Vigne

Vinifications 2020

Garder la tête froide !

Publié le 14/10/2020

La gestion des températures à la vigne comme en cave devient un élément central des stratégies des vinificateurs. Le millésime 2020 en fournit une nouvelle preuve.

Jean-Marie Bechtold, domaine Bechtold à Kirchheim. 500 hl vinifiés en bio (Demeter). « La plupart des raisins sont rentrés avant 10 h, les derniers le 18 septembre. Ceux qui arrivaient au pressoir jusqu’à midi ont été refroidis à 15°. Tous les cépages - mais pas forcément toutes les cuvées - sont passés par une phase de macération propre à stimuler la flore du milieu et éviter des soucis de fermentation. Elle a duré une semaine pour certains riesling et s’est prolongée jusqu’à quinze jours pour les gewurztraminer. J’ai sulfité le moût à 2 g/hl et débourbé le plus gros des volumes en une heure en statique. J’ai seulement écarté les parties les plus lourdes et laissé les pellicules. Elles étaient exemptes de résidus car le dernier traitement datait de début juillet. Je me suis contenté d’aérer certaines cuvées pour booster les levures. L’objectif est de fermenter en six à huit semaines. Plus longtemps, je me méfie des développements bactériens. Les malo spontanées interviennent en cours de fermentation. C’est mieux pour éviter les arômes lactés. Je descends les jus jusqu’à 993-994 pour ne pas dépasser les 2 g/l de sucre résiduel. Tous les cépages ont bien réussi cette année avec une mention spéciale pour le pinot noir ». Stéphane Wantz, domaine Alfred Wantz à Mittelbergheim. 600 hl vinifiés. « Le faible taux d’extraction et la chute brutale des pH à la dégustation m’ont incité à séparer les fins de presse à partir de 1 bar. J’ai arrêté le cycle de pressurage plus tôt que d’habitude. De même, j’ai raccourci le débourbage à 10-12° à 24 heures en raison des notes parfois un peu végétales des bourbes. J’ai doublement débourbé quelques cuves. J’ai sulfité les moûts à 3 g/hl en moyenne. Les fermentations ont démarré spontanément. J’ai corrigé les carences azotées sur riesling et sylvaner à mi-fermentation avec du phosphate d’ammonium. Les fins de presse sont dans le dernier tiers de la FA. Au 2 octobre, les jus se situaient entre 1 000 et 1 030. Mais les fermentations risquent de durer. Je surveille de près le pinot gris. J’essaie de le vinifier en sec, mais les degrés avec lesquels il est rentré vont m’obliger à laisser du sucre. C’est le seul bémol du millésime. Riesling et sylvaner sont très agréables. À 13,5-14°, le pinot noir fait preuve d’une excellente maturité phénolique. Il est hors norme ! ». Sans thermorégulation, les moûts flambent ! Jérôme Keller maître de chai chez Wolfberger, environ 80 000 hl vinifiés en 