Vigne

Diplôme « Vers le terroir viticole par la dégustation géo-sensorielle »

L’Université de Strasbourg s’engage sans retenue et affiche des ambitions

Publié le 08/04/2018

L’Université de Strasbourg (Unistra) s’engage résolument dans le nouveau diplôme universitaire (DU) « Vers le terroir viticole par la dégustation géo-sensorielle ». Son président, Michel Deneken, a annoncé que l’Unistra y consacrera les moyens et le temps nécessaires pour asseoir ce DU ambitieux pour une viticulture ambitieuse.

Il a fallu à Frédéric Créplet, l’un des artisans, et à l’Université de Strasbourg beaucoup d’huile à mettre dans les rouages, à défaut d’eau dans le vin, pour rassembler autour d’un même projet de formation des « porteurs de savoirs académiques et de savoirs empiriques et intuitifs ». Ils seront au cœur de la formation de ce nouveau diplôme universitaire (DU) « Vers le terroir viticole par la dégustation géo-sensorielle ». Au cœur de l’expérience et de la critique académique Cette formation dispensée à la faculté de géographie de Strasbourg débutera le 11 juin 2018. Elle est parrainée par le célèbre vigneron bourguignon Aubert de Villaine et par Dominique Loiseau, présidente du groupe d’hostellerie et restauration Bernard Loiseau. De cette dialectique entre « les exigences académiques et le prophétisme viticole, naîtra une connaissance », se persuade Michel Deneken. Et de cette « conjuration de gens qui ne sont pas d’accord », une sorte de « mélange d’intuition, d’empirisme et de sciences académiques ». Le président de l’Université de Strasbourg (Unistra) en espère une « tension féconde qui permettra aux étudiants qui vont se lancer d’être au cœur de l’expérience et de la critique académique ». Un enjeu de civilisation Une méthode dialectique qui a fait ses preuves et réussit finalement très bien à l’Unistra, car c’est sur ce terreau universel, « sur cet humus », que grandissent les talents : « Nous avons actuellement quatre prix Nobel en état de marche », rappelle le président. Qui entend bien, s’agissant de la vigne, du vin et de la table, « ne pas céder aux injonctions de la bien-pensance. C’est un enjeu de civilisation où la vigne est aux avant-postes. » À l’origine de ce DU, il y a l’initiative des deux vignerons, Jean-Michel Deiss et Étienne Sipp, qui cherchaient à faire en sorte qu’une formation diplômante « puisse tirer la viticulture vers le haut ». Et à « sortir de cette impasse » où les vignerons, jeunes et moins jeunes, ne se sentent pas concernés par « la grande viticulture car elle ne s’adresse qu’à un tout petit nombre d’amateurs éclairés qui parlent un langage obscur, hermétique, abscons ». Le corpus d’une viticulture de terroir « n’est pas une recette de cuisine », explique Jean-Michel Deiss, mais « si au moins cela mettait l’étudiant sur le chemin du doute avec un peu de lumière au bout… » Et en ce sens, « l’université est un endroit ouvert où chacun va grandir ». Par son autorité, « l’université donne quelques perspectives dans la durée » à ce diplôme universitaire qui « s’inscrit dans l’histoire », conformément aux engagements pris par Michel Deneken. Grâce à ses compétences, c’est finalement la faculté de géographie et d’aménagement de Strasbourg qui a été jugée la plus légitime pour dispenser les cours de ce DU, « car un terroir, c’est un espace, un objet géographique, qui se différencie des autres espaces par des caractères et des limites, explique Dominique Schwartz, enseignant en pédologie. Et parmi les caractères qui individualisent le terroir - le climat, les roches, l’exposition, la topographie - on est typiquement dans la géographie, et à Strasbourg nous avons toutes les compétences. » Dimension physique et métaphysique du lieu Mais au-delà de ces facteurs physiques, il y a la dimension métaphysique du lieu, ajoute Jean-Michel Deiss : « Notre siècle est impacté par l’idée de performance. Comment un vigneron peut-il faire en sorte que ses raisins plaident en faveur du lieu ? Dans quel cadre peut-il agir pour que la plante raconte son lieu dans sa dimension physique ? », interroge le vigneron de Bergheim. Et sa dimension métaphysique également ? « On demande aussi à la vigne de transmettre tout ce que son vigneron porte en lui, sa langue, sa culture, ses envies, ses révoltes, son investissement humain et son appartenance à un espace. » Transmettre et restituer par la dégustation : « Comment décrypter le signal du lieu ? » Sur ce point, Jean-Michel Deiss, Jacky Rigaux, enseignant de l’Université de Bourgogne, et le neurophysiologiste Gabriel Lepousez comptent bien s’appuyer sur la dégustation géo-sensorielle, dont les bases n’en sont qu’aux balbutiements. Plutôt que d’identifier des arômes et autres perceptions sensorielles chimiques (goût, odorat) pour lesquels il ne peut y avoir de consensus, la dégustation géo-sensorielle s’appuie sur la description des perceptions physiques en bouche, et sur lesquelles il y a des perceptions et un langage communs.

