Vigne

Publié le 16/12/2020

Pendant trois semaines, le domaine Achillée à Scherwiller s’est mué en œnothèque géante et partagée entre vignerons. Une solution pour répondre aux injonctions sanitaires liées au Covid tout en tentant de préserver ce qui peut l’être de l’activité de vigneron.

Le confinement a interdit aux visiteurs de venir déguster au caveau pour acheter du vin. Et de leur côté, les salons de vins ont été interrompus. Comment, malgré tout, permettre aux professionnels de la restauration, agents, sommeliers, distributeurs de continuer à déguster, à s’informer, à découvrir des vins de vignerons ? « Notre caveau était fermé au public puisque les dégustations sont interdites, mais nous ne souhaitions plus subir le confinement comme la première fois », explique Pierre Dietrich, gérant avec son frère Jean, et son père Yves du domaine Achillée à Scherwiller. « On s’est dit : utilisons ce lieu pour la mise en avant des terroirs, comme simple vitrine donc sans vente possible. Et puisque les salons sont interrompus, on a décidé de créer une œnothèque permanente et géante réservée aux professionnels. » Le domaine Achillée dispose d’un hall d’accueil de 200 m2, largement de quoi accueillir une dizaine de professionnels à chaque fois. Pendant trois semaines de confinement, il a donc été transformé en œnothèque permanente avec 270 références de 60 vignerons. Étaient présentés les vins de l’Avla (Association des vins libres d’Alsace), du grand cru Frankstein, et de l’appellation Scherwiller. Chaque jour, un domaine participant était commis pour accueillir et organiser la dégustation. Les vins étaient répartis dans le hall selon différentes thématiques : les bulles, les pinots noirs, les blancs classiques, les vins du Frankstein et de l’AOP Scherwiller. Mais également des bières artisanales locales, des vins à la pression, des eaux-de-vie, jus de fruits, vins orange, vins de macération, natures, bio, biodynamiques. L’objectif sanitaire visait à ce qu’il n’y ait pas plus de 10 personnes en même temps dans le hall, soit 20 m2/personne. « Le but était d’éviter d’avoir un cluster, et donc d’avoir une concentration de professionnels. » Plus 500 professionnels de la restauration ont participé Cette dégustation permanente était uniquement réservée aux professionnels, sur réservation et rendez-vous. « Très rapidement, l’information a circulé, mais on ne voulait pas d’afflux », ajoute Pierre Dietrich. Or, malgré le confinement et la fermeture des restaurants, « les professionnels avaient conservé leur habitude de n’être disponible que les lundis, il a donc fallu étaler dans le temps selon un planning par créneaux de deux heures. »       Movember s’est terminé hier, et après un mois de fermeture, nous rouvrons le caveau ! A part se laisser pousser la... Publiée par Achillée sur Mardi 1 décembre 2020       Au total, sur trois semaines, Pierre Dietrich estime avoir accueilli plus de 500 professionnels de la restauration de 80 établissements différents : « On a vu défiler des restaurateurs, notamment de restaurants étoilés, des débiteurs - distributeurs de boissons, et même quelques importateurs et agents boissons. » L’offre très éclectique a été l’occasion pour certains d’entre eux de découvrir l’univers des vins naturels.

Publié le 01/12/2020

À Pfaffenheim, le domaine Rieflé réfléchit différemment la conduite de ses vignes conduites en bio. La technique de taille ménage la mise en réserve. Les couverts fertilisent le sol. Le thé de compost oxygéné (TCO) protège la végétation.

