Vigne

Publié le 09/06/2020

Le confinement a fait envisager aux metteurs en marché une autre manière de communiquer sur eux et leur offre sur les réseaux sociaux. La vidéo en sort vainqueur.

Deux mois de confinement ont poussé des opérateurs alsaciens à réinventer leur présence sur le web, essentiellement via Facebook et Instagram, parfois également Twitter. « Le confinement est une période qui se prête à l’introspection. Beaucoup de vignerons se sont emparés des réseaux sociaux de manière plus intime. Ils n’ont pas fait dans l’héroïsme ou dans l’angoisse de ne voir sortir aucune bouteille. Ils se sont racontés, personnellement. C’est nouveau pour l’Alsace », décrit Aurélia Sovic, chargée des relations presse France au Civa. Concrètement, beaucoup de viticulteurs ont expliqué la complexité de leur métier pour qu’il paraisse « un peu moins lointain » aux personnes qui les suivent. « Les messages sont moins rodés, moins lisses. Ils sont plus en rapport avec des gens qui veulent entendre un discours de vérité », poursuit Aurélia. Dans le contexte étrange créé par le confinement, il y a eu la volonté de rester positif, de conserver un côté humain aux relations. Jessica Ouellet, du domaine des Marronniers à Andlau, a par exemple réalisé des pastilles intitulées « Le vin expliqué aux nuls ». Elle y montre comment on tient un verre et révèle pourquoi le crémant est servi dans une flûte. « Cela n’a l’air de rien, mais ça a été très apprécié », remarque Aurélia.     « Avant, je postais des messages du genre : « Les vins de la cave de Ribeauvillé à Houston, Boston ou Tokyo ». Là, j’ai montré ce qui se passait en interne dans l’entreprise, que les viticulteurs, comme la nature, ne s’arrêtent pas, que les abeilles pollinisent et que les coccinelles mangent des nuisibles », indique David Jaeglé, responsable commercial export de la coopérative. Pour lui, le temps est venu de s’orienter vers « une communication plus sélective ». Il s’est déjà mis en scène pour une dégustation filmée avec un interlocuteur de San Francisco à qui il a parlé des nouveaux vins de la cave, une manière de nouer un lien « régulier et plus efficace ». D’ici cet été, des vidéos courtes de quinze à vingt secondes doivent donner rendez-vous sur le site de la cave. L’internaute aura accès à du son et à de l’image sous-titrée en plusieurs langues, 90 % des vidéos originales devant être tournées en anglais. « Tous ces outils amènent des explications plus ou moins techniques, selon le média social, personnifient un produit. Ils sont un complément au voyage. Je ne pense pas qu’ils le remplaceront. »     « Une nouvelle manière de vendre » À Wettolsheim, deux domaines ont déjà tourné leurs premières images. « Nos vidéos font d’une à trois minutes. Leur objectif est d’aller vers les gens en leur montrant les travaux de saison et ceux qui les réalisent. L’équipe s’est filmée elle-même, dans les parcelles où elle se sentait le mieux. Un petit jeu de questions/réponses et un vin sont associés à chaque épisode. Cela a beaucoup plu et a créé de la proximité », raconte Anne-Catherine Le Goff, chargée du développement commercial et du marketing au domaine Barmès-Buecher. Ces vidéos ont généré de nombreux échanges. Des influenceurs ont pris contact. Sophie Barmès a dégusté et commenté ses vins, pour et avec eux, après envoi d’une quarantaine de bouteilles échantillons concernant deux à trois ou cinq à six vins. Ces séances ont été suivies par des assistances atteignant la centaine de participants pour les meilleures. Le nombre d’abonnés sur Facebook et Instagram en a profité. Des commandes portant plutôt sur des grands crus, du pinot noir, des vendanges tardives sont arrivées du Danemark, de Suède. « C’est une nouvelle manière de vendre, plus facile que de réunir tout le monde sur place et avec moins de frais. Elle va compléter le déplacement physique », juge Anne-Catherine.     Le domaine Albert Mann a, pour sa part, publié des photos d’oisillons tout juste éclos, de liage ou de reconstruction d’un mur en pierres sèches, mais il s’est surtout lancé une fois par semaine dans la publication de recettes de saison filmées. « Celle du clafoutis réalisée par Pauline, ma nièce, a fait un tabac ! Nous l’avons accompagné d’un pinot gris Altenbourg vendanges tardives 2015 », raconte Marie-Thérèse Barthelmé. « Il s’agit de petits formats sympathiques qui nous procurent des retours très positifs de la part de nos relations en France, comme à l’étranger. Nous allons continuer de nous rappeler à leur attention régulièrement car spontanément on ne pense pas forcément à l’Alsace. » Le domaine a également organisé des apéritifs en direct via une application de visioconférence. Chaque participant choisissait un vin de sa cave et l’échange avait lieu. « Nous avons passé comme ça une heure sur le pinot noir », indique Marie-Thérèse. « J’aimerais que ce type de relations persiste à l’avenir. Le contact physique est important mais l’animation à distance peut se substituer au déplacement. C’est mieux pour la planète. Il serait dommage que le confinement ne permette pas de prendre de nouvelles habitudes. »  

Situation en amont et aval de la filière des vins d’Alsace

Vignes en forme et marché en berne

Publié le 01/06/2020

La situation phytosanitaire du vignoble alsacien est excellente et les inflorescences laissent augurer un bon potentiel. En aval de la filière, le marché des vins d’Alsace accuse une chute drastique, qui n’a pas impacté tous les opérateurs de la même manière.

