Technique
Que faire quand la vigne a soif ?
Technique
Publié le 08/02/2018
Le réchauffement climatique qui est en cours positionne les stades phénologiques de la vigne plus tôt dans l’année et crée du stress hydrique. Permettre aux ceps de résister à ces phénomènes demandera nécessairement une adaptation des pratiques culturales selon les intervenants à la session viticulture de l’IFV des 30 et 31 janvier à Ostheim.
Les données météorologiques sont impitoyables. Depuis 1990, la température moyenne mesurée à Strasbourg a augmenté de 0,4° par décennie. Le nombre de jours de forte chaleur a presque triplé en soixante-dix-sept ans. Printemps et été deviennent plus secs. Les stades phénologiques interviennent de plus en plus tôt dans l’année. Ainsi en quarante ans, le riesling planté en Alsace a en moyenne gagné dix-sept jours au débourrement, vingt à la floraison et trente à la véraison ! S’il y a déjà eu des réchauffements par le passé, aucun n’a jamais été aussi rapide. Et ce n’est pas fini si l’on en croit les différents scénarios de hausse continue des températures d'ici 2100… « Depuis les années 2000 tous les vignobles français connaissent une baisse progressive de leurs rendements » constate Jean-Pascal Goutouly, du département écophysiologie et génomique fonctionnelle de la vigne à l’Inra de Bordeaux. Pourquoi ? « Ce n’est pas tant le volume des pluies qui a diminué que la température plus élevée qui contribue à augmenter l’évapotranspiration et à avancer la floraison à des périodes de l’année où l’eau est moins disponible. C’est par exemple de plus en plus le cas sur Colmar. En outre le manque d’eau débouche sur une moindre utilisation de l’azote ». Ces phénomènes sont renforcés ou atténués par des facteurs locaux comme l’orientation des rangs ou l’enherbement. Le Civa et le pôle technique viticole alsacien ont étudié le comportement en 2012 et 2015 d’un clone 49 de riesling sur porte-greffe 161-49 C dans sept types de sol plus ou moins profonds répartis entre Avolsheim au nord et le Bollenberg au sud. Un stress hydrique avant la véraison comme en 2015 s’est traduit par une moindre surface foliaire, des baies plus petites et donc un rendement plus faible. Le clone et le porte-greffe induisent de petites variations en volume et en richesse. Le Riparia, le 164-49 C et le 34 EM (1) ne paraissent pas les mieux adaptés au riesling dans des situations où la réserve utile en eau est limitée. Globalement les sols superficiels comme à Colmar, Turckheim ou Obernai offrent peu de perspectives à long terme (au-delà de vingt à trente ans) à ce cépage qui a besoin d’une maturité lente sur un terroir tardif. « Le genre de scénario climatique qui convient au riesling sera de moins en moins fréquent à l’avenir » prévient Guillaume Arnold, du Civa. Jusqu’en 2100, une hypothèse d’évolution du climat qualifiée « d’optimiste » pourrait entraîner l’avancement de la date moyenne du débourrement de quatorze jours supplémentaires, de la floraison de vingt-deux jours et de la véraison de trente jours… Favoriser la capacité de rétention en eau du sol Comment rester optimiste face à ces prévisions ? En plantant au nord ou en montant en altitude (2) comme on l’a entendu dans la salle ? Peut-être… Déjà, lors de toute replantation, il faudra « commencer par choisir le cépage et le porte-greffe les plus en adéquation avec le terroir. Mais ce levier n’aura qu’une faible incidence sur le résultat » juge Guillaume Arnold. « Les cépages montrent une grande capacité d’adaptation à des conditions climatiques qui changent » rassure Manfred Stoll, de l’université de Geisenheim. « Il faudra raisonner en manque d’eau par période de l’année et non plus se contenter d’une moyenne annuelle » avertit Jean-Pascal Goutouly. Dans tous les cas, les pratiques vont devenir cruciales alors qu’actuellement sur le terrain, comme le relève Bruno Guillet, de Gresser œnologie, « les viticulteurs craignent de limiter le feuillage ou la charge car ils manquent de visibilité sur les conséquences de tels choix ». Pourtant, le passage à des pratiques différentes semble obligé. « Il faudra peut-être reconsidérer l’enherbement dans certaines configurations » avance Jean-Pascal Goutouly. S’échiner à avoir un plan de palissage à trois épaisseurs n’est pas davantage recommandé. « La troisième feuille ne sert qu’à consommer de l’eau et à fournir un support à la maladie » souligne le scientifique. « Il convient de viser 1,5 à 2 m² de surface foliaire par kilo de raisin ». Dans un contexte de réchauffement, l’exposition des grappes est capitale car « les raisins n’ont presque aucun moyen de régulation thermique ». À Geisenheim, un essai d’effeuillage partiel du plan de palissage d’un riesling au-dessus de la zone des grappes tout en conservant le feuillage sommital a permis de freiner la synthèse des phénols par les raisins. En Alsace, un essai de rognage bas sur pinot gris mené en 2016 et 2017, limitant à 90 cm environ la hauteur du mur de végétation, a montré qu’il est un moyen de reculer la maturité. L’opération a décalé la véraison d’une petite semaine. Le vin à la dégustation est apparu plus équilibré, plus aromatique. Mais attention, répéter l’intervention touche très rapidement le potentiel de mise en réserve. Elle est donc à manier avec la plus extrême prudence. Dans le Lot-et Garonne, un essai analogue a montré une baisse de rendement dès la deuxième année. Le plus bénéfique reste sans doute de favoriser la capacité de rétention en eau du sol. Les engrais verts ont leur rôle à jouer : associer les espèces améliore la structure du sol ; privilégier les légumineuses fournit une source d’azote pour piloter la vigueur dont la plante pourra tirer parti en situation de stress hydrique.












