Vigne

Devant la Maison des vins d’Alsace

« Il faut que l’on secoue le vignoble »

Publié le 02/07/2020

Entre 500 et 600 viticulteurs ont montré leur opposition à la baisse des rendements pour le millésime 2020, le jeudi 25 juin, à Colmar.

Lorsqu’un courrier de l’Association des viticulteurs d’Alsace (Ava) est arrivé dans les boîtes aux lettres des présidents des syndicats viticoles, début juin, les téléphones se sont mis à sonner un peu partout dans le vignoble. Le conseil d’administration de l’association propose de fixer pour le millésime 2020 un rendement à 60 hl/ha pour les blancs et 70 hl/ha pour le crémant. Rapidement, un SMS appelant à la mobilisation circule entre les professionnels. C’est en évoquant ce courrier que Michel Froehlich, vigneron à Ostheim, prend le porte-voix, le jeudi 25 juin : « Le courrier du 5 juin, c’est un coup de massue. 60, c’est impossible ! », s’insurge celui qui se défend d’être le leader de la mobilisation. « 70 non négociables, sinon on meurt » « Hier, lors d’une réunion chez ACE Compta, il nous a été exposé qu’avec un prix de 1,70 €/kg et un rendement de 65 hl/ha, 75 % des exploitations du panel étudié ne seraient pas viables. Ce chiffre interpelle », ajoute Patrick Schiffmann, coopérateur de Kaysersberg. C’est Éric Debenath, coopérateur à Soultzmatt, qui lance la revendication : « 70 hl/ha pour les crémants, 5 de VCI (volume complémentaire individuel) et 70 pour les AOC non négociables, sinon on meurt ! Il faut que l’on secoue ce vignoble. On ne peut pas tout mettre sur le dos du Covid-19. » Avec la main tremblante, Matthieu Haag de Scherwiller tient son courrier adressé au président de l’Ava : « Jérôme Bauer nous a écrit pour dire pourquoi il ne viendrait pas à la manif, je lui ai écrit pour lui dire pourquoi j’irai. Notre appellation n’est pas une baignoire où il suffit de couper l’eau pour qu’elle se vide entièrement. Il est utopique de croire que l’on peut créer la pénurie. » Pour lui, la baisse du rendement, c’est la perte de marchés. Dans la foule, le discours est similaire : « Nous avons conscience qu’il faut faire un effort collectif, nous sommes d’accord pour le faire mais baisser de 25 % les rendements nous semble excessif, appuie Jean-François Bickel, coopérateur à Soultzmatt. Je crois qu’un rendement à 70 hl/ha serait très cohérent par rapport à la situation. La coopération a déjà fait des efforts considérables en accueillant 500 ha de vigne rejetés par les négociants. Sans cela, des viticulteurs se seraient retrouvés à la rue. Il va falloir les payer et trouver des débouchés pour leurs vins. Pour moi, baisser le rendement, cela signifie être moins dans les vignes pour limiter les dépenses (intrants, gasoil…). Cela n’améliorera pas la qualité du vin. De plus, je ne crois pas que le consommateur soit prêt à payer 20 € pour une bouteille de vin d’Alsace. Limiter les rendements touchera aussi les autres acteurs de la filière (revendeurs de machines, fournisseurs, pépinières viticoles…). Ce n’est pas après une telle nouvelle que je vais décider de replanter une parcelle ! ». « À quelle profession demande-t-on de baisser ses revenus de 25 % ? » Selon Jean-François Bickel, « le terrain » n’est pas assez consulté, ni entendu : « J’ai l’impression que les décideurs sont déconnectés d’une partie de la réalité de la profession et notamment les 50 % vendus par les coopératives. Mais la problématique ne touche pas seulement les coopérateurs. Même si les récoltants peuvent varier les prix de la bouteille ou stocker, la pérennité de certaines exploitations est en péril. Nous, les coopérateurs, en payerons le prix dès janvier 2021, eux, les récoltants, plus tard. La crise sanitaire est aussi passée par là. On en est conscients mais à quelle profession demande-t-on de baisser ses revenus de 25 % ? ». La question émeut aussi les vignerons indépendants, comme Olivier Berger de Mittelwihr : « Nous n’avons pas tous des problèmes de surstockage, malgré la crise du Covid-19. J’ai l’impression qu’on ne prend pas en compte notre avis ». Pendant ce temps, Valérie Meyer, viticultrice à Ammerschwihr, est la dernière à attraper le porte-voix. Elle appelle à continuer la mobilisation et enjoint les délégués ODG (organismes de défense et de gestion) à voter à une large majorité pour les 70 hl/ha.

