Vigne

Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace

Un plan marketing de rebond pour la filière

Publié le 25/05/2020

Pendant le confinement, l’équipe du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa) était à pied d’œuvre pour mettre en place un plan de rebond pour la filière des vins d’Alsace. La stratégie marketing a été revue et adaptée à la situation. Deux tables rondes virtuelles avec 170 opérateurs se sont tenues pendant le confinement. Fait tout à fait innovant dans l’univers interprofessionnel, la campagne est co-construite avec les opérateurs en vins d’Alsace qui peuvent fournir slogan et photo.

Dans l’urgence, pendant la crise du Covid-19, le Civa a dû « reconsidérer sa feuille de route », revoir et adapter sa stratégie marketing aux circonstances afin d’être en ordre de marche pour la reprise des activités. On connaissait le plan marketing du Civa basé sur une nouvelle démarche, dite catégorielle, « c’est-à-dire des actions visant à faire de l’Alsace le moteur incontournable pour réinventer le marché du vin », précise Philippe Bouvet, directeur marketing du Civa.   Fiers de soutenir l'initiative des @VinsAlsace qui met à l’honneur les vignerons de notre région qui ont été particulièrement impactés par la crise sanitaire actuelle. Bravo à notre vigneron adhérent Hubert Gerber qui est l’un des visages de cette campagne ! #DrinkAlsace pic.twitter.com/FoOSR4gXdV — Wolfberger (@wolfberger_fr) May 19, 2020   Alors que l’économie globale du secteur vin était en « décroissance », les vins d’Alsace en janvier et février semblaient afficher une timide remontée des ventes à 932 Mhl de capacité de mise en marché contre 909 Mhl en 2019 ; avec quelques signes encourageants et surtout « 2019 enregistrait une hausse des volumes pour la première fois depuis cinq ans ». Selon les données de ventes en grande distribution (GD) notamment, en février, les alsaces blancs affichaient 4 points de plus que les autres vins tranquilles et les alsaces rouges étaient en progression de 5,7 %. Les crémants à +3,3 % se situaient bien au-dessus des ventes de l’ensemble des AOC effervescentes à +0,9 % et les champagnes à -21 %. Des signes encourageants qui confirment le besoin de pousser encore le « développement des gammes en profondeur et en largeur », analyse Philippe Bouvet. Pour préparer le terrain des opérateurs en vins d’Alsace, les équipes du Civa étaient allées à la rencontre de chaque acheteur de la GD, des grossistes, de cavistes franchisés… avec succès, semble-t-il, au vu des retours chiffrés et des témoignages. L’équipe marketing du Civa venait d’entamer le dossier du e-commerce, avec « 600 players » sur ce réseau de distribution. « Notre objectif était (et reste) de remettre le client au cœur de notre stratégie ». Avec le Covid-19, la capacité de mise en marché est impactée de 40 000 hl, mais c’est une « bombe à retardement, prévient Gilles Neusch. La crise sera dure. » Toutefois, elle réactualise les aspirations au local, à la proximité, à l’essentiel. Et, de ce point de vue, les alsaces ont, semble-t-il, des cartes à jouer. L’argument selon lequel « les alsaces sont au carrefour des tendances » reste plus que jamais d’actualité : des vins faciles d’accès, frais, qui ont une forte empreinte environnementale positive mais des vins authentiques qui répondent aux aspirations fortes à revenir à l’essentiel. « Chacun peut incarner ces tendances. » Philippe Bouvet voit dans la crise « des opportunités nouvelles ». Mais attention, alerte-t-il, « il faut éviter d’avoir la bougeotte, se recentrer sur l’efficacité de son action commerciale, être attentif aux initiatives, s’inspirer des bonnes actions, rester fidèle aux piliers stratégiques. » Mais, forcément, dans la situation actuelle, tout le travail engagé pour faire de Millésimes Alsace à Strasbourg un événement retentissant est reporté à 2021. De même, le salon Egast, qui voit défiler 30 000 professionnels de la restauration, est reporté en 2021. Le Civa y avait prévu un bar personnalisé « pour casser les idées reçues sur les vins d’Alsace ». C’est, de fait, également reporté, peut-être pour janvier. Mais l’idée reste et sera appliquée à deux autres salons professionnels de la restauration. En attendant, le Civa a lancé une campagne d’affichage de grande ampleur, dans la presse locale et nationale, sur les réseaux sociaux. 87 % de la population francilienne devrait être impactée. « Il s’agit de s’inscrire dans le monde tel qu’il est, d’interpeller le plus grand nombre de consommateurs, de susciter des désirs responsables, de proposer des choix responsabilisants, de mettre en valeur le rôle que chacun peut jouer dans la vie des autres. » La campagne s’étalera jusqu’au 4e trimestre 2020. Fait nouveau, c’est une campagne co-construite avec la profession : chacun des opérateurs peut fournir sa photo et son slogan. Bien sûr, il y a des codes photo à respecter et le slogan doit tenir compte de la ligne marketing prescrite et du cadre juridique de la loi Évin, rappelle Thierry Fritsch. À notre connaissance, le Civa est la seule interprofession à avoir adapté si globalement sa stratégie marketing à la situation actuelle, pour préparer un plan en ordre de marche avant le déconfinement.   Un regard sur la campagne de soutien des vins d'Alsace qui vise à tous nous remobiliser : consommateurs, restaurateurs, vignerons, distributeurs, journalistes, viticulteurs, cavistes, sommeliers, hôteliers, institutionnels, e-commerçants,... ?? @VinsAlsace pic.twitter.com/8ds9jAPshk — Vin & Société (@vinetsociete) May 14, 2020

