Vigne

Publié le 11/07/2019

Le Club Viti, qui vient d’être créé au Crédit Agricole Alsace Vosges, renforce le réseau interne des experts et chargés de clientèle du premier financeur de la viticulture. Il s’agit de répondre aux besoins de plus en plus pointus des acteurs du vignoble, dans une filière en pleine mutation. Interview de Matthieu Boraud, directeur adjoint et Katia Ebersold, responsable filière agri pro.

Matthieu Boraud et Katia Ebersold, quel est l’objectif de ce Club Viti ? Nous nous sommes dit en interne que nous avions intérêt à jouer collectif et que nous avons de la valeur à générer en renforçant le lien entre les chargés de clientèle viticole et les experts. Sur le terrain, les conseillers restent les chefs d’orchestre et ils coordonnent l’intervention des spécialistes pour répondre aux besoins. Cela devrait se traduire par une augmentation de la qualité de notre offre de services. Le Club Viti, c’est aussi de la convivialité entre les chargés de clientèle et les experts, pour renforcer l’esprit collectif et la synergie avec des experts qui peuvent être géographiquement éloignés. En tant que financeur de sept acteurs de la viticulture sur dix, nous réaffirmons également à travers ce club notre rôle et notre soutien à la viticulture alsacienne. Quand on met 40 experts autour de la table, ça devient significatif.   Le Club Viti correspond-il à une évolution du marché des vins d’Alsace ? Nous connaissons une croissance importante sur le marché de la viticulture. Il est en pleine transformation et, de fait, de nombreuses expertises doivent y être apportées. Cette évolution rend effectivement les demandes plus prégnantes, avec des besoins d’accompagnements spécifiques : l’export, la transmission, l’e-commerce. L’idée c’est d’étendre aux structures de plus petite dimension l’expertise qu’on apportait aux grands metteurs en marché. Par exemple, pour les vignerons qui se lancent à l’international, nous avons une experte dédiée qui se consacre à diagnostiquer leurs besoins, les accompagner sur les techniques de financement, sécuriser les transferts. Le « chargé viti » reste l’interlocuteur privilégié, c’est lui qui actionne toutes les expertises. Et c’est tout le sens de ce club de renforcer ces liens entre nos acteurs du marché de la viticulture.   De quelles expertises vont bénéficier les clients ? Pour la viticulture alsacienne, nous souhaitons mieux valoriser nos différentes expertises par exemple en e-commerce, en paiement à l’international. La transmission représente également un enjeu, puisque près de 50 % des viticulteurs ont plus de 55 ans. La règle c’est d’anticiper pour mieux régler les problèmes. Après une phase de diagnostic, nous cherchons avec les experts-comptables et les notaires locaux à accompagner très en amont le viticulteur, pour l’aider à prendre les bonnes décisions patrimoniales et d’optimisations fiscales. Plus c’est anticipé, mieux ça se passe. Nous sommes donc proactifs sur ce dossier.   En quoi la viticulture bénéficie-t-elle d’un accompagnement spécifique ? Dans l’éventail des chargés de clientèle au Crédit Agricole, « les chargés viti » ont une proximité relationnelle avec leurs clients qui est extrêmement forte. D’ailleurs, nos effectifs ont une plus grande stabilité. Ces chargés viti ont tendance à considérer que ce sont leurs clients. Ils se battent pour eux. Par ailleurs, nos agences dans le vignoble sont plus typées viticulture.   