Vigne

Association des viticulteurs d'Alsace (AVA)

Communiquer sur un métier respectueux de son environnement

Publié le 03/04/2018

Après les agriculteurs, ce sont les viticulteurs qui veulent (mieux) communiquer pour faire connaître leurs pratiques et expliquer leur métier. Le tout, dans un contexte économique qui reste fragile.

Le sujet a été présenté par Christian Kohser, rapporteur de la commission « Riverains et protection phyto ». Comme d’autres professionnels, il constate tout d’abord que les viticulteurs sont confrontés à une pression sociétale de plus en plus forte. Cette pression véhicule, dans les médias, dans les réactions d’associations ou tout simplement dans l’esprit de simples citoyens, des contre-vérités. « Nous sommes tous touchés. Nous sommes dans l’obligation de réagir. Aujourd’hui, nous devons expliquer nos pratiques prouver notre bonne foi, dire les choses. Le vignoble est notre outil de travail. Notre objectif est de pouvoir continuer à travailler et conserver de bonnes relations avec la population. Cela nécessite, notamment, de gérer au mieux les vignes riveraines d’habitations. » L’Association des viticulteurs d’Alsace (AVA) prend les choses en main avec un « triple objectif ». Tout d’abord, elle souhaite mettre en place une communication vers les viticulteurs pas toujours au fait des dispositions de l’arrêté de mai 2017 précisant les conditions de mise sur le marché et d’utilisation des produits phytosanitaires et autres adjuvants. Ils sont invités à développer des alternatives aux traitements lorsqu’ils sont envisageables. L’AVA veut également renforcer la responsabilité des viticulteurs en éditant un guide des bonnes pratiques. Et encourager le développement des alternatives comme la confusion sexuelle, l’arrêt de l’utilisation des herbicides et des produits les plus toxiques. Il est important et nécessaire d’avoir des solutions de remplacement. « Il faut bannir le mot pesticide de notre vocabulaire et le remplacer par des produits pharmaceutiques ou des produits de protection des plantes », ajoute Christian Kohser. Le syndicat viticole de Bennwihr est présenté comme site pilote dans la relation avec les riverains. « Chaque syndicat viticole doit lancer une réflexion pour identifier sur sa commune les secteurs problématiques. Le vignoble doit se prendre en main et les syndicats viticoles doivent être des forces de propositions. Nous devons intensifier notre dialogue avec les communes et les riverains même si nous sommes également conscients que la configuration du vignoble peut parfois être difficile. Dans tous les cas, nous voulons conserver notre image respectueuse de l’environnement. » Pour Jérôme Bauer, « l’arrêté phyto concernant les établissements recevant du public existe et il faut le respecter. Si l’un d’entre nous ne devait pas le respecter, je me porterais partie civile contre lui », prévient le président de l’AVA. Il est rappelé que l’arrêté préfectoral régissant les zones non traitées (ZNT) a été signé en septembre 2017. « Une cartographie est en cours de réalisation, à partir de la matrice IGN où figureront certains fossés jouant un rôle hydraulique et écologique important. Une « zone tampon » variant de 5 à 50 mètres devra être respectée, en fonction de la nature des molécules chimiques employées. C’est un dossier à ne pas prendre à la légère », ajoute Jérôme Bauer. Il rappelle au passage que la viticulture a, jusqu’à maintenant, échappé aux contrôles administratifs. Il existe des solutions alternatives au désherbage (désherbages thermique, mécanique), et pour lutter contre certains insectes (confusion sexuelle). Mais quid de l’oïdium et du mildiou, principaux ennemis de la vigne ? « On aura des crevettes dans les fossés, mais plus de vignes ! », ironise Yvan Engel. « On ne pourra plus dire que l’on ne savait pas. Il faut simplement accepter le fait de faire évoluer certaines pratiques tout en sachant, qu’en Alsace, on a l’un des vignobles les plus verts de France », conclut le président. Pas d’entente sur les prix Une communication sur les pratiques viticoles est d’autant plus importante que la situation économique du vignoble alsacien reste fragile. La production du millésime 2017 a été finalement de 907 269 hectolitres, soit une baisse de 23 % par rapport à l’année précédente et de 14 % sur une moyenne quinquennale. C’est même le volume net le plus bas depuis 1986. La diminution est de 25 % pour l’AOC alsace (628 093 hl), de 18 % pour le crémant d’Alsace (240 935 hl) et 8 % pour les grands crus (38 241 hl). Les cépages gewurztraminer et riesling ont connu le plus fort recul ; les secteurs de Kaysersberg et de Wintzenheim ont perdu un tiers de la récolte. « La commercialisation est, elle, encourageante avec 942 374 hl, soit une baisse de 2 % sur un an et de 9 % sur cinq ans. 74 % représentent les vins tranquilles et 26 % le crémant. 38 % des volumes d’alsace tranquilles commercialisés en France en 2017 ont été vendus en hyper et supermarchés. L’export représente 241 949 hl. Nous observons une belle valorisation économique de nos vins depuis quatre ans avec des marchés porteurs comme la Belgique, le Canada, les États-Unis, la Suède et les Pays-Bas. Pour les crémants, l’Allemagne, la Belgique et les États-Unis restent nos pays phares. Enfin, concernant les ventes en bouteilles, l’année 2018 a bien débuté avec une hausse de 15 % en janvier. Nous sommes sur de bons rails », assure Gilles Neusch, directeur du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa). Une incitation à l’optimisme alors que sur ces cinq dernières années, seul le millésime 2016 a été généreux. En réaction, Yvan Engel s’agace du prix de vente des vins d’Alsace toujours bien trop bas à ses yeux. Une intervention qui permet à Jérôme Bauer de préciser que l’AVA « a fait l’objet d’une enquête de l’autorité de la concurrence. On nous a conseillé de ne plus faire de recommandation syndicale. En revanche, les prix constatés, on peut en parler. C’est en tout cas l’occasion de rappeler qu’il n’y a pas d’entente sur les prix. Nous constatons simplement les prix du marché actuel. L’objectif pour nous est d’être sur la ligne la plus haute possible. Le Smic a augmenté de 1,234 % en début d’année. A minima, j’estime que pour le prix des vins, ce doit être la même chose. » Se préparer à la flavescence dorée L’assemblée générale a ensuite approuvé le résultat financier de l’année écoulée avec un excédent de 93 238 €, puis le budget prévisionnel 2018 excédentaire de 14 000 €. Une situation financière saine qui permet de reconduire à l’identique les tarifs de la cotisation 2019, à l’exception du point sur la flavescence dorée, qui passe de 2 à 4 € par hectare. Une flavescence dorée qui n’est pas présente en Alsace, comme le rappelle Yvan Engel venu évoquer le sujet en tant que président de la commission technique du vignoble. « En 2018, 2 202 hectares seront prospectés partout en Alsace. Ce budget supplémentaire va nous permettre de poursuivre notre travail de prévention et d’avoir un matelas financier pour le jour où la flavescence dorée sera détectée dans la région. Il faut se préparer. » La commission technique du vignoble s’intéresse en outre aux maladies du bois.

