Vigne

Syndicat des producteurs de crémant d’Alsace

Solidarité pour la lisibilité du crémant

Publié le 09/03/2018

La validation par l’Institut national de l’origine et de la qualité (Inao) des cahiers des charges de quatre indications géographiques protégées effervescentes a été le principal dossier abordé lors de l’assemblée générale du syndicat des producteurs de crémant d’Alsace qui s’est déroulée mercredi 1er mars à Riquewihr.

Ces quatre IGP effervescentes concernent le « Pays d’Oc », les « Coteaux de l’Ain », le « Comté Tolosan » et les « Vins des Allobroges ». Le syndicat national des producteurs de crémant a engagé dès 2011 des recours juridiques auprès du Conseil d’État après que 36 cahiers des charges visant à produire des vins mousseux aient été validés. Ces procédures ont porté leurs fruits puisque le Conseil d’État en a annulé la quasi-totalité. « Mais voilà qu’à notre grande surprise, et à 48 h de la clôture des déclarations de récolte, le Journal officiel de la République Française a laissé entrevoir une nouvelle porte de sortie pour quatre des sept cahiers des charges déjà annulés à deux reprises par le Conseil d’État. Nous sommes alors intervenus auprès de l’Inao, via la procédure nationale d’opposition, pour tenter une nouvelle fois de faire entendre raison. Nous avons une nouvelle fois affirmé notre mécontentement et engagé de nouvelles négociations, pensant que l’Inao allait cette fois porter une oreille attentive à nos doléances pour ne pas dire nos revendications », explique le président du syndicat des producteurs de crémant d’Alsace, Hervé Schwendenmann. Si la production effervescente régionale n’est pas directement concernée par ce dossier, elle a un devoir de solidarité envers l’ensemble de ses collègues français. C’est la position du syndicat alsacien. « Les enjeux sont importants. Il en va de notre avenir, de notre lisibilité, de notre image », précise Hervé Schwendenmann. Quelle crédibilité ? Quatre nouveaux recours ont donc été déposés au Conseil d’État le 10 février dernier et les producteurs de crémant attendent maintenant le jugement. En cause : les aires de production très importantes en surface, notamment en pays d’Oc (à proximité des « collègues du Limoux »), et l’utilisation de cépages jugés inadaptés. Les conclusions du Conseil d’État seront-elles disponibles avant la récolte 2018 ? Le risque est tout de même important pour les huit régions françaises productrices de crémants (86 millions de cols en 2015 dont 34,9 millions de cols pour la seule Alsace). « S’agissant des décisions de la plus haute juridiction administrative française qui nous a donné raison, dans tous les cas, on ne peut que déplorer que les décisions ne soient pas appliquées immédiatement. Lorsque l’on