Publié le 20/05/2020

Fondateur du blog Œnophil, chroniques œnophiles d’Alsace, Philippe Bon était un observateur avisé de la filière des vins d’Alsace. Il y a une dizaine d’années, il s’impliquait dans l’organisation de dégustations informelles entre vignerons, pour les aider à comprendre les goûts et les styles du vin d’Alsace. Puis, en parallèle, il s’était consacré à de multiples sujets historiques sur les vins d’Alsace. Fréquentant les archives de l’administration, de l’université, de nos journaux viticoles et rassemblant un nombre impressionnant d’ouvrages historiques, il a rédigé des chapitres consacrés pêle-mêle aux grands crus d’Alsace, aux crémants d’Alsace, au syndicalisme viticole, à Andlau, au vignoble sous le Reichsland, etc. Il travaillait avec une rigueur dans la précision, en se fondant sur les faits, les chiffres et en interrogeant les historiens. Il déplorait souvent les histoires romancées sur les vins d’Alsace. Il expliquait, par exemple, que leur renommée au Moyen-Âge était autant, sinon plus, liée à un commerce fluvial florissant dans un contexte géopolitique favorable. L’un de ses derniers travaux portait sur l’histoire des rendements du vignoble alsacien. Il travaillait également à la traduction de l’ouvrage de Médard Barth (1886-1976) « Der Rebbau des Elsass. » Aussi discret que rigoureux et passionné, Philippe Bon n’a jamais publié. Mais certains de ses travaux, partagés sur Internet, ont été presque intégralement repris, comme l’histoire des crémants d’Alsace. Il avait ainsi été sollicité par le syndicat viticole de Molsheim pour donner une conférence lors de la foire aux vins du 1er mai. Sportif, mélomane, cinéphile, Philippe Bon avait été, par ailleurs, directeur de Solibio, une coopérative de distribution, commerce en gros de produits bios frais, installée sur le Marché-Gare à Strasbourg. Principal instigateur du développement de cette coopérative, avec son équipe, Philippe Bon avait hissé Solibio au rang de principale interface entre les producteurs bios d’Alsace et les cantines scolaires du Conseil départemental, via des centrales de restauration. À son départ pour une retraite méritée, il a légué une situation saine mais devant toujours faire face à des opérateurs très concurrentiels sur ce marché du bio frais. Phillipe Bon a été foudroyé par une crise cardiaque. Sa disparition brutale laisse un grand vide dans la communauté vigneronne et le monde de l’édition viticole qui savaient compter sur ses connaissances. Les témoignages ont abondé : « Terrible et frustrant » pour Marcel Blanck ; « Cet homme a tant apporté au vignoble » pour Florian Beck-Hartweg ; « Triste nouvelle » pour Samuel Cogliatti ; « Une terrible nouvelle » pour Sonia Lopez Calleja de la revue Le Rouge et le Blanc ; « Un colossal travail d’archiviste qui nous apportait le recul nécessaire » pour un autre vigneron ; « J’estimais sa rigueur et sa liberté de ton » pour Jean-Michel Deiss ; « Il nous laisse un grand vide » pour Lucas Rieffel ; « Une perte énorme pour un soutien aussi dévoué que précieux » pour André Ostertag… La rédaction et la communauté vigneronne adressent à la famille de Philippe Bon, sa maman, son épouse Fabienne, ses enfants, ses plus sincères condoléances.