Publié le 07/04/2018

À peine deux années après son lancement, l’unité d’élaboration des crémants en prestation, proposée par ŒnoFrance Sofralab, est désormais entrée dans sa phase bien opérationnelle avec 120 000 cols élaborés à façon pour 25 vignerons.

Lancé il y a trois ans par l’œnologue Nicolas François, d’ŒnoFrance Sofralab, le site d’élaboration des crémants en prestation et à façon, rue Denis Papin à Colmar, est désormais très opérationnel. « Nous récupérons les vins tranquilles stabilisés à froid. On va chercher le vin, il est filtré sur tangentiel, puis tiré et stocké. » Après la prise de mousse, les bouteilles sont mises à remuer, avant l’ultime étape du dégorgement qui sacrera le vin en crémant d’Alsace. Le lot est alors restitué à son vigneron propriétaire qui n’a plus qu’à étiqueter les flacons. ŒnoFrance Sofralab assure désormais la prestation pour 25 vignerons. Et en 2018, pas moins de 120 000 cols sortiront de ce site de prestation d’élaboration pour les vignerons. C’était 17 vignerons en 2017 ; 2 en 2016. Le récent doublement des racks de remuage de 4 à 8 palettes confirme « la montée en pression » et le succès de la prestation auprès des vignerons. Traçabilité et garantie de l’origine À l’origine, Nicolas François, qui a roulé sa bosse dans bon nombre de vignobles d’effervescents, a vu qu’il y avait de la demande pour une telle prestation, car certains vignerons n’ont ni le temps, ni la place, ni les moyens à consacrer à l’élaboration de quelques palettes de crémant. « Et pourtant, ça fait toujours bien d’ajouter à son offre un crémant. Et idéalement, c’est encore mieux quand ce crémant vient de ses propres vignes, de sa propre parcelle, dont on peut raconter l’histoire. » Car ce que propose ici ŒnoFrance Sofralab, c’est la traçabilité et la garantie de l’origine de la cuve chez le vigneron à la bouteille finie prête à être étiquetée. De surcroît, c’est le vigneron qui décide du type d’élaboration, en bio, avec ou sans liqueur de dégorgement, ou autre. « L’œnologue n’intervient qu’en tant que conseil, assure Nicolas François. Nous ne sommes que des prestataires. » De 2,10 à 2,40 €/col La formule, qui est d’ailleurs déjà en service depuis longtemps dans le Val de Loire, a rapidement séduit les vignerons alsaciens. L’offre comprend la prestation de vinification et également l’ensemble des matières sèches, bouteilles, bidules, capsules, bouchons et muselets. Pour cette prestation, d’un coût variable selon les matières sèches, il faut compter entre 2,10 et 2,40 €/col « la bouteille rendue à habiller ». Car pour l’heure, les nouveaux prestataires n’envisagent pas l’étiquetage : « D’abord, nous considérons que c’est un autre métier. De plus, ça risque de considérablement compliquer les tâches administratives, notamment avec la gestion des capsules dont la mise en place s’annonce fastidieuse avec le service des Douanes », précise Nicolas François. D’ailleurs, avant le lancement du projet, il a d’abord fallu clarifier toutes les procédures de déclarations douanières, car le vin qui transite par le site de Colmar, doit à tout instant pouvoir être tracé. C’est-à-dire qu’il est sorti des stocks chez le vigneron avec les volumes correspondants et il apparaît dans les registres du site d’élaboration. « Nous sommes considérés comme un négociant-élaborateur, explique Nicolas François. Le vin de base sort de la DRM (déclaration récapitulative mensuelle) du vigneron et apparaît sur la DRM du site. Et son transport est accompagné de DAE (document administratif électronique). » Fort heureusement, Nicolas François et ses équipes s’occupent de toutes les formalités administratives. Un argument de plus qui risque rapidement de conduire ŒnoFrance Sofralab vers les 250 000 cols élaborés : « Après, nous devrons revoir la place disponible », conclut Nicolas François qui déploie un large sourire, serein pour l’avenir.

Publié le 05/04/2018

Tout indique que le glyphosate sera interdit d’ici la campagne 2021. Si les viticulteurs envisagent avant tout des solutions de remplacement mécaniques pour leur cavaillon, ils savent qu’elles ne conviennent pas partout.