Quelle est votre méthode pour que cet accompagnement soit en phase avec les attentes des vignerons et viticulteurs ? La force du Crédit Agricole, sa différenciation, ce sont ses femmes et ses hommes qui connaissent les territoires et les clients. Et avec la force du réseau mutualiste, nous sommes encore plus en connexion avec le territoire et ses composantes. Dans les Caisses locales, nos chargés viti ont des échanges quasi quotidiens avec les élus. Le croisement de ces informations avec les organisations viticoles permet de valider la pertinence du ressenti de terrain. Par ailleurs, nous avons une double lecture locale et nationale avec notre Observatoire de la viticulture de Crédit Agricole SA. C’est cette confrontation permanente des informations entre le terrain et le national, qui nous permet de mieux comprendre les enjeux. Cette approche terrain nous a incités par exemple à mettre en place des solutions bancaires spécifiques de portage du stock. Le financement Moyen terme millésime 2018 a répondu aux attentes pour financer des besoins en fonds de roulement supplémentaires liés au supplément de récolte. De même pour les prêts fonciers, nous avons des solutions modulables dans la durée jusqu’à 25 ans. Nous déployons aussi un dispositif d’accompagnement pour les entreprises avec des trésoreries plus tendues : pause des annuités, réétalement du prêt moyen terme, prêt de consolidation. Après, il peut y avoir un accompagnement individualisé au cas par cas.   De quelle manière prenez-vous part aux débats et orientations professionnelles ? On se donne des moyens pour rendre visible notre présence sur ce marché et mieux faire connaître notre savoir-faire, ce qui sera l’un des volets de ce Club Viti. On fait des choses bien, donc on s’organise pour le dire. On peut nourrir les débats professionnels, mais on ne porte pas la conclusion. Nous cherchons cependant à sensibiliser les vignerons sur des dossiers, comme la transmission. La Caisse régionale communique, organise des événements comme notre traditionnelle conférence lors de la foire aux vins d’Alsace*, et nous proposons des partenariats. En œnotourisme, nous sommes partenaires de la Chaire vin et tourisme de l’EM à Strasbourg. Autre exemple avec le Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace, où nous intervenons en journée export. Nous proposerons des réunions d’information sur l’e-commerce ou sur l’accompagnement pour se lancer à l’export.   Comment abordez-vous au Crédit Agricole la relation-client dans des situations difficiles, où l’humanité des banquiers peut être sujette à caution ? Nous sommes une banque de proximité relationnelle avec des conseillers humains responsables en proximité. Dans les cas difficiles, leur rôle c’est aussi de trouver les mots pour le dire, de travailler sur le relationnel, sur l’accompagnement. Lorsqu’un projet d’investissement ne nous paraît pas « viable », nous avons le devoir d’alerter notre client. Ce n’est pas parce qu’on dit non à un projet qu’on met fin à une relation. On n’est pas là pour faire du crédit à tout prix. Le meilleur service rendu c’est d’avertir sur la rentabilité du projet. On dit oui et comment, ou on dit non et pourquoi il y a un risque de surendettement. Pour une solution de financement, nous misons sur l’humain, sur la rentabilité de l’exploitation et la qualité du projet.  

