Vigne

Publié le 07/09/2017

Là où le gel n’a pas sévi, le millésime 2017 est doté d’un rendement correct et d’un excellent potentiel qualitatif. Mais l’état sanitaire semble fragile. À surveiller comme le lait sur le feu, donc.

Jean-Marc Jost, vigneron indépendant sur 18 ha en bio à Scharrachbergheim. « Je vis une année délicate. La vendange se déroule quatre-vingt-dix jours après la fleur et non pas cent. Mon équipe de quinze personnes commence à 7 h pour terminer vers 13 ou 14 h. Je profite du moindre passage pour jeter un œil à mes vignes. Je cours beaucoup car l’état sanitaire se dégrade. Pinots noir et gris souffrent le plus. J’y vois la responsabilité des vers de la grappe et d’un retour de vigueur intervenu à la suite d’un travail du sol que j’ai déclenché pour tenir face à la sécheresse. La chaleur a d’autant plus réactivé la pousse que la faible charge n’a pas pu absorber les pluies tardives. Les dégâts de gel ont été mesurés. Je table sur une baisse de 20 à 25 % de mon rendement selon les parcelles, évidemment plus pour le gewurztraminer qui devrait chuter de 60 %. La fin des vendanges, vendange tardive exceptée, peut arriver très vite. D’ici deux semaines peut-être. J’espère un retour de la fraîcheur. 17° à 7 h du matin le 5 septembre c’est trop ! »   Michel Dietrich vigneron indépendant sur 18 ha à Dambach-la-Ville. « Je tourne sur mes parcelles tous les trois jours. L’état sanitaire est impeccable. Les pluies de 5 et 10 mm le 31 août et le 2 septembre n’ont rien changé. Il n’y a pas eu de trombes d’eau. Je n’ai constaté ni foyers de pourriture, ni attaques de guêpe. Les peaux notamment sur riesling sont encore assez épaisses. Nous pensions démarrer le 11 septembre. Nous avons avancé au 4 en rappelant nos vendangeurs. Beaucoup de nos habitués ont fait preuve de souplesse. Tous les raisins à crémant titrent entre 10 et 11°. Le pinot noir a été coupé début de semaine. Nous enchaînons avec les auxerrois et le pinot blanc en fin de semaine. Les autres cépages peuvent attendre. Mais je reste vigilant ! Je prévois des vendanges sur quatre semaines. Avec beaucoup de vignes en coteau, nous avons été peu touchés par le gel. Le gewurztraminer manquera cependant. Je parie sur 40 hl/ha. La moyenne du domaine devrait approcher les 70 hl, à peine un peu moins que la normale. L’équilibre sucre/acidité des raisins est très beau. 2017 devrait donner des vins croquants et secs, notamment des rieslings fruités avec une jolie colonne vertébrale acide ». Une demi-récolte à Turckheim Michel Lihrmann, œnologue de la cave de Turckheim, 380 ha d’apports. « La précocité du millésime a fait que beaucoup d’adhérents de la cave ont dû mobiliser leur famille pour rentrer dès le 24 août les surfaces les plus impactées par le gel. Nous avons vu des pinots blancs à 20 kg/are soit 15 hl/ha. Souvent il y a zéro pour le gewurztraminer, à peine 20 à 30 hl/ha pour les autres cépages. Dans les parcelles non gelées, l’écart s’établit entre 40 et 60 hl/ha en fonction du cépage et de la situation. C’est moins que ce que pensaient les adhérents. Nous nous acheminons vers une demi-récolte ! La récolte ne va pas traîner. D’ici le 15 septembre, 80 % des raisins seront rentrés. La cave qui était habituée à traiter entre 26 000 et 30 000 hl/an ne devrait pas dépasser les 15 000 hl cette année. Quand il y a des raisins, ils sont sains. À 11, les crémants atteignent largement les degrés. Je vois aussi des gewurztraminers à 14°. Mais ils sont à 5 hl/ha. Je ne m’inquiète ni pour la qualité, ni pour l’acidité. Les pinots sont au-dessus de 5 en sulfurique. Les premières fermentations partent calmement. Il y a suffisamment d’azote assimilable. Les premiers jus sont francs et nets ».   Stéphane Chaise, directeur du domaine Schlumberger, 126 ha en production à Guebwiller. « Nous nous apprêtons à vivre cinq semaines la tête dans le guidon ! Nous faisons nos observations d’après un système de relevés sur le comportement de la végétation entre deux et trois fois par semaine. L’état sanitaire est parfait, les acidités sont d’un niveau élevé. Les maturités sont bonnes. Certaines peaux, notamment celles des pinots, paraissent fines. Selon l’endroit, ça peut aller très vite. Il ne va pas falloir se louper sur les dates de récolte. Les 5 à 6 mm de pluie tombés dans la nuit du 30 au 31 ont un peu calmé le jeu. Nous nous sommes organisés après la fleur pour que tout soit opérationnel le 4 septembre. Nous avons démarré à cette date par les auxerrois qui étaient déjà contrôlés à 11,5° le 28 août. Nous vendangeons avec deux équipes qui sont à pied d’œuvre l’une à partir de 7 h 30 et l’autre à 8 h. Notre vignoble n’a été touché ni par le gel, ni par la grêle, mais des parcelles ont souffert de la sécheresse. Le rendement sera plus faible qu’en 2016. Nous prévoyons 40 à 50 hl/ha plutôt que 50 à 60 hl comme d’habitude ».   Propos recueillis entre le 1er et le 5 septembre par Christophe Reibel

