Terroirs alsaciens
Les jeunes vignerons ont créé une carte des lieux-dits cadastrés
Terroirs alsaciens
Publié le 04/11/2020
Après quatre années d’un travail fastidieux d’enquête, de recensement des revendications et d’un lourd travail informatique, les Jeunes vignerons indépendants d’Alsace publient la carte des lieux-dits. Un manifeste destiné à relancer la reconnaissance des terroirs à vins d’Alsace.
Vignerons indépendants et autres metteurs en marché de vins d’Alsace revendiquent plus de 250 lieux-dits cadastrés sur leurs étiquettes. Sauf indication de la commune, qui est d’ailleurs sujette à contestation par la DGCCRF, il n’était cependant pas possible d’identifier où se situe le lieu-dit en question, sauf à se le faire expliquer par le vigneron au doigt sur une carte relativement muette. « Pour moi, un projet de terroir n’existe pas tant qu’il n’est pas matérialisé et visible sur une carte », introduit Mathieu Deiss, jeune vigneron à Bergheim. Désormais, grâce au travail des Jeunes vignerons indépendants d’Alsace (Synvira), tous les lieux-dits sont recensés et identifiés sur une même carte accessible en ligne. Permettant ainsi à n’importe quel dégustateur « du monde entier » de repérer d’où vient le vin d’un lieu-dit revendiqué. [ les Jeunes Vignerons cartographient les terroirs alsaciens ] Lundi 12 octobre, nous vous dévoilerons notre vision des... Publiée par Jeunes Vignerons d'Alsace sur Mercredi 7 octobre 2020 Quatre années de travail Ce travail, on le doit aux quarante Jeunes vignerons indépendants d’Alsace, particulièrement Denis Hébinger et Mathieu Deiss, comme orchestrateurs du dossier, assistés de Sylvain Perrot-Minot et de Jean Eichholtzer. « Nous avons ressenti le besoin de montrer où se trouvent les lieux que nous revendiquons sur les étiquettes ». Une œuvre qu’il a « fallu créer de toutes pièces » puisque les crus en usage ont été délimités à la borne près, à partir de la « compilation des données ». Pour le recensement des données, « chacun des membres de ce groupe de jeunes vignerons est allé frapper à la porte de ses voisins et des anciens » pour identifier les lieux-dits. Ils ne prétendent pas avoir identifié tous les usages en vigueur et cette carte, en libre accès, est donc « appelée à évoluer », à être complétée. « Mais la carte reste précise, le trait est fin, de borne à borne », souligne Denis Hébinger. Un travail à poursuivre Charge aux acteurs du vignoble désormais de compléter la carte, « il n’y a aucune appropriation, nous avons juste listé les usages existants », souligne Mathieu Deiss. « Plus cette carte sera enrichie, plus elle mettra en valeur la richesse des terroirs de ce vignoble alsacien. » Ce travail tient lieu de manifeste en faveur du développement de l’identité des vins par le terroir, la seule mention vin d’Alsace et du cépage ne permettant actuellement pas d’identifier l’origine du vin plus précisément qu’à l’échelle de la région viticole. À l’exception des grands crus et de onze crus autorisés à préciser davantage leur origine communale. Pour Denis Hébinger et Mathieu Deiss, cette carte « donne à voir d’en haut la multitude de ces petits gestes qui font d’un vin ordinaire un vin unique marqué par son terroir ». Jusqu’à présent, aucun travail de synthèse ne permettait de se rendre compte de toute la richesse des terroirs de lieux-dits en Alsace. « Les jeunes souhaitent ainsi que leurs pairs s’approprient ces notions et retrouvent une nouvelle fierté, que le travail sur le cépage ne permet pas, ou plus vraiment », ajoute Denis Hébinger. Une hiérarchie des crus en six couleurs Comme pour enfoncer une cale dans la porte de la hiérarchisation des terroirs alsaciens, les jeunes vignerons ont décliné la carte en six couleurs, du plus foncé pour les grands crus au plus clair pour l’AOC. Et le ban de chaque commune a sa couleur propre, une façon de mettre en avant chacun des villages de la côte, « socle de l’identité viticole à la française » selon eux. Enfin, ils ont réorienté la côte viticole alsacienne à l’horizontale, « ce qui place les coteaux en haut et la plaine en bas » de la carte. Une manière de remettre en cause la hiérarchie usuelle de valeurs du vignoble, qui rémunère les raisins en fonction de leur catégorie de cépage, plutôt qu’en fonction de leur origine géographique et des handicaps naturels inhérents à la culture de la vigne en coteaux. « Et de mettre les crus sur un pied d’égalité. Il n’y en a pas de meilleurs et de moins bons, ils sont juste différents. On espère que ce travail servira de base à la hiérarchisation des crus, en particulier de l’arrivée des premiers crus », fortement attendue au demeurant. « Je voulais rendre hommage aux jeunes, à leur travail fait de passion et de compétences. Le résultat est magnifique. Cela augure de la direction que devra prendre le vignoble alsacien actuellement engagé dans une réflexion de fond Alsace 2030 », a indiqué Francis Backert, le président du Synvira.