2020. « Le fractionnement des jus de cuvée et de taille a été la clé de la réussite en crémant. Les conséquences des journées chaudes ont été atténuées par l’ouverture des vendangeoirs dès 7 h 30. Ils ont fermé à 13 h. Les jus ont été enzymés, débourbés par flottation six à sept heures en cuve thermorégulées. Pour les descendre à 12-14°, il a parfois fallu brancher des groupes de froid d’appoint. Ce type de vendanges demande beaucoup de frigories et comme tout doit s’enchaîner très vite, des matériels facilement lavables. Presque toutes les cuves ont été levurées à 8-10 g. Pour éliminer un caractère tanique et de petites astringences, j’ai décidé de faire de légers collages sur moûts avec des doses de colles végétales déterminées après des essais en éprouvette selon la fraction de pressurage et le cépage. J’ai traité riesling, pinots gris et blanc à 60 g/hl de bentonite. J’ai poussé à 100 g/hl sur gewurztraminer. J’ai particulièrement surveillé les démarrages de fermentation. Aujourd’hui, les cinétiques sont régulières. L’équilibre sera complexe à trouver en pinot gris. Les muscats ont bien supporté la chaleur. Les crémants sont bien structurés et les riesling affichent un profil aromatique porté sur le fruit jaune. La palme d’or revient au pinot noir ! ». Frédéric Schmitt du domaine en biodynamie François Schmitt à Orschwihr. 700 hl vinifiés. « Le grand défi, c’est de récolter des raisins mûrs sans déraper en richesse. Cette année, il a fallu aller vite. Les pluies de fin août ont accéléré la maturité. Crémant excepté, tout est rentré autour des 14° entre le 7 et le 18 septembre. Onze jours à peine ! Le delta de maturité entre terroirs chauds et froids et entre les cépages, est de plus en plus faible. Je n’ai sulfité que 20 % des moûts. Deux tris effectués à la vigne et sur table, renforcés sur le riesling touché par un peu de botrytis, m’ont permis de débourber légèrement pendant douze heures à 13° pour obtenir une turbidité de 100 NTU. La gestion de la température m’apparaît primordiale cette année. Sans thermorégulation, les moûts flambent ! J’ai maintenu les blancs entre 20 et 22°, le pinot noir entre 22 et 24°, le rosé à 17° en début avant de le laisser remonter en fin de fermentation. J’ai réalisé un pied de cuve avec 30 litres de moût congelé de 2019. L’élevage va être décisif. Je travaillerai sur lies pour enlever le côté chaud du millésime. Les gaz de fermentation vont inerter la cuve et favoriser un bâtonnage naturel. 2020 sera un cran en dessous de 2019, sauf en pinot noir. Cette année, il est simplement fabuleux ! ».   Journée gewurtzraminer #vendanges2020 #drinkalsace Publiée par DOMAINE FRANCOIS SCHMITT sur Mercredi 16 septembre 2020  

