Vigne

Publié le 10/05/2018

À Beblenheim, Brian Stoeffler s’est glissé dans la peau du viticulteur qu’il n’était pas sensé devenir. Sans avoir beaucoup l’envie de grandir, davantage avec le souci de maîtriser sa rentabilité.

Jusqu’où peut mener le souhait de ne pas avoir de regrets ? La réponse que Brian Stoeffler a donnée en 2012 à cette question le conduit aujourd’hui à se retrouver à la tête d’un domaine créé en 1920. Avec sa formation en informatique et en télécommunications, il entame en 2005 une carrière dans la banque sans envisager un instant de reprendre l’exploitation de 6 ha de Gaby et Georges, ses parents. « J’avais fait un peu le tour de mon métier. Je connaissais la vigne. J’y ai toujours aidé. J’ai eu envie de changement, d’être fier d’un produit que j’élabore de A à Z » avoue-t-il. Brian opte dès lors pendant deux ans pour deux mi-temps, le premier chez son employeur, le second sur le domaine, ou plutôt au CFPPA de Rouffach où il complète son bagage viticole et s’initie à l’œnologie. Georges cède en octobre 2015, le mois de ses soixante ans, à ce fils unique les rênes d’une Eàrl de production et d’une Sàrl de vente créée en 1981 pour les achats et d’eaux-de-vie et surtout de crémant, impossible à produire dans une exploitation un peu à l’étroit dans le village. Dès son arrivée, Brian réfléchit au passage en bio, mais remet sa décision à plus tard, faute de pouvoir suivre en main-d’œuvre et en temps de travail. Il enclenche néanmoins le processus de réduction des phytosanitaires. Il cesse les herbicides de prélevée et commence à passer l’interceps sur le cavaillon. Un quart de la surface est désormais désherbé de la sorte. Les trois ou quatre passages nécessaires dans l’année représentent la contribution bénévole de Georges à la bonne marche du domaine. Brian est tenté par une stratégie de protection uniquement basée sur le cuivre et le soufre, mais encadre toujours la fleur avec deux systémiques pour « se faciliter la vie et sécuriser sa récolte ». « Je suis seul ou presque. Si je choisis de traiter de manière plus légère, je n’arriverais pas à suivre la cadence à une période où les travaux se télescopent. Sans oublier que je dois continuer à être présent au caveau pour assurer la vente » justifie Brian. Il vise le rendement autorisé, ce qui ne lui a pas trop mal réussi ces trois dernières années où il a rentré entre 70 et 80 hl/ha. Il vendange mécaniquement environ la moitié de sa surface. Rester sur les vins de cépage Brian enzyme fréquemment ses moûts et les levure tous avant de les vinifier en foudres mais principalement en cuves inox. La fermentation classique de trois semaines est de règle, mais Brian n’empêche pas les vins qui le souhaitent de prendre davantage leur temps. « Je veux rester sur des vins de cépage » dit-il. Le début de sa gamme est sec avec par exemple un riesling à moins de 4 g/l de sucre restant. Pinot gris et gewurztraminer sont plus ronds. « J’en ai fait des secs. Je les vends. Certains clients sont agréablement surpris. Mais tous n’accrochent pas. Mes arbitrages doivent tenir compte de la demande » argumente le jeune viticulteur. Au cours de l’année, les cinq petits salons français et belges où il se retrouve unique représentant de vins d’Alsace sont pour lui le moyen de vendre bien entendu en direct, mais aussi d’attirer du monde au caveau situé dans une rue de Beblenheim à très faible passage. « J’accueille des groupes. J’initie à l’œnologie. Je fais voir mes vignes. Il faut que mes visiteurs repartent avec le sentiment d’avoir passé un bon moment, pas seulement d’avoir acheté du vin » glisse Brian. « C’est un moyen de fidéliser. Mais cela devient plus compliqué avec les jeunes générations qui commandent moins par cartons de six ». Avec son expérience dans la banque, Brian s’est rapidement posé la question de la rentabilité. Il a renoncé à vendre à un restaurateur et a renégocié les tarifs consentis depuis des années à deux autres. Il a recalculé ses coûts avant d’augmenter en moyenne ses prix de 70 cents par col sur trois ans. Il n’a diminué ni son chiffre d’affaires, ni son nombre de bouteilles vendues. « À première vue je m’en sors financièrement mieux qu’auparavant. Mais ramené à l’heure de travail, c’est pire. Je suis loin du contrat de quarante heures » constate-t-il. C’est pourquoi, Brian commence à instaurer doucement des horaires d’ouverture du caveau afin de préserver plus de temps pour sa compagne et ses deux enfants. « Je souhaite toujours rester seul sur une exploitation à taille humaine. Je me suis fixé huit hectares au grand maximum. Au-delà, il faudrait investir en main d’œuvre, en cave, en moyens commerciaux. Alors qu’à sept hectares, je suis dans l’équilibre ».

