Vigne

Publié le 13/06/2019

La reine des vins d’Alsace et ses dauphines sont sur le pont toute l'année pour défendre la cause des vins de la région. Dimanche 8 juin, Colmar et Dambach-la-Ville étaient inscrits à leur programme.

Règle numéro un : être en avance. Dix minutes, c’est bien. Quinze, c’est mieux. Ce matin, le défi est relevé sans problème. Margaux Jung, reine des vins d’Alsace 2018-2019, n’habite qu’à cinq minutes de la place de l’ancienne douane à Colmar. Pauline Husson, sa dauphine, l’a rejointe peu avant. Le temps de sortir de leur sac leur écharpe piquée d’une petite coiffe alsacienne en résine et de se parer de leur couronne, et les voilà en piste, prêtes à assister à l’inauguration de l’opération sourire des JA. « Le Civa nous fournit les thèmes de base de nos discours »  Les personnalités se tiennent en demi-cercle devant le restaurant Koifhus. Quentin Blanck, président du canton viticole, distribue la parole. C’est au tour de Margaux. Si elle relève les soucis notés dans les discours précédents, elle souligne les vertus de la solidarité qui aide à les résoudre. Elle évoque encore le rôle de Colmar dans le vignoble et les vins d’Alsace, synonymes de fierté régionale. L’intervention est courte. Pauline, la numéro deux, n’y participe pas. « D’habitude, nous nous relayons, explique-t-elle. Margaux ne parle pas forcément la première. Nous improvisons en essayant d’apporter des notes positives, dynamiques. La nouvelle campagne de communication du Civa fournit les thèmes de base de nos discours : l’Alsace est un vignoble de grands vins, à taille humaine et avec une grande diversité de terroirs. » Il est temps de trinquer. Margaux et Pauline trempent leurs lèvres dans un crémant, puis un muscat. Le député du vignoble insiste pour que tout le monde prenne la pose pour une photo de groupe. Les photographes de presse immortalisent l’instant. Le maire de Colmar prend congé en gratifiant Margaux d’un joli « ma grande ». « Ici, c’est moins protocolaire qu’ailleurs. Cela ne nous dérange pas. Ça change », sourit le duo royal qui n’en a pas complètement fini sur place. Margaux passe en mode reporter. Elle photographie Thierry avec une tarte flambée toute chaude sortie du four. Elle prend une vue globale et deux selfies avec Pauline. Un sérieux, l’autre plus déluré. L’objectif est de publier une actualité sur leur page Facebook. « 1 987 abonnés nous suivent. Ce serait bien de dépasser les 2 000 », remarque Margaux. Cette proximité voulue doit être renforcée par le trio 2019-2020. Le comité des reines des vins d’Alsace a déjà prévu qu’un lauréat puisse accompagner la reine des vins lors d’une journée de déplacements officiels. Donner un « coup de pouce » À quelques semaines du terme de son règne, le trio est rodé. L’hiver a été calme. Mais depuis avril, il n’y a plus de week-end sans au moins une sortie officielle. Reine et dauphines font le tour des foires aux vins, des journées portes ouvertes aux domaines et des chapitres des confréries. Parfois même les cérémonies de vœux d'un maire d'une commune viticole alsacienne, voire allemande. On ne s'ennuie pas à la longue ? « Chaque événement est différent, commence Margaux. Comme les attentes des personnes qui nous convient. Si le calendrier le permet, nous y allons ensemble. Toute seule, ce n’est pas drôle, encore moins quand personne ne s’occupe de vous. Cela m’est arrivé la fois où on m’a laissée comme une quiche. À part ça, cela s’est toujours bien passé. »  Les reines reprennent du service à 15 h 29. Elles se rendent au domaine Louis Hauller à Dambach-la-Ville qui organise ses portes ouvertes depuis samedi soir. « Le courant est bien passé entre nous lors de précédentes occasions, témoignent à l'unissons Pauline et Margaux. Nous ne faisons pas de chichis, dans nos fonctions comme dans la vie. » Leur volonté est de donner un « coup de pouce » à l’initiative du vigneron. Ludovic les accueille avec deux verres de dégustation. Margaux et Pauline identifient un pinot gris sec élevé en barrique, puis un riesling grand cru Frankstein. Elles se dirigent ensuite vers les comptoirs des vignerons du Beaujolais et des Côtes-Du-Rhône installés dans la cave attenante au caveau de dégustation. « Nous aimons bien découvrir les vins des autres vignobles. Nous sommes allées ensemble au salon des vignerons indépendants à Strasbourg. Nous y avons acheté quelques cartons », disent-elles. Quelques Chénas et Moulin à vent plus tard, les reines s’éclipsent entre les grandes cuves inox de la cave… Elles quitteront le domaine à 21 h pour un repos bien mérité. Leur écharpe et leur couronne seront de nouveau sollicitées le week-end prochain.   Christophe Reibel  

Publié le 09/06/2019

La septième édition du slowUp a rassemblé 44 000 cyclistes sur les routes du vignoble, dimanche 2 juin. De Bergheim à Dambach-la-Ville, les vignerons tiennent buvettes et stands de dégustation. Mais la journée ne rapporte presque pas d’argent, elle offre une visibilité incomparable pour les vins d’Alsace.

