Vigne

Dégustation d’attribution des Sigilles d’Alsace

Plus de terroir, plus d’engouement

Publié le 26/01/2018

Année après année, la dégustation des Sigilles d’Alsace organisée par la confrérie Saint-Étienne confirme son regain d’intérêt auprès des viticulteurs alsaciens. La première session 2018 qui s’est déroulée le 18 janvier a mis en compétition encore plus de maisons et de vins que l’année passée. Preuve que l’orientation « terroir » - et désormais obligatoire pour les grands crus - prise en 2015 par les organisateurs séduit de plus en plus.

Année après année, la dégustation des Sigilles d’Alsace organisée par la confrérie Saint-Étienne confirme son regain d’intérêt auprès des viticulteurs. Le 18 janvier, ce sont pas moins de 224 vins qui ont été présentés par 54 maisons différentes. C’est cinq vins et quatre maisons de plus qu’en 2017. « C’est la première fois depuis 2013 qu’on enregistre une telle participation deux années de suite », se félicite le délégué général de la confrérie Saint-Étienne, Éric Fargeas. Une progression que ce dernier attribue à deux facteurs : le premier, c’est la volonté de la confrérie d’intégrer une dimension « terroir » plus marquée dans l’attribution des Sigilles en 2015 ; le second, l’image plus « moderne » que réussit à se créer la confrérie depuis plusieurs années. « On essaie d’attirer de jeunes viticulteurs en organisant des ateliers et des soirées à thème. On montre que la confrérie n’est pas qu’un musée du vignoble alsacien, mais aussi un lieu d’échanges et de réflexion », poursuit Éric Fargeas. Et un lieu qui sait évoluer tout comme la dégustation du Sigille organisée deux fois par an. Pour cette première édition de 2018, les organisateurs ont un peu changé les règles puisque, pour la première fois, tous les grands crus inscrits devaient être dégustés dans la catégorie « terroir ». « Lorsqu’on avait introduit cette notion il y a trois ans, c’était sur la base du volontariat. Mais très vite, on s’est rendu compte que cela déséquilibrait la donne pour les grands crus. Du coup, on a rendu cet aspect obligatoire pour ces vins. C’est plus juste et plus logique », précise le délégué général de la confrérie. En parcourant les tables de dégustations, plusieurs viticulteurs ont salué cette petite évolution. « C’est dans les grands crus que le sol doit parler. C’est une excellente chose d’aller dans ce sens », estime Grégory Zancristoforo, œnologue à la Maison Charles Wantz, à Barr. Michel Blanck, de la Maison André Blanck à Kientzheim, présent à la même table de dégustation, abonde dans le même sens. Et pour lui, ce n’est que le début. « Les Bourguignons mettent leurs terroirs en avant depuis longtemps. Nous, on démarre à peine. C’est un long travail qui demande beaucoup d’éducation des consommateurs et aussi des producteurs. Ce sont certainement nos successeurs qui récolteront les fruits de l’évolution que nous vivons actuellement. » Alors, encore plus de vins de terroir lors des prochaines dégustations du Sigille d’Alsace ? C’est évidemment le souhait d’Éric Fargeas qui rappelle au passage que ce concours est ouvert à tous les viticulteurs du vignoble, qu’ils soient membres ou non de la confrérie Saint-Étienne. « Ce n’était le cas il y a plusieurs années en arrière. Mais depuis pas mal de temps maintenant, tout le monde peut prétendre décrocher le Sigille qui, il faut le souligner, reste une distinction hautement qualitative puisque seuls des vins déjà mis en bouteille peuvent être présentés, et seuls un tiers d’entre eux sont au final retenus par les jurés. »

« Crémants d’Alsace Magazine »

Un numéro bien rosé

Publié le 22/01/2018

En kiosque et proposé sur le comptoir de dégustation des vignerons et metteurs en marché de vins d’Alsace, le dernier numéro de « Crémants d’Alsace Magazine » se consacre notamment aux crémants d’Alsace rosés, qui ne proviennent pour l’heure que du pinot noir, sauf expérimentation… Une garantie de signature et d’authenticité et une exigence de pratique qui vont au-delà de l’ensemble des rosés effervescents du marché…