Publié le 09/05/2018

Après près de vingt années de travail, les premières variétés de raisins de cuves à résistances polygéniques au mildiou et à l’oïdium ont été inscrites au catalogue officiel en janvier dernier. L’Institut national de la recherche agronomique (Inra) poursuit le programme ResDur avec treize autres variétés, cette fois porteuses de facteurs de résistance de vignes sauvages asiatiques. Elles ont été plantées sur 40 ares au-dessus de Bergheim.

La plantation de neuf variétés à raisins noirs et quatre à raisins blancs, avec en moyenne 250 pieds pour chacune, est une nouvelle étape dans le processus d’innovation variétale initié par le Centre de Colmar de l’Inra dans le cadre du programme ResDur (résistance durable). « Elle vise à étudier les comportements de nouvelles variétés résistantes dans des conditions réelles du vignoble alsacien, déclare Frédérique Pelsy, présidente du Centre de Colmar, domaine expérimental du Centre Grand Est Colmar. Initié il y a une vingtaine d’années dans l’indifférence générale, le programme ResDur a été pionnier pour créer de nouvelles variétés résistantes. Il a pu être mené grâce à des équipements dédiés installés sur le Centre de Colmar avec le soutien des plans État-Région. 18 ans plus tard, en ce début d’année, les premières variétés ont été inscrites au catalogue officiel. Certes, tous les freins ne sont pas encore levés pour l’utilisation de ces variétés, en particulier les freins réglementaires, mais une évolution de la réglementation européenne est envisagée pour accepter l’utilisation de caractères de résistance de vignes sauvages dans les vignes cultivées. » Un à trois traitements nécessaires Alors qu’en moyenne, la vigne est traitée quinze fois contre le mildiou et l’oïdium, les variétés ResDur ne nécessitent qu’un à trois traitements. « Elles sont une solution parmi les plus efficaces que peut proposer la recherche pour atteindre les objectifs de la transition écologique en viticulture. » Dans le contexte actuel, le programme ResDur de création de vignes à résistances polygéniques au mildiou et à l’oïdium prend tout son sens. « Résistantes et qualitatives, ces variétés sont des ambassadrices du programme national de création et de diffusion de l’innovation variétale qui vient d’être lancé par le plan de la filière. En effet, suite aux États généraux de l’alimentation, un plan vin a pour ambition de maintenir la France en position de leader en matière d’exportation. Il vise à sécuriser davantage la santé et la sécurité des travailleurs de la vigne et de la cave en particulier quant à leur exposition aux produits phytosanitaires. Une des ambitions de ce plan est la réduction de la dépendance aux produits phytosanitaires en viticulture, il affiche comme objectif la certification HVE (haute valeur environnementale) de 50 % des exploitations viticoles à l’horizon 2025. Par ailleurs, la France se veut exemplaire pour retirer du marché toutes les matières actives à risque. Ainsi, sur les 164 molécules utilisées en viticulture, seules 24 resteraient si on appliquait rigoureusement les contraintes réglementaires. Nous sommes dans un cadre