Vigne

Journées de démonstration pilotées par la Serma - Fendt

Un vignoble qui a eu plaisir à se retrouver

Publié le 28/07/2020

Grande satisfaction pour Freddy Jung, ses équipes de la Serma-Fendt, et ses partenaires Léon Durrmann à Andlau, la Maison Ostermann à Traenheim et CAC Ampélys, qui organisaient trois journées de démonstration dans les vignes. Cette rencontre traduit un besoin pour la viticulture alsacienne de se retrouver et se recentrer sur des sujets techniques qu’elle affectionne pour éprouver le plaisir du travail bien fait.

Avec le Covid-19, la distanciation physique, le vignoble éprouve le besoin de se retrouver pour discuter, causer… Privé de Foire aux vins d’Alsace cette année, il lui faut trouver de nouveaux lieux de rassemblement. La Serma-Fendt lui a offert cette occasion la semaine dernière, avec trois événements à Molsheim, Barr et Wintzenheim. Trois rendez-vous choisis non pas par hasard, mais en concertation avec les partenaires du concessionnaire Fendt en Alsace : la maison Ostermann à Traenheim, Léon Durrmann à Andlau et la Serma qui diffuse elle-même Fendt dans le Haut-Rhin. Ces trois jours ont aussi bien évidemment pour objectif de relancer « le courant d’affaires ». Freddy Jung, directeur de la Serma-Fendt ne s’en cache pas, même s’il y a déjà beaucoup, beaucoup, de tracteurs Fendt dans les vignes alsaciennes… Une mini-foire au vignoble Les trois événements qui se tenaient les 15, 16 et 17 juillet, ont attiré beaucoup de monde, de l’ordre de 200 viticulteurs par démonstration, selon les organisateurs. Il faut dire que les nouveautés et l’offre présentées avaient l’allure d’une mini-foire au vignoble, avec un stand CAC Ampélys, animé par toute l’équipe vigne d’Emmanuel Kippelen et de nombreux matériels. C’est Guillaume Ostermann, partenaire de la Serma, qui a passé en revue le matériel. Étaient donc présentés : une rogneuse Ero Moduline, relativement classique ; de même, un pulvérisateur traîné Vicar de 600 litres, apprécié du vignoble ; une effeuilleuse pneumatique traînée Ero, sous brevet de Jacky Siegwald, « elle fonctionne très bien aux vendanges et en saison », précise Guillaume Ostermann ; une effeuilleuse Binger/Ero à rouleaux, le modèle a été amélioré il y a deux ans, notamment avec un carter facilitant le nettoyage. Présentée également, une palisseuse à bandes Provitis, avec ses agrafes ferrailles par rouleau de 5 000. On ne défend plus l’intérêt de ces palisseuses qui causent très peu de casse dans le plan de palissage, même à des vitesses importantes. Le matériel Braun était très présent, en particulier un châssis à écartement variable et disques émotteurs sur toute la largeur. Bien sûr, les tracteurs Fendt que l’on ne présente plus, étaient équipés de capteurs ultrasons selon le système d’autoguidage Reichhardt. La véritable nouveauté proposée en démo vient de chez Braun pour un équipement spécifique Fendt. Il s’agit d’un capteur laser qui guide le tracteur et ses outils. La nouveauté réside dans un guidage intégral qui assure un confort de conduite exceptionnel. Au final, « le tracteur n’a pas besoin d’être parfaitement centré dans l’inter-rang, les outils intercep corrigent et en plus s’adaptent à la hauteur. De plus, le système contrôle également l’écartement variable d’une faucheuse », ajoute Guillaume Ostermann. Présenté en prototype il y a deux ans, ce système VPA de gestion autonome du tracteur et de ses outils, commence à intéresser les vignerons. Ici, l’intercep auto guidé est monté entre les deux essieux pour laisser place derrière à la faucheuse. Formations et conférences Sur le stand CAC Ampélys, Emmanuel Kippelen présentait l’offre de services, et en particulier les cours de taille poussard proposés par Florent Motz qui a suivi l’enseignement de François Dal. « Dans la situation actuelle, nous avons l’ambition d’être réactif et proactif », souligne Emmanuel Kippelen. Conséquence, CAC Ampélys amplifie son offre de formation et de conférences. S’ajoutant à une carte de solutions pour la vigne en gardant toujours comme objectif de prendre le plus possible en compte les considérations environnementales, comme avec le couvert végétal Melliviti. Au terme de ces trois journées, la Serma-Fendt ne pouvait que se féliciter de la réussite de l’événement.       Lire aussi : Le travail du sol autoguidé en démonstration, sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.

