Vigne

Publié le 17/01/2018

À Molsheim, Julien Boehler taille les ceps du domaine familial dans le double objectif de les faire produire selon leur vigueur et de les faire arriver à maturité en même temps.

Le domaine Boehler a quinze vins sur sa carte, crémant et vendanges tardives compris. Chacune de ses parcelles doit en fournir un, même si par la suite il arrive que des terroirs soient assemblés pour obtenir ce résultat. Pour y parvenir, le domaine suit deux stratégies de taille. René pratique la première sur deux baguettes et, selon le cas, un ou deux coursons. Cette approche traditionnelle est réservée aux vignes assez ou très vigoureuses, avec lesquelles l’objectif de rendement se situe entre 70 et 75 hl/ha. Il s’agit par exemple des parcelles destinées à fournir des raisins à crémant. Julien, son fils, de retour sur l’exploitation depuis 2016, essaye de convertir autant que faire se peut les parcelles qu’il taille en Poussard. Il a appris la méthode au cours d’un stage dans le Bordelais. Il l’applique aux parcelles destinées à produire 40 ou 50 hl/ha, 60 hl au grand maximum. Sur le terrain, Julien commence à observer le pied. Un coup d’œil peut lui suffire. Il peut aussi prendre vingt ou trente secondes avant de se décider. Son choix se porte d’abord sur des bois de 7 à 10 mm de diamètre. Il compose ensuite avec l’orientation des bourgeons. « Le premier doit être dirigé vers le bas et en direction du rang. C’est loin d’être évident. Il sort souvent du rang. Le deuxième œil est fréquemment aux environs du deuxième fil. Si une remise à niveau est nécessaire, je pratique une taille sévère qui influence négativement le rendement. Mon but est d’arriver à former le cep en Y. Le flux de sève n’est pas interrompu. Il circule dès lors dans la partie inférieure et latérale du pied » explique-t-il. Dans l’idéal, Julien laisse une baguette longue, qui atteint le dernier fil. Une fois liée, elle va favoriser la répartition du feuillage, évitant ainsi les paquets de végétation. Il laisse entre cinq et quinze bourgeons par souche en éborgnant un œil sur deux en moyenne. Concrètement, il ne va pas demander plus à un pied dont il estime seulement le potentiel à 20 hl/ha : le courson reste à deux yeux, la baguette à quatre avec l’espoir que chaque œil débourre. Il va tailler sur huit à douze yeux le cep qui se situe dans son objectif autour des 40 hl/ha. Mais il va « brider » par une taille à douze/quatorze yeux soit 50-55 hl/ha, le cep capable de contribuer à un rendement de 70 hl/ha. Dans ce cas, le double ébourgeonnage est systématique. « En procédant ainsi, un résultat peut s’observer en deux ans. Mais il se perçoit mieux au bout de cinq à six ans » juge Julien. De 2 à 5 % de vieilles vignes recépées Les vignes de dix ans se prêtent le mieux à la conversion. Celles de quarante ans sont plus réfractaires. « Les pieds sont montés, le bourgeon bien placé est rare. J’y passe le double de temps comparé à une autre parcelle. Je me contente de 400 pieds en sept heures au lieu de 800 » concède Julien. Pour contourner le problème, il a recours au recépage. « C’est un bon moyen de conserver mes vieilles vignes. J’y ai de plus en plus recours. Je pratique le recépage pour 2 à 5 % des pieds dans les parcelles concernées en gardant un pampre bien placé de l’année, sous le flux de sève ». Le jeune viticulteur estime ainsi que 70 à 80 % de sa surface peuvent être menés en taille Poussard. « Le temps passé est le facteur limitant » juge-t-il. « Mais c’est une piste pour endiguer la recrudescence des dégâts d’esca, répartir la végétation ». À la fin des vendanges, Julien calcule le rendement exact obtenu à la parcelle pour « avoir une idée de ce que chacune peut donner ». Il en tient compte pour adapter la taille de chaque pied. « Laisser une trop grande charge ne ramène pas plus de raisins à la récolte. C’est pourquoi je recherche de la précision pour m’approcher au plus près de ce qu’un cep peut donner. L’enjeu pour moi est d’arriver à une homogénéité de la maturité en partant d’une hétérogénéité de charge ». En pratiquant ainsi, Julien a constaté que les stades de la floraison et de la nouaison étaient plus réguliers car chaque pied peut correctement alimenter les bourgeons que le sécateur lui a laissés. En 2017, ses raisins à crémant et son pinot gris étaient mûrs simultanément. Julien veut y voir le signe que sa stratégie actuelle le met sur la bonne voie.        

