Vigne

Publié le 08/12/2017

L’INRA et ses partenaires évaluent l’efficacité de stratégies nématicides au court-noué. Leur objectif à terme est de les combiner pour proposer une stratégie globale capable de contrôler la maladie. Bilan d’étape.

Xiphinema index, vecteur du virus responsable du court-noué, adore tellement la vigne qu’il est en quelque sorte devenu le spécialiste. Cela se comprend. La plupart des sols dédiés à la vigne en porte depuis des dizaines d’années, voire plus. Cette durée a été largement suffisante pour que le nématode s’inféode à vitis vinifera. Pour s’en convaincre, il suffit de se mettre en conditions de laboratoire, de contaminer de la terre avec Xiphinema index et y enfoncer un plant de vigne. En quatre mois, le nombre de nématodes présents à l’origine est multiplié par dix ! Dans la nature, la concentration de nématodes oscille entre six et trente-quatre individus par kilo de terre, soit une dizaine en moyenne, naviguant en plus à des horizons variables, mais le plus fréquemment autour de 40 cm de profondeur. « Ce réservoir est toujours largement suffisant pour recontaminer une parcelle » remarque Olivier Lemaire, directeur de recherche de l’UMR santé de la vigne à l’Inra de Colmar. Ajoutons que le nématode a la vie dure. Il survit aisément quatre ans dans un sol ne portant plus de vigne. Pour se débarrasser de l’importun, le conseil est de laisser une parcelle touchée au repos pendant dix ans après arrachage. Douze ans seraient même mieux. Mais complètement impossible à appliquer dans des conditions économiques décentes. Comment réduire ce délai tout en éliminant au maximum Xiphinema index ? C’est tout l’enjeu des travaux de l’Inra. L’institut a commencé à tester individuellement la pertinence de chaque piste de réponse avant de proposer aux viticulteurs une stratégie associant ces diverses méthodes de lutte. La jachère nématicide est un premier thème de recherche. Il est étudié depuis 2010. La première étape a été de mesurer la vitesse de recontamination d’une vigne par le nématode selon la plante semée en terre. « On s’aperçoit que des espèces comme la phacélie ou le sarrasin favorisent la multiplication du nématode. Le seigle conserve presque la population de départ. L’avoine réduit de moitié le nombre de nématodes présents au départ » signale Olivier Lemaire. Mais il y a mieux : les fabacées. Cette famille comprend notamment la luzerne, le sainfoin et le lotier corniculé. Ces plantes freinent fortement la multiplication de Xiphinema index. Les chercheurs étudient actuellement leur mécanisme d’action : une molécule unique ? plusieurs en interaction ? Le semencier Jouffray-Drillaud n’a en tout cas pas attendu pour proposer dès 2015 le mélange spécifique Viver. Il associe avoine rude, vesce velue, luzerne, sainfoin, trèfle violet, lotier ainsi que spores de mycorhize pour « contrôler le développement de la population de Xiphenema index avant replantation ». Du sainfoin en granulés avant replantation Parmi les fabacées, le sainfoin fait l’objet d’une attention particulière. « En laboratoire, cette légumineuse à fleurs roses ne laisse subsister aucun nématode dans le sol » signale Olivier Lemaire. L’identification de la ou des molécules nématicides est en cours. Des essais aussi. En avril 2017, des granulés de sainfoin ont été enfouis sur une parcelle avant plantation à Eguisheim. Cette première en France sera complétée par un réseau de six autres parcelles en Champagne. Les chercheurs en attendent d’ici trois à cinq ans des informations sur leur effet nématicide, mais aussi leur apport en azote. Pour Olivier Lemaire, « l’intérêt des granulés est double : ils ne rentrent pas en compétition avec la vigne pour l’eau et ils s’épandent facilement dans l’interrang ». La stratégie actuelle expérimente une jachère nématicide de deux ans. Elle peut être suivie d’une replantation avec le porte-greffe tolérant Nemadex. À Saint-Pierre, un tel protocole a été expérimenté sur sylvaner. Le cépage a montré une meilleure vigueur dans ce cas que lorsqu’il est planté sur un sol laissé deux ans nu. La prémunition est une autre stratégie de lutte. Il s’agit de procéder à la vaccination de la vigne. Comment ? En commençant par repérer au vignoble des pieds atteints du court-noué, mais n’en présentant pas les symptômes. La deuxième étape est d’isoler le virus atténué de ces ceps et de l’introduire dans le plant de vigne par une succession de greffages et un bouturage. À l’arrivée, le plant habitué au virus se protège lui-même d’une surinfection. L’adaptation de l’itinéraire technique, notamment en matière de fertilisation, est un dernier moyen de rendre la vie difficile à Xiphinema index. L’amendement organique est à privilégier. Pour Olivier Lemaire, il est clair qu’il faut préférer « une gestion intégrée du court-noué. Le maîtriser ne se résumera pas à l’application d’une seule solution, mais passera par la combinaison de toutes celles qui sont sur la table ».

