Vigne

Université de haute Alsace (UHA)

Le vin bio à « la croisée des chemins »

Publié le 28/12/2017

Quel est l’avenir du vin bio, dont le marché est en forte croissance. Hervé Hannin, agronome, économiste à l’Institut des hautes études de la vigne et du vin à Montpellier, était l’invité de la conférence Vignes, vins et vignerons de l’UHA pour présenter cinq scénarii prospectifs.

En l’an 2000, la mondialisation suscite inquiétudes et espoirs. L’avènement d’internet préfigure l’ère de l’information ou de la sur-information. Dans les médias, les climato-sceptiques tels que Claude Allègre sont très écoutés. Mais des affaires telles que les montagnes de vaches supposées folles incinérées, les dioxines, l’amiante ou le sang contaminé transforment la confiance d’une partie des consommateurs en défiance. Et une vision malthusienne pense que l’explosion démographique ne va qu’accroître la pression sur l’environnement. À l’époque pourtant, personne - ou si peu - n’imaginait qu’en conséquence la demande en produits bios allait exploser. « Clairement, nos cellules d’animations, nos professionnels agricoles et viticoles sont passés complètement à côté de la force des questions environnementales », admet Hervé Hannin, agronome, économiste à l’Institut des hautes études de la vigne et du vin à Montpellier. « Mais c’est facile a posteriori, poursuit-il. C’est qu’à un moment donné, vous avez 800 hypothèses, il est très difficile d’identifier celles qui vont changer la face du monde. Par exemple, aucun scénario de prospective n’avait envisagé l’arrivée d’internet… » La question de l’avenir des vins bios était donc posée, jeudi 7 décembre, dans le cadre du cycle de conférences Vignes, vins et vignerons, de l’UHA à Colmar. L’idée de la prospective est d’établir des scénarii et d’être « avisé de réfléchir aux possibilités de réaction par anticipation », explique Hervé Hannin. Plus un marché de niche, mais un marché en développement « Quand vous êtes à 3 - 4 % de croissance, ce n’est pas un marché de niche, c’est un marché en développement. Nous ne sommes plus dans une situation où les militants parlent aux militants », explique le chercheur. « À la croisée des chemins sur l’offre et la demande, la question de l’équilibre du marché se pose, d’autant que la grande distribution (GD) ne sera pas une alliée pour protéger les prix », prévient l’économiste. Car « elle ne consent pas à acheter plus cher les vins au motif qu’ils sont bios ». La grande distribution « pense, comme les consommateurs, que tout le monde devrait être en bio, avec du bio au prix du conventionnel ». D’ailleurs, « la demande des consommateurs à l’égard des traitements phytosanitaires se fait extrêmement pressante, on le voit avec les médias ». Par ailleurs, le label bio subit « la concurrence des autres signes de qualité qui prennent aussi en compte les questions environnementales et sanitaires, et qui évoluent vers des pratiques plus respectueuses de l'environnement ». Enfin, il est « concurrencé de l’intérieur par des acteurs qui veulent proposer du plus bio que bio, comme la biodynamie, le sans soufre, les vins naturels… pour lequel il n’existe pas de normes ».

Colloque InvaProtect. L’enroulement viral de la vigne

De nombreuses questions en attente de réponse

Publié le 25/12/2017

Mieux cerner, mieux comprendre et mieux faire connaître la maladie de l’enroulement virale de la vigne, et ses vecteurs, les cochenilles, tels étaient les objectifs d’une des interventions du colloque InvaProtect qui se tenait le 9 novembre à Sainte Croix en Plaine.