La saison végétative a démarré par une « pousse importante, la sécheresse n’ayant pas freiné la croissance de la vigne », observe Hélène Bossan, conseillère à l’Adar du vignoble. Il a d’ores et déjà atteint le stade phénologique de la mi-floraison, pour les secteurs les plus précoces, ce qui nous achemine vraisemblablement vers un ban des vendanges en août. La parcelle de référence à Bergheim indique une mi-véraison probablement atteinte le 15 août. Ce qui place 2020 parmi les cinq années les plus précoces. « Normalement étalée sur deux semaines, la floraison semble remarquablement concentrée. » Sauf aléas climatiques, les vendanges débuteront en août. Un millésime fécond à ce stade Du côté du nombre d’inflorescences, qui donne un premier indicateur des potentiels de rendement du millésime, même si la route est encore très longue d’ici les vendanges, l’ensemble des vignerons constatent une année très généreuse. D’ici les vendanges, le millésime peut encore réserver de la coulure, de la sécheresse, de la grêle, des ravageurs. Mais en l’état, la vigne en Alsace s’annonce très féconde. « Les inflorescences sont importantes et belles, le printemps a été favorable, mais il faut attendre la fin de la floraison pour se prononcer », confirme Hélène Bossan. Côté sanitaire, « globalement la situation est bonne, la météo est clémente jusqu’à présent ». S’agissant du mildiou, les deux pluies potentiellement contaminatrices le 11 mai et samedi dernier, n’ont engendré que très peu de taches, selon les observations à ce stade. Ce qui confirme une pression très faible. Attention à l’oïdium « C’est plutôt l’oïdium qui dicte la cadence cette année, précise Hélène Bossan. La situation est disparate avec des symptômes dans le Bas-Rhin. Et une intensité d’attaque parfois très forte sur l’un ou l’autre des pieds qui peuvent présenter des symptômes sur plusieurs étages des rameaux et sur inflorescences. » À la différence du mildiou sur inflorescence qui se traduit par des crosses, l’oïdium se caractérise par une couverture grisâtre. L’inflorescence sèche ensuite… Concernant les autres ravageurs, le vol de la première génération d’eudémis est accompli, très peu de glomérules sont observés. Rien à signaler non plus pour les ravageurs secondaires. Cependant à cause des gelées, quelques parcelles ont eu à subir des dégâts : « Très localement, nous observons des gelées à 100 %, sur des parcelles à Balbronn, Traenheim et aussi dans le Haut-Rhin. » Même si le chemin est encore long, tous les voyants de potentiel de volumes sont au vert dans le vignoble alsacien en amont de la filière. Le « club des 5 000 » deux fois moins impacté par la baisse des ventes en avril En aval, le Civa vient de publier les résultats de ventes du mois d’avril. Avec 36 000 hl en chiffre rond de volumes vendus sur ce mois, la chute des ventes est de 45,9 % comparé à avril 2019. Sur douze mois mobiles, la capacité de mise en marché passe fatalement sous la barre des 900 Mhl (milliers d’hl) à 885 Mhl. Les entreprises de moins de 5 000 hl sont particulièrement touchées avec -7 à -8 % de ventes sur douze mois. Les 22 opérateurs en vins d’Alsace qui commercialisent plus de 5 000 hl ne sont pratiquement pas affectés par la baisse à ce stade avec -0,39 % de baisse seulement, sur douze mois mobiles. Et sur le seul mois d’avril, les pertes cumulées de ventes sont pratiquement deux fois plus élevées chez les entreprises de moins de 5 000 hl que celles de plus de 5 000 hl. Une raison principale explique cette situation : pendant deux mois, les grandes surfaces avaient pratiquement le monopole des ventes, tous les autres réseaux de distribution du vin ont été freinés ou carrément interdits de vente (restauration, cavistes, ventes au caveau…). De surcroît, les opérateurs de la grande distribution ont simplifié et « recentré leur offre sur le corps business », confirmait un opérateur dans nos colonnes la semaine dernière. Une note publiée le 15 avril par la Banque de France faisait ainsi état d’une hausse des ventes en supermarchés de +7,4 % et en hypermarchés de +1,7 %, au mois de mars 2020 par rapport à février 2020, tandis que les ventes du petit commerce de l’alimentaire étaient en forte baisse de -9,6 %. -76 % pour les grands crus en avril Globalement, si les ventes d’avril en métropole passent de 48 000 hl en 2019 à 21 000 hl en 2020, l’export semble avoir paradoxalement moins perdu en proportion : 18,7 Mhl en 2019 et 15 Mhl en 2020. Par catégorie, sur le seul mois d’avril, les alsaces tranquilles et les crémants accusent 55 % de baisse, comparé à avril 2019. Les grands crus sont plus impactés avec 76 % de baisse des ventes. Pour parer à cette passe délicate, l’interprofession alsacienne fonde ses espoirs sur un plan de rebond, évalué à un million d’euros, selon des chiffres communiqués dans la presse spécialisée, et sur la reprise de la dynamique des ventes telle qu’elle avait été impulsée les mois précédents la crise, envers et contre une conjoncture globale défavorable à l’économie de la filière viticole orientée sur -3 %. Le vignoble doit donc adapter des mesures, principalement une distillation de crise et les rendements pour le millésime 2020 : un débat particulièrement explosif.