Exportations vers les États-Unis en GRV

Le SpaceKraft permet de nouveaux débouchés pour les vignerons

Publié le 07/10/2020

Le marché du vrac des vins d’Alsace déprimé oblige les vignerons alsaciens à trouver de nouveaux débouchés pour leur production. À Blienschwiller, Céline Metz expédie du vin aux États-Unis en SpaceKraft (marque déposée), un grand récipient pour vrac (GRV) aux multiples avantages écologiques, économiques et commerciaux.

Ce matin du 23 septembre à Blienschwiller, Céline Metz (domaine Hubert Metz) expédie 200 hl de vin dans un contenant d’un tout nouveau type. Direction le Texas chez un importateur particulièrement exigeant sur la manière dont est produit le raisin et élaboré le vin… Le semi-remorque avec son conteneur est garé le long de la route des vins. À l’intérieur, un film d’aluminium biface est appliqué sur toutes les parois. Hubert Metz et le chauffeur y entreposent 20 conteneurs SpaceKraft. Breveté et développé par la firme américaine International Paper Company, le SpaceKraft est un nouveau type de GRV (grand récipient pour vrac) pour le transport des liquides alimentaires par unité de 1 000 litres, sans consigne - c’est-à-dire « unitrip ou allez simple ». Chaque unité de 1 000 litres en carton rigidifié par une conception alvéolaire peut être empilée sur trois étages. Un contenant grand volume donc, à usage unique et hautement recyclable, puisqu’il n’est constitué que de carton et de polyéthylène souple. « J’ai réceptionné ces conteneurs, ils sont arrivés empilés et repliés sur une seule palette de 20, avec un raccord inox. Ça coûte 2 500 € », indique Céline Metz (NDLR : soit 125€ l’unité). Un big BIB Une fois dépliée, la poche souple du SpaceKraft se remplit telle une baudruche à l’abri de l’air. Cela fait penser à un gros Bag-in-Box (marque déposée) de 1 000 litres. Une fois rempli avec une pompe classique via un raccord inox spécifique, et une fois le bouchon mis, Céline met la couverture en carton et les cerclages. Il n’y a plus qu’à mettre ces « big BIB » dans le conteneur. Il se manipule de la même manière que les GRV rigides. Direction Strasbourg, puis Le Havre par transport ferroviaire et enfin le Texas par navire porte-conteneurs. Le vin devrait arriver à bon port dans 15 jours. Un blanc et un rouge « Je suis très heureuse de cette nouvelle destination pour mes 200 hl », lance Céline. Ça aurait été un crève-cœur d’envoyer ces vins à la chaudière. D’autant que les raisins, dont les vins n’ont pas trouvé preneur en Alsace, ont connu la plus belle des attentions. Céline est en dernière année de conversion bio. Ses parcelles étaient loin d’atteindre les 80 hl/ha autorisés et les vins étaient « de belle qualité ». Assemblés en deux couleurs, un blanc et un rouge, ils feront finalement la joie et le bonheur de consommateurs américains sous la bannière des vins de France. Quant au montant de la transaction, supérieur à 2 € le litre, Céline se dit là aussi très satisfaite puisque le prix au litre dépasse de loin celui des mercuriales actuelles en vins d’Alsace et les délais de paiements sont avantageux (NDLR : sur les huit premiers mois de l’année, la mercuriale du pinot blanc se situe autour de 1,40 € le litre). Pas de taxes Trump Et, à l’arrivée, les Américains sont d’autant plus satisfaits pour leur porte-monnaie que le mode d’expédition en « bulk wine » (traduisez en vrac) permet de s’affranchir des taxes Trump qui portent sur les contenants de moins de deux litres. C’est Yann Durrmann, vigneron à Andlau, qui, par l’entremise de son agent américain, a permis ce débouché. « Cela fait deux ans que j’ai cette demande de la part de mon importateur mais il n’a pas assez de volume pour y répondre. Vu le contexte, cela aurait été dommage de gâcher cette opportunité. » Yann s’est donc lancé dans ce projet de « courtage vrac export » et a démarché Céline, entre autres. Les exigences techniques étaient contraignantes : moins de 100 mg/l de SO2 total, vin en conversion bio, avec analyse de résidus pesticides systématique sur une liste exhaustive de produits de synthèse, levurage toléré avec une liste très réduite de souches, aucun intrant œnologique autre que le soufre, pas de chaptalisation, pas d’acidification… C’est Duo Œnologie à Châtenois qui suit le domaine Hubert Metz. Le vin a été bloqué six semaines, le temps que l’acheteur américain fasse également de son côté les analyses contradictoires. « C’est important que les vinificateurs prennent conscience des exigences techniques de ces nouveaux marchés », commente Yann Durrmann. « De plus en plus d’importateurs demanderont des vinifications transparentes et peu interventionnistes », pronostique-t-il.

Bestheim, cuvée Qui chasse la lune, récolte le soleil

Expérience sensorielle avec des créateurs de parfum

Publié le 04/10/2020

Pour le lancement de sa cuvée d’exception Qui chasse la lune, récolte le soleil, les acteurs de Bestheim ont demandé à la maison de parfum strasbourgeoise Serena Galini de restituer l’ambiance du terroir du Strangenberg.

