Vigne

Publié le 19/10/2017

Nouveau logo, nouvelle plaquette, nouvelles actions de communication : le groupe des producteurs-négociants en vins d’Alsace, rebaptisé Les Grandes Maisons d’Alsace, donne rendez-vous aux restaurateurs et aux amateurs de vins d’Alsace à travers des dîners gastronomiques tournants en Alsace, dans des restaurants réputés pour leur carte des vins. Le 2 novembre, c’est au Restaurant de la Gare à Guewenheim qu’aura lieu l’événement.

C’est heureux pour le vignoble, un groupe de 32 producteurs-négociants en vins d’Alsace s’est fédéré autour d’un même projet de communication ambitieux et « porteur d’image valorisante » : des dîners gastronomiques d’exception en présence des producteurs-négociants et du sommelier Pascal Leonetti. « Il fallait rebooster la maison, déjà se faire connaître en Alsace », introduit Pierre Heydt-Trimbach, président des Grandes Maisons d’Alsace, c’est la nouvelle dénomination des producteurs-négociants en vins d’Alsace. Il s’inscrit dans un mouvement général de constitution de groupes professionnels dans le vignoble alsacien (ACT, DiVINes, Jeunes vignerons du Synvira) qui unissent leurs forces pour porter haut les couleurs du vin d’Alsace. Avec une certitude : « Globalement la qualité des grands vins d’Alsace est actuellement sous-valorisée », constate Pierre Heydt-Trimbach. Le groupe a confié au sommelier Pascal Leonetti le soin de « redonner aux vins d’Alsace des lettres de noblesse » à la hauteur des accords gastronomiques qui seront proposés dans ces « dîners d’exception avec Les Grandes Maisons d’Alsace ». Une formule gastronomique à prix attractif La formule de chaque soirée a de quoi séduire : un grand restaurant choisi pour les efforts qu’il consacre à sa carte des vins, un repas gastronomique, et à chaque fois quatre Grandes Maisons d’Alsace représentées pour commenter leurs vins et les commentaires didactiques du sommelier pour les accords. Le tout pour 50 euros. À ce tarif-là, cet événement gastronomique va jouer à guichets fermés… « Nous visons aussi les jeunes générations, et c’est un plaisir de rendre accessibles certaines cuvées à ces occasions », ajoute Laure Adam, membre du groupe. Un premier dîner de lancement s'est déroulé à la Taverne Alsacienne du chef Jean-Philippe Guggenbuhl, à Ingersheim. Les producteurs-négociants ne cachent pas non plus leur ambition de « faire du lobbying auprès des restaurateurs », locaux dans un premier temps, car « combien de fois je vais dans des restaurants où les sommeliers nous proposent autre chose que du vin d’Alsace », déplore Pierre Heydt-Trimbach. « Même les Alsaciens de Strasbourg et de Mulhouse ne connaissent pas les vins d’Alsace », confirme Pascal Leonetti pour qui, Strasbourg notamment « devrait être une évidence pour le vignoble ». Et globalement, « les Alsaciens n’ont pas conscience des trésors qu’il y a dans leur région. Collectivement, il y a quelque chose à faire régionalement », observe Jacques Cattin Jr. S’inscrire dans la durée Puis la formule de ces dîners d’exception avec Les Grandes Maisons d’Alsace devrait s’exporter dans d’autres villes, Paris, New-York… : « On souhaite prendre le temps avant de monter en puissance, mais notre action s’inscrit dans la durée, il s’agit de faire parler de nous, de créer de l’émulation », explique la secrétaire générale du groupe des Grandes Maisons d’Alsace, Marie-Paule Sturm-Gilardoni. Qui ne fait pas mystère de formuler le vœu que d’autres groupes professionnels constitués du vignoble fassent de même. Quant au groupe des Grandes Maisons d’Alsace, il dispose d’un nouveau logo, d’une nouvelle plaquette, il projette également d’autres manifestations d’envergure. « Il y a un sentiment d’appartenance à une famille professionnelle. Cette initiative du groupe communication marque la volonté forte de promouvoir les vins d’Alsace dans une démarche humble et généreuse », explique Jacques Cattin Jr.

Publié le 19/10/2017

En prenant leurs précautions dès la phase d’extraction, les vinificateurs semblent avoir mis les chances de leur côté pour livrer un millésime 2017 mariant harmonieusement maturité et acidité.