sort d’un tribunal, soit on est libre, soit on a une amende, soit on va en prison. Ici, certaines des entreprises semblent ignorer les décisions de justice. Il nous semble incroyable qu’une IGP annulée par le Conseil d’État de manière rétroactive se permette de poursuivre la commercialisation de ses produits en toute impunité. Quelle crédibilité avons-nous en laissant faire de tels agissements ? Quelle crédibilité ont les services de l’État en n’intervenant pas pour stopper ces ventes illégales avec un étiquetage revendiquant une IGP interdite ? Il est grand temps qu’une intervention musclée soit faite pour dénoncer de tels agissements qui galvaudent les marchés au détriment de nos crémants qui subissent une perte d’identité dans un monde des effervescents déjà complexe », s’agace Hervé Schwendenmann. Si l’Inao et/ou l’État ne réagissent pas rapidement, la profession viticole envisage de réagir elle-même. Des contacts ont déjà été pris avec les services d’un avocat spécialisé. Les contrôles internes Un autre dossier important concerne les contrôles internes opérés par le syndicat pour le compte de l’organisme de défense et de gestion (ODG). Des évolutions viennent d’avoir lieu. « L’ODG- Association des viticulteurs d'Alsace (Ava) a décidé de se désengager de son contrat de prestation de service qu’elle nous avait délégué jusque-là. Cela a provoqué une réflexion sur le fonctionnement de notre syndicat pour les années qui viennent. Il va falloir discuter des moyens à mettre en œuvre en termes de logistique. Ou revoir notre fonctionnement via une autre source de revenus. Nous ne souhaitons pas continuer à assumer un fonctionnement sans contrepartie. La réflexion est en cours… », prévient Hervé Schwendenmann. Il a également évoqué l’expérimentation concernant le crémant rosé, qui consiste à assembler plusieurs cépages dans la famille des pinots. En toile de fond, l’acidité des vins de base. Le protocole d’essais ne convient plus à l’Inao. « À nous de rectifier le tir. À nous d’évoluer et de nous adapter également aux évolutions climatiques en cours et à venir », note le président du syndicat des crémants d’Alsace. Un crémant qui cherche à communiquer toujours davantage. À l’image, une nouvelle fois, de sa présence sur les podiums des rallyes automobiles. Le dernier en date, en Suède, a permis de réaliser une belle opération publicitaire pour un coût financier très faible. Enfin, Hervé Schwendenmann a appelé les producteurs de crémants d’Alsace à se mobiliser et à participer au prochain concours national qui aura lieu à Bordeaux du 26 au 28 avril. « Déposez vos échantillons au siège du syndicat pour le 20 mars au plus tard. Mais surtout, déplacez-vous et participez à la dégustation », conclut Hervé Schwendenmann.