Le terroir du Strangenberg à Westhalten, contigu au Zinnkoepflé, produit de magnifiques pinots blancs que la coopérative Bestheim a pour habitude de vinifier séparément afin d’élaborer des vins de base crémant d’exception. Ainsi, il y a une quinzaine d’années, ce crémant dégusté à l’aveugle parmi des champagnes très haut de gamme était sorti en deuxième position. La publication dans une revue nationale spécialisée en sommellerie avait soulevé une réaction de l’interprofession champenoise qui avait habilement et diplomatiquement répondu qu’on ne compare pas deux tableaux de deux peintres différents. Mais, depuis, Bestheim continuait de surfer sur le succès de son Brut Grand Prestige. Depuis 10 ans en cave Sylvain Kamm, l’œnologue de la coopérative à Westhalten, a durant ces années néanmoins conservé sous le coude la sélection parcellaire. Et, en particulier, celle du millésime 2010 que son prédécesseur Jacques Hauller avait pris soin de mettre de côté dans un coin de cave. Sylvain Kamm a patiemment attendu que les bouteilles maturées 5 ans sur lattes bonifient. Et après cinq années, voici donc dévoilée une sélection de 1 141 flacons numérotés. La sélection a été baptisée « Qui chasse la lune, récolte le soleil », en hommage aux pères fondateurs de la cave coopérative surnommés les mondfangers, ce qui signifie en alsacien les « chasseurs de lune » ; car ces vignerons étaient taxés par leurs pairs de vouloir « décrocher la lune ». Simple démarche marketing penseront certains. Et pourtant, c’est à un lancement officiel des plus originaux, instructifs et dans un lieu insolite et suggestif, que les responsables de la coopérative ont convié la presse, pour le lancement de cette cuvée « fleuron de Bestheim ». Rendez-vous était donné dans la boutique de la maison Serena Galini, où Isabelle Prin, exerce comme créatrice de parfum artisanal et naturel, dans le quartier de la Krutenau à Strasbourg. « Un parfumeur c’est un conteur, il met des mots sur des odeurs » Après avoir enseigné la phytothérapie et l’aromathérapie dans des laboratoires médicaux aux États-Unis, Isabelle Prin s’est consacrée à la création de parfums « de façon très confidentielle » et unique puisqu’elle compose des fragrances personnalisées pour des événements ou des personnes, sur la base d’essences naturelles. Elle travaille en famille, avec son fils et sa fille, et collabore avec le créateur de parfum Antoine Lie. Pour cette cuvée spéciale, l’idée était de plonger le dégustateur dans l’univers du Strangenberg par les parfums. Isabelle Prin, accompagnée des vignerons locaux, Jean-François Lallemand, vice-président de Bestheim et de Sylvain Kamm, l’œnologue, a donc arpenté le terroir. « J’ai tout senti et goûté, et j’ai ensuite assemblé les odeurs ». L’idée était de s’imprégner du lieu et de le restituer : « Un parfumeur c’est un conteur, il met des mots sur des odeurs, et à partir de là il compose ses parfums. Je suis parti de 32 notes différentes. » Problème, en neurosciences, le « câblage » neurosensoriel qui part du siège de l’olfaction, va directement à la conscience et convoque l’émotion, puis la mémoire. D’où la difficulté souvent de reconnaître et nommer une odeur précise. « C’est une boîte noire, confirme Isabelle Prin. C’est ma lecture du terroir sur la base de millions de souvenirs. On a croisé 130 flacons pour arriver à imaginer l’histoire que nous voulions retranscrire. » Une bougie parfumée du terroir Antoine Lie, qui est pour sa part un parfumeur créateur depuis 30 ans au service des grandes marques du luxe, avait déjà effectué un travail de ce type. « C’était pour une cuvée La Grande Dame de Veuve Clicquot Ponsardin. Après m’être imprégné des odeurs en caves, dans les crayères, et à partir des vins et des goûts caractéristiques des Veuve Clicquot, j’avais créé une bougie parfumée. Cette expérience m’a intéressé pour son côté artistique et créatif, alors que mon travail habituel pour les grands parfumeurs est relativement formaté. » « Tout ceci est très subjectif », admettent cependant les deux créateurs de parfum. Rappelons que les cellules neurosensorielles se rattachent aux gènes de l’identité qui contrôlent par exemple l’empreinte des doigts. Autrement dit, en matière d’odorat nous sommes tous daltoniens et percevons différemment une même molécule odorante. C’est pourquoi les parfumeurs accrochent différentes représentations aux odeurs qu’ils perçoivent : « Quand je sens les choses, elles évoquent une texture, une couleur, un volume. Par exemple le citron évoque le jaune vif, ce qui est pointu, rectiligne, et de texture rugueuse. Quand on me demande de reproduire des atmosphères joyeuses, dynamiques, je sais que le citron entre dans une composition pour répondre à ces codes », explique Antoine Lie. « Ce travail de restitution tel que nous l’avons fait pour cette cuvée de Bestheim est très confidentiel, souligne Isabelle Prin. Mais il apporte un plus à l’œnologie dans sa recherche de caractérisation des terroirs. « On n’a pas du tout les mêmes repères que les œnologues, constate Antoine Lie. Exemple, le boisé pour moi fait référence à la mousse. »    

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