Nicolas Secondé, œnologue chez Arthur Metz. Quelque 70 000 hl vinifiés en 2017. « Nos apporteurs ont été très vite sensibilisés à l’hétérogénéité de la récolte. Nous leur avons indiqué des valeurs cibles de richesse. Ils s’y sont tenus. Les raisins sont rentrés dans un état sanitaire très variable. Sur la même grappe, des baies mûres voisinaient avec d’autres qui ne l’étaient pas. Depuis trois ans, nous séparons les jus pour les vinifier séparément. En 2017, c’était encore davantage un enjeu. Nous avons fractionné trois jus par pressoir, pour le crémant comme pour l’AOC Alsace. La stratégie de pressurage a été adaptée par cépage et par niveau de maturité. Les levures, le niveau de turbidité de 50 NTU plus ou moins 25 et la température de fermentation de 14 à 18° ont été déterminés selon les mêmes critères. Quelques collages ont été effectués avec de la colle de poisson ou des protéines de pois sur raisins moins mûrs afin d’éliminer les amertumes décelées à la dégustation. Mais c’est resté très limité au final. L’objectif est d’obtenir des vins droits et élégants. Les jus présentent une belle trame acide qui permet d’envisager sereinement l’avenir ». Christian Engel, du domaine bio éponyme à Orschwiller. Autour de 1 200 hl vinifiés en 2017. « J’ai été impressionné par les degrés : des pinots noirs à 13,5° et blancs entre 12,5 et 13,6°. Même en commençant tôt, j’ai rentré des rieslings en surmaturité à 13-13,5°. Heureusement que les acidités sont bonnes ! Il y avait peu de jus de goutte dans les bennes. L’extraction a été plus longue car les raisins sont plus gros. J’ai pressé tous les cépages sur huit heures au lieu de six habituellement. J’ai débourbé vingt-quatre heures au maximum. Je n’atteins pas les 10 hl de bourbes sur 20 ha ! Au départ, j’ai levuré quelques dessus de cuve à 5-6 g et j’ai laissé monter à 21-22°. J’ai utilisé un peu d’enzymes sur gewurztraminer. J’ai collé les protéines durant et après fermentation à une dose de 80 g/hl de bentonite pour sylvaner et gewurztraminer, à 20 g pour tous les autres. Les premiers jus sont nets, sans les traces de cuivre que je craignais au départ. J’ai déjà soutiré des vins au bout de quatre semaines. J’ai un pinot noir qui macère depuis début septembre. 2017 est une année sympathique en cave. Ce sera un millésime typique de l’Alsace ». « Facile à vinifier » Daniel Noll, Eàrl Charles Noll à Mittelwihr. 300 hl vinifiés en 2017. « Tous mes raisins provenant des terrains lourds autour du domaine étaient sains avec des rieslings à 11,5 et à plus de 12, des pinots gris et des gewurztraminers au-dessus de 13. J’ai appliqué mon programme traditionnel de vinification. J’ai pressé trois heures et demie en montant jusqu’à 1,8 bar. J’ai chaptalisé de 0,5° un muscat et un riesling pour les monter à 12°. J’ai sulfité à 4 g/hl, débourbé à froid, enzymé et levuré à 10 g/hl tous mes lots. Je n’ai pas eu à coller, mais comme chaque année j’ai traité entre 40-50 et 70-80 g/hl de bentonite car le secteur est connu pour avoir souvent des problèmes de protéines. Les fermentations ont débuté en trois jours. Elles sont régulières et ne dépassent pas les 22-23°. Les premières sont achevées. Les vins sont prêts à être soutirés. Les rieslings qui sont encore d’habitude très fermés à ce stade expriment déjà leurs arômes. Globalement les acidités sont bien perceptibles. Dans mon cas, 2017 est un millésime facile à vinifier ». Jean-François Kueny, œnologue à la cave de Pfaffenheim. Environ 18 000 hl vinifiés en 2017. « L’état sanitaire est irréprochable. L’acidité moyenne tous cépages confondus s’établit à 5 g/l en sulfurique. Les pinots blancs titraient 12-12,5°, les rieslings 12° et les pinots gris 13,5-14°. Après deux heures trente de pressurage jusqu’à 1 500 millibars, les raisins qui étaient rentrés à 22-23° ont été descendus à 14° et sulfités à 5 g/hl. Ils n’ont pas été enzymés, mais centrifugés pour les ramener à 300 NTU, puis débourbés avec un objectif de 100 NTU. J’ai levuré toutes les cuves à 10 g/hl en utilisant cinq levures différentes selon le terroir et le cépage. Les fermentations se déroulent à 20-22°, 20° au maximum pour sylvaner et riesling. J’ai collé à la bentonite en préventif à 100 g/hl des gewurztraminers et des sylvaners riches en matière, à 80 g les autres blancs et à 50 g le pinot noir. J’ai détecté très peu de mauvais goûts. Les pinots bancs sont aromatiques et déjà croquants en fermentation. Les pinots noirs avec une belle acidité, et gris avec un côté fruité et fumé, compteront selon moi parmi les réussites de l’année. Les génériques s’annoncent comme des vins équilibrés à 13,2 d’alcool en moyenne. Le rapport acidité/maturité est une jolie surprise ». Propos recueillis entre le 28 septembre et le 2 octobre 2017    

Publié le 12/10/2017

La question n’est pas tant de savoir si la flavescence dorée arrivera un jour en Alsace, mais plutôt quand elle y fera son apparition. Les syndicats viticoles préparent son repérage. Comme à Dahlenheim.