Publié le 30/11/2017

Avec sa nouvelle chaufferie gaz plus économique et écologique que l’ancien système au fioul, la distillerie Romann entend démontrer sa volonté de pérenniser son activité à Sigolsheim pour les prochaines décennies. Reste à équilibrer l’activité de l’année en cours en collectant les volumes de vins DPLC manquants, si possible alsaciens.

« On est ici pour longtemps. » À Sigolsheim, le directeur de la distillerie Romann, Erwin Brouard, affiche clairement les ambitions de son entreprise spécialisée dans la collecte et la valorisation des coproduits issus de la viticulture, filiale du groupe Grap’Sud depuis 2008. Après avoir déjà réalisé de nombreux investissements par le passé (station d’épuration, tour aéroréfrigérante, récupérateurs de chaleur sur la plupart des installations, chaudière biomasse, colonne, etc.), la distillerie vient de mettre en service sa nouvelle chaufferie gaz, en remplacement de ses trois chaudières au fioul lourd devenues « anachroniques ». Un investissement de 800 000 euros qui a pu voir le jour grâce au soutien financier de la Région Grand Est, et d’un partenariat étroit avec Engie Cofely, la filiale du groupe Engie spécialisée dans l’efficacité énergétique et environnementale. Cette dernière s’est occupée des travaux et a à charge la maintenance et l’exploitation de l’installation. Efficacité énergétique et performance écologique En consentant un tel investissement, la distillerie Romann - et par ricochet le groupe Grap’Sud - entend démontrer sa volonté de s’inscrire durablement dans le vignoble alsacien. « Une chaudière comme celle-là, c’est 20 ou 30 ans. Nous montrons que nous souhaitons pérenniser ce site », souligne Erwin Brouard. C’est aussi l’occasion de réduire la facture énergétique annuelle de 25 %, ainsi que l’impact environnemental avec une diminution de 44 % des émissions de gaz à effet de serre, soit 1 350 tonnes de CO2 par an. La distillerie de Sigolsheim a en effet de gros besoins énergétiques, puisque tout son process fonctionne avec de la vapeur, à raison de 6 tonnes par heure. Auparavant, c’était trois chaudières au fioul lourd à 2 tonnes/heure chacune qui permettaient d’y répondre. Désormais, cette seule chaudière gaz est capable de délivrer une performance similaire. Une « première » se félicite Erwin Brouard. Dans cet investissement de 800 000 €, il faut compter aussi plusieurs « périphériques » qui ont permis d’obtenir le soutien financier de la Région : un brûleur automodulant, une pompe avec un variateur de vitesse, une bâche sous vide pour économiser du traitement d’eau, ou encore la récupération de chaleur sur la fumée pour chauffer l’eau alimentaire. « Tout cela nous permet d’avoir une installation d’une grande efficacité énergétique et d’une grande performance écologique », explique Erwin Brouard. Autre atout de cette nouvelle chaudière : une stabilité de la production de vapeur qui permet d’améliorer les différents process, ainsi que des économies substantielles sur la consommation d’eau. Recherche DPLC made in Alsace Si la distillerie Romann souhaite s’ancrer durablement dans le vignoble alsacien, elle ne pourra pas le faire sans les viticulteurs du cru, notamment lors des années de faible récolte, comme c’est le cas cette année. « Sur les marcs et lies, nous suivons l’effet récolte. Cette année, nous savons que nous ferons 27 à 30 % de moins. Nous savons que dans le vignoble alsacien, certains volumes de marcs ne peuvent pas être amenés à la distillerie Romann. La situation est claire et sans ambiguïté pour nous. En revanche, nous sommes toujours à la recherche de liquides avant le 15 décembre, date limite de livraison des DPLC*. Il y aurait environ 30 000 hl de vin disponibles dans le vignoble, majoritairement des DPLC. Avec ce volume, nous pourrions espérer avoir une activité à l’équilibre malgré la faible récolte du millésime 2017. Ces trois dernières années, on a dû compenser les faibles volumes récoltés en Alsace en cherchant du liquide en Champagne et en Allemagne. Grâce à la récolte 2016, il y a cette année plus de DPLC en Alsace. Dans le cadre du développement de Romann, on souhaiterait qu’une grande majorité de viticulteurs nous suivent et nous amènent leur liquide », ajoute Erwin Brouard, avant de conclure : « Nous sommes une distillerie alsacienne qui veut se développer avec le vignoble alsacien ».

Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace

Une politique identitaire

Publié le 30/11/2017

Le Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace se réorganise en interne comme en externe. Son objectif : mieux cerner les enjeux de marketing et de communication pour le vignoble alsacien et ses produits.

Alors qu’il arrive bientôt à mi-mandat, Didier Pettermann a précipité l’assemblée générale du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa), dans la droite ligne de la politique qu’il mène depuis son élection à la présidence. Elle a été convoquée six mois avant la date habituelle. « Le rythme des assemblées générales, l’une au mois d’avril pour le budget, l’autre fin juin pour les élections et les comptes financiers, ne convenait plus. Nous voulons davantage d’interaction entre les élus et les services pour assurer une meilleure contribution des entreprises du vignoble à la définition des actions de l’interprofession. Et une plus grande anticipation dans les orientations annuelles est nécessaire, que ce soit dans les domaines du marketing, de la technique ou de l’économie. La validation d’un budget prévisionnel alors que quatre mois de l’année sont déjà écoulés n’était pas cohérente avec ce besoin », explique le président du Civa. Les deux assemblées générales qui séquençaient l’exercice budgétaire ont donc été repositionnées dans un nouveau calendrier : celle actant le budget prévisionnel en novembre de l’année n - 1 (au lieu d’avril de l’année n) et l’assemblée statutaire et d’approbation du bilan financier de l’exercice n - 1 en juin de l’année n (cela reste inchangé). Un budget contraint Approuvé lors de cette assemblée générale, le budget prévisionnel 2018 est bien plus contraint que les années passées, dans le contexte d’une nouvelle petite récolte en volume pour les vins d’Alsace, qui implique une baisse des recettes de l’ordre de 6,3 % par rapport à 2016. « Les déclarations de récoltes étant en cours, il n’est pas possible de dresser un estimatif plus précis que celui des 855 000 hectolitres relevés cet été. Soit une baisse de l’ordre de 15 % par rapport à la moyenne quinquennale qui totalise désormais quatre petites récoltes. Cette première ébauche du budget pourra cependant être modifiée en fonction de l’évolution des ventes au cours des six premiers mois de 2018. » Didier Pettermann rappelle que 2017 est un budget de transition : « Bon nombre des actions ayant été engagées auront encore des répercussions budgétaires sur 2018. L’exercice 2019 sera le premier pleinement en adéquation avec notre nouvelle stratégie. » Les charges sont en progression avec le lancement d’une nouvelle politique marketing et 25 projets visant à améliorer le système d’information. Ce budget intègre quelques arbitrages et marque clairement le souhait des élus du conseil de direction de focaliser les moyens sur les actions les plus efficientes pour la valorisation des vins d’Alsace. Les élus du Civa ont approuvé ce budget prévisionnel 2018, qui laisse apparaître un résultat négatif global de 508 000 € qui sera comblé par un prélèvement sur les réserves. Le chantier MarCom Les petites récoltes successives ont des effets, globalement négatifs, mais variables selon les entreprises du vignoble alsacien. Certaines perdent des marchés en raison des augmentations tarifaires induites par les faibles volumes, d’autres du fait de la rareté du produit. « Cette situation doit nous interpeller collectivement. Avec nos petits volumes et la très belle qualité de nos derniers millésimes, notamment celui de 2017, nous devons mieux valoriser économiquement le fruit de notre travail, générer de la richesse à travers la valeur du produit, plutôt que par le biais artificiel de l’augmentation des prix du fait du manque de volumes », insiste Didier Pettermann. Pour y parvenir, le Civa opère des changements dans son fonctionnement avec le renforcement et la réorganisation de ses services et le développement de nouvelles actions de communication. Comme le chantier MarCom, présenté par Thierry Fritsch. Il a insisté sur la nécessité de reprendre un temps d’avance sur les concurrents du vignoble alsacien en matière de marketing et communication. Et de réunir toutes les forces collectives, les