La maladie de l’enroulement viral de la vigne affecte tous les cépages, mais les symptômes sont beaucoup plus visibles sur cépages rouges que sur blancs, introduit Étienne Herrbach, de l’Inra de Colmar. Les conséquences sont une réduction de croissance, une sensibilité accrue aux stress environnementaux et, ce qui est bien observable, les feuilles recourbées sur leur face inférieure, ce qui donne le nom aux virus « Grapevine Leafroll – associated virus »… Trois espèces de ce virus sont identifiées dans nos régions : GLRaV 1, 2 et 3. Et quatre espèces de vecteurs que sont deux cochenilles dites farineuses à cause de leur aspect, la bohémienne Heliococcus bohemicus, et celle du platane ou du pommier, Phenacoccus aceris ; ainsi que deux cochenilles à coques, la lécanine du cornouiller, Parthenolecanium corni, et la cochenille floconneuse de la vigne, Pulvinaria vitis. Une progression en ordre dispersé Des études spatio-temporelles de l’évolution de la maladie sur des parcelles permettent de visualiser différents cas de progression, plus ou moins dispersée, contenue pendant six années, progressive, mais aussi invasive en quelques années. Ce qui interroge les scientifiques… De quelques pourcents de pieds virosés, une parcelle de Bonzon en Bourgogne présente plus de 70 % de pieds atteints la cinquième année, en présence de la cochenille du platane. Dans une autre parcelle bourguignonne étudiée, la maladie ne s’est pas propagée pendant plusieurs années, sans doute faute du bon vecteur. Quant aux études en Allemagne dans le Palatinat et dans la région de la Nahe, ce qui frappe, c’est la dispersion spatiale diverse de la maladie. À partir d’un seul pied virosé en 2015, on retrouve 25 pieds en 2017, totalement aléatoirement répartis dans une parcelle de 735 pieds… Dans le cadre d’InvaProtect, les scientifiques et les conseillers remplissent d’abord un rôle d’avertissement et de pédagogie auprès du public vigneron sur la symptomatologie de cette maladie. Un dépliant a donc été édité à cette fin. Il est disponible sur le site de la Fredon*. Selon un questionnaire diffusé en Alsace (avec 75 réponses), 89 % des vignerons savent de quoi il s’agit quand on leur parle de cochenille et disent l’avoir déjà observée. Et 62 % disent connaître la maladie de l’enroulement. Globalement, s’ils identifient bien les cochenilles, la maladie induite de l’enroulement l’est en réalité beaucoup moins et, surtout, le lien entre les deux est méconnu. Il ressort également que la profession est demandeuse de plus amples informations. Attention à l’effet insecticide des fongicides Les enquêtes de terrain indiquent qu’il y a nécessité de mieux cerner cette maladie. Et qu’elle pose de réels problèmes de production aux dires des vignerons sondés. Une autre enquête repose sur des analyses de bois dans les différents vignobles des vallées rhénane et mosellane. Sur 305 échantillons de bois issus de 29 vignobles, 24 vignobles se sont avérés positifs à un des virus, soit une maladie présente dans 82 % des vignobles rhénans et mosellans. Mais il y a lieu également pour les scientifiques de mieux comprendre les mécanismes de propagation, d’affiner davantage la répartition spatiale des différentes cochenilles vectrices, de mieux cerner la biologie de la transmission, et enfin de comprendre les paramètres de l’évolution de la maladie. Christoph Hoffmann, du Julius Kühn Institut à Siebeldingen, s’interroge sur les facteurs de recrudescence de l’enroulement. Par exemple, l’évolution des usages de produits phytosanitaires sous l’effet de la réglementation ne serait-elle pas en cause ? Ou encore l’effet insecticide induit par des fongicides sur la faune auxiliaire régulatrice des cochenilles ? « La régulation naturelle des populations de cochenilles s’effectue normalement bien. Où l’équilibre du système est-il perturbé ? », questionne Christoph Hoffmann. On connaît pas moins de neuf ennemis naturels de la lécanine du cornouiller, à tous les stades de son développement, œuf, larve ou adulte. Les études en cours préciseront l’efficacité des insecticides ainsi que les désordres qu’ils peuvent causer sur la faune auxiliaire, susceptible de réguler les populations de cochenilles.

Publié le 22/12/2017

Depuis fin octobre, le domaine Jean-Claude Koehler et fils, situé à Westhalten, commercialise une nouvelle cuvée nommée 1621. Ce pinot noir récolté en 2015 et laissé 17 mois en barrique a été dévoilé en présence de la Reine des vins d’Alsace et de ses dauphines.

Justine Schmitt, Marie Grund, Clémence Bléger ont fait du Pinot noir « le leitmotiv de leur trio ». La reine des vins et ses dauphines ont toutes une histoire personnelle liée à ce cépage. Justine Schmitt est originaire d’Ottrott, l’une des terres du rouge d’Alsace, Clémence Bléger vient de Saint Hippolyte, autre village viticole bénéficiant d’une appellation communale. Quant à Marie Grund, elle fait partie de la famille Koehler et y a effectué un stage qui lui a donné la passion du vin, c’est ainsi qu’elle a convaincu Justine et Marie de mettre en lumière la nouveauté du domaine. Christian Koehler gère le domaine familial : « Il a été créé en 1621 (ce qui a donné son nom à la cuvée) et il est le premier à produire du pinot noir à Westhalten. Nous sommes la quatorzième génération avec un peu plus de 7 ha de vignes. Nous vinifions les sept cépages alsaciens et les déclinons en 25 produits différents, dont la cuvée 1621 ». « Récoltée en 2015, c’est une cuvée exceptionnelle, vinifiée à part, élevée sept mois dans des barriques provenant d’un grand cru de Bourgogne et bâtonnée une fois par mois afin de lui apporter du gras et de la persistance. La mise des 1 150 bouteilles a été effectuée à la fin du mois d’août » ajoute le viticulteur. Ce pinot noir est issu d’un terroir argilo-limoneux produisant 62 hectolitres par ha. Le packaging a été spécialement étudié pour cette cuvée : l’étiquette est en étain et le bouchon permet de garder le vin au-delà de 15 ans. Elle est vendue en étui de 1, 2, ou 3 bouteilles ou en caisse en bois de 6 bouteilles (25 euros l’unité). L’objectif affiché par Christian Koehler : « concurrencer les vins de Bourgogne ». Le viticulteur conseille de la garder encore quelque temps, mais Justine Schmitt s’empresse d’ajouter qu’il est également possible de le consommer dès maintenant avec un gibier, par exemple.

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