Vigne

Aux domaines Schlumberger à Guebwiller

Vendanges préfectorales

Publié le 06/10/2017

Le préfet du Haut-Rhin, Laurent Touvet, a répondu samedi 30 octobre à l’invitation de la profession viticole en participant aux vendanges des domaines Schlumberger à Guebwiller. L’occasion d’évoquer tous les dossiers syndicaux.

Pour sa deuxième année de vendanges en Alsace, le préfet Laurent Touvet est allé vendanger une parcelle de pinot gris très en pente dans le grand cru Kitterlé. C’est sous un soleil magnifique que les invités ont rejoint le lieu de vendange des raisins où l’objectif a été de récolter durant la matinée l’intégralité d’une parcelle afin d’avoir suffisamment de raisins pour remplir le pressoir. Trois véhicules 4x4 ont acheminé les vendangeurs sur leur lieu de travail. Pour la cause, les voitures étaient décorées de ballons : les uns indiquant que, sans les traitements à l’hélicoptère, « c’est le bagne au boulot et la mort des vins de coteaux », les autres « Avec l’hélico, c’est facile, le boulot, et c’est plus écolo ». Une revendication des salariés des domaines Schlumberger demandant à bénéficier d’une dérogation pour les traitements, afin de pouvoir continuer à utiliser l’hélicoptère comme cela se pratique dans d’autres régions accidentées dans l’Union européenne, une pratique remise en cause au plan national. Pour Claude Vanyek, salarié depuis 38 ans aux domaines Schlumberger et délégué syndical CFTC, la dérogation concerne 120 hectares en Alsace et environ 800 ha de vignes au plan national. Le traitement à l’hélicoptère permet de traiter 60 ha en quatre heures en un seul passage, alors que sur des parcelles escarpées comme celles des domaines Schlumberger, il faut mobiliser six personnes pendant une semaine pour traiter la même surface. Un travail risqué en matière d’accidents du travail, du fait du relief accidenté, mais aussi de la proximité de contact avec les produits phytosanitaires. En attendant que des solutions alternatives se développent comme l’usage de drones, en cours d’étude, Claude Vanyek, au nom des salariés des domaines Schlumberger, a renouvelé sa demande au préfet de bénéficier d’une dérogation pour faire les traitements à l’hélicoptère sur les parcelles en forte pente. Il a demandé le soutien de l’administration, soulignant l’impression, dans la compréhension de ce dossier au plan national, de se sentir très seul alors qu’il est important de tenir compte du facteur humain, mais aussi de pouvoir continuer à produire des vins exceptionnels sur des terroirs sublimes tels que le grand cru Kitterlé et le Kessler. Affaire Albrecht : ordonnance d’irrecevabilité Dans les vignes, les invités ont pu mesurer la complexité de vendanges en forte pente et l’utilité de pouvoir accrocher son seau sur le dernier des fils porteurs. Les bottiches se sont remplies rapidement avec des raisins d’une très belle qualité et d’un excellent état sanitaire. Le président de l’Association des viticulteurs d’Alsace, Jérôme Bauer, a renouvelé ses remerciements au préfet ainsi qu’aux services de l’État, au niveau de la DDT 68 et de la DDFIP 68, pour la mise en place, cet été, des mesures d’accompagnement des incidences du gel d’avril 2017. « À ce jour, il nous reste à concrétiser le dispositif concernant la demande de reconnaissance pour les pertes de fonds - des réunions sont programmées prochainement ». Concernant le dégrèvement d’office de la taxe foncière sur les propriétés non bâties, les documents à remplir sont arrivés chez les vignerons dans une grande majorité des communes concernées. « L’organisation des vendanges s’est globalement bien déroulée, même si nos entreprises doivent de plus en plus faire preuve de faculté d’adaptation que ce soit au plan humain ou administratif. Les