Vigne

Publié le 10/03/2021

À Châtenois, le domaine Edelweiss a pris le virage du bio, il y a une quinzaine d’années, alors que le marché était encore balbutiant. De nouvelles orientations s’ouvrent à lui aujourd’hui.

Idéalement placé au bord de la route des vins, sur le ban de Châtenois, mais à la limite de Scherwiller, le domaine Edelweiss fait face aux châteaux de l’Ortenbourg et du Ramstein. Du parking, on aperçoit aussi le Haut-Koenigsbourg. Nadine et Sylvie Blumstein sont aux commandes depuis que leur père, Hubert, a pris sa retraite, il y a dix ans. Les deux sœurs, formées au lycée de Rouffach, s’installent sur l’exploitation familiale en 1998. Nouvelle génération, nouvelles idées : elles souhaitent convertir le domaine au bio mais pas question de passer en force. Il leur faut d’abord convaincre leur père. « La mise en route a tout de même pris quelques années. On manquait de personnel. Et ce n’était pas une demande de nos clients », rappelle Sylvie, la cadette. Le domaine compte 18 ha, répartis sur les communes de Châtenois, Scherwiller, Dambach-la-Ville et Epfig. Soucieuses de valoriser leur production tout en restant récoltantes à 100 %, les deux sœurs cherchent moins à augmenter leurs surfaces qu’à mettre en valeur certains terroirs : elles acquièrent ainsi 40 ares de grand cru Frankstein à Dambach-la-Ville et 50 ares sur le lieu-dit Hahnenberg à Châtenois. « Nous voulions un grand cru, cela manquait à notre carte, explique Sylvie. Nous avons préféré arracher le pinot noir qui y était planté, alors que nous en manquions, et replanter du pinot gris. » L’aménagement d’une parcelle sur le Hahnenberg répond à la même logique : pouvoir proposer à la clientèle des vins issus d’un « joli terroir » gagné sur un pan de forêt défriché et mis en valeur par quatre viticulteurs locaux. Le domaine Edelweiss exploite aussi des vignes sur le Fronholtz à Epfig et en appellation communale Scherwiller. Nadine et Mickaël, son mari, arrivé au domaine en 2005, réalisent l’essentiel du travail dans les vignes, aidés d’un salarié et d’un apprenti. Ils testent la taille Poussard pour limiter les maladies du bois. « Cela va à l’encontre de la taille traditionnelle, mais on voit le résultat », affirme Mickaël, qui parle de 500 pieds morts en moins, depuis deux ans, grâce à cette technique. Le domaine Edelweiss travaille le sol mécaniquement. Le buttage et le débuttage sont réalisés grâce à un cadre enjambeur Boisselet. Un outil rotatif fixé dessus permet de travailler sous le rang. Dans l’interrang, Mickaël sème des couverts végétaux, qui sont généralement roulés au rolofaca avant floraison. Il utilise du compost depuis deux ans, l’objectif étant d’en épandre sur 3 à 4 ha tous les ans, par roulement, pour aider la vigne à trouver un meilleur équilibre. « On n’a pas encore trop de recul », avoue le vigneron, même s’il est convaincu que « les vignes qui souffrent ont repris de la vigueur ». Pour les protéger, la famille Blumstein recourt classiquement au cuivre et au soufre, avec pour objectif d’espacer les traitements autant que possible. « Avec l’expérience, on y arrive mais on s’est fait quelques frayeurs au début. » Nadine s’intéresse à la biodynamie et s’apprête à suivre une formation sur le sujet, en vue de dynamiser la vigne avec des préparations de plantes pour qu’elle puisse mieux se défendre. Un clin d’œil à la drôle d’année Le domaine Edelweiss dispose de deux pressoirs pneumatiques et d’une cuverie inox constituée en majorité de cuves de 20 à 40 hl permettant de vinifier séparément les moûts issus de sélections parcellaires. Un filtre lenticulaire a été acquis il y a deux ans, afin d’obtenir une filtration plus douce et respectueuse des arômes des vins. Ceux-ci sont vinifiés de manière traditionnelle. Depuis quelques années, l’accent est mis sur la réduction des doses de soufre. « On ne met pratiquement rien à la vendange. Sur vins secs, on arrive à 80 mg de soufre total. » Depuis 2011, le domaine élabore tous les deux ans un vin nature : élevé sans soufre, non filtré, il passe 12 mois en demi-muid de 500 litres d’acacia ou de chêne. Si cette cuvée est pour l’instant l’exception, les sœurs Blumstein ont la volonté d’aller plus loin dans cette direction mais elles comptent le faire progressivement pour ne pas bousculer leur clientèle. En attendant, les vins sont élevés sur lies et soutirés le plus tard possible pour les protéger de l’oxydation tout en limitant la dose de soufre. « Nos vins ont leur personnalité. Ils ont la réputation d’être digestes, souligne Sylvie. Nous voulons rester dans notre gamme. Ce qui compte, c’est que la clientèle continue à les apprécier. » Les deux sœurs lancent régulièrement de nouvelles cuvées, comme ce riesling Carpe Diem sorti en clin d’œil à la drôle d’année 2020 ou la cuvée Roule ma poule, un assemblage de muscat et de gewurztraminer, lancé en série limitée de 2 000 bouteilles. Ordinairement, 20 % des ventes se font au domaine, 20 à 25 % auprès de la restauration et de quelques cavistes. La famille Blumstein réalise une vingtaine de salons par an et anime 40 à 50 dégustations sur le modèle des réunions Tupperware, dans l’ouest de la France. Autant de débouchés mis à mal par la crise sanitaire. Approché il y a trois ans par la grande distribution, le domaine commercialise aussi ses vins auprès d’une vingtaine de magasins de l’enseigne Auchan, essentiellement dans le Bas-Rhin. L’ouverture de ce nouveau débouché s’est faite sans concession sur les prix, se réjouit Sylvie, qui travaille en direct avec les magasins, sans passer par la centrale d’achat du groupe.