Lancement du Cercle Gustave Burger

Organiser la pluralité des vins d’Alsace

Publié le 01/07/2020

Le Cercle Gustave Burger, think tank du vignoble, vient de déposer ses statuts d’association en préfecture. Ce groupe de réflexion propose de réorganiser l’offre plurielle en vins d’Alsace de manière à bien distinguer les vins de terroir des vins de cépage.

Depuis 18 mois, le laboratoire d’idée Gustave Burger se réunit avec le souci d’intégrer en son sein « toutes les sensibilités des viticulteurs ». Motivés par « le refus de voir s’installer le découragement, le doute et la désunion », ils ont entrepris de se poser en force de réflexion et de proposition pour la viticulture. La naissance de ce cercle, durant l’été 2019, a pour objectif de faire un réel état des lieux de la viticulture et proposer une vision à long terme. 27 M€ de pertes sèches pour la filière Le vigneron Marc Rinaldi, membre du Cercle Burger, précise : « Nous avons grosso modo produit 150 000 hl d’excédents de vins tranquilles en moyenne sur ces cinq dernières années. D’où la chute du vrac. Parallèlement, certains de nos opérateurs vendent sous marques distributeur - qui appartiennent donc aux distributeurs. Ces distributeurs qui peuvent aller chercher du riesling, gewurztraminer, pinot gris ailleurs qu’en Alsace, mais continuer de les vendre sous la même marque, créée grâce à l’Alsace… » Il s’alarme également de la paupérisation du vignoble, caractérisée notamment par la distillation de crise. Cela représenterait 27 millions d’euros (M€) de pertes sèches pour la filière si elle venait à distiller 150 mhl (milliers d’hl) à 78 cts€/l. Durant une année, le cercle Burger a organisé une dizaine de réunions qui ont vu prendre place autour de la table, tour à tour, les anciens présidents du vignoble, des représentants des familles professionnelles, la coopération, le négoce, les vignerons indépendants. Objectif : formuler des propositions pour la filière viticole alsacienne. Le cercle a finalement remis un rapport à l’Ava. Le conseil d’administration (CA) de l’Ava avait « reçu ce cercle de réflexion de façon courtoise et sereine » et avait « dégagé trois axes principaux ». La première proposition : une « hiérarchisation à la bourguignonne » (grands crus, premiers, crus, lieux-dits et communales) qui n’a finalement pas été retenue par l’Ava, « notamment au regard des éclairages fournis par l’Inao ». « Nous pensons que l’attribut de base des AOP, c’est le village, tout comme la Bourgogne, mais également les Côtes-Du-Rhône (Châteauneuf du pape, Gigondas…), les Bordeaux (Saint-Émilion, Pauillac…) et également l’Allemagne, à l’intérieur desquels s’organisent des crus, voire des grands crus », répond le Cercle Burger. « Or, en Alsace, nos grands crus ne sont pas rattachés à une appellation communale. Cela fait perdre l’organisation hiérarchique et les possibilités de replis. » Un autre modèle hiérarchique Exit donc cette organisation sur une base communale pour le CA de l’Ava qui a « validé à l’unanimité » un autre « modèle de hiérarchisation actuellement soumis à l’Inao ». C’est pourtant ce modèle « communal » qui aujourd’hui a été admis du côté des vins de terroir allemand et explique au moins en partie son renouveau, expliquent Jean-Michel Deiss et Marc Rinaldi. Un modèle hiérarchique auquel s’ajoutent les 3 % de VDP, le premium des vins allemands, un sommet de pyramide qui fait également défaut à l’Alsace. Deuxième axe identifié par l’Ava dans les propositions du Cercle Burger : la « non-utilisation du nom du cépage » pour les vins de lieu. Sur ce point, le CA a rappelé « que chacun est libre et qu’il n’est pas question d’apporter de restrictions à ce niveau ». Mais le Cercle Burger rappelle juste que la mention du cépage est un attribut depuis 2008 des VSIG, dont le coût de production est moitié moindre de celui des vins d’Alsace. Une troisième proposition identifiée, selon l’Ava, concerne « les éléments de commercialisation », soit le bi et tri-cépage et la possibilité d’assembler à hauteur de 85 %, 15 % des cuvées. Avait également été évoquée la possibilité d’abandonner la mise d’origine, puisque le cahier des charges des AOC Alsace oblige à embouteiller les vins dans l’une des 119 communes viticoles qui composent le vignoble. Sur ce point, « le CA de l’Ava a réaffirmé sa réticence ». Pousser les murs « On est favorable à pousser les murs, car beaucoup d’opérateurs le demandent, mais nous ne portons pas les projets d’ouverture vers des IGP ou des VSIG », précise Jean-Claude Rieflé. C’est néanmoins la question de la mixité de la filière des vins d’Alsace qui est au cœur des réflexions : la filière des vins d’Alsace doit-elle admettre des VSIG et des IGP en son sein ? « Il n’y a pas deux viticultures, il y a une viticulture qui chemine parallèlement, ce qui suppose une clarification des segments au sein de l’appellation », justifie Jean-Claude Rieflé. Le fait est que, selon le cercle, devant la crise de la mévente, « le vignoble n’a pas d’objectifs, pas d’orientation et pas de véritable projet de hiérarchisation. Nous proposons d’organiser l’offre alsacienne. Notre analyse est qu’il y a différentes productions avec des objectifs très différents. Certaines entreprises sont techniquement très performantes, d’autres sont plutôt artisanales avec des vins très particuliers. Et il s’agit d’organiser tout cela dans une offre cohérente. Le marché mondial est organisé en trois niveaux, les VSIG totalement libéralisés adaptés au nouveau monde dont l’objectif est la rentabilité, les IGP qui protègent un savoir-faire, et les AOP où l’identité provient du lieu ». Le droit à l’expression de la sensibilité personnelle L’idée générale du Cercle est de revenir à une viticulture « compétitive » et « qui remet de l’identité dans les bouteilles ». Avec surtout une ouverture aux vins contemporains, « un droit à l’expression personnelle, à la sensibilité individuelle », dans un cahier des charges « ouvert où l’humain est essentiel ». « Il ne s’agit pas de confondre unité et uniformité », ajoute Jean-François Otter. « Notre seul salut, c’est la valeur ajoutée, et elle passe par la valorisation de l’originalité de nos personnalités. » D’ailleurs, estime Jean-Pierre Frick, les jeunes générations recherchent de l’émotion par la surprise. « Les gens se détournent des vins normés et cherchent à vivre une aventure ».

