Vigne

Julien Camus, directeur du Wine Scholar Guild

Développeur de programmes de formation sur le vin dans le monde entier

Publié le 17/02/2021

Il y a vraiment « des pépites dans le vignoble alsacien », soulignent très souvent des professionnels du vin d’Alsace. À Labaroche, discrètement perché sur les cimes surplombant la plaine colmarienne, réside l’un des principaux développeurs de programmes de formation sur le vin dans le monde. Ses formations ont impacté des dizaines de milliers d’étudiants. Il a fondé la Wine Scholar Guild.

Julien Camus a de qui tenir. C’est le fils de Pascal Camus, œnologue et ancien directeur de la distillerie Wolfberger, aujourd’hui retraité dans les Vosges. « De son parcours, j’en ai tiré une leçon, celle de ne devoir rendre des comptes à personne et donc une volonté farouche d’être mon propre patron. » Frais émoulu de l’EM Strasbourg (École de management), il s’expatrie à Toronto puis à Washington, où il officie en tant que « Trade Attaché for Wines & Spirits », auprès de l’ambassade de France. « C’était en 2004, dans le contexte de sentiment particulièrement anti français, exacerbé par le discours de Dominique de Villepin lors de la deuxième guerre d’Irak », rappelle-t-il. Susciter la demande plutôt que pousser l’offre Il lui est alors demandé par les importateurs de vins français de proposer des solutions pour « stimuler la demande, plutôt que de pousser l’offre ». Constatant les tiraillements au sein des instances du commerce extérieur français, il décide de s’y employer en organisant l’événement Taste of France, rassemblant 700 amateurs et professionnels et 25 importateurs dans les locaux de l’ambassade de France. Pendant trois ans et demi, Julien Camus organisera ainsi 300 événements de la sorte, « dont 90 % sur Washington ». Lassé par le côté éphémère de l’événementiel, et n’ayant pas véritablement réussi à essaimer dans les autres États américains, cette fameuse mission de « susciter la demande » lui laisse, en 2008, un certain goût d’inachevé. Il se dit alors que pour « susciter la demande », c’est d’abord au niveau de l’éducation qu’il faudrait agir. Car, à l’époque, « aucun programme de formation avancée sur les vins français n’est proposé en langue anglaise ». Le West (Wine & spirit education trust) occupe le terrain, mais ne dispense aucune formation approfondie sur les vins français. L’idée lui vient alors de créer le programme de formation et de certification « French Wine Scholar ». Au prix d’un travail acharné, il met au point un programme de formation en anglais sur les vins français, composé d’un manuel pédagogique détaillé, de supports PowerPoint, e-learning (déjà !) et d’examens, avec une approche par vignoble et terroir. Son manuel French Wine Scholar, premier manuel d’enseignement des vins français en anglais donc, sort en 2008 avec le soutien de Viniflhor. Il convainc cinq écoles d’enseigner ce programme sur la base d’un corpus proposé clefs en main pour l’enseignement des vins français aux États-Unis. « On fonctionne selon un modèle de franchise que peuvent acquérir les wine school », précise Julien. Dans 97 écoles de 27 pays Douze années ont passé… Les programmes de la « Wine Scholar Guild » sont aujourd’hui dispensés dans 97 écoles de 27 pays du monde. La formule s’est enrichie avec des modules interactifs, des quiz, des programmes de révision (flash card) et d’e-learning (cours en ligne). Mais, surtout, le Wine Scholar Guild ne se cantonne plus aux seuls vignobles français. La formation est étendue aux vignobles d’Italie et d’Espagne. L’Allemagne est aussi dans les tuyaux… Et si le West est resté incontournable avec ses quatre niveaux de diplômes, drainant chaque année 100 000 étudiants dans 800 écoles, « nous nous positionnons sur des programmes de niche, avec une offre de formations complémentaires. En général, les étudiants qui suivent notre French Wine Scholar program ont suivi le West niveau 2 et 3 auparavant ». La formation s’adresse en réalité à tous les cavistes, importateurs, distributeurs et, plus généralement, à tous les acteurs du secteur tertiaire de la filière vins, désireux de parfaire leurs connaissances sur les vignobles. « Aujourd’hui, on est 12 salariés de Wine Scholar Guild. » À ce jour, « des dizaines de milliers de personnes ont été formées », dont 4 000 diplômés juste pour le French Wine Scholar Program. Mais Julien Camus et son équipe ne s’arrêtent pas en si bon chemin. Ils ajoutent un niveau de « fondation » à leur offre : les Wine Scholar Prep Courses. Ces programmes « consumer-friendly », c’est-à-dire plus ludiques qu’académiques, « ratissent large ». Ils replacent les vins dans leur contexte culturel, géographique et touristique. « Et on décide de mettre des producteurs en avant quand ils jouent un rôle historique. » Plus international que jamais, Julien Camus s’est néanmoins intéressé au vignoble alsacien : « En 2016, nous avons développé un programme de formation spécifique et approfondi sur les vins d’Alsace (« Alsace Master-Level Program »). Il est enseigné en ligne et complété par des voyages de formation dans la région. En attendant, le vignoble alsacien dispose d’un véritable influenceur mondial. Puisse-t-il en avoir conscience…   ?Every year, the Wine Scholar Guild is proud to honor those who set themselves apart by their extraordinary professional... Publiée par Wine Scholar Guild sur Vendredi 5 février 2021  

