À Marlenheim, Xavier Muller a réduit ses surfaces de 8 ha pour se recentrer sur les 11 ha restants. Un choix dicté par la conjoncture et par la volonté de développer la vente en bouteilles.
Au plus fort de son activité, Xavier Muller cultive 26 ha de vignes, dont il vend les raisins à une maison de négoce. « Quelque chose me manquait. Je sentais que je n’allais pas au bout de mon métier », explique le vigneron de Marlenheim. En 2002, il acquiert un ancien moulin sur l’île de la Thomanns Muehle, au bord de la Mossig. Tout en continuant à vendre une partie de sa production sous forme de vrac ou de raisins, il élabore et commercialise ses propres vins. En 2014, son fils aîné, Franck, s’installe à son compte : il lui cède 7 ha. En 2019, nouveau virage : Xavier se défait de 8 ha en location pour se recentrer sur les 11 ha restants. « C’était la dernière limite pour trouver des repreneurs. Aujourd’hui, il est difficile de louer quand on ne sait pas quoi faire du raisin. Ce que le vignoble vit aujourd’hui, on le sentait venir », indique le vigneron. En tant que vendeur de raisins, il connaît bien la stratégie des grands metteurs en marché, qui n’achètent que ce qu’ils peuvent vendre. S’il a réduit sa surface de 8 ha, ce n’est pas parce qu’il souhaite vivre mieux, assure-t-il, mais « pour mieux m’occuper de ce que j’ai et développer la vente en bouteilles. Je veux consacrer plus de temps à mes clients, sans avoir éternellement le nez dans le guidon », dit Xavier, aujourd’hui âgé de 56 ans. Il dirige le domaine avec l’aide de son fils cadet, Pierre, en charge de la partie commerciale, de son épouse, de sa nièce et d’un apprenti.
S’il ne vend pour l’instant qu’aux particuliers, Xavier Muller ne veut se fermer aucune porte : d’où le choix de conduire ses 11 ha selon le référentiel HVE 3 (haute valeur environnementale), très prisé de la grande distribution. Pour autant, il n’opte pas pour le bio, préférant tester différentes techniques sur son domaine plutôt que d’adopter un modèle tête baissée. À la recherche d’une vigne « équilibrée », il utilise très peu d’engrais et depuis quatre ans, il sème du seigle un rang sur deux sur l’ensemble de ses surfaces pour conserver l’humidité du sol. « Nos vignes en coteaux sont très vite en manque d’eau », argumente-t-il. Il estime qu’une vigne qui n’a pas été stressée, ni conduite pour produire le maximum donne un raisin sain, apte à la vinification. Xavier s’efforce de travailler le sol « quand c’est utile » et n’utilise plus de désherbant qu’à faible dose. Il suit de près les essais de son fils aîné, qui a acheté l’an dernier une charrue pour travailler sous le rang. Suite à une formation à la méthode Simonit & Sirch, Franck l’a également sensibilisé aux avantages d’une taille vers l’extérieur du pied, telle qu’il l’avait vue pratiquer sur les arbres fruitiers. En évitant les plaies de taille et les entassements de végétation, Xavier peut se passer d’anti-botrytis depuis quelques années. En plus du soufre et du cuivre, il ne s’interdit pas d’autres produits en fonction de la situation sanitaire.
300 camping-cars à l’année
Les raisins récoltés manuellement sont légèrement macérés et pressurés entiers par cycles de 4 à 8 heures, en fonction de leur état sanitaire. En cave, le vigneron limite le recours aux intrants. Il vinifie toutes ses cuvées à l’identique, sous le contrôle de l’œnologue Paul Borja, qui le conseille depuis qu’il s’est lancé dans la bouteille. Il utilise des levures sélectionnées pour assurer un départ en fermentation sous 48 h. Compte tenu du volume vinifié, de 200 à 250 hl en moyenne, il n’a pas la possibilité de faire des cuvées différentes d’un même cépage, ce qui n’incite pas à prendre des risques. « Si je loupe ma cuvée de riesling ou de gewurztraminer, tout est loupé », dit-il. Pour la même raison, il sulfite ses moûts. Il élève ensuite ses vins sur lies fines.
Pour écouler ses 30 000 bouteilles, Xavier mise notamment sur la vente au caveau. D’avril à octobre, hormis en 2020 à cause du Covid, il reçoit 300 camping-cars sur son domaine. Il accueille aussi des bus, propose des dégustations, des visites du vignoble au printemps et en été, et reçoit des « vendangeurs d’un jour » au moment de la récolte. « C’est le touriste qui nous fait vivre », dit-il. Cette politique d’accueil et de fidélisation de la clientèle lui a permis de sauver la fin de l’année 2020, avec des ventes sur novembre-décembre comparables à celles de l’année précédente. Les vins du domaine sont également vendus via la Ruche qui dit oui de Marlenheim - le domaine accueille les distributions chaque mercredi -, à la cave des Hospices de Strasbourg, où le vigneron élève deux cuvées, et au magasin de producteurs la Nouvelle Douane à Strasbourg, où Xavier assure une permanence par roulement avec quatre autres viticulteurs. La situation du domaine, au cœur de 8 ha de prairies mais pas très éloigné de la ville, laisse entrevoir d’autres possibilités, comme l’aménagement de gîtes, de chambres d’hôtes ou d’une salle de réception à l’étage. Des projets qu’il appartiendra à son fils Pierre, de développer, seul ou avec un investisseur.
Notre domaine s'est lancé dans une nouvelle aventure... Le BIB ! Retrouvez dès maintenant, au caveau, les bibs Pinot Noir et Rosé en format 5L pour votre plus grand plaisir gustatif????
Publiée par Domaine Xavier Muller - Marlenheim sur Mercredi 26 août 2020