Confrérie Saint-Étienne

Une « mémoire » à bien reboucher

Publié le 27/07/2020

Le 14 juillet, la confrérie Saint-Étienne a effectué le rebouchage de pinots noirs 1985 avec sa boucheuse flambant neuve offerte par Stevial. Un « acte de mémoire » parfaitement rodé qui permet, année après année, de préserver la riche histoire des vins d’Alsace contenue dans les 60 000 bouteilles de l’œnothèque.

Petite virée œnologique en 1985. Dans le sous-sol de la confrérie Saint-Étienne à Kientzheim, une quinzaine de personnes s’affairent à entretenir la mémoire des vins d’Alsace. Chacun son rôle, chacun sa place dans un rituel parfaitement huilé : le rebouchage des millésimes anciens de la vaste œnothèque de la confrérie, soit 60 000 bouteilles sigillées qui sont autant de témoignages d’un vignoble riche et diversifié, qui n’a cessé d’évoluer avec le temps. En ce jour de fête nationale 2020, place aux pinots noirs de 1985, un millésime exceptionnel pour sa qualité, un peu moins pour sa quantité. Mais l’heure n’est plus aux chiffres. Ce qui compte désormais, c’est de continuer à faire vivre ces vins dans les meilleures conditions possible. Un rituel bien rodé Si les vins d’Alsace peuvent vieillir très longtemps, une limite persiste : le bouchon. Avec le temps, il devient poreux ou développe des champignons. Pour éviter d’en arriver là, la confrérie s’attelle plusieurs fois par an à déboucher plusieurs de ses bouteilles, millésime après millésime, pour les déguster, les évaluer, les reboucher et enfin les remettre à leur place. Un travail minutieux qui mêle rigueur, attention, expertise et dextérité. Si le déballage de la bouteille de son emballage plastique ne présente aucune difficulté technique, le débouchage demande, lui, davantage de maîtrise. « C’est l’opération la plus critique, il faut y aller doucement et éviter à tout prix que le bouchon s’effrite dans la bouteille », explique le major 2020 et 2021 de la confrérie Saint-Étienne, Alexandre Schoffit. Passé cette première étape, le vin est dégusté. Est-il oxydé, est-il bouchonné ? En fonction des millésimes, les vins présentant des défauts peuvent être plus ou moins importants. « Une séance où on en élimine beaucoup, c’est 30 % max. Mais c’est très rare. Il faut vraiment que le vin soit très oxydé ou très bouchonné. Cela reste des vins anciens, c’est un acte de mémoire. Un vin de quarante ans a le droit de ne pas être extraordinaire. Il peut être dans la force de l’âge », détaille le major. Ce matin-là, le rebouchage de pinots noirs 1985 donne lieu à « de belles surprises » alors que l’équipe s’attendait plus humblement à du « correct ». À l’arrivée, seules trois bouteilles ont été écartées. « Mais c’est vrai, à chaque bouchon, c’est un peu la loterie », reconnaît Alexandre Schoffit. Il y a des lots où les bouchons sont toujours « magnifiques », à moitié de leur vie. Et d’autres, plus abîmées par l’usure du temps qui sont clairement « à bout ». « Il y a toujours une part de surprise. » Chaque bouteille jugée comme « valide » est ensuite complétée par une autre bouteille du lot qui sert de réserve. Inévitablement, le nombre d’échantillons baisse avec le temps. « Au départ, il y a douze bouteilles par lot. Puis ce nombre diminue au fil des dégustations que la confrérie organise. Et à chaque opération de rebouchage, une bouteille est sacrifiée », poursuit Alexandre Schoffit. Dans la mesure où le cycle entre deux opérations de rebouchage d’un même millésime s’étale sur plusieurs décennies, ce « sacrifice » reste heureusement très ponctuel dans le temps. Une fois le contenu de la bouteille mis à niveau, un réajustement du sulfitage est effectué le cas échéant, avant le rebouchage effectif de la bouteille. Un don pour la « sauvegarde » des vins alsaciens Pour ces pinots noirs 1985, la confrérie a pu expérimenter pour la première fois sa toute nouvelle boucheuse compacte, plus sécurisée que l’ancienne, offerte par la société Stevial pendant le confinement. Un geste de solidarité qui allait de soi pour Olivier Zink, responsable commercial pour le Haut-Rhin de cette entreprise basée à Bennwihr-Gare. « Nous avions été sollicités par la major 2019, Céline Stentz, pour faire un don à la confrérie. Après y avoir bien réfléchi, on s’est dit qu’offrir notre savoir-faire technique plutôt qu’un simple chèque était plus pertinent. C’est sûr que cela a un coût, soit quasiment 8 000 € pour une telle boucheuse. Mais nous avions à cœur de participer à la sauvegarde du patrimoine viticole alsacien. » Cette boucheuse « de poche » dispose des mêmes technologies que les grosses boucheuses fabriquées par Stevial à destination des grands metteurs en bouteille. C’est une machine standard qui a été légèrement personnalisée pour permettre le rebouchage de ces millésimes anciens dans de bonnes conditions. « Nous avons adapté certains embouchoirs qui ne sont pas toujours les mêmes en fonction des cols de bouteilles et de leur âge », précise Olivier Zink. Comme les bouteilles rangées soigneusement dans l’œnothèque, cette nouvelle boucheuse est ici pour plusieurs décennies au moins. « Elle est conçue pour faire un million de bouteilles par an. La confrérie en rebouche un peu plus de mille pendant ce laps de temps. Autant dire qu’il y a de la marge… », ajoute Olivier Zink. Les vins d’Alsace ne sont pas près de perdre la mémoire.