Angela et Ghislain

D’Amour et de schiste

Publié le 11/02/2021

À Albé, le domaine Moritz-Prado est un peu atypique dans le paysage viticole du secteur. Créé en 2018 à partir de rien, il est le fruit d’une histoire d’amour, née il y a douze ans, entre Angela Prado, la Colombienne de Bogotá, et Ghislain Moritz, l’Alsacien de Reichshoffen. Une aventure ambitieuse qui se matérialise aujourd’hui dans les vins de terroirs et de cépages produits sur les coteaux schisteux de ce village montagnard.

C’est une danse entre le soleil et la montagne, le feu et la pierre, la Colombie et l’Alsace. Une danse qui a démarré dans les ruelles romantiques de Montmartre et qui se poursuit aujourd’hui sur les coteaux schisteux de la petite commune d’Albé, au-dessus de Villé. Angela Prado vient de Bogotá, la capitale sud-américaine aux huit millions d’habitants. Ghislain Moritz est un enfant de Reichshoffen, au nord de Haguenau. Elle a 35 ans, il en a 36. En 2018, ils se sont lancés dans la grande aventure vigneronne en créant leur petit domaine de 5 ha en partant de rien. Moritz-Prado était né, sur les étiquettes du moins. Car, entre eux, le début de l’aventure remonte au 25 décembre 2009, à l’occasion d’un Noël entre amis à Paris. Elle étudiait l’économie à Rennes, lui revenait de la vallée du Douro, au Portugal, où il venait de terminer une expérience enrichissante d’œnologue dans un domaine viticole. « J’étais rentré en France pour repartir aussitôt en Roumanie où une nouvelle opportunité professionnelle s’offrait à moi en tant que maître de chai », se rappelle-t-il. Il ne le savait pas encore mais ce petit interlude parisien allait prendre un accent latin inattendu. « Nous avions un ami commun. Il a organisé cette fête, il nous a invités, on s’est rencontrés. » Ils ont causé, échangé, un peu rigolé. Sans aller plus loin. Ghislain était encore en couple lors de cette première rencontre. « Son histoire était intéressante mais je n’avais aucun intérêt à aller plus loin. Il est parti en Roumanie et je lui ai souhaité bon courage pour la suite », se remémore Angela. Un « soleil » venu de l’Ouest L’histoire aurait pu s’arrêter là, comme tant d’autres. Mais il était écrit quelque part que Bogotá et Reichshoffen devaient faire un (très) gros bout de chemin ensemble. Un mois après cette première rencontre, Ghislain revient à Paris. La discussion reprend avec un détail d’importance : il est à nouveau célibataire. « Là, il est devenu très intéressant », glisse Angela avec son regard rieur. La suite ? Une sorte de mélange entre Lost in Translation, La La Land et Amélie Poulain. « On a marché dans les rues de Paris, on est montés jusqu’à Montmartre, jusqu’à se perdre. On s’est spontanément mis à danser comme ça, sans réfléchir. » Ghislain le romantique oui, mais Ghislain l’Alsacien d’abord. Cette inoubliable virée piétonne dans les ruelles parisiennes se termine autour d’un bon Picon bière bien d’ici. Angela ne connaissait pas ce breuvage, elle adore. Pas de chichi, un bonheur simple autour d’une mousse aromatisée. « Ça, c’est carrément nous ! », lancent-ils en chœur. Et un état d’esprit : l’optimisme, la volonté d’aller de l’avant, la détermination. Pour Angela, c’est juste une évidence. « Mes parents ont vécu des choses difficiles, en Colombie. Alors, si tu as un toit, de quoi manger et une famille qui t’aime, tu te dis que tu n’as pas le droit de te plaindre. Et puis, comme me disait ma mère : un sourire, c’est gratuit. Alors, autant sourire ! » Ce trait de personnalité a particulièrement séduit Ghislain, lui-même très optimiste de nature : « Je préfère les gens joyeux et entraînants ! » Surtout avec un beau regard vert pétillant comme celui d’Angela. Douze ans après, Ghislain est toujours sous le charme. « La première fois que je l’ai vue, c’était en photo. J’ai été foudroyé par sa beauté. C’était un soleil venu de l’Ouest ! », admet-il. Pour Angela, l’effet « whaou » devant la beauté de son amoureux s’est conjugué avec sa grande capacité d’écoute. « La deuxième fois qu’on s’est vus, il s’est rappelé avec précision tout ce qu’on s’était dit la première fois, jusqu’aux noms des personnes de ma famille. C’est l’une de ses plus grandes qualités, encore aujourd’hui. » Cinq mois plus tard, une certitude : c’est elle/lui. Il la demande en mariage. Elle dit oui. Vulnérabilité et écoute Ghislain retourne en Roumanie, laissant Angela terminer ses études en France. Après un an passé à distance, elle le rejoint là-bas. Après Bogotá, Rennes et Paris, direction le Judetul Vâlcea, au cœur de la campagne roumaine, pour participer à la « renaissance » du domaine Avincis. Elle est embauchée pour s’occuper du marketing, sans en avoir fait auparavant. « Pour me faire venir, les propriétaires ont eu la bonne démarche