Vigne

Publié le 21/06/2018

À Ottrott, le domaine Fritz-Schmitt mélange finement et astucieusement vins d’Alsace et cuisine espagnole dans une ambiance décontractée. Cette initiative doit participer à sa promotion.

Le fond de l’air est un peu frais, mais la soirée s’annonce douce comme les morceaux de l’orchestre à quatre musiciens originaires du village. Il est vingt heures ce 15 juin et Catherine, Bernard et Antoine Schmitt peuvent être rassurés. La troisième édition de leur soirée tapas a quasiment fait le plein, soit les 150 personnes inscrites. Quand ils ne sont pas dans la file d’attente à la caisse tapas ou à la caisse boissons, devant le poste de distribution des tapas ou celui du vin, les participants à la soirée devisent à table, debout ou assis, à l’abri d’un chapiteau ou en plein air. La formule inspirée à Catherine par des collègues de Rhône-Alpes est rodée. La viticultrice accueille les convives en leur expliquant « comment ça se passe ». Chaque couple ou groupe de convives ayant réservé sa place reçoit un verre et est invité à choisir une bouteille lestée d’eau dans le bouchon de laquelle a été piqué un fanion portant un numéro. Il la dépose à la place qu’il a repérée, par exemple sur un mange-debout ou un madrier improvisé en table posé sur deux bottiches renversées. Il note sur une feuille ce qu’il désire consommer et va passer commande. Il est servi directement en vin. Les tapas lui sont apportés à table. Ce soir-là, il a le choix entre six suggestions à 3, 5, 6 ou 7 €. La plupart est préparée à la minute par un traiteur et son équipe de quatre personnes. Au menu cette année : albondigas (boulettes de viande et sauce tomate), accras de morue, tortillas de pomme de terre, assiette de charcuterie ou de fromage, moules. Des mini-crème brûlée à 2 € et des mini-tartelettes citron à 3 € font office de douceurs. Le nombre de places est volontairement limité. Il n’est pas question d’accueillir des groupes de plusieurs dizaines de personnes. Depuis l’an passé, les viticulteurs installent des bancs car « l’Alsacien veut s’asseoir au bout de deux heures passées en station debout ». Ce soir douze vins figurent sur la carte. Comptez cinq blancs, deux crémants, deux rouges, un rosé, deux vendanges tardives. Ils sont vendus de 2 à 4 € le verre et de 11 à 17 € la bouteille à l’exception d’un riesling vendanges tardives qui grimpe à 23 €. « Cela correspond peu ou prou au prix caveau. Ce sont les vins qui sont déjà sur notre tarif 2018. Le budget à prévoir par participant est le même que pour une soirée dans un bar à vins » précise Catherine. Exceptionnellement cette année, un treizième vin complète l’offre. Invité par Justine, la reine des vins d’Alsace en titre et fille de Catherine et Bernard, le Comité des reines propose sa cuvée dont le profit de la vente est reversé à deux associations caritatives. La promotion deux mois avant Des habitués sont venus « par sympathie », « pour la convivialité » et pour « passer un bon moment entre nous ». Le nombre de nouveaux visages est important. « C’est la première fois que nous étions libres à cette date » confie Sylvie, venue avec cinq amis. Le côté « guinguette » plaît à Mélanie et Morgan. Le cadre champêtre, la vue sur le mont Saint-Odile, « ça change du restaurant » jugent Yves, René, Sylvie et Deborah. La liberté de vadrouiller de table en table, de lier conversation avec les uns et les autres séduit. Sonia relève le « paradoxe » du mariage entre tapas et vins d’Alsace. Elle n’est pas la seule. Marc trouve que « les blancs passent bien avec des mets un peu épicés ! ». Il a déjà apprécié qu’Antoine lui ai fait faire un rapide tour de cave et qu’il ait eu toutes les informations sur le déroulement de la soirée à son arrivée. Catherine a fait la promotion de l’initiative deux mois en amont de sa date programmée en publiant un encart dans un gratuit local, en l’annonçant sur la page facebook du domaine, sur le dépliant qui contient les tarifs 2018 et par l’inévitable bouche-à-oreille. Le rendez-vous obéit à des horaires bien cadrés. Tout démarre à 19 h. L’orchestre joue à partir de 20 h et donne un concert de 21 h à 22 h 30. La fin est programmée à 23 h 30, pour ne pas jouer les prolongations et pouvoir débuter le rangement dans la foulée. « C’est un bon public. À la différence du pique-nique du vigneron où l’assistance est plus familiale, de l’apéro gourmand où nous voyons davantage de couples de plus de cinquante ans, ici ce sont souvent des connaissances, des collègues de travail, des clients. Ils comprennent qu’un cadre soit fixé » lance Catherine. « Ce genre d’occasion fidélise par les bons moments que les participants ont partagés. Elle enclenche des ventes au caveau dans le mois qui suit. Mais nous l’organisons en premier lieu pour faire parler du domaine et de ses vins ».

Publié le 21/06/2018

Plusieurs événements orageux ont sévi dans la région en mai et en juin. L’orage du 12 juin dans le secteur de Vœgtlinshoffen, Hattstatt et Gueberschwihr a été particulièrement violent. Si les vignes ont été relativement peu impactées, les chemins pour y accéder ont subi de gros dégâts.