Il y a deux façons de vinifier des vins rosés. Une manière simple consistant à couper des vins blancs avec un peu de rouge. Et une manière complexe consistant à n’utiliser que des raisins rouges et à les macérer pendant un temps donné de manière à ce que les pellicules cèdent un peu de couleur au jus, mais pas trop. Toute la difficulté réside dans la juste macération pour obtenir la couleur souhaitée. Mais au final, l’un comme l’autre font du rosé. Le sujet est sensible, car certaines appellations comme les rosés de Provence veillent scrupuleusement à ce que le consommateur soit bien informé pour savoir s’il s’agit d’un rosé de coupage ou de macération. En 2009, les producteurs provençaux étaient montés à Strasbourg pour dénoncer un flou juridique introduit par la Commission européenne sur l’étiquetage des rosés. Et avaient eu gain de cause… Cela dit, la plupart des rosés effervescents ou en vins tranquilles du monde s’autorisent les deux pratiques. Mais quelques appellations, dont les crémants d’Alsace, s’imposent l’exigence des macérations et saignées, et s’interdisent les coupages de blancs avec du rouge. Qu’on se rassure en Alsace, le cahier des charges de l’appellation d’origine contrôlée « Crémant d’Alsace », homologué par décret, stipule que « les vins rosés sont issus du seul cépage pinot noir ». Avec des raisins blancs à l’essai, mais en macération Donc, pas de raisins blancs dans le crémant d’Alsace rosé, ce qui constitue là une garantie sur la qualité, et surtout l’authenticité et l’homogénéité de style bien encadré par le règlement d’appellation. Une réglementation appelée peut-être à évoluer : en effet des expérimentations sont en cours pour maintenir la phase de macération, mais introduire une macération d’une petite proportion de pinots blancs. Absolument pas de coupage de vins donc ! Ne pas y voir là une révision à la baisse de la qualité, car on préserve la macération et on s’interdit les coupages colorants, explique Olivier Sohler, directeur du Syndicat des producteurs de crémant d’Alsace, mais simplement un alignement sur les pratiques champenoises qui autorisent des raisins blancs dans leurs rosés. Cela dit, à l’intérieur de ce cadre bien prescrit, un large panel de pratiques laisse encore le champ libre aux domaines et maisons viticoles alsaciennes pour affirmer des styles et du caractère. Ce que nous avons d’ailleurs constaté dans notre dégustation de la soixantaine de crémants rosés pour la revue Crémants d’Alsace Magazine, désormais en kiosque et chez vos vignerons… Viser la juste coloration À commencer par la phase de macération préfermentaire au pressoir des raisins dont l’intégrité des baies doit être rigoureusement préservée, de la vendange, obligatoirement manuelle, à leur introduction dans le pressoir ! Cette phase de macération, durant laquelle les baies sont en contact avec le jus, conduit les pellicules du pinot noir à céder au jus de la couleur, les fameuses anthocyanes, et des tanins : plus on attend, plus la phase liquide se colore, et plus le jus d’abord rosé tend vers un rouge éclatant. Tout l’art du vinificateur est de viser la juste coloration sur jus, sachant que le jus, puis le vin, perdront ensuite de la couleur tout au long du processus de vinification. Et en bouche, cette macération au pressoir n’est pas sans effets sur la tannicité du futur crémant, c’est-à-dire ses notes astringentes. Le risque est de se retrouver avec un crémant trop charpenté. Le crémant rosé, c’est tout un art ! D’où un contrôle gustatif de tous les instants du jus s’écoulant sous le pressoir, et une parfaite connaissance préalable de la qualité de sa vendange de pinot noir, qui ne doit en aucun cas être trop mûre. De toute façon, le vin serait trop riche naturellement en alcool pour prétendre à une deuxième fermentation en bouteille et acquérir encore 1,5 degré d’alcool supplémentaire. Imaginez un crémant à 15°… Bref, le crémant rosé de pinot noir, c’est tout un art. Et c’est une niche alsacienne qui généralement ne souffre d’aucun problème de commercialisation. Mais l’on comprend aisément que l’obtention de la couleur lors de la phase de macération prolongée au pressoir, constitue un aspect essentiel de la réussite du crémant d’Alsace rosé. Les œnologues le disent en général : « Le rosé est la vinification la plus compliquée qui soit », pour viser la juste couleur, qui conditionnera de toute façon le cerveau du dégustateur sur la qualité du vin. Explication avec le neurophysiologiste Gabriel Lepousez dans la revue Crémants d’Alsace Magazine. Des accords gastroviniques étonnants Toutefois, les couleurs du crémant rosé d’Alsace, du rose pâle au rose intense, avec des nuances du violet au jaune, en passant par le tuilé, le cuivré, l’orangé, l’œil-de-perdrix, réservent parfois d’énormes surprises en bouche. Ceci pour deux raisons : le vinificateur a tout loisir de doser les vins en sucres selon son bon vouloir, et à la différence des crémants de raisins blancs, le rosé de pinot noir peut contenir ces tanins astringents, lui conférant une certaine charpente gustative. Ce qui explique d’ailleurs les propositions gastroviniques des sommeliers d’Alsace, qui sont parfois allées sur des accords de viandes rouges et même du gibier ! Et c’est ainsi, que le crémant rosé d’Alsace, bien qu’il soit encore réservé à un marché de niche, s’offre à lui une extraordinaire palette gastronomique, pourvu que l’on retrouve dans les plats, de-ci de-là, des baies de petits fruits rouges qui viennent en accompagnement, en garniture, ou qui constituent le centre d’intérêt du mets. Ça tombe bien ! La gastronomie alsacienne adore ces baies de petits fruits rouges - airelles, cassis, framboises, groseilles, fraises, fraises des bois - qu’elle décline sous toutes les formes de plats salés ou sucrés.

Publié le 18/01/2018

À Ammerschwihr, Frédéric et Arnaud Geschickt se sont définitivement réorientés vers les vins libres en 2013. Ils ont eu besoin de deux ans pour revoir leurs circuits de vente.

