Vigne

Publié le 23/09/2017

Chaque été depuis 2013, pour le plus grand bonheur de ses passagers, un TGV fonce à 30 km/h à travers les chemins viticoles entre Eguisheim et Rouffach habituellement seulement empruntés par les professionnels qui exploitent dans le secteur.

Neuf heures vingt-cinq. Sur le parking de la mairie à Eguisheim, les retardataires se hâtent de monter dans les trois wagons où les participants du jour se serrent déjà. Cinquante-et-une personnes. Le maximum. « C’est la première fois de la saison qu’on est totalement plein ! » rigole Romain Siry, reconverti de la magistrature suprême (de Gueberschwihr) au guide touristique bénévole. À neuf heures pétantes, l’horaire prévu, Henri, le chauffeur, met les gaz. Le train gourmand du vignoble (TGV) est parti jusqu’en milieu d’après-midi. Long d’une douzaine de mètres, le convoi articulé ne peut pas reculer. Alors gyrophare tournant, il grimpe vers Husseren-les-Châteaux, les haut-parleurs distillant les commentaires de Romain. À la table d’orientation de Hattstatt, le guide annonce à son auditoire qu’il a sous les yeux « la région la plus sèche de France », celle qui « donne les meilleurs vins ». Il confie qu’il consulte ses notes, mais il est aussi capable de « broder » pour raconter l’histoire des vins d’Alsace. Moyennant 17 € pour un adulte et 6 € pour les 14-18 ans, le circuit du jour emmène les passagers du TGV manger un repas à base de produits locaux à Westhalten via Gueberschwihr, ses rues corridor orientées nord sud, conçues pour procurer alternativement de l’ombre aux caves et la colline sèche du Strangenberg. À la descente, Henri gare son attelage devant un parking où patientent le président de la communauté de commune et le maire de Westhalten ainsi que Laurence et Jean-Luc Schlegel qui ont dressé une simple table. En quelques secondes, le couple de vignerons indépendants de Westhalten a préparé les verres amenés par le TGV et que les participants peuvent emporter. Pendant que Romain sort le kugelhof, le jus de pomme pour les enfants et distribue des mini-bretzels, Jean-Luc sert un crémant suivi d’un gewurztraminer Zinnkoepflé 2013. Avec Laurence, il ne tient pas un long discours. Le couple se contente d’expliquer que le crémant est un assemblage et une appellation reconnue depuis quarante ans qui représente aujourd’hui un quart de la production alsacienne. Il précise que le gewurztraminer est un vin fruité qui constitue le fleuron de sa gamme avant de se mêler aux participants pour engager le dialogue et répondre aux questions. Trois bouteilles à gagner Comme presque chaque année, le domaine Schlegel-Boeglin n’a été sollicité que pour une seule date. « C’est la parité et la rotation entre viticulteurs, vignerons indépendants ou adhérents de la coopérative. C’est normal » estime Jean-Luc. Il participe « pour faire vivre le village. Si plus personne ne se propose, le circuit sera supprimé. Il y a eu des investissements. La route a été revêtue de bitume ». Laurence et Jean-Luc ont seulement investi quelques bouteilles et une heure et demie de leur temps. Un tirage au sort permet de désigner trois gagnants d’une bouteille à récupérer au domaine. « Nous sentons les gens un peu moins crispés pour acheter cette année » avouent Laurence et Jean-Luc. Les ventes aux passagers du TGV ont jusqu’à présent été modestes. Mais aujourd’hui, les chances paraissent bonnes. Un touriste belge figure parmi les gagnants du tirage. Christian et Myriam viennent en Alsace trois fois par an. Ils chargeront quelques bouteilles dans le coffre de leur voiture. Ils promettent de faire une visite au domaine avant leur départ. « Les retombées du TGV sont difficilement mesurables » reconnaît Hélène Guillon, agent de développement de la communauté de communes du pays de Rouffach, qui a pris l’initiative de mettre le TGV sur les rails. Il transporte 45 personnes en moyenne par voyage. 1 060 passagers l’ont emprunté sur les vingt-trois sorties effectuées en 2013. Ils étaient 1 402 en 2014 pour trente-deux voyages, 1 762 en 2015 et 1 690 en 2016 pour à chaque fois trente-sept échappées. Mais l’essentiel est peut-être ailleurs. « Cette animation a pour but de créer du lien sur le territoire, entre les communes, les restaurateurs et les viticulteurs partenaires, de mettre en avant nos paysages et nos savoir-faire » poursuit Hélène. Ce jour-là, le TGV a embarqué Jean-Marc, viticulteur retraité de Wettolsheim. Il s’est inscrit avec dix de ses amis vendangeurs. « Les locaux sont nombreux » souffle Henri. Leur objectif est « de se retrouver et de découvrir le vignoble sous un autre angle ». Un petit groupe de jeunes Chinois est également de la partie. Zhang, 9 ans, s’exprime dans un anglais parfait. « En Chine, nous n’avons pas ce type de vignes » dit-il. Plus tard, il veut être cuisinier. Il pense que le vin l’aidera à rendre ses futurs plats « délicieux ». Il n’entend ne rien rater de la dégustation prévue au programme. Le jour précédent, il a déjà goûté au crémant…