extrêmement contraint. Ainsi, le cuivre, à présent reconnu comme toxique pour la santé, est lui aussi sur la sellette. Mais compte tenu de l’absence d’alternative à son utilisation, son interdiction a été reportée d’un an en 2019. » Une vingtaine d’autres parcelles expérimentales en France « Cette parcelle représente l’étape ultime du schéma de sélection avant la présentation pour l’inscription au catalogue, annonce Christophe Schneider, technicien de recherche à l’Inra. Elle entrera en production en 2020 et l’on pourra commencer à goûter les vins d’ici quatre ans. Cette deuxième série de croisement est différente par ses sources. Les plants du programme ResDur1 n’avaient que des sources nord-américaines. Les plants de ResDur2 ont des sources de résistance asiatique, intégrée par hybridations successives. » Grâce à un partenariat avec l’Institut français de la vigne et du vin (IFV), une vingtaine d’autres parcelles sont ainsi plantées en France, conduites avec le moins d’intrants possible. Les mesures de valeurs agronomiques, technologiques et environnementales permettront de faire la carte d’identité de la valeur culturale et de qualité du vin des variétés. Cela permet de constituer un dossier d’inscription pour le Comité technique permanent pour la sélection (CTPS) qui sera présenté en 2021. « On considère qu’il faut 1 000 pépins pour arriver à une variété inscrite au catalogue. Le programme ResDur a obtenu 17 000 pépins qui, on l’espère, vont aboutir à l’inscription d’une trentaine de variétés d'ici 2024, comme cela est le cas pour artaban, floreal, vidoc et voltis (lire en encadré) commercialisé depuis 2018 par l’IFV. » Un temps de recherche divisé par deux Le directeur de recherche, Didier Merdinoglu, retrace le parcours de ce programme. « L’idée a germé en 1998 et sa mise en œuvre a commencé en 2000, bien avant le Grenelle de l’environnement et le premier plan Écophyto. Dès le début, il a été conçu pour conjuguer la recherche fondamentale et l’innovation. Les recherches fondamentales ont eu pour but de comprendre les fondements génétiques de la résistance de la vigne à deux maladies : le mildiou et l’oïdium, celles qui mobilisent le plus de traitements phytosanitaires. Dans une première phase, on a cherché à identifier et à caractériser les ressources génétiques : où trouver la résistance, car toutes les variétés traditionnelles ne le sont pas, elles sont sensibles à ces deux maladies. On l’a trouvée dans des vignes sauvages d’origine nord-américaines et asiatiques. Au total, le programme ResDur est une somme d’innovations avec ce résultat : la création de quatre variétés en 16 ans, alors qu’avant cela nécessitait le double de temps. » Les chercheurs ne comptent pas en rester là. Ils prévoient un partenariat avec l’IFV et une dizaine de comités interprofessionnels (le Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace dans notre région) pour lancer un programme ResDur pour le développement de variétés à typicité régionale. Leur inscription au catalogue est prévue pour 2030. Dans un futur plus lointain, ils envisagent de créer des variétés adaptées aux évolutions du climat.