Jean-Claude, Annick, Paul et Thomas Rieflé mènent leur vignoble selon les principes bio depuis 2010. Ils sont certifiés depuis 2014. « Au début, c’est simple. On est plein de certitudes. On laboure un rang sur deux. Le sol est travaillé intensivement. On butte, on débute. Mais, au bout de trois ans, le taux de matière organique descend de 1 %, la vigueur et le rendement baissent », rappelait Thomas Rieflé, le 19 novembre, devant un auditoire de viticulteurs et de techniciens réunis dans une de ses parcelles à l’occasion d’une journée portes ouvertes de l’Opaba et de la Chambre d’agriculture. Aujourd’hui, les Rieflé ont une autre vision de la bio. Elle s’applique dès la taille. Le domaine a adopté la méthode Poussard, en 2011, pour constater qu’elle aboutit à une alternance de cycles de vigueur, correspondant imparfaitement aux beaux coursons réguliers recherchés sur la durée. Depuis 2014, Thomas taille toujours en respectant les flux de sève, mais prend également en compte les couches de réserves*. « Un pied fait sa croissance de l’année sur la couche extérieure et stocke ses réserves dans les bois fonctionnels de deux, trois, quatre et cinq ans », explique Thomas. « En taillant profond, on peut facilement amputer un pied de plusieurs pourcents de ses réserves car la vigne laisse les vaisseaux touchés se dessécher. C’est pourquoi nous taillons uniquement le bois d’un an en laissant une couronne vivante par-dessus. La règle est de couper à la base de l’œil et vers le haut. Le pied économise ainsi une énergie qui sera disponible quand il devra se défendre ». Un pied possédant de bonnes réserves constitue ici un préalable indispensable au choix de faire pousser des couverts végétaux qui fertilisent le sol en étant successivement décomposés par les vers de terre, les champignons et les bactéries. En septembre, Thomas prépare un lit de semences en passant la herse rotative dont les dents sont légèrement inclinées de façon à décoller un peu l’herbe. Il y sème directement chaque année en alternance un rang sur deux** 140 kg/ha en plein d’un mélange maison composé de sainfoin, pois fourrager, radis, lentille, seigle, avoine, féverole moutarde et vesce. Il mène cette année un essai avec des graines enrobées des nutriments favorisant leur implantation, ce qui permettrait en théorie de baisser la pleine dose à 100 kg/ha. À épiaison, Thomas roule la végétation au rolofaca dans les deux sens pour éviter qu’elle ne se redresse. Le cavaillon est toujours travaillé avec des disques crénelés d’abord, des rasettes ensuite. Des plantes rampantes et couvrantes comme le trèfle nain font l’objet d’un essai sous le pied en 2020. Tout travail du sol qui revient à détruire l’habitat des différentes espèces de vers de terre, des champignons et des bactéries est proscrit.       Nous étions ravis de faire découvrir nos techniques et notre vision de la viticulture bio à 60 collègues... Publiée par Domaine Rieflé - Landmann sur Jeudi 19 novembre 2020     Occuper l’espace diminue la pression mildiou Le domaine fertilise ses vignes et stimule leurs défenses naturelles en pulvérisant tous les huit à dix jours de l’eau chargée en principes actifs d’ortie, de luzerne, de fougère et de prêle. Thomas les extrait au moyen d’un nettoyeur dont la haute pression fait éclater les cellules des végétaux plongés dans l’eau d’un bac. « Ces extraits frais sont très puissants. Ils aident la vigne tant qu’elle n’est pas capable de faire sa photosynthèse », commente Thomas. Du thé de compost oxygéné (voir encadré) complète leur action. « Il multiplie les micro-organismes du sol et l’en enrichit. Il aide à décomposer les pailles. J’en pulvérise aussi sur le feuillage. Le TCO réintroduit des concurrents aux organismes pathogènes. Ils occupent l’espace et diminuent de fait la pression du mildiou, au sol d’abord, sur les feuilles ensuite. C’est la stratégie du plein au lieu de celle du vide ! En 2020, je n’ai effectué aucun traitement cuivre-soufre jusqu’à mi-fleur, seulement trois ensuite. La consommation de cuivre métal sur l’année n’a pas dépassé les 800 g/ha. » « C’est une stratégie globale. Un pied avec de bonnes réserves, nourri avec des extraits frais, protégé par du TCO conserve plus d’énergie pour gérer la maladie », résume Thomas. « Nous avons maintenu le rendement autorisé de l’appellation. Nous nous en sortons avec un nombre de passages inférieur au conventionnel***. La consommation de gazole se limite à 100 l/ha/an. » L’erreur serait de vouloir passer brutalement à ce système sans prévoir une transition. Un apport d’azote, dont la dose est à réduire progressivement jusqu’à zéro, est nécessaire jusqu’à obtention d’un équilibre entre les couverts et la vigne.       Après une période froide et humide ?, la vigne a besoin d'énergie. Rien de mieux qu'un smoothie - extrait à froid - de fougères, orties et alfalfa? Publiée par Domaine Rieflé - Landmann sur Jeudi 18 juin 2020  

Publié le 22/11/2020

Pendant le confinement, les vignerons indépendants intensifient la vente à distance de vins d’Alsace, continuent d’accueillir au caveau et proposent des cartes cadeaux. De quoi tenter de préserver les ventes car le confinement cause d’importants dégâts économiques à la filière.

Face aux effets délétères des deux confinements, les vignerons du Synvira se mobilisent pour tenter de maintenir leur niveau de ventes par plusieurs opérations de communication commune « d’envergure ». Cinquante banderoles « votre vigneron est ouvert » seront déployées sur la route des vins d’Alsace et dans les communes attenantes, afin de donner une visibilité maximale. Et les livraisons, les expéditions, les ventes au caveau se poursuivent. Pour dynamiser les ventes, ils lancent, à partir du 20 novembre, l’opération « Offrez plus que du vin, offrez une rencontre avec un vigneron passionné ! ». Pour tout achat de 120 € minimum, le client reçoit une carte cadeau d’une valeur de 20 € valable pendant 12 mois sur une prochaine visite au caveau. Cette opération de parrainage vise à dynamiser la vente directe mise à mal par le confinement, pendant cette période de fin d’année pourtant stratégique pour l’activité. S’ajoutent des achats groupés, notamment d’emballage pour la messagerie petits volumes, « obtenus avec d’excellentes conditions commerciales ». Des défaillances de paiement importantes dans la restauration Ce regain de dynamisme s’explique par la situation extrêmement préoccupante que vivent actuellement les vignerons à l’instar d’ailleurs de nombreuses autres professions impactées par le confinement, qui touche les secteurs du tourisme, de la culture, du sport, de la restauration… « Les défaillances de paiement des clients de la restauration sont importantes », témoigne Francis Backert, le président du Synvira. Dans cette situation, « les banques assument plutôt et jouent le jeu sur les facilités de trésorerie, surtout pour les entreprises faisant preuve de dynamisme », estime-t-il. En l’état, les vignerons bénéficient d’une aide au stockage de 4 cts€/hl/jour, ce qui représente 700 € pour 100 hl sur six mois. Et les plus touchés pourront prétendre au fonds de solidarité mais les conditions d’éligibilité sont trop restrictives, estime Francis Backert. « L’heure est néanmoins à la mobilisation pour vendre en cette période stratégique, précise Alain Renou, le directeur du Synvira. On n’a pas de solution pour vider les caves dans les six mois à venir mais nous cherchons à entretenir l’optimisme. »

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