Publié le 07/09/2017

Après bien des tractations, la gestion du Moulin de Dusenbach à Ribeauvillé, a été confiée aux Grands Chais de France, par l’intermédiaire de leur filiale Arthur Metz. La famille Schwebel reste partie prenante dans l’affaire par un Groupement foncier viticole.

Les Grands Chais de France obtiennent l’exploitation et la gestion du domaine du Moulin de Dusenbach à Ribeauvillé (26 ha). Mais la famille Schwebel reste partie prenante dans la propriété du domaine par l’intermédiaire d’un groupement foncier viticole, dont le tour de table n’a pas été communiqué. Après le domaine Klipfel à Barr (25 ha), c’est le deuxième domaine en moins de deux ans dont l’exploitation est confiée à LGCF, par l’intermédiaire de sa filiale alsacienne Arthur Metz. À Barr, la reprise foncière de la maison Klipfel, a été effectuée par l’intermédiaire de deux GFV (groupements fonciers viticoles) constitués par le groupe financier La Française, filiale du Crédit Mutuel Nord Europe : le GFV Clos Zisser et le GFV André Lorentz. Dans le cas du Moulin de Dusenbach, la famille Schwebel reste partie prenante dans l’affaire avec le GFV Schiefferberg, dont on ne sait si des établissements financiers sont partie prenante. Avec ses centres de collecte et de pressurage bien répartis sur l’ensemble (Scharrachbergheim – Epfig – Colmar), la maison Arthur Metz peut rationaliser la logistique des vendanges et de l’exploitation viticole, là où le Moulin de Dusenbach éprouvait quelques difficultés, le foncier étant réparti sur 15 communes. La reprise du Moulin de Dusenbach, n’a finalement été officialisée qu’à la veille des vendanges, au prix de longues tractations. Jean Schwebel avait acheté ce domaine en 2008 à Bernard Schwach, qui avait cependant conservé 4 ha de vigne. La famille Schwebel escomptait dégager des synergies avec son activité de production de foie gras Feyel-Artzner, mais l’exploitation de ce domaine avait finalement plongé toute la maison de foie gras dans la difficulté, jusqu’au redressement judiciaire. Une solution de reprise a finalement été trouvée cet été avec la SAS Franciade qui conserve 69 des 98 salariés du site de Schiltigheim.

Troisième contrôle de maturité

Les guêpes aux aguets

Publié le 06/09/2017

Les raisins résistent pour l’heure bien à la météo incertaine et aux précipitations. L’acidité totale reste très honorable, mais surtout les pH restent bas proches de 3. Toutefois, l’état sanitaire se dégrade sur les raisins à pellicule fine.

Les vendanges battent leur plein dans le vignoble alsacien. Et pour l’heure, les données de maturité, collectées par le Civa et mises en ligne, témoignent d’une très bonne acidité (qui a cependant fort baissé), tout en résistant remarquablement à l’évolution de la maturité. Les toutes dernières données datent de prélèvements effectués le vendredi 1er septembre. Entre Orschwihr et Ribeauvillé, les pinots blancs et les auxerrois affichent entre 10,5 et 11,5° d’alcool potentiel pour des pH oscillant entre 2,9 et 3,2, à la faveur de belles concentrations en acide tartrique. Au 30 août, les données de gewurztraminer indiquent quasiment toutes une maturité très avancée pour ce cépage, souvent supérieure à 13° et même proche de 14°. Après la quantité très faible, c’est l’état sanitaire des gewurztraminers qui préoccupe avec beaucoup de piqûres de guêpes et des baies tuilées et contenant des larves de drosophiles. Il en va de même pour nombre de parcelles de pinot noir et de pinot gris, qui ont eu à subir des attaques d’hyménoptères et de drosophiles, conduisant les viticulteurs à réviser leur organisation habituelle des vendanges, et devant récolter des pinots noirs de cuvaison avant les crémants. Les grappes extrêmement agglomérées et la finesse des pellicules accentuent ces nouveaux risques sanitaires de fin de cycle, conférés par les insectes. S’ajoutent à cela, des populations de pince-oreilles extrêmement élevées dans certaines parcelles. L’évolution des rieslings reste en revanche très modérée, comparée à celle des pinots, avec des titres alcoométriques potentiels se situant autour de 9,5°/10,5° du nord au sud du vignoble au 28 août, des pH à 2,8/2,9 et une acidité totale se situant le plus souvent entre 7 et 8 g/l en équivalent sulfurique, ce qui rappelle le millésime 2013 ou 2008.

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