Vigne

Marché professionnel

Un apéro pour séduire les restos

Publié le 20/06/2019

Le Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace a convié restaurateurs et distributeurs à un afterwork aux haras de Strasbourg, lundi 17 juin. Le but de l’opération : convaincre les professionnels de proposer des vins locaux cet été.

Parasols, transats et musique lounge. Il est 17h30 et la cour des haras de Strasbourg prend des allures de bar de plage. Une trentaine de personnes déambule verre à la main entre les tables hautes où des vignerons font goûter leurs vins. Des serveurs apportent des plateaux d’amuse-bouches. Mais l’ambiance détendue ne dissimule pas totalement le sérieux de l’événement. Les visiteurs sont tous de potentiels clients professionnels. Restaurateurs, distributeurs, épiciers… Ils ont été invités par le Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa) dans le cadre de sa mini-tournée « Les vins d’Alsace s’invitent en terrasse », initiée fin mai à Paris. La soirée doit convaincre les participants de proposer des vins de la région sur leur carte. « L’idée c’est de montrer que les vins d’Alsace ont toute leur légitimité pour figurer sur les terrasses des restaurants cet été », explicite Philippe Bouvet, directeur marketing du Civa. D’où la musique et les transats ? « On veut ancrer les vins d’Alsace dans leur temps, rebondit le responsable. Renvoyer une image d’un produit frais et de qualité. » En droite ligne de la stratégie de communication de l’interprofession. La restauration, cette valeur sûre Ce soir, onze vignerons ont répondu à l’appel. Matthieu Wassler affiche un grand sourire derrière ses bouteilles. « Je viens à peine de reprendre l’affaire familiale, commence le viticulteur de 26 ans. Je présente mon premier riesling, c’est un peu mon bébé. » Lui a participé aux trois rencontres de la tournée (Paris, Lille et Strasbourg). Pourtant la clientèle professionnelle ne représente que 15 % des ventes du domaines de Blienschwiller. « Mais il faut la développer car il y a moins de variations que sur le vrac. » Les restos sont une valeur sûre. Une dame s’approche du stand flanquée de son compagnon et de son fils. Matthieu remplit leurs verres. « Vous livrez facilement sur Strasbourg ? Vous avez un tarif pro ? » Les questions s’enchaînent, courtes et précises. La cible du jour est une clientèle business. Plus exigeante que les particuliers. « On demande la même rigueur sur toutes les gammes d’un vigneron, témoigne Corail Pierron, du bistrot Le cul-terreux à Strasbourg. On ne veut pas une bonne bouteille et le reste moyen. » Normal quand on commande plusieurs caisses à la fois. « Quand je pars en vacances, je m’arrête dire bonjour » Les professionnels ont aussi des contraintes bien à eux. Un homme, chemise blanche et lunettes de soleil, navigue entre les tables. Il discute un peu, goûte parfois, ne s’attarde jamais. « Je cherche un vin bio et sec », indique ce responsable d’une centrale d’achat. Le reste ne l’intéresse pas. Cette rencontre est une aubaine pour l’homme d’affaires pressé. En trente minutes il se fait une idée de plusieurs vins de différentes maisons. Un sérieux gain de temps. Idem pour Marie Bellot. Elle gère une épicerie dans le centre de Strasbourg. « On sélectionne nos vins en se déplaçant dans les caves, mais ça prend la journée, explique la commerçante. Les avoir tous regroupés ce soir nous arrange beaucoup. » Mais les ventes du jour restent anecdotiques. « Si on vend c’est un plus », confirme Matthieu Wassler. La dégustation sert avant tout à mettre en relation producteurs et acheteurs. « On essaye de multiplier les points de contact pour augmenter le flux commercial », détaille Philippe Bouvet, du Civa. Les restaurateurs ont besoin de connaître leurs fournisseurs. « Quand on rencontre le vigneron, il nous explique son travail, relève l'épicière Marie Bellot. C’est très important pour vendre après en magasin. » Et puis, en cas de pépin, mieux vaut traiter avec un partenaire de confiance plutôt qu’avec une plateforme anonyme. Cela, Matthieu Wassler l’a bien compris. Il met un point d’honneur à livrer lui-même ses clients de la région. « Certains font livrer par un transporteur à 10 km de chez eux, c’est pas logique », s’agace le jeune homme. Lui profite de ces moments pour renforcer ses liens avec le client. « Certains deviennent des amis. » Comme ces restaurateurs de l’ouest de la France. « Quand je pars en vacances, je m’arrête dire bonjour. » Et toujours avec une bonne bouteille sous le bras.   Fabien Nouvène

Publié le 18/06/2019

À Schelingen dans le Kaiserstuhl, Thomas Schätzle recourt à l’irrigation pour sécuriser davantage la qualité que le rendement de quatre hectares de vignes. Le coût de la technique n’est pas donné.