vendanges, principalement manuelles en Alsace, sont source d’échanges entre des personnes de différentes cultures et de différents horizons. En termes d’embauche, sur une période d’un peu plus d’un mois, cela représente plus de 22 000 vendangeurs qui participent aux travaux de récolte, sur environ 4 000 exploitations viticoles en Alsace », explique Jérôme Bauer. Au niveau social, le recrutement s’effectue principalement grâce au partenariat qui existe depuis plus de 22 ans entre Pôle Emploi, la MSA d’Alsace et l’Association des viticulteurs d’Alsace. Il permet de répondre aux attentes des vignerons et des candidats vendangeurs. La difficulté rencontrée au plan social est l’augmentation du nombre de papiers à réclamer au salarié avant le démarrage des travaux. « Cette année, nous avons eu à faire face aux questions liées à la complémentaire santé. Le système mis en place est loin d’être adapté à la taille de nos exploitations et à l’emploi saisonnier », précise le président de l’Ava. Il a fait part au préfet du Haut-Rhin de l’exaspération de nombreux vignerons face au millefeuille administratif. « Nous sommes toujours preneurs, sur le plan social, de la moindre once de simplification administrative ». Un autre dossier évoqué est celui du litige concernant les 144 vignerons victimes de la déconfiture de la SA Domaine Albrecht. Jérôme Bauer a fait part de son incompréhension. « Nous sommes sans voix car nous ne comprenons plus les orientations données par la justice française. Malgré notre manifestation du 23 août dernier, durant laquelle nous avons exprimé avec les victimes le ras-le-bol face au traitement judiciaire du dossier qui dure depuis 2012, nous avons eu, le 12 septembre dernier, la désagréable surprise de recevoir de la part de Jean-François Assal (vice-président chargé de l’instruction de ce dossier) une ordonnance d’irrecevabilité et de refus de mesure d’instruction complémentaire. Nous sommes surpris et choqués de certaines prises de positions et de certaines formulations dans cet acte juridique, mais nous vous laissons en juger par vous-même. Dans ce dossier, il faut croire que rien ne nous est épargné. Nous avons donc décidé de faire appel de cette décision. Monsieur le Préfet, je vous réaffirme, que nous ne lâcherons rien jusqu’à ce que justice soit faite ». Reprendre les négociations La profession viticole a fait part de son étonnement concernant la mise en place de la cartographie des cours d’eau pour l’établissement des ZNT (zone de non-traitement). La profession viticole a demandé au préfet d’exercer son rôle de médiateur afin de faire revenir Alsace Nature à la table des discussions qui ont été interrompues du fait du clash intervenu dans le Bas-Rhin à propos du GCO. Jérôme Bauer a également relaté le travail réalisé concernant la flavescence dorée : la profession s’est prise en main, car tout en n’ayant pas la maladie, elle a accepté de faire de la prospection et de la formation auprès des vignerons. À ce sujet, a été soulignée l’importance de la prise en charge des analyses par le Sreal. Le préfet a vivement remercié l’ensemble des participants à ce moment convivial. Concernant la cartographie des cours d’eau, il a souligné le travail important qui a été fait par les services en charge de ce dossier dans le Haut-Rhin et a bon espoir de réussir à remettre les gens autour d’une table pour que les négociations puissent se poursuivre. Il a salué l’esprit d’entreprendre des vignerons et s’est engagé à faire rayonner les vins d’Alsace, en Alsace et dans le monde. Concernant le traitement à l’hélicoptère, il s’est engagé à étudier les solutions particulières respectueuses de l’environnement et des personnes, car il n’y a pas de bons produits sans les hommes.