Le « KeyKeg », bag-in-keg (ou conditionnement en BIK)

Un nouveau conditionnement des vins pour une consommation ludique et festive

Publié le 26/05/2020

De nouveaux modes de conditionnements des vins apparaissent pour répondre à de nouvelles aspirations de consommation. Derrière le vin de terroir à vocation culturelle et gastronomique, les vins ludiques prennent une place de plus en plus importante à côté de la consommation courante. Le conditionnement en « KeyKeg » (bag-in-keg) vise ce type de marché.

Certains opérateurs en vin souhaitent se positionner sur les marchés « ludiques » en plein essor, pour une consommation distrayante, détendue. Le profil gustatif de ces vins « ludiques » se distingue par leur buvabilité, leur fraîcheur, leur attrait basé sur des teneurs en CO2 natif qui peuvent être importantes pour la désaltération. Ces vins ont en commun avec les bières kraft d’avoir les mêmes lieux de consommation : les bars, les bars à vin, bars de restaurants, l’événementiel festif, les festivals culturels ou musicaux, l’événementiel des particuliers. Voire presque les mêmes modes de conditionnement que la bière. Les circuits et les modes de distribution se rapprochent d’ailleurs de ceux de la bière avec les canettes en alu, conditionnement pour la consommation nomade, ou encore les fûts jetables – recyclables ou en inox et consignés, et connectés à des systèmes de tireuse. La demande est forte pour ces nouveaux modes de consommation. Et de nombreux vignerons y répondent déjà en préparant des cuvées spécifiques à consommer pour tel ou tel événement festif, ou pour telle ou telle demande de restaurateur. À titre d’exemple, à Traenhein, Nathan Muller, un jeune vigneron a lancé le spretzi, un vin de France à base de cépage gewurztraminer, fermenté en cuve close selon la méthode ancestrale. Le spretzi subit un transvasage isobarique depuis la cuve vers des fûts inox à bière de 20 litres. Les fûts de vins sont prêts à être clipsés sur les tireuses de bar. Nathan Muller vise le marché local des bars alsaciens dans une réflexion approfondie sur le bilan carbone, avec donc un système de reprise/échange/consigne. Après une série d’essais concluants, le vigneron s’apprêtait à augmenter significativement ce type de conditionnement, particulièrement avantageux sur le bilan carbone, car évitant l’équivalent de 26 bouteilles de verre. Pour la consommation de vin à la tireuse, il existe désormais un autre type de conditionnement : le « KeyKeg ». Ce fût, sorti sur le marché de l’emballage et conditionnement en 2013, est composé d’une double paroi, externe rigide et interne souple qui contient le liquide alimentaire. La pression est exercée entre les deux parois de telle sorte qu’elle s’applique sur la membrane interne souple, ce qui supprime tout contact avec l’air. La connexion au système de tirage est classique, adaptable à tous les systèmes de bar, ou bien avec une pompe pour les particuliers le « KeyKeg party pump. » Le vin entre ainsi dans le réseau de distribution et le marché classique des brasseries sans logistique et manutention spécifiques, autre que celle des bières puisqu’il est conditionné de la même manière que les bières dans les mêmes fûts. Un argument qui risque de séduire les restaurateurs dont les serveurs doivent manutentionner les bouteilles de vins depuis leurs caves, en particulier en période de rush.     À ce stade, 210 entreprises vinicoles ont conditionné du vin en « KeyKeg », selon OneCircle, entreprise familiale néerlandaise située à Den Helder, aux Pays-Bas, qui a mis au point la technologie bag-in-keg (BIK). Des opérateurs de tous les vignobles de France s’y sont mis. En Alsace, Julien Albertus y croit pour répondre aux formes contemporaines de consommation des vins. « La demande est très forte aux États-Unis, en Grande Bretagne… Il faut compter 10,90 € par keg », indique le vigneron qui a trouvé des débouchés pour des vins d’Alsace bios et naturels qui seront servis à la tireuse. Côté environnemental, le bag in keg s’apparente aux filières de recyclage des bouteilles PET et plastique en polyéthylène. Un fût de 20 litres correspond à 26 bouteilles de 0,75 l en verre, étiquetées, cartonnées… On rappellera que, selon les études de l’IFV, le verre, le carton et le bouchage représentent environ la moitié du bilan carbone total d’une bouteille de vin.  

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