Du 26 juillet au 4 août au Parc-expo de Colmar

Les vins d’Alsace réinvestissent la halle aux vins

Publié le 04/07/2019

La 72e foire aux vins d’Alsace approche. Elle se déroulera du 26 juillet au 4 août. À quelques jours de l’événement, les organisateurs s’activent pour finaliser leur programme, alors que les travaux ont entamé leur dernière ligne droite dans le tout nouveau hall 6.

Le nouveau hall 6 et la nouvelle entrée seront la première attraction de la foire aux vins d’Alsace. Les besoins d’agrandissement du Parc-expo de Colmar et les mises aux normes de sécurité toujours plus contraignantes ont poussé la société Colmar Expo, en charge de la gestion du site et organisatrice d’événements comme la foire aux vins d’Alsace, à lancer au lendemain de l’édition 2018 de cette dernière un vaste chantier de plus d’une année. « Climatisation du hall 1 et de l’Espace congrès, construction d’un tunnel au-dessus de l’entrée principale sur lequel reposeront deux étages - un étage de salles de commission et un étage pour accueillir les nouveaux bureaux Colmar Expo - et construction du nouveau hall 6, en remplacement de l’emblématique chapiteau de la foire. Ce qui va engendrer une réorganisation optimale et nécessaire de toute la zone du parc de plein air », détaille Christiane Roth, présidente de Colmar Expo. Le nouveau hall 6 accueillera ses exposants historiques dans une ambiance toujours aussi festive, avec des conditions améliorées grâce notamment à la climatisation. La construction de ce hall, désormais placé à l’entrée du parc de plein air et non plus du côté du théâtre de plein air le long de la RD83, a entraîné une réflexion sur le réaménagement de cette zone. « Le premier grand changement est le découpage de la zone jour (dont la fermeture est fixée à 21 h 30), une séparation plus rectiligne dans le sens de la longueur. Dorénavant, la partie jour se trouvera le long de la RD83, rapprochant ainsi la zone de vie nocturne des halls, le long de l’allée principale depuis le nouveau hall 6 jusqu’au théâtre de plein air. Avec ce réaménagement, la partie plein air du parc, ouverte jusqu’à la fermeture de la foire, s’est construite autour de trois nouvelles zones de vie bien définies. Ces trois zones, dans lesquelles se répartiront les différents points de restauration et débitants de boissons, seront elles-mêmes organisées autour d’espaces de détente et de larges allées. Cette nouvelle implantation devrait permettre de mieux répartir et aérer ces zones de forte affluence, notamment en soirée, et de rapprocher ce flux de visiteurs des halls et de ses exposants », précise Christophe Crupi. Sur près de 200 m2 Cette 72e foire aux vins d’Alsace marque aussi le retour du stand du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa) et des familles professionnelles viticoles dans la Halle aux vins. Sur près de 200 m2, ce stand collectif doit permettre de valoriser davantage les vins d’Alsace. Un bon complément à la campagne de communication lancée récemment par le Civa, comme l’a rappelé le directeur marketing, Philippe Bouvet. « Les vins d’Alsace (re)passent de l’ombre à la lumière. Ils se transforment et se réinventent pour retrouver la place qu’ils méritent ». Dans ce hall, le bar à vins proposera plus de 300 références, mais aussi des vins issus des 51 grands crus d’Alsace. Autant de terroirs à découvrir et de rencontres avec les producteurs, pour que cette année, véritablement, l’Alsace Rocks ! Pour les amateurs, le «​​​​​​​speed-tasting », chaque jour à 17 h, une dégustation commentée autour d’une thématique précise. En soirée, les confréries viniques inviteront à découvrir leur sélection de vins. Sans oublier les « instants divins », « afterwine », conférences ou encore la soirée du Comité des reines des vins d’Alsace, le 26 juillet, au cours de laquelle les noms de la nouvelle reine et de ses dauphines seront dévoilés. Le parc agricole, le cabaret colmarien, les centaines d’exposants dans les halls et bien évidemment le festival compléteront la réussite d’une manifestation bien inscrite dans le calendrier.

Publié le 30/06/2019

Le vignoble alsacien manque de bras. Et l’augmentation de la taille des domaines n’est pas de nature à réduire cette demande. L’apprentissage devient un moyen de procurer la main-d’œuvre nécessaire à la filière.