Kirsch d’Alsace, framboise d’Alsace, quetsch d’Alsace, mirabelle d’Alsace et whisky d’Alsace

Cinq eaux-de-vie sous indication géographique pour protéger les distillateurs

Publié le 04/10/2017

Le 26 septembre, le Syndicat des distillateurs et liquoristes d’Alsace présentait à la presse les cinq Indications géographiques dont il a la charge de défendre et d’organiser les cahiers des charges et leur suivi : kirsch d’Alsace, framboise d’Alsace, quetsch d’Alsace, mirabelle d’Alsace et la dernière née whisky d’Alsace. Cela se passait à la distillerie Hepp à Uberach dans la cave de vieillissement des eaux-de-vie de malt qui deviendront avec l’âge du whisky d’Alsace.

À peine s’est-il constitué en 2013, que le Syndicat des distillateurs d’Alsace s’est engagé dans un processus de demande de reconnaissance de ses eaux-de-vie en indication géographique. Une manière pour les distillateurs alsaciens d’affirmer leur identité régionale, mais surtout de permettre aux consommateurs de bien discerner les spiritueux élaborés par les distillateurs alsaciens des autres eaux-de-vie vendues en Alsace dans divers circuits de vente, mais qui n’ont pas été élaborées en Alsace. « Nous avons souhaité mettre en place le label IGP pour protéger notre savoir-faire », a précisé Yves Lehmann, distillateur à Obernai. Avec la réputation de savoir-faire dont jouissent les distillateurs alsaciens, certains seraient tentés d’apposer l’estampille régionale, quand bien même l’eau-de-vie proviendrait de contrées lointaines… Car en matière d’étiquetage et de commercialisation des eaux-de-vie, une certaine confusion pourrait régner. Désormais, pour revendiquer les cinq IG citées, il faudra adhérer au Syndicat des distillateurs et surtout respecter le cahier des charges que les distillateurs ont défini et qui est désormais reconnu par l’Inao et de fait, par le ministère de l’Agriculture qui a publié en 2015 au bulletin officiel ces cahiers des charges. Reste l’ultime étape de la reconnaissance européenne de ces cinq indications géographiques, qui est semble-t-il en bonne voie, explique Olivier Russeil, responsable du centre Inao Nord Est. Plus précisément, si les fruits à distiller de variétés bien précises peuvent venir d’autres régions, uniquement sous forme fraîche, les cinq eaux-de-vie dont il est question doivent avoir rigoureusement été distillées en Alsace par l’une des neuf distilleries adhérentes au syndicat*. Le whisky d’Alsace IG : une évidence Les quatre premières eaux-de-vie, à base de quetsches, cerises à kirsch, mirabelles et framboises s’appuient sur une histoire relativement bien ancrée dans la tradition agricole et gastronomique alsacienne, explique notamment Willy Hagmeyer. Curnonsky avait par exemple vanté en 1933 la mirabelle d’Alsace. Le whisky d’Alsace, dernière née des IG, pourrait en revanche prêter à questionnement quant à son rapport aux traditions gastronomiques locales. Pourtant, explique Yannick Hepp, l’élaboration du whisky en Alsace est apparue comme une évidence, depuis qu’un certain Gilbert Holl, brasseur à Riquewihr s’est essayé en 2000 à la distillation du moût de malt d’orge. Pourquoi ? « La distillation et la brasserie, les deux activités sur lesquelles s’appuient les élaborateurs de whisky, occupent une place prépondérante dans l’économie régionale. » Et ce avec une ressource locale spécifique : les eaux pures du massif vosgien participent à la signature minérale des eaux-de-vie. Avec de l’eau locale, du moût de malt d’orge brassé localement, une distillation et un élevage locaux, le syndicat des distillateurs a finalement obtenu le sésame de l’IG. Et ce, d’autant plus facilement que les distillateurs se sont imposé un cahier des charges assez drastique, qualitativement ambitieux, interdisant des assemblages de diverses provenances, et des pratiques telles que la coloration ou l’édulcoration du whisky. Pas de blend, pas de pur malt, le consommateur ne trouvera que du whisky d’Alsace sous forme single malt, après que l’eau-de-vie de malt d’orge a maturé au minimum trois années dans des fûts de chêne. Dans ce cadre hautement prescrit, chaque distillateur y trouve son compte pour affirmer sa patte. Et au final, le consommateur semble séduit. Il n’y a pour l’heure pas de chiffres officiels sur les quantités produites. Mais, à titre d’exemple, Yannick Hepp a démarré son activité de distillation des eaux-de-vie de malt, issues de la brasserie Uberach, en 2007, au terme d’une année catastrophique en fruit se remémore-t-il. Il avait alors distillé trois fûts. Ce sont désormais 620 fûts qui vieillissent dans ses caves.

Domaine Burghart-Spettel à Mittelwihr

Retour sur terre de la cuvée enterrée

Publié le 01/10/2017

En pleines vendanges, la tension montait peu à peu au sein du domaine Burghart-Spettel à Mittelwihr à l’approche du jour J, jour du déterrement de la palette de 600 bouteilles de riesling grand cru Mandelberg 2015, enfouies l’an passé à plus de 2 mètres de profondeur, à l’endroit même où ce vin avait pris naissance.  

Bertrand Spettel et son épouse avaient eu l’idée d’enterrer cette palette après avoir découvert, lors d’un voyage en Belgique, un vin qui avait vieilli durant une année dans de l’eau de mer. Un an après cet enfouissement, très précisément 363 jours, le jour tant attendu du déterrement est arrivé ce mardi 12 septembre. Toujours avec l’appui de l’entreprise Gsell de Sigolsheim qui avait déjà procédé à l’enfouissement et devant de nombreux invités pour la circonstance, la palette a fait sa réapparition après une année dans sa cave naturelle à l’abri de la lumière, des vibrations et à une température idéale. Un moment de stress pour les viticulteurs qui se sont empressés d’en ouvrir quelques bouteilles pour déguster, en compagnie de leurs invités, le fruit de leur initiative, comparant ce vin souterrain au même vin conservé en cave. Aux dires de quelques connaisseurs présents, le vin de cette cuvée élevée une année sous terre serait plus ouvert, plus expressif et plus aromatique avec des épices de poivre gris. Une opération qui semble donc s’avérer positive. Une réflexion est d’ores et déjà en cours pour une éventuelle reconduite de cette opération.

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