Publié le 22/09/2017

En l’absence de méthode curative de lutte contre le court-noué, une maladie virale de la vigne, des stratégies de développement de plantes résistantes ont été entreprises. Des chercheurs de l’Inra et du CNRS montrent que l’utilisation de porte-greffes transgéniques de vigne ne modifie pas les populations de virus et bactéries du sol. Ces résultats sont disponibles en ligne dans la revue « Plant Biotechnology Journal ».

Présente dans la quasi-totalité des régions viticoles du monde, le court-noué est une maladie virale qui engendre des pertes de récolte, voire la mort des vignes, et rend les terres impropres à la viticulture pour de nombreuses années. Le principal agent responsable en est le Grapevine fanleaf virus (GFLV). Il est transmis aux ceps de vigne par un nématode, un ver rond du sol, qui s’alimente en piquant les racines. Depuis le retrait des pesticides de synthèse, polluants et peu efficaces, utilisés pour contrôler les populations de nématodes, la certification de matériel végétal exempt des principales viroses est le moyen préventif principal susceptible de limiter la diffusion de la maladie. Cependant, cette approche n’empêche pas la contamination du plant installé dans un sol où subsistent virus et nématodes. L’absence de gènes de résistance au GFLV dans les collections génétiques naturelles du genre Vitis a jusque-là freiné la création de variétés résistantes de porte-greffe ou greffon par les méthodes classiques d’amélioration des plantes. Au cours des dernières décennies, des stratégies alternatives de développement de vignes résistantes ont été mises en place grâce aux biotechnologies. Afin d’en mesurer les impacts environnementaux potentiels, des chercheurs de l’Inra et du CNRS ont évalué, en milieu confiné, la possibilité de transfert de gènes de porte-greffe de vigne génétiquement modifié vers les micro-organismes de leur environnement biologique proche. Processus naturel, le transfert de gènes, dit horizontal, est une source potentielle de recombinaison susceptible d’être à l’origine de modifications dans le génome des virus de la vigne et des bactéries du sol présentes dans l’environnement racinaire. Ni transfert de gènes ni sélection de micro-organismes particuliers À la faveur des techniques les plus récentes de la métagénomique, les scientifiques de l’Inra et du CNRS n’ont pas détecté de transfert de la séquence transgénique du porte-greffe vers les virus ou les bactéries du sol après six à neuf ans de présence de vigne génétiquement modifiée. Cette culture de vigne génétiquement modifiée n’affecte pas non plus le niveau de résistance des bactéries du sol à un antibiotique, la kanamycine, et ne modifie pas la composition des communautés bactériennes qui gravitent autour des racines. Enfin, les chercheurs ont clairement montré que l’expression de la séquence transgénique est limitée aux tissus qui portent cette séquence, car aucune signature transgénique n’a pu être détectée au sein des greffons non transgéniques greffés sur les porte-greffes génétiquement modifiés. Des pistes de réflexion pour parler de biosécurité L’ensemble de ces résultats met en lumière le fait qu’au terme d’une décennie ou presque, la culture de vigne génétiquement modifiée n’a pas eu d’impact sur son environnement biotique. Ils constituent également des éléments susceptibles d’alimenter les réflexions bioéthiques et politiques autour de l’évaluation des biotechnologies végétales. Enfin, ils soulignent l’intérêt des méthodologies mises en œuvre pour évaluer l’impact des biotechnologies en milieu confiné.

