Confusion sexuelle
1 200 ha, quatre communes viticoles, 450 exploitations d’un seul tenant !
Confusion sexuelle
Publié le 16/07/2020
Pari réussi pour les équipes d’Aymé Dumas chez Armbruster Vignes. Ils réussissent le tour de force de fédérer 450 viticulteurs de quatre communes viticoles pour la confusion sexuelle. Étant donné le parcellaire très morcelé, l’exploit d’avoir couvert 1 200 ha avec 600 000 capsules est d’autant plus méritant.
Parmi les solutions de biocontrôle, la confusion sexuelle qui remplace les insecticides est réputée efficace si elle couvre des surfaces minimales de 5 ha et s’il n’y a pas de mitage, c’est-à-dire pas de parcelles non confusées parmi la zone confusée. Il faut donc fédérer les vignerons de sorte que tous sans exception adhèrent et acceptent de débourser un peu plus de 150 €/ha pour remplacer les insecticides. On était habitué à voir dans le vignoble des îlots de parcelles de quelques dizaines à quelques centaines d’hectares confusés. Mais là, Aymé Dumas et ses équipes chez Armbruster ont réussi l’exploit d’emporter l’adhésion des communes de Beblenheim, Ribeauvillé, Zellenberg, Riquewihr, soit 1 200 ha de vignes. Ce qui a supposé au préalable « de faire de la pédagogie pour convaincre », puis l’organisation de la pose pendant le Covid-19. Et plus en amont, « un travail phénoménal, puisqu’il a fallu informatiser le parcellaire, identifier les parcelles arrachées, en plantation, les changements d’exploitation, cartographier, tenir compte des lisières, des bosquets, etc. », explique Aymé Dumas. À raison de 500 capsules/ha, cela fait 600 000 capsules posées. Les acteurs ont mis en place un système de drive, organisé la pose, envoyé les cartographies aux équipes de pose… le tout pendant le Covid-19. « La confusion sexuelle c’est un projet de territoire, global, collectif, c’est donc difficile à mettre en œuvre. Mais avec la nouvelle génération, c’est possible », indique Daniel Klack, vigneron et maire de Riquewihr. « Nous avons envie d’aller de l’avant. Nous sommes les premiers concernés par les produits phytosanitaires. Les premiers qui ont envie de changer, c’est nous ! Ce qu’on déteste le plus c’est de traiter », rappelle le vigneron à qui veut bien l’entendre… Un préalable pour diversifier le paysage viticole Cet exploit est d’autant plus « louable », qu’il y a un effort financier à fournir et que la viticulture alsacienne vit des temps difficiles. « Mais ça ouvre le champ des possibles car s’il n’y a pas d’insecticide on peut envisager des jachères apicoles et mellifères, on peut reboiser… c’est un prérequis pour l’agroécologie », explique Daniel Klack qui appelle à poursuivre et étendre la zone confusée aux communes voisines. Johanna Villenave-Chasset, entomologiste du laboratoire Flor’Insectes, spécialiste des auxiliaires et qui travaille sur les agroécosystèmes, confirme que l’intérêt de la confusion sexuelle ne se limite pas à la seule lutte contre les tordeuses de la grappe. L’absence d’insecticide permet d’envisager une diversification du paysage propice aux abeilles. Elle explique : « Le paysage influence beaucoup la diversité des insectes. Insectes auxiliaires, larves de chrysopes, prédatrices généralistes des psylles, des pucerons, ou de la tordeuse, ont besoin de pollen. De même, les insectes parasitoïdes de chenilles se nourrissent de nectar. Il leur faut donc des fleurs et du paysage. » La confusion sexuelle est l’une des solutions de biocontrôle qui actuellement donne le plus de gages de réussite. « Le biocontrôle représente 8 % du marché de la protection des cultures chez nous, indique Pascal Lacroix, responsable pôle agroécologie chez BASF. Ça demande du temps, de l’appropriation et un suivi beaucoup plus fin pour développer des solutions. Nous pensons que les biocontroles sont des produits complémentaires au conventionnel. Avec nos efforts en R&D, ils devraient représenter 15 % en 2025. »