Même s’il n’en a officiellement pas le nom, le Kirchberg de Schelingen, c’est un peu le grand cru local. Les vignes en terrasse de deux à vingt rangs s’y étagent entre 300 et 400 m d’altitude. Dans les zones les plus sèches, des gaines noires de 30 à 40 mm de section, équipées d’une vanne et d’un limiteur de pression, sortent de terre au début des rangs. Des tuyaux souples de 16 mm percés d’un trou tous les cinquante centimètres les prolongent à hauteur de genou, sur un fil de fer spécifique. Thomas Schätzle a tout installé il y a dix ans. « Le climat se réchauffe, constate Thomas. En 2003, un quart de la récolte a flétri sur pied. La pire année que j’ai connue. En 2008-2009, un remembrement a ouvert la possibilité d’installer du goutte-à-goutte. » Sur ce, il s'associe avec des collègues pour monter un projet collectif. « Le fait d’être classé en Natura 2000 avec la perspective de toucher 80 % de subvention pour le matériel nous a convaincus », précise le vigneron et président de l'association qui regroupe la trentaine d'utilisateur de ce réseau. Six mois plus tard, dix des quatorze hectares identifiés pour leur faible réserve hydrique sont équipés. Le périmètre est divisé en seize secteurs. Deux préposés ont accès aux armoires de commande implantées au bord d’un chemin viticole. Ils y programment les tours d’eau à venir en fonction des besoins annoncés par les viticulteurs.     Thomas décide du déclenchement de la campagne d’irrigation après mesure, au moyen d’une chambre à pression, du stress d’un échantillon du feuillage prélevé juste avant l’aube. « Les cépages blancs demandent de l’eau dès que l’appareil indique 2 bars. Pour les rouges, c’est plutôt 3 bars. Les relevés exacts des pratiques depuis dix ans et ma propre expérience font que j’appréhende bien le moment où il faut se tenir prêt. Le tout est de ne pas commencer trop tard et ensuite d’adopter la bonne cadence d’ouverture/fermeture des vannes en fonction de la météo. En 2018, la campagne a débuté le 26 juin et s’est achevée le 21 août. Selon les secteurs, de quatre à sept tours d’eau ont été effectués », précise-t-il. Au niveau de chaque trou dans le tuyau, une membrane garantit une pression égale sur toute la ligne jusqu’à une différence de dénivelé de vingt mètres. Chaque orifice laisse s’écouler 0,6 l d’eau à l’heure. « À raison de huit heures d’irrigation, chaque pied reçoit environ 10 l d’eau. Soit une consommation de 50 m3 pour une parcelle plantée à 5 000 pieds », calcule Thomas.  Bénéfice qualitatif Les textes autorisent un rendement jusqu’à 90 hl/ha. Le domaine Schätzle vise plutôt entre 60 et 70 hl/ha, voire moins avec des vignes intégralement enherbées, aux rangs espacés de 1,80 m et des pieds plantés tous les 90 m sur la ligne. « Un peu d’eau stabilise le volume récolté. Si on voulait produire plus, il faudrait amener des quantités d’eau phénoménales, affirme Thomas. Le principal bénéfice de l’irrigation est qualitatif. Elle assure la récolte de raisins aromatiques qui arrivent sans problème à une maturité optimale. Leur acidité est stable. J’estime que mes vins sont meilleurs parce qu’ils échappent au stress hydrique. Ils sont plus harmonieux, plus équilibrés. » Cette rolls de l’irrigation représente un investissement de 16 000 €/ha, soit entre 4 000 et 4 500 €/ha subventions déduites. L’eau provient du réseau public alimenté par la nappe phréatique de la Forêt-Noire. Elle est facturée 1,71 €/m3 taxes foncières incluses. « Les viticulteurs doivent se coordonner pour que leurs prélèvements ne dépassent pas les 70 à 80 m3 par tranche de vingt-quatre heures », souligne Thomas. En plus de la ressource, il faut prévoir le coût de l’électricité pour le pompage et l’entretien des 42 000 mètres de tuyaux en place. « Il y en a toujours qui sont abîmés par le passage des machines. Des pièces cassent. Chaque irrigant révise ses circuits et effectue lui-même les réparations. Si une baisse de pression indique une fuite, le secteur est coupé », rappelle Thomas. À raison d’un coût de fonctionnement annuel qui tourne régulièrement autour des 1 000 €/ha, « l’irrigation ne se justifie que dans les très bons terroirs, ceux dont les vins se vendent à un bon prix. »  

Campagne de communication des vins d’Alsace

Les « personnalités » mises en lumière

Publié le 16/06/2019

Le 6 juin, le Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa) a organisé sa première séance photo/vidéo destinée à sa nouvelle campagne d’affichage centrée autour de « l’humain » présent derrière chaque bouteille de vin. Derrière ces prises de vues, des « personnalités » qui œuvrent au quotidien à la renommée des vins d’Alsace en France et dans le monde.