de m’inclure dans le projet », explique-t-elle. Mais la transition est difficile pour elle. « À la base, je suis une maxi-citadine. À aucun moment, je ne m’imaginais aller vivre un jour à la campagne. » Et quelle campagne : la capitale, Bucarest, est à 200 kilomètres, le premier village est à 10 kilomètres. « Pour qu’une Colombienne, qui rêvait de vivre à Paris, accepte d’aller au fin fond de la Roumanie, il faut être sacrément amoureuse quand même… » Sur place, ses sentiments sont mis à rude épreuve. Très loin de sa famille, loin de la ville, le moral d’Angela en prend un coup. Elle vit des moments « obscurs », son ego en prend un coup. Elle qui se voyait faire carrière dans l’économie, la gestion et les relations internationales se retrouve à être la « femme de » pour certaines personnes. En face, Ghislain entend, écoute, comprend. « J’étais sur mon petit nuage tandis qu’elle était triste. Il fallait trouver une solution qui nous permette d’aller de l’avant. C’est une épreuve qui nous a fait grandir et qui a fait évoluer notre dynamique de couple. On est devenus plus forts pour la suite », relève le jeune vigneron. À ce moment-là, Angela s’inscrit à un master en commerce international vins et spiritueux à Dijon. Pendant un an et demi, elle se forme, elle apprend… et retrouve Paris une fois par mois. « Je reprenais une bouffée de CO2 », s’amuse-t-elle encore aujourd’hui. L’Alsace, sinon rien Dès le début, cette expérience roumaine devait être temporaire. « On s’est dit : OK, on y va ensemble, mais ensuite, on monte notre propre projet. » En juillet 2017, ils reviennent en Alsace chez les parents de Ghislain avec leur premier fils Mathis, des idées plein la tête et beaucoup de bonne volonté. Ils auraient pu choisir un autre vignoble où s’installer, mais l’Alsace a toujours été la seule et unique option à leurs yeux. « Déjà, j’ai de la famille ici. Et puis, il y a la richesse du terroir, des cépages… », justifie Ghislain. Manque l’élément essentiel : le foncier. Quand on n’est pas du milieu, surtout en Alsace, mettre la main sur des parcelles de vigne n’est pas la chose la plus aisée. Sauf quand le destin fait bien les choses. À force de passer des coups de fil et de frapper à des portes, leur horizon s’éclaire. Le viticulteur Gilbert Beck souhaite se délester de ses cinq hectares situés à 500 mètres d’altitude, au-dessus d’Albé. Dans le même temps, ils font la connaissance de Pierre Sperry et son épouse, leurs « anges gardiens », vignerons retraités à Bleinschwiller, qui acceptent de leur louer leur cave pour vinifier leurs vins. Le projet Moritz-Prado peut enfin démarrer, non sans quelques réserves d’Angela qui souhaitait plutôt s’installer le long de la Route des vins. Ses doutes sont rapidement levés lorsqu’ils s’installent dans l’appartement situé au-dessus de l’ancienne école d’Albé. « Quand on est arrivés dans le village, les gens étaient délicieux avec nous, contents de voir des jeunes arriver et s’installer pour durer. » Le bonheur en famille… et à deux Depuis, la famille s’est agrandie avec l’arrivée d’Elias, et le domaine Moritz-Prado est sorti petit à petit de l’anonymat. La première récolte 2018 démarre fort autour d’un super millésime ; 30 000 bouteilles sont produites autour de dix vins différents. Ils fidélisent leurs premiers clients : un tiers de particuliers, un tiers de restaurateurs et un tiers à l’export. Ils passent en bio en 2019 avant d’évoluer vers la biodynamie en 2020 et leurs premières expérimentations en vins nature. La crise du Covid-19 interrompt ce bel élan. Comme pour de nombreux confrères vignerons, l’année est difficile. Mais ils tiennent bon et gardent la foi dans leur projet. « Si on reste dans la peur, on ne fait rien de toute manière », observent-ils. Toujours regarder devant soi, avec le sourire. Un avenir qui se matérialisera bientôt dans leur propre cave - et maison - qui doit prochainement sortir de terre à Albé. Grandir oui, mais à taille humaine. « Cinq hectares, ça nous suffit. On ne court pas après la quantité, du moment que l’entreprise est rentable. » Pas question de faire l’impasse sur le bonheur familial et, quand ils ont un peu de temps pour eux, sur le plaisir d’un rendez-vous en tête-à-tête. « Sur une année, cela doit désormais se compter sur les doigts d’une main. C’est quand on fait des salons en France ou à l’étranger qu’on en profite le plus pour se retrouver tous les deux. Ça reste dans le cadre du travail, c’est vrai. Mais vu qu’on prend du plaisir à ce que l’on fait, ce n’est que du positif au final ! »       La saison de #taille a officiellement commencé chez @maisonmoritzprado Pour nous donner bonne conscience, on s'est... Publiée par Maison Moritz Prado - Vins d'Alsace sur Dimanche 27 décembre 2020    