Publié le 09/03/2021

La Cave Jean Geiler tente à son tour le pari du Bag-in-Box, ou BIB, avec son « P’tit blanc ». Un mélange « sec » et « fruité » de quatre cépages, et deux millésimes, qui veut séduire une nouvelle frange de consommateurs, tout en ne faisant jamais référence à sa région de production et son appellation très réglementée.

C’est ce qu’on appelle un numéro d’équilibriste. La Cave Jean Geiler se lance à son tour dans le créneau du Bag-in-Box, ou BIB, avec son « P’tit blanc de Jean », un délicat assemblage de plusieurs cépages du cru : du pinot auxerrois, du muscat, du chasselas et un quatrième que la réglementation empêche de citer ici. Tous les quatre sont issus des millésimes 2019 et 2020. « Aucune mention à la région de production, à une commune viticole, à l’un des trois cépages emblématiques de la région, ou tout autre élément en lien avec notre appellation n’est autorisée sur le packaging », souligne l’œnologue de la maison Nicolas Garde. C’est lui qui a chapeauté la partie réglementaire du projet, histoire de pouvoir sortir ce nouveau produit « en toute confiance ». « Sinon, on prendrait le risque d’induire les consommateurs en erreur. On ne doit pas pouvoir faire le lien avec nos AOC », précise-t-il. Sur ce BIB de trois litres, la seule indication géographique est l’adresse de la cave, écrite en petit. Une mention obligatoire qu’on soit dans l’appellation ou non. Pour le reste, c’est un vin de France qui mise sur la convivialité pour séduire le consommateur : une couleur dominante qui rappelle l’ardoise des bistrots, des mots-clés (apéro, piscine, raclette, fête, barbecue, etc.) et des qualificatifs (sec, fruité, blanc, frais) qui permettent de savoir immédiatement à quel type de vin on a affaire. Un « complément » à la gamme Ce BIB, vendu pour l’instant à 2 000 exemplaires dans les grandes surfaces environnantes et au sein de la cave, est le fruit d’une longue réflexion. Pour la Cave Jean Geiler, le constat était simple : 48 % des ventes de vin en France se font sous ce format. Un chiffre qui dépasse même les 60 % en Scandinavie. « En étant absent sur le format BIB, c’est tout ce marché potentiel qu’on rate », observe simplement le directeur commercial de la cave, Gilles Meyer. Et puis, la crise du Covid-19 est arrivée. Lors du premier confinement, les ventes de BIB ont « explosé » dans les magasins. « On s’est dit que c’était le moment pour nous lancer, tout en étant conscient des limites de l’exercice », poursuit-il. Avec l’appui du conseil d’administration de la cave, le projet peut enfin se concrétiser. Première question à se poser : quel est le public visé ? Et avec quel message ? « Tout le monde n’est pas connaisseur en vin, notamment parmi les plus jeunes consommateurs. Il fallait donc simplifier le discours, changer d’optique. Plutôt que parler technique, de terroir ou de caractéristiques du cépage, on parle d’instant de consommation, d’un vin facile pour les moments conviviaux. On veut toucher les personnes qui n’auraient pas forcément acheté des bouteilles. Le BIB n’est qu’un complément à la gamme, rien plus », développe le directeur commercial. « Rien à voir » avec le cubi En se lançant sur ce créneau, il fallait réussir à « casser » l’idée reçue assimilant le BIB et le cubi en plastique. « J’ai moi-même le