Karla Ehlinger ne vient pas d'une famille de vignerons. Mais elle aime le grand air et la vigne. Elle l’a découvert durant les cinq semaines qu’a duré son stage en classe de première chez un viticulteur. « Il m’a beaucoup laissée rouler en tracteur. Pour faucher, labourer. Ça m’a beaucoup plu », raconte la jeune femme de 21 ans. Après un BTS viti-oeno entre 2016 et 2018, Karla a intégré à l’automne dernier le centre de formation d’apprentis du Haut-Rhin à Rouffach. Elle s’est mise en quête d’un maître d’apprentissage. « Les viticulteurs sont de plus en plus ouverts à embaucher une femme, même si au téléphone on perçoit encore la réticence de certains », dit-elle. Avec Mireille Jenny-Stich à Sigolsheim, ce genre de préjugé est depuis longtemps dépassé. La dirigeante de l’exploitation de 16 ha de vignes livrés en raisin en coopérative, de 2 ha de vignes mères de porte-greffe et d’un atelier d’horticulture, a accepté la candidature de Karla au poste de tractoriste. Elle dénombre trois anciens apprentis sur un effectif de quatorze temps plein et dépose régulièrement des offres de postes au CFA. « La pénibilité du travail a beaucoup diminué. Les attelages semi-automatiques rendent ce métier facilement accessible aux femmes », juge Mireille. Karla est soumise à un rythme d’une semaine au CFA pour trois semaines en entreprise. Elle est suivie par Michel Stich, le mari de Mireille, responsable viticole du domaine, ainsi que par Florian, lui aussi tractoriste. Depuis son arrivée, à raison de 8 h 30 journalières, Karla a broyé les sarments, fauché et surtout labouré les vignes enherbées. « Le plus difficile, c’est de régler la profondeur et la largeur de travail de l’outil à chaque changement de parcelle, car à chaque fois le type de sol est différent », relève-t-elle. Karla n’attelle pas le pulvérisateur et travaille pour l’instant seulement les vignes de plaine et à faible pente. « Le coteau ne me dérangerait pas. Mais il faut faire très attention au porte-à-faux. Je vais y arriver, mais progressivement », dit-elle. « Un an de formation, cela reste trop court », enchaîne Mireille. « Une vraie expérience de tractoriste n’est acquise qu’au bout de trois, voire cinq ans. Ce sont des salariés importants sur une exploitation. Ils savent tout faire. » Ouverture d’esprit et motivation « Le niveau d’exigences environnemental et de sécurité au travail de l’activité viticole fait qu’il devient de moins en moins facile d’apprendre sur le tas alors qu’il est de plus en plus essentiel de disposer d’une main-d’œuvre formée et compétente », poursuit Mireille. Elle aimerait embaucher un tractoriste de plus pour soulager Michel, occupé par d’autres tâches. Elle demande aux candidats de l’ouverture d’esprit, de la motivation et une formation supérieure qui corresponde au moins au niveau baccalauréat. Car « les machines de plus en plus perfectionnées réclament de plus en plus de compétences et l’exercice du métier, une précision accrue ». Savoir entretenir le matériel et le tracteur n’est pas superflu alors que les connaissances en mécanique ont tendance à se perdre. « Nous passons pas mal de temps à l’apprentissage de ces bases au CFA. En cas de panne, il faut savoir se débrouiller », rassure Karla. Mireille a signé un contrat d’un an à Karla. Elle a bénéficié à ce titre d’une aide de 1 000 € versée par le Conseil régional. La formule reste quant à elle souple. « Le maître d’apprentissage bénéficie d’une période de neuf semaines durant lesquelles il peut congédier son apprenti du jour au lendemain », précise Philippe Bavois, responsable du pôle viticole au CFA de Rouffach. L’employeur rémunère son apprenti à un certain pourcentage du SMIC selon une grille qui tient compte de l’ancienneté du contrat et de l’âge de l’apprenti. « Le coût pour trois semaines de présence par mois est correct. Il faut certes investir du temps en se montrant pédagogue pour expliquer le métier, mais au bout de six mois, c’est du temps que l’on regagne du fait que l’apprenti devient de plus en plus opérationnel » estime Mireille. Le contrat de Karla prendra fin le 31 août 2019. Mireille lui a déjà proposé un CDD de six mois. Karla, qui préférerait un CDI, réserve encore sa réponse. Mais il est possible qu’elle se laisse tenter. « Je me suis familiarisée avec l’équipe, le métier, les parcelles. Le courant passe bien. C’est important. On ne sait jamais ce qu’on trouve ailleurs », dit-elle. Pour Mireille, l’idéal serait de disposer de deux tractoristes titulaires et d’un autre en appoint prêt à intervenir ponctuellement. Elle a déposé une nouvelle offre au CFA pour un tel poste en janvier 2019. Pour l’instant, aucun candidat ne s’est proposé.   Pour tout renseignement sur la formation, contactez : philippe.bavois@educagri.fr  

Pages

Les vidéos