Le vin, c’est d’abord une histoire humaine. Derrière les ceps de vigne, la taille, le désherbage, la vendange, la vinification, la mise en bouteille et la commercialisation, ce sont avant tout des femmes et des hommes qui travaillent sans relâche vers un objectif commun : sublimer ce que leurs terroirs leur offrent pour apporter au consommateur une expérience gustative et olfactive de premier choix. C’est avec cette approche que le Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa) entend redynamiser la communication autour d’une production alsacienne qui en a bien besoin. Cette nouvelle stratégie, présentée en grande pompe le 16 mai dernier, s’est matérialisée la semaine dernière à travers un shooting photo et vidéo organisée à l’Atelier « Chez Elles », à Soultzmatt. L’idée est simple : à travers des affiches et petits clips vidéos, diffusés dans un premier temps en Alsace et dans le Grand Est (et sur les réseaux sociaux), montrer les visages de celles et ceux qui se sont démarqués récemment au concours des vins de Colmar et au concours des Grands vins blancs du monde de Strasbourg. D’un côté, les dix « coups de cœur » du jury du concours de Colmar, de l’autre, les six lauréats alsaciens sur les dix vins primés dans la capitale alsacienne. Être fier et rester humble Pour chacun d’entre eux (caves coopératives, négoces, vignerons indépendants), le même mot d’ordre devant l’objectif : faire ressortir en un cliché et quelques mots la personnalité qui caractérise chaque producteur, chaque domaine, et chaque vin qui lui est associé. Pour certains, c’est la « passion », pour d’autres c’est le « lien », la « simplicité », la « gourmandise », le « dynamisme », la « précision » ou « l’authenticité ». Chacun sa vision de lui-même et de son produit. « Il n’y a pas de règle. Au Civa, on crée le cadre. Ensuite, on s’efface. Ce n’est pas à nous de dire qui ils sont. Eux le savent très bien mais n’ont pas l’habitude de le dire. Là, on les incite enfin à sortir de l’ombre pour aller dans la lumière. Il est temps de rendre justice à tout le travail qu’ils font », explique Philippe Bouvet, directeur marketing du Civa. « Nous avons de nombreux atouts et des vins d’exception » Quelques instants après s’être fait « flashé » Sébastien Huber, vigneron au domaine Huber Bléger de Saint-Hippolyte, confirme les propos de Philippe Bouvet. Si son cousin Franck Bléger et lui sont présents aujourd’hui, c’est pour le très convoité prix Vinofed obtenu lors du concours des Grands vins blancs du monde de Strasbourg. « C’est vrai, cette visibilité qui nous tombe dessus, on ne sait pas tout à fait comment la prendre. Moi, je suis habitué à travailler dans les vignes. Alors, se retrouver sur des affiches, c’est un peu déconcertant et stressant. Mais en même temps, si cela peut favoriser la vente des vins d’Alsace, nous sommes preneurs. Il était temps de redorer l’image de nos produits, de redonner leurs lettres de noblesse à nos grands vins blancs. Et ce qui fait la force de notre région, ce sont les personnalités et les histoires qui sont derrière chaque domaine et chaque vin. Nous pouvons être fiers de ça et, à titre personnel, nous sommes fiers de faire perdurer cette culture tout en apportant cette modernisation de la communication qui était devenue indispensable. » Charline Fuchs est, elle, coopératrice à la cave Bestheim. Pour elle, c’est une « chance » et un « vrai plaisir » d’avoir été sélectionnée par la cave pour cette séance photo-vidéo. Même si l’exercice est un peu « déstabilisant » au début, elle n’a pas de mal à se prêter au jeu. « J’aime bien le changement et le mouvement, et je pense que cette campagne est un bon coup de pouce pour les vins d’Alsace. Pour ma part, cela permet de rappeler qu’on peut associer le fait de travailler dans les vignes avec le fait d’être féminine. » C’est ensuite Deborah Ruffing, œnologue chez Wolfberger, qui prend le relais sur le tabouret installé par la photographe. Son truc : rester naturelle et faire abstraction au fait de poser. Le sourire vient tout seul. Il faut dire que la jeune femme est particulièrement motivée, mais aussi honorée, à l’idée de représenter la Maison Wolfberger et l’ensemble des personnes qui ont travaillé pour la bouteille de crémant qu’elle tient dans ses mains. « Je pense qu’il est grand temps que tout le monde sache ce qu’on sait faire, qu’on a de nombreux atouts et des vins d’exception. Pour Wolfberger, cela se résume en un mot : l’engagement. L’engagement de chaque femme et homme travaillant à produire des vins et des crémants qui apportent du plaisir aux consommateurs. »

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