Au 1, place de la Sinne, ne cherchez ni panneau ni flèche qui inviterait à pousser la porte du porche d’entrée pour s’asseoir à l’une des deux tables en bois massif prévues pour déguster. Il n’y en a pas. Le temps où le particulier pesait 90 % des achats appartient au passé. Le domaine Geschickt a mené deux révolutions sur une douzaine d’années. La première a lieu en 1998. À l’époque, l’entreprise est dirigée par Frédéric et Christophe Geschickt. Les deux frères sautent à pieds joints dans la biodynamie après avoir suivi une formation au CFPPA de Rouffach. « C’est mieux. Les préparations aident les plantes à reprendre leur autonomie. La biodynamie est une démarche complète. Ce n’est pas simplement remplacer un herbicide par une intervention mécanique » souligne Frédéric. Les difficultés surgissent en troisième année. L’effet des désherbants de synthèse ayant cessé, l’herbe repousse vraiment. Le désherbage du cavaillon se pose avec acuité dans des sols bruns de la plaine, dans les coteaux argilo-calcaires et sur les arêtes granitiques. Ils exigent qu’on intervienne avec une charrue à rasettes quand la terre n’est ni trop humide, ni trop sèche. Aujourd’hui, le domaine a adopté des disques butteurs. Ils sont passés en moyenne trois fois par an. Le débuttage est effectué au moins une année sur deux. « La question du désherbage du cavaillon n’est jamais définitivement réglée » insiste Frédéric. Il composte ses propres marcs avec du fumier de vache. Il stimule ses vignes avec des préparations classiques en biodynamie (bouse de corne et silice) mais aussi plus originale comme la tanaisie qui remplace le BT. Selon l’année, il utilise entre 300 g et 1,5 kg/ha de cuivre métal. Depuis deux ans, il sème un rang sur deux des mélanges personnels à base de pois, féveroles, seigle et trèfle. Une telle stratégie vise des rendements mesurés. « 50 hl, c’est l’idéal. 40 hl, c’est vital » résume Aurélie Fayolle qui rejoint le domaine en 2012, en même temps qu’Arnaud, son compagnon, fils de Christophe. Cette double arrivée lance une deuxième révolution. Celle des vins non sulfités, non filtrés. Frédéric s’y essaye dès 2008 sur un crémant et un riesling. Il essuie un échec en 2009 avec un riesling. Il tente un pinot blanc en 2010. Il persiste les années suivantes. Arnaud donne de l’ampleur à ce choix en 2013. En 2014, 95 % des vins ne reçoivent plus de SO2. « Réussir une telle vinification n’est pas qu’une technique de cave. La qualité du raisin en est la clé de voûte. Elle suppose elle-même un bon équilibre microbiologique de la vigne » signale Arnaud. Avec Frédéric, il réalise un suivi méticuleux et ne lésine pas sur les analyses (acidité volatile, sucres) pour ne pas avoir de mauvaises surprises. Un sulfitage de 1 à 2 g/hl intervient uniquement si la déviation repérée est jugée « irrémédiable » ou sur un vin présentant un profil de vendanges tardives. Deux ans à faire le dos rond La ligne est de produire en douze ou vingt-quatre mois d’élevage des vins secs à moins de 2 g/l de sucre restant, pinot gris et gewurztraminer compris. « En dégustation, notre échelle de valeur a changé. Nous sommes moins regardants sur la pureté aromatique et le fruit. La texture, la longueur sont devenues plus importantes. Il y a des oxydations qui peuvent s’accepter parce qu’elles ne sont pas préjudiciables à la vitalité du vin. Elles disparaissent lors du carafage. Ce sont des vins qui ont un truc en plus alors qu’on y met moins d’intrants » expliquent Frédéric, Arnaud et Aurélie. Sur la carte, leur gamme de vins de cépage, de terroir, de liquoreux et de bulles est flanquée d’un smiley qui précise le type de vin auquel le consommateur doit s’attendre. L’évolution de l’offre a entraîné un changement de clientèle. Aurélie y a passé une grande partie de son temps. « Nous avons participé aux événements organisés par des vignerons qui gravitent autour de grands salons comme Millésime bio. Ils reviennent moins chers et les personnes qui les fréquentent recherchent des vins de niche comme les nôtres. Nous nous sommes constitués un réseau de grossistes qui diffusent notre gamme auprès des professionnels. Nous avons développé l’export via des importateurs vers le Japon, les États-Unis, le Québec, l’Italie. Nous nous rendons au moins une fois par an à l’étranger. Environ la moitié des clients particuliers nous ont suivis. Leur part est tombée à 15 % des ventes » raconte Aurélie. La phase de transition a duré deux ans. « Il a fallu faire le dos rond et se contenter de peu » commente Frédéric, persuadé que le renouveau était une nécessité. « « Nous ne voulions pas connaître le sort de certains de nos collègues contraints d’arrêter la bouteille pour devenir vendeurs de raisins. Il fallait nous différencier en nous positionnant sur un créneau porteur ».

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