Ce lundi matin, les efforts semblaient avoir été récompensés. En Champagne, les vignerons affichaient lors des « Champagne’s week » un sourire serein, tranquillisé par la réserve qualitative, notamment constituée en 2018. En Chablisien, Dominique Detolle, vigneron, observe pour sa part que « les dégâts ont été limités » grâce aux bougies et à des aérogénérateurs d’air chaud, et ce malgré -5°Celsius.

Ordre œnophile de Marlenheim et de la Couronne d’or

Florent Heckmann succède à Xavier Muller

Publié le 14/04/2019

Florent Heckmann, nouveau grand chancelier de l’Ordre œnophile de Marlenheim, souhaite ouvrir davantage l’association philanthropique aux vignerons de la Couronne d’or et au grand public.

Personne ne contestera à Xavier Muller son mérite et son acuité dans l’énonciation de l’idée de rassembler les vignobles de la grande périphérie strasbourgeoise sous l’identité Couronne d’or. Il en résulte aujourd’hui un sentiment d’appartenance identitaire des vignerons au vignoble de la Couronne d’or, leur permettant de proposer des manifestations viniques à succès comme la fête des vendanges ou d’être bien présents et bien identifiés sur les très prisés marchés de Noël de la capitale européenne. Mais au-delà de leur dynamisme, il manquait à ces vignerons de la Couronne d’or, un conseil des sages et des jeunes, en quelque sorte, garant des traditions viniques et des identités. Et bien représentatif de l’ensemble des bans viticoles de la grande périphérie de Strasbourg. Situé à mi-chemin entre la confrérie de la Corne à Ottrott et la confrérie des Quatre bans à Cleebourg, l’Ordre œnophile de Marlenheim a décidé de s’ouvrir davantage à la Couronne d’or, sous l’impulsion de son nouveau grand chancelier, Florent Heckmann. Dans ce monde feutré des associations viniques philanthropiques, les choses évoluent avec sagesse. Après 20 années de présidence de l’ordre, Xavier Muller a jugé bon de passer le flambeau à Florent Heckmann. C’est ce vigneron, jeune retraité de Kirchheim, particulièrement investi, tant dans sa commune qu’au service de la profession viticole et agricole, qui a été élu à l’unanimité des membres de la confrérie. « Tous les sociétaires de la Couronne d’or sont les bienvenus à la confrérie », annonce Florent Heckmann, qui compte également sur les jeunes vignerons pour être force de proposition et acteur de la confrérie. Mais une confrérie vinique n’est jamais aussi performante dans sa vocation philanthropique de partager les connaissances œnologiques que quand elle accueille à bras ouverts de simples œnophiles de la société civile. En ce sens, Florent Heckmann a souhaité une gouvernance bicéphale, avec d’un côté l’homme de l’art vigneron qu’il représente, et de l’autre un fin connaisseur des arcanes de la société civile : « François Jehl, c’est un homme très informé », pointe Florent Heckmann, à propos du maire d’Odratzheim. « Sous l’égide de Saint Vincent », saint patron des vignerons, le nouveau tandem entend « miser sur la cohésion », pour porter haut les couleurs des vignerons de la Couronne d’or. C’est que Florent Heckmann, lui aussi, dispose d’une solide expérience en matière de représentation professionnelle. Dans un parcours qui n’a pas toujours été facile, il a toujours su jouer de sagesse et de diplomatie. L’épisode le plus sensible a sans doute été d’accompagner les associations de producteurs de l’Unidal (Union des producteurs d’Alsace), dont il en était vice-président, et de l’UVVA, lors de la transition de la maison Laugel à Marlenheim, d’abord reprise par Rémy Pannier, puis cédée à Joseph Helfrich, PDG des Grands Chais de France. Il s’agissait à l’époque de négocier la reprise « avec une récolte et demie en suspens », rappelle Florent Heckmann. Ensemble, avec Xavier Muller et François Bernhard, assistés de juristes, les négociations ont finalement abouti pour donner aujourd’hui le tandem Univa - maison Arthur Metz, l’un des trois grands opérateurs en vins d’Alsace, bénéficiant de la puissance logistique des Grands Chais de France.

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