Cave des hospices de Strasbourg

Une sélection en trois temps

Publié le 07/02/2021

À la cave des hospices de Strasbourg, la nouvelle promotion est arrivée. Les vins ont été sélectionnés lors de trois dégustations distinctes pour tenir compte des contraintes sanitaires.

Habituellement, la sélection des vins admis à séjourner dans la cave des hospices de Strasbourg réunit une centaine de personnes, dont les membres de la société civile d’intérêt collectif agricole (Sica) et leurs invités. Cette année, pas question de rassembler 100 personnes sur un même site. En raison des contraintes liées à la crise sanitaire, la dégustation a été scindée en trois séances distinctes. La première a eu lieu le 20 janvier à la cave des hospices de Strasbourg, les suivantes à Dambach-la-Ville et à Vœgtlinshoffen, les 21 et 22 janvier. L’objectif de ces séances, a rappelé Xavier Muller, président de la Sica Chais des hospices de Strasbourg depuis quelques mois, était de choisir les vins les plus aptes à un élevage en tonneau. À charge pour les dégustateurs d’apprécier le potentiel d’évolution de ces « bébés vins » non filtrés susceptibles de passer six mois sur lies, bien à l’abri sous les voûtes de la cave historique. « Fin février, la cave doit être pleine », a signalé Xavier Muller, précisant que des dates de vendanges toujours plus précoces obligent à réaliser la mise en bouteilles en juillet. Deux séances sont d’ores et déjà programmées début et fin juillet pour mettre en bouteilles les 762 hl du millésime 2020, provenant de 19 maisons différentes. Des tonneaux sont libres Cette année, les volumes sont moins importants que l’an passé, en raison du départ à la retraite d’un vigneron et du retrait de deux maisons de vins, la maison Klipfel, à Barr, et la coopérative Wolfberger. Ces défections libèrent plusieurs tonneaux, soit un peu plus de 200 hl sur les 1 200 hl de capacité de la cave. D’où l’appel lancé par Xavier Muller aux participants présents : « Si vous connaissez des vignerons intéressés pour élever des vins dans ce magnifique endroit, n’hésitez pas à nous les adresser. » L’entrée de nouveaux adhérents se fait par cooptation. À ce jour, la cave des hospices de Strasbourg héberge des vins de toutes les familles professionnelles (vignerons indépendants, négoce, coopération). « C’est un lieu magique qui rassemble la totalité du vignoble, de Cleebourg jusqu’à Thann », se réjouit le président de la Sica, qui met en avant la richesse des échanges au sein de ce collectif, que ce soit lors des dégustations ou des événements liés à la promotion des vins. Présent à la dégustation de sélection, Michaël Galy, directeur général des hôpitaux universitaires de Strasbourg, a fait part de son attachement à ce « lieu chargé d’histoire » qu’est la cave des hospices de Strasbourg. Celle-ci est très connue du monde hospitalier, comme celles des hôpitaux de Dijon et de Lyon. Précédemment en poste dans d’autres régions viticoles, Michaël Galy, qui a pris ses fonctions en septembre dernier, sera attentif à ce que « cette cave, qui rend service aux viticulteurs, continue à produire une part de rêve », a-t-il promis.

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