Pour les 70 ans de la confrérie Saint-Étienne

À la découverte de l’une des plus petites régions viticoles d’Allemagne

Publié le 05/01/2018

Pour son 70e anniversaire, la confrérie Saint-Étienne propose une série de conférences. La troisième d’entre elles avait pour thème « L’Alsace en quête de notoriété mondiale, l’expérience du Rheingau ».

L’intitulé de la rencontre pouvait paraître trompeur. En fait, ce n’est pas d’Alsace dont il était question, mais du Rheingau, région historique de la production viticole en Allemagne. « Une conférence originale qui présente le Rheingau non pas comme modèle, mais comme expérience, car il est toujours bon de s’inspirer de ce que font les autres », a indiqué Pascal Schultz, grand maître 2017. Pour présenter cette expérience, Theresa Breuer viticultrice à la tête d’un domaine de 34 ha produisant à 80 % du riesling et le reste en pinot noir (Spätburgunder). Elle a repris le domaine familial pionnier dans la classification des crus (premier cru : erste Lage et grand cru : grosse Lage). « C’est une conférence positive et totalement dépassionnée pour progresser dans la réflexion et la paix », a poursuivi Pascal Schultz. Le Rheingau, une marque connue dans le monde entier Le Rheingau se trouve à environ 300 km au nord de l’Alsace. L’Allemagne compte 13 régions viticoles représentant 100 000 ha. Le Rheingau dispose de 3 200 ha. Thérésa Breuer est installée à Rüdesheim am Rhein. « Le Rheingau est une zone particulière, où le Rhin effectue deux virages, avec un terrain granitique d’abord, et plus on va vers le nord, plus il y a de schistes. L’autre particularité de ce terroir est qu’il dispose de collines culminant à 600 m d’altitude. Grâce au Rhin, ses vins sont connus de longue date un peu partout dans le monde. Historiquement dans le Rheingau, le Rhin est source de finances et vecteur d’exportation. 80 % du vin y est vendu en bouteille par le producteur. Il y a très peu de coopératives, mais les domaines viticoles deviennent de plus en plus grands. Le Rheingau est devenu une marque, car ses vins ont un caractère propre ». Theresa Breuer est issue de la quatrième génération d’une famille étroitement liée au vin, la première génération était négociante et vendait du vin de toute l’Europe. Le vin produit alors dans le Rheingau était sucré et léger, comme le Liebfrauenmilch. « Il y avait un risque de perdre notre identité. Mon grand-père n’avait pas donné de définition précise à nos vins, tout en gardant un attachement aux vins sucrés. Mon père a choisi une orientation toute différente. De voyages en France, il rapporte les appellations et essaie de les faire connaître à des confères en tant que président régional du Verband Deutscher Prädikatsweingüter (VDP), l’union des viticulteurs allemands. Mais il décède en 2004, sans avoir vu le résultat de son œuvre. En Allemagne, la classification a été entamée dans les années 1980, mais il n’y a toujours pas de réglementation juridique à ce sujet. La génération de mon père a amorcé une révolution en termes de qualité, le vignoble a gagné en attractivité. » Un riesling élégant et sec Le vignoble du domaine Georg Breuer est composé de 135 parcelles, essentiellement orientées vers le sud. « La vendange 2016 n’est pas encore en vente chez nous, alors que les clients viennent nous réclamer du 2017. En revanche, nous sommes parmi les premiers à être dans les vignes pour la récolte. Notre objectif est de produire un riesling clair, donc les raisins ne sont pas trop mûrs. Pour avoir un riesling élégant et sec, avec un degré d’alcool plus faible (11,5 °), il ne faut pas de pourriture. » Ses vignes produisent 52 hl/ha, bien en dessous de la moyenne de la région (90 hl/ha). Les rieslings restent huit à neuf mois en cave (cuve bois ou inox) avant la vente. Le domaine commercialise neuf rieslings différents, vendus de 9,20 à 19,20 € et un grand cru à 36 €. La seconde invitée, Eva Fricke n’a pu être présente pour cause de maladie, mais sa consœur s’est chargée de présenter son domaine. Née dans l’Allemagne du Nord, Eva Fricke découvre l’industrie des boissons alcoolisées durant un stage dans la brasserie Beck’s. En 2006, elle s’installe à Lorch, un terroir composé de schistes, un peu délaissé par les viticulteurs. Elle agrandit son exploitation à partir de 2010 pour atteindre 12 ha aujourd’hui. Ses rieslings sont différents de ceux de Theresa Breueur, car ils sont le résultat de la recherche d’un équilibre entre le côté sec et sucré du cépage. Les questions des participants à la conférence avaient trait aux techniques de production employées par Theresa Breuer, mais aussi à la communication de la région du Rheingau et à la classification des vins en Allemagne. « Pour le marketing, nous versons une cotisation au Deutsche Weine Institut qui redistribue les fonds collectés entre les différentes régions viticoles. Il est difficile de trouver un profil clair et une communication globale. Le Rheingau est déjà une marque, mais il reste beaucoup à faire. La nouvelle génération veut à la fois être sur le tracteur et s’occuper des autres aspects du domaine. Plusieurs petits groupes se développent et les clients apprécient cette dynamique. Dans le monde entier, il y a une tendance vers l’attachement aux racines, la recherche d’une identité propre, de là où on vient. C’est très attrayant lorsque l’on fait du vin », conclut-elle.