Chez Jean-Luc Galliath à Bergholtz

Encore hébergés chez le viticulteur

Publié le 17/09/2017

Rares sont encore les viticulteurs qui hébergent leurs vendangeurs en Alsace. Jean-Luc Galliath à Bergholtz est l’une de ces exceptions. Chaque année, il retrouve avec plaisir deux Vosgiens qui viennent renforcer son équipe. Rencontre…

Il s’agit de sa 41e vendange chez le viticulteur haut-rhinois. Il n’a jamais vendangé ailleurs. Et surtout pas chez lui où il n’y a pas de vignoble. Philippe Laurent habite à Grandvillers, une petite commune non loin d’Épinal dans les Vosges. À 57 ans, il est en fin de carrière et travaille dans le pompage de béton. Et c’est au tout début de sa carrière professionnelle qu’il rencontre Jean-Luc Galliath. « Je bossais pour mon entreprise dans un hôtel non loin de Bergholtz. J’ai croisé quelqu’un qui vendangeait chez lui et qui m’a demandé si cela pouvait m’intéresser. J’ai eu envie d’essayer. Cela s’est très bien passé. Depuis, je reviens chaque année », raconte Philippe Laurent. À l’époque, partout dans le vignoble, la plupart des vendangeurs étaient hébergés. Cela se déroulait dans la convivialité. Le travail était prenant en journée. Et le soir venu, c’était la fête. Petit à petit, les contraintes administratives, l’évolution sociétale, mais également les disponibilités des potentiels vendangeurs ont fait que ce qui était la règle est devenu une exception. Philippe Laurent est ravi de poursuivre l’aventure. « Avec mon employeur, c’est très clair. Il sait que pendant trois semaines, je suis ici. J’ai commencé comme simple coupeur avant de pouvoir assumer quelques responsabilités », se félicite le Vosgien. En réalité, Philippe Laurent est devenu son bras droit, son homme de confiance. « Il connaît toutes mes parcelles. Après toutes ces années, il a également bien compris ma philosophie de travail. Une relation amicale et professionnelle existe désormais entre nous. Du coup, je lui fais entièrement confiance. C’est lui qui s’occupe des vendangeurs en tant que « chef d’équipe ». Quand je ne suis pas là pour une raison ou une autre, je sais qu’il est là et que cela va bien se passer », précise Jean-Luc Galliath. Depuis neuf vendanges, Philippe Laurent est accompagné d’Alain Crépin. Domicilié à Épinal, ce jeune retraité de La Poste, âgé de 63 ans, n’a pas hésité à suivre son ami. « Quand j’étais en activité, c’était impossible de me libérer. Dès la retraite, j’ai suivi Philippe qui me parlait des vendanges depuis de nombreuses années. Cela me permet d’être actif. J’apprécie cette période. Ici, on bosse dans la convivialité. Cela change du « train-train » quotidien. Et, du coup, cela me permet de mieux comprendre comment on fait le vin. Pour ma part, je coupe, je vide les seaux. Et puis je prépare la caisse de boisson », ironise Alain Crépin. Les deux Vosgiens sont arrivés sur l’exploitation samedi 28 août. Ils sont hébergés au sein même du domaine, dans la maison de la maman de Jean-Luc. « Héberger davantage de monde, c’est trop difficile car je n’ai pas de locaux disponibles pour le faire. Il y a 40 ans, c’était plus facile. Les vendanges duraient une dizaine de jours. Aujourd’hui, entre le crémant, l’AOC Alsace, les vendanges tardives, les vendanges sont très étalées. Avec Philippe et Alain, c’est simple et clair », ajoute le viticulteur. Rester ensemble Pour l’équipe de vendangeurs, une dizaine de personnes au total, la journée démarre avec un petit-déjeuner en commun à 7 h du matin, puis direction les vignes dès 8 h et jusqu’à 17 h environ. Le repas de midi est pris dans les vignes. Les journées peuvent être raccourcies par la pluie ou les grosses chaleurs. Ou encore, comme cette année, si le millésime est pingre en quantité. « Nous respectons un strict planning des vendanges. Je suis coopérateur chez Wolfberger. Je procède par étapes bien définies. On a débuté par les crémants qui représentent 50 % de la surface totale chez moi. Ensuite, pour l’AOC, on a commencé à vendanger les parcelles de pinot blanc. Je pense terminer vers le 13 septembre, sans compter mon grand cru Spiegel. Pour les vendanges tardives, on verra. C’est un millésime très atypique », note Jean-Luc Galliath. Après chaque journée de vendange, l’équipe de vendangeurs prend l’apéro. « C’est très important de rester ensemble. Il y a un temps pour tout. Le travail évidemment, mais la convivialité également. Cela permet d’entretenir les relations, l’amitié ». Un apéro qui se prolonge en soirée pour Philippe et Laurent avec le dîner et d’autres moments festifs. Des moments qui permettent aux Vosgiens de l’affirmer sans détour. « Nous serons encore là l’an prochain ».

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