Syndicat viticole de Colmar-Houssen

« Il est temps d’organiser la relève »

Publié le 07/03/2018

Lors de la dernière assemblée générale du syndicat viticole de Colmar-Houssen, son président, André Ducros, a fait le bilan des quatorze années passées à sa tête. Désormais retraité, il souhaite passer le relais « en douceur » à son futur successeur et à la jeune génération qui devront relever de nombreux défis, dont ceux liés aux changements climatiques comme l’accès à l’eau.

Après quatorze années passées à la tête du syndicat viticole de Colmar-Houssen, André Ducros se prépare à passer la main « en douceur » au futur vice-président amené à lui succéder. Celui-ci sera nommé dans l’année à venir et secondera André Ducros avant de le remplacer au poste de président. Charge à lui de « pérenniser le dynamisme et l’évolution de notre assemblée ». Âgé de 62 ans depuis quelques semaines, André Ducros vient de faire valoir ses droits à la retraite. La dernière assemblée générale du syndicat qui s’est déroulée le 23 février à la Maison des vins d’Alsace, à Colmar, a été pour lui l’occasion de faire un bilan de sa présidence. « C’était une expérience enrichissante. Et pourtant, je n’étais pas destiné au départ à devenir président d’un syndicat viticole », se souvient-il. À la sortie de ses études en 1975, il envisageait plutôt une carrière dans l’agriculture dans le sud-ouest de la France. « Mais la réalité, très souvent, vous mène à l’opposé des rêves. Et aujourd’hui, je suis un vigneron heureux. J’ai beau regarder derrière moi, il n’y a rien que je regrette. Ma plus grande satisfaction, aujourd’hui, est de voir la relève arriver et s’investir dans la bonne marche de notre syndicat. Les défis à relever sont immenses et nécessiteront un engagement de chacun d’entre vous. » L’irrigation : un enjeu pour les prochaines décennies Parmi ces fameux « défis », celui de l’accès à l’eau va clairement être incontournable à ses yeux. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’une commission « irrigation » a été créée au sein du syndicat viticole de Colmar-Houssen afin de réfléchir à cette question qui va devenir de plus en plus « problématique » aux yeux d’André Ducros. « On sait bien que l’irrigation finira par être incontournable pour nos vignes. Pas demain c’est sûr. Mais d’ici dix, vingt, ou trente ans, cela me semble inévitable. Nous allons devoir faire rentrer dans les esprits que l’irrigation n’est pas là pour gonfler nos rendements, mais bien pour sécuriser nos vignes et ne pas les laisser mourir. » André Ducros en est d’autant plus persuadé que c’est une pratique qui se « fait énormément » dans le sud de la France. « Le réchauffement climatique, qu’on le veuille ou non, on voit bien qu’il existe. Cela fait plusieurs années que nos vignes souffrent. Si on continue comme cela, on ne pourra plus tenir. Encore plus sur la Harth de Colmar où les sols sont plus légers que sur les coteaux. Alors, c’est un dossier qui va prendre un certain temps pour évoluer. Il faut faire évoluer les cahiers de charges et que l’INAO donne son accord. La réflexion est en cours dans plusieurs syndicats viticoles alsaciens, dont le nôtre. » « Finies les années fastes » Les bouleversements climatiques représentent à n’en pas douter un enjeu primordial pour la pérennité du vignoble alsacien. Et si les épisodes de sécheresse pourraient être compensées par l’irrigation quand les conditions le permettent, la problématique n’est pas la même face aux épisodes de gel dévastateurs. Comme on a pu le voir lors des gels d’avril 2017, tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. Si le secteur de Bennwihr et Sigolsheim a été particulièrement meurtri, celui de la Harth de Colmar situé juste à côté a été « relativement épargné » aux yeux d’André Ducros. « On a eu en moyenne 40 % de dégâts, on s’en tire pas mal. On a 60 ha touchés à moins 10 %, un peu plus de 200 ha touchés entre 30 et 50 % et une toute petite partie a été touchée à plus de 50 %. Ce qui est étonnant, c’est que le secteur proche des bâtiments Liebherr, connu pour sa sensibilité récurrente aux gelées, a été plutôt épargné. » Pour le président du syndicat viticole de Colmar-Houssen, cet épisode prouve que la nature « n’est pas domptable » et que rien n’est jamais « acquis » ou « intangible ». « Cela nous rappelle que nous sortons de trente années fastes au cours desquelles nous n’avions pas ou peu de problèmes de rendement et très peu d’aléas climatiques. C’est terminé aujourd’hui. » Finies aussi les vendanges qui démarrent trop tard pour le secteur de la Harth colmarienne. « Depuis la dernière récolte, on se cale sur les régions précoces et non plus sur les régions tardives. Ça faisait longtemps qu’on se battait là-dessus et l’Ava a fini par évoluer favorablement en ce sens. Du coup, on n’a plus de problème et on s’est rendu compte que les vendanges se sont bien passées pour tout le monde. Il n’y a pas eu d’abus de quelque sorte. C’est un dossier qui est aujourd’hui réglé et bien réglé », se félicite André Ducros.

Publié le 07/03/2018

À Scherwiller, le domaine Achillée s’est adjoint les conseils d’un consultant pour remettre d’aplomb certains de ses sols et affiner les pratiques qui entretiennent les autres.