Publié le 24/07/2020

Un flash-back jusqu’en 2013 sur la production et les volumes vendus de vins d’Alsace tranquilles montre une situation de surproduction structurelle à partir de 2016, année où la moyenne des stocks s’oriente sensiblement à la hausse. Néanmoins, une majorité de metteurs en marché ont continué de progresser jusqu’en 2019.

Le vignoble connaît « une crise structurelle depuis 10 ans », a introduit Jérôme Bauer, président de l’Ava lors de l’assemblée générale. Cette crise, c’est la déconsommation du vin qui affecte tous les vignobles. Gilles Neusch, directeur du Civa, a présenté un tableau qui chiffre cette décroissance structurelle des ventes de vins tranquilles alsaciens entre 2013 et 2018 à 140 mhl (milliers d’hectolitres) pour atteindre 635 mhl en 2018. 2019 est marquée par un léger rebond de 1 %, suite une amélioration des parts de marchés en GD (grande distribution)/GMS (grandes et moyennes surfaces), et du taux de présence en CHR (cafés hôtels restaurants). Parallèlement, une partie du vignoble a continué à produire librement avec un rendement autorisé à 80 hl/ha, et même 83 hl/ha en 2016-2017, et ce ne sont que quelques millésimes de faible rendement agronomique (réellement réalisé) qui ont finalement atténué l’augmentation des stocks, hétérogènes donc. Pour se représenter l’importance du surstock, Gilles Neusch a chiffré des moyennes en équivalent « mois de ventes » et par typologie de taille d’entreprises : 53 mois de stocks pour les entreprises de moins de 400 hl, 34 mois pour les entreprises de taille 400 à 5 000 hl et 25 mois pour les plus de 5 000 hl. Néanmoins, une partie du stock, notamment dans les petites entreprises n’est pas que le fait de méventes, mais résulte aussi d’une stratégie choisie de vins de garde. Si le vignoble table sur 70 hl/ha, il récolterait 1,1 Mhl (million d’hectolitres), toutes AOC confondues. En parallèle, si les ventes ne venaient à chuter que de 8 % en raison du Covid-19 (hypothèse basse), les stocks de vins tranquilles passeraient à 32 mois d’équivalent de ventes, toutes entreprises confondues. Décroissance hétérogène S’agissant des prix constatés sur les contrats de raisin, l’année 2019 marque une nette baisse, les prix sont sensiblement équivalents à 2015-2016. Exemples : 1,55 €/kg pour le riesling contre 1,51 €/kg en 2016, 2,07 €/kg pour le gewurtz comme en 2016, 1,86 €/kg pour le pinot gris contre 1,91 €/kg en 2016. Quant au vrac, les volumes transactés ont chuté : plus de 200 mhl en 2011-2012 à 72 mhl seulement en 2019. Les cours, en moyenne à 2,09 €/l, sont revenus à ceux de 2010 après avoir grimpé à plus de 3 €/l en 2015, année de petite récolte. Gilles Neusch a néanmoins cassé certains a priori, chiffres à l’appui. Certes, quelques cuvées sont bradées mais les volumes sont anecdotiques. De même, la décroissance n’affecte pas tout le vignoble, loin de là. Une majorité (55 %) d’entreprises qui met en marché le vin d’Alsace a connu en 2019 de la croissance. Et enfin, la crise du Covid-19 n’a pas affecté toutes les entreprises de la même façon. Les 22 opérateurs à plus de 5 000 hl sont impactés de -3,7 % de vente, quand les intermédiaires le sont à hauteur de -11,2 %, enfin les petites de moins de 400 hl subissent -9,7 %. Pour conclure son intervention, Gilles Neusch a appelé lui aussi à une meilleure segmentation de l’offre, par une « hiérarchie qualitative des produits et des prix » pour « sortir du flou », à « en finir avec les oppositions de modèle », d’autant que le vignoble « au carrefour des tendances » dispose « d’avantages concurrentiels » et « qu’il y a de la place pour tous ».

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