27e concours national des crémants de France

De la Cité du vin au château Lafitte

Publié le 09/05/2018

De la Cité du vin à Bordeaux au château Lafitte à Yvrac, les participants au 27e concours national des crémants de France ont eu l’opportunité de découvrir quelques sites réputés de la région girondine.

Jeudi 26 avril, l’assemblée générale du Syndicat national des crémants de France se déroulait au siège de Planète Bordeaux à Beychac-et-Caillau. Situé à 20 minutes de Bordeaux, le site est un lieu privilégié qui invite les visiteurs à un voyage multisensoriel dans l’univers merveilleux des AOC Bordeaux et Bordeaux Supérieur. Au travers de techniques audiovisuelles et scénographiques (maquette 3D, aménagements sonores), tous les secrets qui entourent la naissance et la vie du vin sont révélés. Expositions et projections ont été soigneusement étudiées pour faire de l’endroit un lieu accueillant. Le coin des petits initie les enfants aux travaux de la vigne grâce à des supports visuels et ludiques. Ils prennent conscience de leurs cinq sens à travers différentes animations : dégustation de jus de raisin, questionnaires pédagogiques, diplôme du petit dégustateur. Et s’amusent avec leurs parents à identifier les odeurs de la rotonde sensorielle. La dégustation finale devient un lieu d’échange où il est possible d’obtenir une mine d’informations ainsi que de nombreux conseils. La visite se termine par « la cave des 1001 châteaux », où repose le meilleur des sept appellations Bordeaux et Bordeaux Supérieur. Château Lafitte, « l’oasis œnotouristique » Situé au milieu de ses vignes, le château Lafitte se situe à 15 minutes du centre de Bordeaux. Son site exceptionnel offre une magnifique vue panoramique sur le vignoble. On y trouve deux salles de réception (de 250 m2 et 750 m2) en pierres de taille et de styles différents, avec une vue directe sur deux remarquables chais à barriques, qui donnent la possibilité d’organiser des séminaires, des soirées de gala ou tout autre événement comme le concours des crémants dans un lieu unique de prestige. Le site propose également, depuis l’été 2016, un gîte avec deux chambres doubles et une mezzanine, situé à 300 m des salles de réception et un autre parc arboré pour l’organisation de cocktails, cérémonies et autres animations. La famille Bonhur, qui a repris l’exploitation avec une banque (le Crédit Agricole d’Aquitaine) comme partenaire, a bien compris tout l’intérêt de cette infrastructure assez unique dans le milieu du vin. Elle a équipé l’ensemble du site d’une connexion haut débit et a surnommé ce lieu « l’oasis œnotouristique ». Même si l’on y fait logiquement du vin, c’est bel et bien l’accueil pour les entreprises ou les particuliers qui est devenu son principal atout. Les grandes sociétés s’y succèdent ainsi que les mariages prestigieux. Le château peut accueillir jusqu’à 1 300 personnes en format cocktail et 920 personnes assises dans deux salles dédiées, dont une porte le nom du vin, Floréal Laguens. Elles ont une vue plongeante sur un chai unique en son genre. Une vaste salle de 800 m2 qui n’est en fait qu’un théâtre de barriques en bois. Elles sont vides et peuvent être déplacées pour moduler cette vaste pièce comme on le souhaite. Il ne manque plus à ce géant de l’œnotourisme, qui accueille 20 000 visiteurs chaque année, que des lits pour dormir. La Cité du vin, un voyage immersif La Cité du vin est un lieu d’exposition sur le thème du vin situé à Bordeaux, dans le quartier de Bacalan. Son inauguration a eu lieu le 31 mai 2016 et son ouverture au public le 1er juin 2016. La forme du bâtiment, toute en rondeurs, à l’extérieur comme à l’intérieur, a été conçue avec cette volonté d’en faire un édifice emblématique à forte visibilité. La structure a une forme de cep de vigne noueux pour rappeler à la fois un vin tournant dans un verre et les remous de la Garonne, qui borde le site. L’édifice de 9 000 m3 de béton repose sur 300 pieux en béton descendant jusqu’à 30 mètres de profondeur. La structure est recouverte de 918 panneaux de verre de trois couleurs : verre clair, gris (teinté dans la masse) et doré, et de 2 300 panneaux d’aluminium de tailles différentes. Sa façade est constituée de panneaux de verre sérigraphiés et de panneaux d’aluminium laqués irisés perforés. La tour culmine à 55 mètres. Le rez-de-chaussée, espace de forme arrondie de 4 m de hauteur, en accès libre, abrite une cave-bibliothèque de 9 752 bouteilles, représentant 88 pays. L’achat et la dégustation sur place sont possibles dans des espaces de restauration accolés à une boutique souvenirs, exploitée par la Cité du vin. Au premier étage, se trouvent les espaces d’expositions temporaires, un salon de lecture, des ateliers découvertes (dégustation, accord mets et vins, etc.), et un auditorium de 250 places accueillant tout au long de l’année des événements et spectacles. Le deuxième étage, cœur de la visite, accueille le parcours permanent, un voyage immersif à travers le temps et l’espace à la découverte du vin comme patrimoine culturel, universel et vivant : vingt espaces thématiques constituent un parcours de visite d’une durée estimée à deux heures, accompagnée du Compagnon de voyage, outil technologique innovant assurant le déclenchement des contenus multimédias, la traduction labiale en huit langues et l’accessibilité pour tous publics. Au septième étage est installé un restaurant panoramique, avec, au huitième étage, un belvédère qui offre, à 35 m de haut, une vue panoramique sur la ville et le port de la Lune. L’établissement totalise 13 350 m2 de superficie.

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