« Analyser ses sols en surface, c’est bien. Mais les connaître en profondeur, c’est mieux pour les comprendre » affirme Yves Dietrich. Les terroirs du domaine Achillée qu’il dirige avec ses deux fils, Pierre et Jean, sur Scherwiller, Châtenois, Dambach-la-Ville et Bernardvillé se caractérisent par leur dominante de sables et de graves. Une parcelle présentant seulement 400 g de bois par pied au lieu des 800 g recherchés et trois autres gorgées d’eau en 2016 au point de les rendre inaccessibles constituent la problématique de départ. Elles poussent le trio d’exploitants à « aller plus loin » en faisant appel à Sylvain Perrot-Minot, consultant indépendant en analyse de sol. « L’observation d’un profil sur un mètre permet de déterminer d’où l’eau arrive et comment elle s’évacue. On peut dès lors raisonner le drainage » indique-t-il. « D’autre part, la répétition des périodes de grosse sécheresse oblige à maximiser la rétention en eau. Un sol est bâti sur un agrégat organique et minéral avec de l’air et de l’eau qui y circulent en le rendant propice à une activité biologique ». Yves est quant à lui convaincu que « la gestion de l’eau est un des paramètres les plus importants pour la vigne ». Éviter un excès d’eau se résume parfois à intercepter un flux grâce à une saignée de gravier en profitant de la pente pour la rediriger, à curer un fossé d’évacuation existant ou à en recréer un là où il a été comblé pour aménager une tournière. « En réglant le problème de l’eau, la pression des maladies diminue » ajoute Yves. Mais l’eau, il faut aussi la retenir. Les pratiques viticoles ont là un rôle à jouer. « Un mulch ou le passage d’un rolofaca peuvent limiter l’échauffement du sol et l’évapotranspiration. Un binage ou un griffage sont efficaces pour casser la croûte de terre qui va subir l’insolation pour former un pont thermique responsable de l’accélération de la transpiration. En fractionnant cette surface, la terre peut absorber la moindre humidité. Toute pluie devient plus efficace » explique Sylvain. « Nos sols filtrants sensibles à la sécheresse répondent bien à cette stratégie. Je l’ai adoptée. Il faut compter avec un passage en plus par saison » complète Yves. Autant de fonctionnements que de parcelles Dans la pratique, Sylvain a commencé par visiter quatre parcelles pendant deux heures de temps en compagnie de Yves. Il y a observé l’environnement, l’exposition, la pente, la circulation de l’eau. Le viticulteur a apporté son vécu. Dans un second temps, Sylvain a creusé à la bêche des fosses à deux endroits représentatifs de deux fonctionnements différents de la parcelle. Il a pratiqué un examen visuel de la structure, a noté comment le sol s’agrège, comment la terre se délite sous le couteau. « À 80 cm, le sol informe sur son héritage géologique. Entre 30 et 50 cm, l’horizon raconte les interventions de l’homme, autant les apports de matière que le compactage qu’il a pu subir » indique Sylvain. Yves confirme : « quand on passe dans le rang à un moment où ce n’est pas idéal pour le sol, il en garde la marque. Je l’ai constaté dans l’une de mes parcelles. Le tassement remontait à un passage d’il y a quinze ans. J’avais l’intention d’alterner le rang travaillé. Cette semelle de tassement m’a fait y renoncer. Je préfère n’en avoir qu’une seule plutôt que de risquer de l’installer à terme dans chaque rang ». Les analyses en laboratoire (matière organique, état du fer…) complètent les relevés visuels et renseignent Sylvain sur les conditions de l’activité biologique. Les valeurs mesurées lui servent pour conseiller l’apport de compost élaboré, dans le cas du domaine, sur une base de 80 % de fumier de vache et de 20 % de crottin de cheval, complétés par de la paille, des bois de vigne et des marcs. Au domaine, une parcelle bien pourvue qu’il suffit d’entretenir se contente d’une tonne/ha/an de compost vieux de huit mois d’âge. Une parcelle pauvre reçoit 300 kg/ha de chaux après vendanges en octobre et du compost vieux fin novembre. Les viticulteurs reviennent fin février avec 150 kg de chaux et 1 t/ha de compost jeune, plus actif, de seulement un à deux mois d’âge, épandu fin mars-début avril. « Quand il faut remonter la vigueur d’une parcelle, l’analyse montre que les éléments minéraux sont disponibles mais ne sont pas mobilisés en raison d’un manque d’activité biologique. Un tel régime a pour objectif d’y remédier. La qualité du compost et le moment de l’apport sont déterminants » souligne Sylvain qui rappelle aussi qu’il y a « autant de cas de fonctionnement du sol que de parcelles ».

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