souvenir de cubis qui contenaient de la piquette. Le BIB n’a rien à voir. C’est un produit bien plus qualitatif, avec une durée de conservation du vin qui est sans commune mesure », précise-t-il encore. Une fois ouvert et mis au frais, le P’tit blanc de Jean peut se boire sans problème pendant quatre semaines. « C’est tout l’intérêt de ce format : on peut consommer le vin plus longtemps, plus facilement, qu’on soit en petit comité ou à plusieurs. De ce point de vue, la bouteille est bien plus contraignante. » Pour assurer la conservation optimale du vin en BIB, il faut beaucoup travailler sur la partie de CO2 résiduel. « On doit veiller à bien le dégazer », indique Nicolas Garde. Il faut aussi sulfiter plus fort au tirage. « Une poche ne remplace pas une bouteille. Le vin y est plus fragile. On peut le consommer plus longtemps une fois qu’il est ouvert car la poche fait ce qu’il faut. Mais il faut néanmoins le boire dans l’année où il a été produit. On n’est pas du tout sur un vin de conservation », insiste l’œnologue. La cave n’étant pas équipée pour le conditionnement en BIB, elle a sous-traité cette prestation à une entreprise externe mais mobile. « Elle exerce déjà en Bourgogne, entre autres, et fait cela très bien. Elle est venue ici avec son unité mobile, ce qui nous permet d’indiquer que le conditionnement a bien été fait chez nous », explique Nicolas Garde. Premiers retours positifs Pour son premier BIB (deux autres sont déjà au programme, lire en encadré), la Cave Jean Geiler s’est appuyée sur l’assemblage d’un « très bel edelzwicker » et l’a retravaillé pour obtenir un vin qui ne contient que 2 % de sucre résiduel. « Au final, on a un vin qui est juste partout, sans excès de personnalité », commente Nicolas Garde. Un savant mélange qui a déjà séduit plusieurs GMS du secteur. « Au début, certains n’étaient pas trop emballés par le concept du BIB qu’on proposait. Après dégustation, ils étaient prêts à tenter le coup », se remémore Gilles Meyer. Dans les rayons de supermarchés, le P’tit Blanc de Jean ne peut évidemment pas être vendu à proximité des vins AOC produits le long des collines sous-vosgiennes. Une contrainte qui ne semble pas pénalisante pour l’instant au niveau des ventes. « Même si on ne pourra faire un vrai bilan chiffré que d’ici six mois, on peut néanmoins être optimistes. Les premiers retours sont positifs et certaines enseignes nous ont déjà demandé des réapprovisionnements », se félicite Gilles Meyer. Vendu 13,95 euros, le P’tit Blanc de Jean n’a pas vocation à se développer dans le reste de la France. « Ici, on peut vendre sous la marque Jean Geiler qui est relativement bien connue et identifiée. Ailleurs, ça serait déjà bien plus compliqué dans la mesure où on ne peut pas faire la moindre mention à notre AOC, comme peuvent le faire des confrères d’autres régions », regrette le directeur général de la cave, Pascal Keller. Il est d’ailleurs persuadé que l’ouverture du BIB sur des appellations classiques « ferait un carton ». Gilles Meyer complète : « C’est ce qu’ils font en Bourgogne. Ils ne se privent pas pour faire du BIB avec du chardonnay ou du pinot noir. En aucun cas, cela ne fait de l’ombre aux bouteilles. C’est destiné à une cible différente et c’est une alternative supplémentaire pour liquider les volumes. »