À Wolxheim, Michel Herzog, coopérateur sur 12 ha à la cave du Roi Dagobert, entend ne pas bousculer les choses en 2018. « J’utiliserai encore le glyphosate cette année. Mais je me dis que toutes les matières actives seront progressivement retirées du marché. J’ai des doutes sur les produits de substitution dont la rumeur affirme qu’ils sont dans les tuyaux. Je réfléchirai donc tranquillement au matériel de travail du sol que je vais acheter. Je vais me forger un avis en observant ce que font mes collègues bios. Je me suis fixé un budget entre 40 000 et 50 000 €. Dans mes sols plutôt limoneux, une stratégie de buttage-débuttage avec des disques et des lames tient la corde. J’attends 2019 pour me familiariser avec le matériel et me faire la main sur des surfaces faciles à travailler. Mon objectif est de conserver un rendement suffisant pour faire vivre mon exploitation. » À Wangen, Christian Kohser, vendeur de ses 19 ha à Arthur Metz, a investi dès 2014 dans un interceps. Il récidive avec la commande de disques butteurs et de doigts bineurs. « Pour commencer, je les passerai sur un hectare, peut-être plus. J’ai des vieilles vignes alternées, d’autres en dévers, avec des terrasses où je n’ai pas de solution. Cela nécessitera peut-être de les arracher. Je ne sais pas si je peux trouver la main-d’œuvre compétente pour rouler avec ces outils. Dans trois ans, j’espère que l’entretien mécanique du cavaillon concernera au moins la moitié de ma surface. Être prêt à 100 % dans un délai aussi court est difficilement tenable. Il ne suffit pas pour comprendre un sol. Même en cinq ans, c’est compliqué. Mon objectif reste de respecter la réglementation. En tant que président de l’Univa, je me demande comment vont faire les apporteurs exploitant moins d’un hectare. Ils sont encore nombreux. Seront-ils prêts à investir ? » À Dambach-la-Ville, la réponse se veut collective et sera sans doute l’occasion de « resserrer les liens » entre viticulteurs de la commune. « Depuis quinze ans, je me limite à un glyphosate. Mais je vais devoir évoluer. Nous allons le faire ensemble, entre collègues. Je vais pour ma part faire un essai sur un hectare. Mon cousin Julien produit en bio. Il me prêtera son matériel. La compensation se fera dans le cadre de l’entraide », annonce Jean Frey, vendeur de raisins sur 10 ha. « Pour bien travailler, il faut beaucoup de matériels, des charrues de largeurs différentes. Si je dispose d’un outil plus large, je diminue la largeur du cavaillon à traiter », fait remarquer Nicolas Pernet-Clog, du domaine Pernet et fils. Une Cuma pourrait voir le jour. Jean retient deux choses : « Il ne faut pas se précipiter. Au bout du compte, le viticulteur n’aura plus le choix. Il lui faudra travailler de manière compatible avec le respect de l’environnement. » Nicolas ajoute : « Ce n’est pas dérangeant. Nous devons aussi songer à transmettre des exploitations viables. » « Je commence par le plus facile » « De manière classique, je passais mon cavaillon au glyphosate en avril et je rattrapais avec un glufosinate en été », rappelle Eric Pourre, installé sur 11 ha à Rodern, apporteur de la cave de Ribeauvillé. « En 2018, je vais tester le travail du sol intégral sur un quart de ma surface. J’utiliserai deux châssis. Le premier me permet de monter un tandem lames-rasettes pour intervenir au printemps, le second s’équipe de disques crénelés et d’étoiles pour des passages plus rapides en été. Sur les 75 % restants, je continuerai le glyphosate et je compléterai par un passage d’outil en été. Dans les parcelles non mécanisables avec des extérieurs de talus, je réfléchis à un outil qui enjamberait le rang. Je commence par le plus facile. Je dois accumuler de l’expérience, ajuster ma stratégie pour étaler les investissements éventuels. Je m’attends à une surcharge de travail dont il n’est pas sûr qu’elle soit compensée par un meilleur prix de raisin. Je ne me berce pas d’illusion. Dans quelques années, ce sera le standard pour trouver un acheteur. À terme, je me pose la question de la conversion au bio. » « Le désherbage, c’est du confort », avoue Michel Moellinger, vigneron indépendant sur 15 ha à Wettolsheim. « Mais il ne correspond pas trop à ma philosophie. Cela fait quatre-cinq ans que je ne désherbe plus le cavaillon sur environ la moitié de ma surface. Cela correspond à mes vignes jeunes et celles situées en plaine. J’interviens avec des disques crénelés et des lames interceps. C’est un matériel assez polyvalent. Pour passer sur 7 à 8 ha, il me faut entre un jour et demi et deux jours, trois à quatre fois dans l’année. En désherbant, une journée suffit. Je ne compte pas mes heures. Mais j’aime faire ça, sinon je ne me serai pas lancé. Mon souci concerne les vignes plus âgées, d’un écartement de 1,40 m et moins, en coteau ou en dévers. Y intervenir mécaniquement sous le rang n’est pas évident. Le désherbage chimique reste pour l’instant la solution pour les parcelles les plus compliquées. Après le retrait du glyphosate, je pense laisser pousser la végétation un rang sur deux en alternant tous les ans pour décaler le travail du sol dans l’autre rang. Je pourrai ainsi décavaillonner l’herbe de l’année précédente afin d’éviter une trop grande concurrence sous le rang. L’idée d’un semis d’engrais vert fait également son chemin. Je ne m’attends pas à avoir des vignes propres à 100 %. Je crains une baisse de vigueur, donc de rendement. »

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