Publié le 29/03/2018

À chaque édition, Prowein établit de nouveaux records. Le salon allemand attire d’année en année plus de viticulteurs alsaciens.

Toujours plus de pays, y compris des inattendus comme le Brésil, toujours plus de surface d’exposition, toujours plus de visiteurs : le salon Prowein qui vient de se tenir du 18 au 20 mars à Düsseldorf affole une nouvelle fois les compteurs. Le nombre d’exposants a presque doublé, la foule des visiteurs s’est accrue de 57 %. Ces chiffres donnent à Prowein une audience planétaire. « Nous exportons peu. Mais si l’on veut voir ses clients et en trouver de nouveaux, c’est ici qu’il faut venir. C’est une vitrine sur le monde » constate Pascal Ruhlmann, du domaine Gilbert Ruhlmann Fils à Scherwiller. Les ingrédients de ce succès ne sont un mystère pour personne. La période est bien choisie, la durée de trois jours est jugée optimale (même si une prolongation d’un jour supplémentaire est à l’étude), le service est sans faille à l’image des verres régulièrement changés. Pour couronner le tout, un public professionnel accourt de tous les continents, y compris depuis peu d’Amérique du Nord, pour parcourir les allées. « Ce n’est pas un salon de touristes » confirme Nicole Bott, du domaine Bott Frères à Ribeauvillé. « On travaille de 9 à 18 h en non-stop » complète Jean-Daniel Boeckel, de la maison Boeckel à Mittelbergheim. Le salon est de plus en plus une juxtaposition d’identités en des îlots dont l’ampleur et la décoration veulent frapper les esprits, renforcer l’image d’un vignoble. Les stands individuels sont devenus denrée rare. La cave de Pfaffenheim et la maison Gisselbrecht à Dambach-la-Ville y tiennent encore. « J’y trouve mon compte. C’est un confort » estime Claude Gisselbrecht qui en est à sa sixième participation. Les autres Alsaciens sont regroupés. Le gros du contingent loge sur le stand collectif du Civa moyennant 3 600 € HT les 9 m² équipés. Parmi eux, cinq diVINes se serrent sur un seul stand pour « en minimiser le coût ». Le domaine Frey-Sohler de Scherwiller partage son emplacement avec des collègues de trois autres vignobles. Les espaces des importateurs, des agents ou d’associations accueillent leurs partenaires ou membres. Sur les dix-neuf exposants du stand Biodyvin, six sont Alsaciens. Ludivine et Jean Dirler, du domaine Dirler-Cadé à Bergholtz, ont ramené vingt-trois vins contre six il y a quelques années. « Je fais goûter le même vin sur trois ou quatre millésimes. C’est du relationnel. Les affaires se traitent ensuite par courriel ». Le domaine Schmitt-Carrer de Kientzheim, a trouvé sa place sur le stand de Bio Aquitaine. « Nous réalisons de 30 à 40 % de nos ventes à l’export et nous visons les 50 %. Le bio est demandé. Pour vendre au Japon c’est quasiment une obligation. Ici, nous sommes visibles. Nous revenons à Prowein après une tentative en individuel 2011. Cela avait été un échec total. Ce matin, nous avons enregistré une commande ferme » témoigne Roland Carrer. Tenir dans le temps Le danger de Prowein est d’y « tourner en rond ». Pour l’éviter, une seule solution : préparer sa venue en prenant des rendez-vous. « Nous en sommes à notre cinquième participation. Depuis trois ans, nous prenons contact avant. Ce n’est pas le nombre de visiteurs et de dégustations qui compte, mais la qualité de vos interlocuteurs. En 2017, j’en ai vu peu. Mais deux clients ont commandé et recommandé. Prowein est un salon positif pour notre domaine » affirme Jean-Marc Bernhard de Katzenthal. Autre conseil : « il faut tenir dans le temps. La commande ne se déclenche parfois qu’après la deuxième visite » indique Nicole Bott. « L’historique et une petite étude de marché aident à sélectionner nos vins, une cinquantaine cette année. Sur la durée, c’est un salon rentable » juge Pascal Keller, directeur de la cave Jean Geiler à Ingersheim. Avec ses tons ocre, noir et blanc, l’espace du Civa, même privé au dernier moment de son nouveau logo, a fait peau neuve. Chaque opérateur s’y affichait avec quatre ou cinq clichés noir et blanc. « C’est net, clair, simple » résume Philippe Zinck, du domaine éponyme à Eguisheim. Le message transmis par l’interprofession répondait tout autant à un souci de simplification. L’accent était mis sur le crémant, le riesling et le gewurztraminer. Pourquoi ces trois-là ? Tout simplement « parce qu’ils couvrent 60 % de la surface du vignoble ». La concision était aussi de mise pour les deux dégustations programmées chaque jour à heure fixe en allemand et en anglais. Christina Hilker, sommelière allemande experte de l’Alsace, a par exemple passé en revue en trente minutes chrono et deux ou trois phrases pour chaque, treize vins sélectionnés à l’aveugle par ses soins. Elle constate : « les Alsace reviennent doucement sur le devant de la scène. J’ai des demandes d’importateurs. Mais le style alsacien qui privilégie des vins avec du sucre restant font qu’il faut les marier avec des plats. Au contraire de vins secs que le consommateur allemand aime boire tout seuls ».                          