Publié le 03/03/2021

Dans son numéro de février, la RVF (Revue du vin de France) aborde le sujet de la biodynamie vue par « cinq fins palais ». Un amalgame douteux est fait entre la biodynamie, l’Alsace, l’Allemagne et la doctrine nazie. Le Civa exprime son indignation.

L’article en question, paru en février dans la RVF, est titré « Ce qu’ils en disent : cinq fins palais racontent leur biodynamie ». Pierre Citerne, l’un des cinq intervenants, membre du comité de dégustation de la RVF, se livre à une analyse douteuse, dont les amalgames indignent le vignoble alsacien. Il y est écrit, à propos donc de la biodynamie : « Je suis également gêné par cette idée de pureté. C’est très germanique cette idée de pureté. Et la biodynamie a essaimé en France à partir de l’Alsace. Puis-je être provocateur ? Si l’Allemagne nazie avait gagné la guerre, la biodynamie ne serait-elle pas plus développée aujourd’hui ? » Historiquement, s’il est vrai que Rudolf Hess s’est intéressé à la biodynamie, l’inverse est faux. D’ailleurs, des anthroposophes - dont les idéaux sont à l’origine de la biodynamie - ont été persécutés par les nazis pour leurs idées. Et « Rudolf Steiner, le fondateur de la biodynamie, s’est opposé à la pensée nationaliste, raciste, antisémite et européenne émergente », rappelle la section Agriculture du Goetheanum à Dornach (Suisse). Quant à la question de la pureté, Rudolf Steiner a écrit en 1917 que « l’impulsion raciale est en réalité le début d’un déclin des êtres humains et de l’humanité » (Rudolf Steiner : La chute des esprits des ténèbres. Edition Triades. P. 204 et suivantes. 1995). Aujourd’hui encore le mouvement d’agriculture biodynamique réaffirme son opposition contre toutes tendances xénophobes. La réaction du Civa En tout état, le Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa) s’est fendu d’une missive signée du président Didier Pettermann, adressée à Denis Saverot, le directeur de rédaction de la RVF. « Lire que ce membre du comité de dégustation de la RVF se sent gêné par l’idée de nostalgie de la pureté, que cette idée de la pureté soit très germanique, que « justement » la biodynamie ait essaimé en France à partir de l’Alsace et qu’il ose s’interroger sur un développement probablement plus important de la biodynamie si l’Allemagne nazie avait gagné la guerre, relèvent littéralement d’une atteinte à la mémoire de l’Alsace. » Et de continuer : « L’Alsace est certainement le territoire français qui a été le plus confronté à des guerres et des tragédies. Une terre déchirée par des conflits et des annexions qui ont profondément blessé et marqué l’âme de générations d’hommes et de femmes. La dernière guerre provoquée par l’Allemagne nazie est certainement la plus abjecte. Elle reste profondément ancrée dans nos mémoires et nous ne pouvons tolérer ces sous-entendus ignobles prêtant à l’Alsace d’être le symbole d’un étendard germanique et encore plus nazi, et demandons que vous réagissiez. L’Alsace s’est de tout temps battue, relevée, reconstruite, guidée par l’espérance, la tolérance, le respect et l’exemplarité. Des valeurs que portent effectivement aujourd’hui encore les vignerons alsaciens. Grâce à ces valeurs, l’Alsace a effectivement souvent été en avance sur son temps : la bio et la biodynamie en sont un exemple. Nous sommes fiers de ce que nous sommes et aurions préféré que M. Citerne fasse cette même lecture de l’Alsace », conclut la lettre du Civa, signée du président Didier Pettermann.

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