Siegwald à Logelbach devient Viti’Wald

Des concepteurs de « moutons à cinq pattes »

Publié le 27/06/2020

Les établissements Siegwald à Logelbach sont rebaptisés Viti’Wald. Une manière de s’adapter à la demande forte en viticulture pour concevoir et fabriquer des outils toujours plus spécifiques. Et notamment pour répondre aux attentes en matière d’entretien mécanique des sols viticoles.

Jacky Siegwald avait à l’origine développé son atelier de mécanique à Logelbach, près de Colmar, pour les exploitants forestiers. La viticulture qui demande énormément de réalisations spécifiques pour le travail des vignes a pris une importance croissante. D’où l’enseigne rebaptisée dans une tonalité plus vigneronne… Et aujourd’hui, les ateliers Viti’Wald sont particulièrement sollicités : « On nous demande souvent le mouton à cinq pattes », confirme Bruno Marchal qui a repris la gérance en 2017, après 20 ans d’ancienneté, Jacky Siegwald faisant valoir ses droits à la retraite. L’entreprise compte douze collaborateurs et, parmi eux, quatre soudeurs et trois mécaniciens, mais tous concepteurs. Bref, des spécialistes des métiers de l’acier. De l’atelier de Logelbach, il sort par exemple des outils spécifiques commandés par Ero, le constructeur allemand, comme les effeuilleuses pneumatiques, dont Jacky Siegwald avait été un développeur. Mais on y fabrique également un chenillard enjambeur qui connaît un certain succès en Champagne. On y réalise également des cadres porte-outils, tant pour vignes larges qu’étroites, des enfonce-pieux, des mâts pour palisseuse et prétailleuse. La société Viti’Wald est également concessionnaire pour les tracteurs Ferrari, le chenillard Camisa, les poudreuses et pulvérisateurs Hervé, la palisseuse DMP, Ero, et Stihl, Echo, Husqvarna pour les espaces verts. Ils proposent également de quoi protéger le travailleur avec la marque d’habillement Pfanner.     Mais le dernier outil actuellement en démonstration proposé par Nicolas Stephan, le commercial de la maison, c’est un portique enjambeur du constructeur autrichien Sattler-mb, permettant l’entretien sous le rang face par face. En matière de travail du rang face par face, plusieurs modèles existent sur le marché. Ils sont généralement traînés et mettent en œuvre une hydraulique assez poussée. Là, le concepteur autrichien Sattler nous propose un portique à installer à l’avant du tracteur. Il est semi-porté pour un terrage précis des outils. Le cadre peut admettre de part et d’autre des bineuses. L’hydraulique ne sert qu’au centrage de la machine et à son adaptation au dévers. La rigidité de l’ensemble est obtenue grâce à un astucieux système de soulagement des contraintes par effacement hydraulique d’un des montants. Le portique Sattler est actuellement en démonstration et semble séduire de nombreux viticulteurs par sa simplicité et son efficacité de précision de travail. « J’apprécie de travailler avec un outil devant le tracteur. J’arrive à travailler 3 ha/jour », indique le chauffeur Jean-Marie Cattin, vigneron à Vœgtlinshoffen.  

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