Midi approche. Le slowUp bat son plein sur la place de Scherwiller. Calés contre les barrières du canal ou à même le sol, des dizaines de vélos attendent leurs propriétaires. Les sportifs du dimanche se pressent autour des stands de grillades, sandwichs et buvettes. Chapeau avec ruban « Conseil interprofessionnel des vins d’alsace » (Civa) vissé sur la tête, Damien Sohler débouche bouteille sur bouteille. Le business semble tourner à fond. « En réalité on ne gagne presque rien », corrige d’emblée le président du syndicat viticole local.     Cette année, le stand collectif propose 430 bouteilles, issues de neuf maisons du village. Avec 48 bouteilles par viticulteur, on est loin de la vente du siècle. Les bénéfices dégagés reviennent au syndicat. « Mais ça ne représente pas grand-chose, 1 000 € maximum », tâtonne Damien Sohler. Maigre. À l’autre extrémité de la boucle réservée à la circulation des vélos, Pierre Gassmann perd carrément de l’argent. Le vigneron régale des dégustations gratuites. « Ici on ne vend rien, rigole-t-il. De toute façon les gens sont à vélo, ils ne vont pas repartir avec une caisse de vins. » Bilan de la journée : 60 bouteilles écoulées. La valeur ? De 9 à… 100 € le col. Sans compter le personnel mobilisé sur le stand et le caveau fermé à la vente. « On n’attend pas de retour sur investissement immédiat » D’avis général, le slowUp génère peu de bénéfice. Mais l’objectif réside ailleurs. « On n’attend pas de retour sur investissement immédiat, le slowUp permet de changer l’image des vins d’Alsace », théorise Philippe Bouvet, directeur marketing du Civa. Une image plus jeune, dynamique, à la mode… En droite ligne dans la stratégie de communication de l’interprofession. À Bergheim, le Civa a d’ailleurs installé son propre stand. Ambiance musique et espace lounge. « Les jeunes nous disaient : « On arrive chez vous et on a envie de s’asseoir » », raconte le communicant. En plein dans le mille. La journée constitue aussi une opportunité de tisser un lien avec des milliers de nouveaux clients potentiels. Pour cela, chacun sa technique. Les dégustations gratuites de Pierre Gassmann font l’effet d’un appât juteux. La preuve, lundi 3 juin il a déjà vendu des bouteilles à quatre clients rencontrés la veille sur son stand. Et le vigneron de poursuivre sur un couple rencontré lors de l’édition 2018 : « Le jeune est revenu quelques semaines plus tard pour offrir un bon vin à sa copine. Finalement je les revois tous les deux-trois mois. » Gagner son poids en riesling Plus au nord, Dambach-la-Ville fête sa première participation. Maximilien Zaepffel n’aurait manqué ça pour rien au monde. « C’est une chance incomparable en termes d’empreinte visuelle (auprès des consommateurs) », explique le jeune président du syndicat local. Sa technique pour attirer les clients ? Occuper le terrain. Son association tient deux stands, un à Dambach et un à Dieffenthal, la commune voisine. Trente vignerons sont mobilisés sur la journée. Impossible de les louper. Les viticulteurs de Scherwiller, eux, se sont calmés depuis deux ans. Auparavant, ils offraient son poids en riesling à une personne tirée au sort. « On pesait les gens mais ça créait de gros bouchons sur la place, se souvient Damien Sohler. On a dû arrêter. » La rançon du succès. Cette animation n’avait pourtant rien d’anodin. Elle offrait un gros coup de pub aux producteurs locaux. Mieux. Chaque participant remplissait une fiche de contact. « On récupérait les adresses et on les intégrait à notre fichier client qu’on utilise pour promouvoir nos activités », raconte le président du syndicat viticole. Au fil du temps le répertoire s’agrandit. Environ 1 000 noms supplémentaires par édition. Résultat : le sentier gourmand (balade avec arrêts dans plusieurs caves) affiche vite complet. Plus sages les Scherwillerois ? Pas sûr. Ils ont déjà l’esprit tourné vers un autre événement cycliste. Plus prestigieux celui-là. Sourire malicieux de Damien Sohler : « On se creuse la tête pour savoir ce qu’on va bien pouvoir préparer pour le Tour de France. » Réponse le 10 juillet.

Publié le 05/06/2019

Le cépage est une signature emblématique des vins d’Alsace. La plupart des opérateurs le perçoivent comme une chance. Pourtant, certains peuvent s’en détourner par souci marketing ou par… obligation réglementaire.