VITICULTURE

La faute au gel

Publié le 05/01/2018

Le gel a tiré un trait sur une partie de la récolte dès le mois d’avril. Elle n’atteint pas le million d’hectolitres, mais les vins s’annoncent de belle facture. Au moins ça !

Le vignoble se serait bien passé de savoir dès le printemps que le niveau de la vendange 2017 serait très probablement bas ! 855 000 hl comme le prédit fin juillet le modèle de l’interprofession et du pôle technique vigne ? Vraisemblablement. En deux nuits consécutives à des températures de - 3 à - 6 °C, le gel des 20 et 21 avril accentué par un vent du nord a sévi sur environ 4 500 ha. 1 800 ha sont très sévèrement touchés autour de Colmar et Scherwiller, mais aussi Saint-Pierre et Ergersheim. Les dégâts sont importants car la vigne avait pris de l’avance. Elle débourre le 4 avril et trois semaines après les parcelles les plus pressées déclarent déjà quatre à cinq feuilles étalées. Les zones de plaine et le précoce gewurztraminer deviennent dès lors des victimes désignées de ce froid glacial devant lequel les viticulteurs sont démunis. La vigne n’avait pas besoin de ça dans la mesure où elle sort d’une année 2016 compliquée, marquée par un manque de luminosité et de chaleur, des vendanges étalées dans le temps et une chute précoce des feuilles. Ces éléments ont influencé sa fertilité et l’ont empêchée de refaire ses réserves de manière optimale, d’où un plus faible nombre de grappes par souche au printemps 2017. Le gel reste l’épisode majeur de la campagne. Le printemps chaud n’autorise pas l’installation du mildiou et de l’oïdium. La floraison se concentre sur une semaine début juin avec une dizaine de jours d’avance sur un calendrier normal. La véraison intervient le 1er août alors que certaines vignes souffrent de stress hydrique. La faible charge favorise la maturité. Avec 2003, 2007 2009 et 2011, le nouveau millésime fait partie des cinq plus précoces des quarante dernières années. Les premiers raisins à crémant sont coupés dès le 24 août dans le secteur de Colmar. Un volume d’au moins 230 000 hl est nécessaire pour tenir le courant de vente futur. Le ban de l’AOC Alsace est ouvert le 30 août. Fin septembre, l’essentiel des raisins est parvenu en cave dans un état sanitaire particulièrement sain. Les domaines les plus mal lotis doivent se contenter de moyennes d’exploitation entre 35 et 55 hl/ha. La matière première ne cause pas de soucis particuliers aux vinificateurs. Le niveau de bourbes est faible, les jus sont clairs et partent rapidement en fermentation malgré, parfois, un faible taux d’azote assimilable. Si certaines cuves présentent un caractère vert, c’est loin d’être une généralité. L’équilibre sucre/acidité est assuré. Muscat, sylvaner et riesling font preuve de typicité. Avec sa belle structure acide, le pinot gris apparaît comme l’une des réussites d’un millésime qui en rappelle un autre aux plus anciens : 1947 ! Le millésime apporte également un beau lot de vendanges tardives. Au 