Confrérie Saint-Étienne

Martine Becker, la Grand Maître

Publié le 28/03/2018

Lors du chapitre général tenu vendredi 23 mars au château de Kientzheim, la confrérie Saint-Étienne d’Alsace a adoubé son nouveau Grand Maître, Martine Becker, deuxième femme à tenir les rênes de la vénérable assemblée. Une tâche qu’elle embrasse avec enthousiasme.

Après la traditionnelle prière d’ouverture, le Chancelier Receveur, Jean-Paul Goulby, salua l’immense travail du Grand Maître : le juriste avait parcouru son année avec « efficacité, détermination et clairvoyance ». Avec une pensée pour Joseph Dreyer, le refondateur en 1947, le Chancelier Receveur résuma ce 70e anniversaire qui marquera la confrérie par les nombreuses initiatives mises en place. Pascal Schultz rappela combien cette année fut pour lui enrichissante à la tête d’« un des vecteurs importants d’une plus grande diffusion de nos vins dans le monde ». Il avait eu, avec son Major, Christian Beyer, le temps de mener ses projets à terme, donnant à la confrérie les bases d’un nouvel essor. Il remit son collier à Martine Becker, en lui souhaitant « le plus grand bonheur dans l’exercice de ces très belles fonctions ». La nouvelle Grand Maître, deuxième femme à ce poste après Cécile Bernhard en 2009, dit mesurer l’honneur qui lui est fait. Dans son autoportrait, elle se dit femme dévouée aux vins d’Alsace, depuis le domaine familial à Zellenberg, entré en bio dès 1999. Polyglotte avec ouverture d’esprit aux cultures du monde, elle poursuivra la politique de charme avec sept ou huit chapitres à l’étranger avec la complicité de David Ling, Grand Conseiller à l’international. Les actions à venir seront à son image de DiVINes d’Alsace et elle compte bien marquer la confrérie d’une empreinte résolument féminine. Le Major Christian Beyer remit ensuite sa chaîne à Ignace Kuehn, viticulteur à Kientzheim. Christian a également porté le 70e anniversaire aux côtés du Grand Maître ; de plus il a lancé le cycle de conférences et les séances de rebouchage des vins ouvertes aux groupes sous l’œil vigilant d’Évelyne Bléger-Cognacq, maître de l’œnothèque. Ignace prend le flambeau et poursuivra la numérisation des quelque 65 000 bouteilles tout en mettant en œuvre le riche programme monté avec sa Grand Maître. Le Chancelier Receveur appela ensuite Jean-Marie Dirwimmer, ancien sommelier du Rendez-vous de Chasse à Colmar, Aimé Ehrhart, viticulteur à Wettolsheim, Jean Klinkert, de l’ADT, et Hervé Schwendenmann, président du Syndicat des producteurs de crémant d’Alsace et du groupe Wolfberger, qui reçurent la chaîne de Grands Conseillers. Le nouveau Major proposa l’intronisation de Fanny Paillocher, du Domaine Karcher à Colmar comme Conseiller titulaire, puis au grade de Consœur Vigneronne avec Marie-Ange Gloeckler, viticultrice à Gertwiller. Enfin, Myriam Kuehn et Alexandre Kuehn furent reçus Confrères Apprentis. Les maisons primées au concours des Sigilles (juillet 2017 et janvier 2018) reçurent leur diplôme. Dans sa harangue, le héraut Jean-Louis Vézien (futur Grand Maître 2019) salua l’éclatante réussite des alsaces grâce à l’Appellation d’origine contrôlée qui demande abnégation, confiance, application et espérance au vigneron. Le dîner du chapitre servi dans la salle Schwendi avait été confié avec bonheur à Joseph Leiser de l’Auberge du Zahnacker à Ribeauvillé, fait Confrère Sénéchal de la confrérie.

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