Une fois qu’elle est installée, la flavescence dorée ne plaisante pas ! Ajoutez le coût des traitements insecticides obligatoires à la perte de récolte, voire à l’arrachage de la parcelle si plus de 20 % des pieds sont atteints, il y a de quoi porter un coup dont une exploitation mettra économiquement des années à se remettre, si elle se remet… Imaginer que la maladie stoppera sa progression relève du vœu pieu. En 2013, 58 % du vignoble français était classé en périmètre de lutte obligatoire. En 2015, ce taux était monté à 70 %… En d’autres termes, le risque est à la porte du vignoble alsacien. Pareilles perspectives font réfléchir les viticulteurs, à commencer par ceux de Dahlenheim et des dix autres communes (1) qui ont cette année répondu à l’appel de l’Ava pour participer volontairement aux premières prospections concernant la flavescence dorée. « J’en ai parlé avec des collègues d’autres régions que je côtoie sur des foires. Quand on voit les dégâts, on ne se pose pas longtemps la question s’il faut contrôler ou pas. L’esca détruit déjà chaque année 5 à 6 % de mes pieds. La flavescence, c’est l’esca puissance dix ! » juge Pascal Barth, vigneron indépendant sur 8 ha. La vingtaine de ses collègues qui s’est retrouvée mardi 3 octobre dès 7 h au club-house du stade partage visiblement cette vision. Avant de passer au terrain, les techniciennes de l’Ava, de la Chambre d’agriculture et de la Fredon (Fédération régionale de défense contre les organismes nuisibles) pratiquent une piqûre de rappel. Le phytoplasme qui provoque la maladie ne survit que dans la plante hôte (le cep de vigne) ou dans le corps de la cicadelle Scaphoideus titanus dans lequel il se multiplie en trente jours. Au terme de cette période, l’insecte inocule le phytoplasme à chaque nouveau pied qu’il pique. Précisons que pour être infectant, tout insecte issu d’une nouvelle génération doit auparavant avoir piqué un pied contaminé. Se focaliser sur la cicadelle vectrice est un combat quasiment perdu d’avance. Scaphoideus titanus est minuscule. Autrement dit quasi impossible à repérer et pas évident à atteindre par une pulvérisation. C’est d’ailleurs pourquoi trois traitements (2) sont conseillés en périmètre de lutte obligatoire. Ce nombre est cependant susceptible d’être abaissé à deux, à un, voire aucun en fonction de la population réelle de Scaphoideus titanus détectée par piégeage (un pour 30 ha) sur le terrain. Deux critères à observer Dans ces conditions, la meilleure réponse est de parcourir un ban, de préférence avant, ou alors juste après les vendanges, afin de repérer les pieds touchés pour, en cas de résultat positif, les arracher. C’est ce à quoi se sont exercés les viticulteurs de Dahlenheim durant une journée entière, par équipes de six à sept personnes. La procédure est simple. Un homme passe pour observer chaque cep sur deux rangs. Son attention doit être attirée par deux critères présents simultanément : sur cépages blancs, les feuilles s’enroulent et prennent une couleur jaune doré avec des nervures qui commencent elles aussi à jaunir ; le bois est peu ou pas aoûté. Sur rouge, la décoloration de couleur Bordeaux est plus prononcée ; elle s’étend par pans entiers de feuilles et les nervures demeurent bien vertes ; le bois reste vert. Chaque pied suspect est identifié par un ruban plastique rouge et blanc et photographié sur smartphone. L’application Vigi-AvA qui se télécharge en un clin d’œil et qui est utilisable pour tout signalement individuel, le géolocalise et transmet automatiquement ses coordonnées au Service régional de l’alimentation (SRAL) qui missionne la FREDON pour effectuer un prélèvement. L’échantillon sera analysé afin de déterminer si le pied est contaminé par la flavescence dorée ou atteint de bois noir, maladie qui se manifeste par des symptômes analogues mais dont la propagation est moins épidémique. A Dahlenheim, la prospection des 131 ha s’est terminée vers 18 h. « Nous avons marqué 245 pieds. Ils étaient le plus souvent proches de la forêt, là où séjourne la cicadelle à l’origine du bois noir. Dans un sens, c’est plutôt rassurant » analyse Damien Kelhetter, président du syndicat viticole. Ses membres disposeront d’ici quelques semaines d’une carte des pieds malades. Elle sera sa référence. L’Ava s’est donnée pour objectif que l’ensemble des syndicats ait prospecté la totalité du vignoble alsacien d'ici 2021. « Faire un état des lieux tous les cinq ans est un minimum » lance Vicky Chan Fook Tin, responsable des services techniques de l’Ava. « Mais nous n’avons rien contre les syndicats qui raccourcissent cet intervalle, voire qui visiteraient chaque année leur ban ».

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