11 décembre, des revendications sont déposées pour quasiment 13 912 hl, soit le triple de 2016 (4 237 hl), mais presque 10 000 hl de moins qu’en 2015 (23 742 hl). Assez classiquement, le gewurztraminer fait l’objet d’un maximum de constats pour 9 302 hl dont 3 466 hl de SGN. Le pinot gris le suit avec 3 629 hl dont 2 071 hl de SGN. Riesling et muscat ferment la marche avec respectivement 563 et 413 hl et une majorité de VT. Un léger rebond des ventes entre janvier et octobre 2017 Les Alsace reprennent un peu du poil de la bête sur leurs marchés. Sur douze mois glissants, de novembre 2016 à octobre 2017, ils retrouvent leur rythme de vente sur l’année 2016 à 961 000 hl. Sur les dix premiers mois de 2017 à fin octobre, la hausse est même de 1,3 %. Les opérateurs n’hésitent visiblement pas à puiser dans un stock qui, fin 2016, pèse deux ans et demi de ventes moyennes. Pour sa part, l’appellation crémant d’Alsace qui pèse un quart de la commercialisation du vignoble, accuse le coup de la baisse des volumes rentrés en 2015. Ses ventes totales baissent de 1,6 % à 250 895 hl sur douze mois mobiles et de 2,9 % à 182 950 hl sur les dix premiers mois 2017. Sur les dix premiers mois 2017, le marché bouteilles français progresse de 2 %. Les ventes à l’export s’élèvent à 245 000 hl sur douze mois. La Belgique et les Pays-Bas, deux pays où l’Alsace réalisait de très bons scores, poursuivent leur descente aux enfers. Le premier recule de 5 % en volume et de 4 % en valeur mais occupe toujours la première place des destinations des Alsace à l’étranger avec 35 000 hl. Les seconds concèdent 13 % à 17 000 hl et se retrouvent numéro trois à l’exportation. L’explication est toujours la même : sur ces marchés de prix, les opérateurs quand ils n’abandonnent pas la partie, ont du mal à faire des offres jugées suffisamment compétitives. L’Allemagne s’intercale entre ce duo avec 25 000 hl (+ 4%). Canada (+ 13 %), Suède et États-Unis (+ 6 %) forment le trio suivant avec à peu de chose près le même volume d’achat : 15 000 hl. L’élément positif est que ces marchés dégagent de meilleures valeurs ajoutées. Avec la faible récolte attendue, les transactions en vrac ne sont pas légion. Le faible nombre de lots échangés empêche souvent la publication des mercuriales. Quand elles le sont, les écarts types sont parfois considérables. Dès octobre l’ensemble des cépages est sans surprise orienté à la hausse. Le sylvaner se négocie en moyenne à 1,93 €/l, le pinot blanc à 2,19 €, le riesling à 3,19 €, le pinot gris à 2,89 € et le gewurztraminer à 4,20 €. De son côté, le Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace prépare un renouvellement de sa communication auprès des consommateurs. Annoncée comme « dynamique et offensive », la nouvelle image des vins d’Alsace doit permettre au vignoble de renouer avec ses anciennes performances commerciales tout en satisfaisant une quête de meilleure valeur ajoutée.

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