La plupart des domaines alsaciens ont sur leur carte des cuvées spéciales identifiées par un prénom, une lettre ou une dénomination originale. Alors, le cépage a-t-il fait son temps sur l’étiquette des vins d’Alsace ? Le lancement en avril par Bestheim de la gamme Hopla qui ne mentionne ni millésime, ni cépage, ni terroir, s’aventure sur un terrain rarement exploré. « Hopla est guidé par un souci de rendre le vin lisible à de nouveaux consommateurs de moins de quarante ans que des notions de cépages effraient, qui ne savent pas quoi acheter, qui n’ont jamais bu de vins d’Alsace. Le message du packaging se limite au profil du vin et à son goût. C’est un parti pris très marqué », reconnaît Vanessa Kleiber, responsable marketing de la coopérative. Présenté ainsi, Hopla prend des allures de cheval de Troie envoyé dans la masse des consommateurs lambda. « La gamme se met à la portée du consommateur » À l’analyse, le risque n’est pas si démesuré. « Les cinq profils de vins de la gamme (effervescent, vin sec, blanc moelleux, rouge) correspondent à ce que vend la cave. Leur achat doit devenir un premier pas avant que le consommateur n’évolue vers le cépage et monte en gamme », poursuit Vanessa Kleiber. Tous ces vins sont vendus à un tarif compris entre 8,49 et 8,90 € en grande surface, plus élevé que beaucoup de vins de cépage. « C’est un choix de lisibilité », plaide Vanessa Kleiber pour qui il faut « se décomplexer en matière de prix ». À Pfaffenheim, le domaine Rieflé & Landmann a lancé sa gamme Ad quadratum (comprenez « au carré ») en 2016. Elle se compose d’un rouge et de trois blancs. L’Aplomb est un assemblage pour moitié de pinot blanc et d’auxerrois et pour l’autre de pinot gris, élevé dix mois en barrique bourguignonne. L’Éclat associe une base de riesling à du muscat et à une vieille vigne de sylvaner. L’Arabesque mêle une forte proportion de gewurztraminer à du muscat. « Cette gamme veut répondre à la complexité des vins d’Alsace. Elle est facile à comprendre. Elle se met à la portée du consommateur. Elle propose d’entrer de manière très intuitive dans la diversité des vins d’Alsace », commente Jean-Claude Rieflé dans une vidéo visible sur Youtube. Selon lui, ce type d’approche « est une voie à explorer pour les Alsace ». Il n’a qu’un regret : « l’état actuel de la réglementation interdit de mentionner la composition de l’assemblage (donc de dire les cépages) sur la contre-étiquette. »     Jouer sur les deux tableaux Frédéric Raynaud, directeur général de la cave des vignerons de Pfaffenheim, argumente dans le même sens. « Sur les linéaires en France comme à l’export, vous n’êtes performant que si les cépages de vos assemblages figurent sur l’étiquette. Ne pas mentionner le cépage n’a aucun intérêt. Même le monocépage a parfois du mal à percer. Actuellement au Québec, le seul vin d’Alsace qui connaît une progression à deux chiffres, c’est le Black Tie, un mariage riesling/pinot gris. Les autres vignobles du monde qui font des vins bi ou tricépages ne se privent pas de le marquer sur l’étiquette. » Un vin sans cépage a donc moins de chance de réussir commercialement ? « C’est certain. Car un consommateur n’ayant que peu de connaissance du vin assimile un profil produit, à sa couleur, à un goût et à un cépage. Pour lui, par exemple, un sauvignon c’est floral, un riesling, c’est sec. Un client anglais lambda va choisir un vin en fonction du cépage sans même regarder le nom de l’opérateur qui l’élabore. Je reste persuadé que vouloir exporter sans dire le cépage est compliqué. » Des premiers résultats encourageants Comment ces démarches sont-elles perçues par le marché ? Plutôt bien semble-t-il. « La cave réalise 16 % de son chiffre d’affaires avec des vins bicépages », annonce Frédéric Raynaud dont l’une entreprise exporte 60 % de ses volumes. « Le rouge, l’Aplomb et l’Éclat produits en 2017 sont épuisés. L’Arabesque n’en est pas loin », constate Jean-Claude Rieflé. Bestheim n’a pas encore assez de recul pour dresser un premier bilan chiffré. Mais « les cavistes ont réservé un bon accueil à Hopla », note Vanessa Kleiber. Surtout, « on parle de nous partout. Sur les réseaux sociaux. Dans les blogs. Bestheim gagne en visibilité. » Didier Pettermann, président du Civa, clôt le débat à sa manière. « On peut jouer sur les deux tableaux. Il ne faut se couper d’aucun marché. Le cépage reste certainement une bonne stratégie à l’export mais il est accessoire. L’opérateur est libre de le faire figurer ou pas sur l’étiquette. Au départ, le consommateur cherche d’abord du rouge, du blanc ou du rosé, puis un vin qui lui parle. » À Dambach-la-Ville, la maison Pettermann fait depuis deux ans abstraction du cépage sur trois de ses quarante références. Il s’agit d’un rouge, d’un blanc sec et d’un autre plus moelleux vendus sous la gamme « 1928 ». « Les trois fonctionnent », se félicite Didier Pettermann.

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