compétences et savoir-faire pour plus de dynamisme et réactivité dans le pilotage des programmes. Ainsi l’équipe MarCom travaille sur l’identité de marque. Une enquête, dont les résultats seront connus prochainement, a été réalisée auprès des entreprises du vignoble pour définir les caractéristiques de la personnalité de la marque à construire. La stratégie marketing mise en place pour la période 2018-2021 privilégie les régions et pays où l’Alsace a une légitimité, afin de les reconquérir, ainsi que les régions de conquête à forts potentiels de croissance. Elle vise aussi à augmenter la présence des vins d’Alsace sur internet, à favoriser l’exportation par la mise en place d’un « kit exportation » ou encore à rendre incontournable l’Alsace sur la scène nationale et internationale. L’objectif est de construire l’image des vins d’Alsace grâce à son territoire, en améliorant notamment leur connaissance auprès des prescripteurs, et de communiquer en priorité sur trois produits clés du vignoble : le riesling, le gewurztraminer et le crémant. La nouvelle campagne de communication sera l’aboutissement de ces travaux. Elle sera relayée par une présence plus importante sur les foires et salons. Autre chantier en cours d’exploration, le Story Telling (marketing de contenu). « Une bonne stratégie de contenu marketing permettra aux vins d’Alsace d’augmenter le trafic du site internet, de séduire de nouveaux consommateurs, d’améliorer le référencement du site vins d’Alsace, de devenir reconnu dans son domaine, d’interagir avec les consommateurs ou encore de gagner en confiance et donc de valoriser les vins d’Alsace. Il faut sortir d’une stratégie de publicité et rechercher des consommateurs plus actifs, afin qu’ils deviennent les meilleurs relais des vins d’Alsace », argumente Thierry Fritsch. Last but not the least*, le Civa veut mieux communiquer vers le vignoble. « Les 900 metteurs en marchés et les 4 000 viticulteurs sont les groupes cibles prioritaires. Les autres acteurs comme la presse, les syndicats, les élus et bien évidemment les Alsaciens ne doivent pas être oubliés », complète Thierry Fritsch. « Ouvert aux autres » Le Civa s’attache à construire et valoriser l’identité des vins d’Alsace. Après avoir identifié les piliers de son positionnement par rapport aux autres vignobles du monde, la conceptualisation de son identité est en cours. Les six agences de création sollicitées doivent rendre leurs propositions d’ici le mois de janvier. Et la nouvelle campagne de communication devrait être lancée lors du salon Millésimes Alsace. Didier Pettermann s’est félicité de la dynamique actuelle du Civa, du travail effectué par les différentes commissions, des partenariats engagés, actuels et futurs. « Je voulais un Civa ouvert aux autres. Cet objectif est en passe de se mettre en œuvre. » Il a cité en exemple la feuille de route recherche-développement-innovation, corédigée avec l’Association des viticulteurs d’Alsace, le Comité interprofessionnel du vin Champagne (CIVC), le Syndicat général des vignerons de la Champagne (SGV) et des appellations lorraines. « Nous avons réussi à nous concerter à l’échelle de ces trois vignobles, tous très différents, pour déposer un programme pluriannuel commun qui a reçu un très bon accueil de la part de la région Grand Est, commanditaire de ce travail. » Le président a rendu hommage à ses collaborateurs et salariés pour le travail effectué ces derniers mois. « 2017 a été une année très compliquée, car il fallait faire cohabiter deux modèles, l’ancien et le nouveau Civa. L’année a été consacrée à du cadrage, des actions notamment. Je souhaite que 2018 soit au service de la libération des énergies, de la créativité, du travailler ensemble. Le tout dans une année riche en événements, comme les salons Millésimes Alsace, Prowein ou VinoVision. Nous préparons l’avenir du vignoble. Nous y arriverons si nous travaillons tous ensemble. Le Civa, qui pensait être en phase avec les attentes du terrain, ne l’était pas en réalité et a fini par se retrouver isolé et décrié. Nous prendrons des initiatives, avec nos partenaires, pour promouvoir l’engagement professionnel au sein de notre vignoble », conclut Didier Pettermann.

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