Mardi 12 juin aux environs de 19 h, dans sa cave à Vœgtlinshoffen, Marc Immelé termine de mettre en bouteille son crémant. Il stoppe cette opération quand il entend un grondement inhabituel. « Je suis alors sorti. Il pleuvait dans un vacarme incroyable. En tournant la tête, j’ai constaté que la rue juste à côté était devenue une rivière. Dans ces moments-là, on se sent tout petit, impuissant. Il n’y a pas grand-chose à faire », explique Marc Immelé. Membre du syndicat viticole de Voegtlinshoffen-Hattstatt que préside son père Marcel, conseiller municipal et sapeur-pompier, son bip sonne alors toutes les 30 secondes. « À ce moment-là, je n’ai pas pensé aux vignes, mais aux habitants. Avec deux autres sapeurs-pompiers, nous avons fait le tour du village et sommes venus en aide aux sinistrés. Ensuite, les renforts sont arrivés. Puis, le temps s’est calmé. C’était incroyable. Une rue avait totalement disparu ; deux autres ont subi des affaissements et le macadam a été soulevé. Je n’avais jamais vu cela à Vœgtlinshoffen. Les anciens parlent d’un tel événement climatique en 1966 ». Jeunes vignes disparues Dans un premier temps, la municipalité et les sapeurs-pompiers s’activent à aider les sinistrés et à dégager les rues remplies de pierres et autres détritus. Puis, vient le temps d’aller dans les vignes. « Au sein même des exploitations, deux vignerons ont été touchés ici à Vœgtlinshoffen avec de 80 cm à 1,50 mètre d’eau dans la cave. Concernant les raisins, il y a relativement peu de dégâts à l’exception des jeunes plantations. Je connais un collègue à Gueberschwihr à qui il manque 200 tonnes de terres et qui a vu disparaître ses jeunes vignes », commente Marc Immelé. Mais, le plus gros problème concerne l’accessibilité aux parcelles. Certains chemins étaient remplis de pierres. « Nous avons reçu l’aide du Conseil départemental du Haut-Rhin qui nous a envoyé une pelle pour combler les trous dans le village, mais aussi dans le vignoble. Des chemins étaient défoncés avec des crevasses de 2 mètres ! Il y avait également des tournières et des parcelles remplies de cailloux. On a tous fait preuve de solidarité et le travail se poursuit toujours. » Des demandes pour classer les communes en catastrophe naturelle ont été réalisées, ainsi qu’une reconnaissance en calamité agricole. « Pour le reste, on va voir maintenant comment la vigne réagit. Visiblement, il y a plus de peur que de mal. Cela nous rajoute du travail alors que nous étions déjà en retard. Mais, si ce n’est que ça, ce n’est pas grave », conclut, un peu soulagé, le viticulteur.

Confrérie Saint-Étienne d’Alsace

Un chapitre pour le riesling

Publié le 15/06/2018

Le premier chapitre de l’année vinique de la confrérie Saint-Étienne d’Alsace, tenu samedi 9 juin au château de Kientzheim, était dédié au riesling par le Grand Maître, Martine Becker. Avec une participation plutôt réduite pour cette soirée d’un niveau exceptionnel.

Dans le grand caveau capitulaire, le Chancelier Receveur Jean-Paul Goulby a ouvert le chapitre avec la rituelle prière du Receveur. Saluant d’abord l’assistance en français, en japonais, en allemand et en anglais le Grand Maître a rappelé sa passion pour le riesling. Plus que les autres cépages, il est très exigeant pour le viticulteur qui a à cœur de souligner toutes ses nuances et toutes ses subtilités : chaque vendange est un défi à relever. On le trouve en beaucoup de vignobles de par le monde, mais indéniablement, c’est en Alsace qu’il s’exprime le mieux. Tradition oblige, chaque paragraphe du chapitre est illustré par un grand vin, jeune ou portant sa maturité de plus de 20 ans, commenté pédagogiquement par un Grand Conseiller. Lors des intronisations, la confrérie s’est agrandie de cinq Confrères et Consœurs Apprentis, d’un seul Confrère Compagnon et un seul Confrère Maître - certes, l’un venant spécialement des Antilles et l’autre, Alsacien du Sundgau, de Shanghai ! Au passage, Martine Becker a salué la mémoire de Fernand Ortlieb, grâce à qui les jeunes viticulteurs alsaciens ont pu accéder à une formation professionnelle après la guerre, quand tout, vignoble, cave et clientèle, était à reconstruire. De plus, il fut Grand Maître en 1954. Des membres de sa famille ont fait un lointain déplacement pour participer à ce chapitre. Dans sa profession, le Grand Maître a beaucoup œuvré pour faire connaître les vins d’Alsace au Japon : elle propose son Excellence Takamasa Sato, consul général du Japon, observateur permanent du Japon auprès du Conseil de l’Europe, et Toru Yoshikawa, consul du Japon à Strasbourg, comme Confrères d’honneur. Tous deux ont juré fidélité au vin d’Alsace, puis se sont soumis avec plaisir et humour à l’épreuve des deux vins et à celle du loyala. À la confrérie, le Héraut a toujours le dernier mot ; Jean-Louis Vézien a lancé sa harangue à la gloire du riesling, bien sûr. Si parfois il a pris un nom fantaisiste (du marketing avant l’heure), le cépage a su rester fidèle à lui-même à travers les siècles, sans mutation. Portant la marque du sol où il est né, le riesling est le vin idéal pour la gastronomie et, venant d’ici, il sait se marier avec toutes les cuisines du monde : le riesling d’Alsace est d’une universalité admirable. Les chefs, Patrick Fulgraff et Gautier Zehrfuss, avec Laurent Kieny pour le dessert (ces deux derniers ont été intronisés Confrère Sénéchal au cours du repas), ont servi un grand dîner du chapitre, à raison d’un plat typique, mais sublimé, par continent, en parfaite harmonie avec les vins.

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