Publié le 19/05/2020

À Obermorschwihr, Stéphane Bannwarth a régulièrement recours au curetage pour soigner les ceps montrant des symptômes de maladies du bois. Il préserve leur potentiel de production dans 80 % des cas.

« J’ai pris ma tronçonneuse au lendemain de la fin d’une formation dispensée par François Dal. C’était en 2013. Je n’ai pas arrêté depuis », raconte Stéphane Bannwarth. Les premières années, il a surtout l’œil sur ses parcelles d’auxerrois, de riesling et de gewurztraminer. Depuis trois ans, il ne fait plus de distinction. Il inspecte chaque parcelle lors de chaque passage après la floraison, soit après le 15 mai, en 2020. Une feuille qui change de couleur ou un raisin qui flétrit un peu sont considérés comme une alerte. Tout pied déficient est immédiatement marqué par une rubalise. « L’idéal serait d’intervenir de suite, mais je risque de blesser une végétation qui n’est pas aoûtée et c’est une période où j’ai toujours du travail ailleurs. Depuis deux ans, je coupe la moitié de la branche à fruits pour diminuer le risque d’apoplexie avant curetage. Je privilégie le cep. Je le laisse souffler. Il donnera encore quelques raisins. Je ne perds qu’une demi-récolte », calcule Stéphane. L’expérience lui a appris qu’une apoplexie survient souvent après une séquence humide suivie d’une période chaude (entre 25 et 30 °C) qui raréfie l’eau. « Dès qu’elle vient à manquer, les canaux de la plante se ferment et la maladie s’exprime plus fortement. Si on loupe ces ceps dans les deux à trois jours après un pareil épisode, on les perd », décrit Stéphane. Le curetage se déroule après la chute des feuilles. La première tronçonneuse utilisée par Stéphane pour nettoyer le pied était thermique. « Elle est très performante et coûte quatre fois moins cher qu’un modèle électrique. Mais elle est bruyante, émet des fumées et vibre beaucoup. Au bout de quelques jours, les membres souffrent », dit-il. Cette année, il a investi 2 000 € dans une tronçonneuse électrique, plus silencieuse et qui vibre nettement moins. La batterie logée dans le sac à dos octroie une autonomie qui dépasse la journée de travail. Le hic est que sa chaîne est un peu moins fine. « Pour bien travailler sur le cep, il faut une machine avec un guide-chaîne de 25 cm (le plus court existant sur le marché) et une chaîne d’un quart-de-pouce », explique Stéphane. Comme l’outil travaille toujours avec la pointe, la chaîne résiste deux jours et le guide-chaîne une semaine. Comptez 18 à 19 € pour changer la première et 40 à 50 € pour le second. Il ne faut oublier non plus casque anti-bruit, lunettes et gants de protection. Stéphane ne porte pas de pantalon anti-coupures. « Dans l’essentiel des cas, on est à genoux », précise-t-il. Ne rien laisser passer « Les petits bouts de bois mort constituent une voie royale pour le champignon et il se développe toujours entre les parties mortes et vivantes », rappelle Stéphane. Face à un pied à cureter, il le nettoie d’abord à la main du maximum d’écorces mortes. Il lui arrive de le toucher du bout de la tronçonneuse pour « voir s’il est vert ou brun. Dans le second cas, j’y vais ». Il commence généralement par le haut et par la plus grosse plaie de taille. S’il trouve de l’esca à l’intérieur, il réalise une fente jusqu’à la greffe. « Deux points sont importants à vérifier : la tête et la greffe », rappelle Stéphane. « N’hésitez pas à tourner autour du pied pour ne rien laisser passer. Parfois, des pieds se divisent en deux pour se sauver car leur centre est attaqué. Les cas de figure sont multiples. Il n’y a pas deux pieds pareils. Il faut de l’expérience pour attaquer au bon endroit sans blesser le pied. Se montrer aussi soigneux qu’un dentiste qui soigne une carie. Le pire, c’est d’oublier du champignon. Une petite boule de cinq millimètres suffit pour qu’il refasse une barrière derrière laquelle il va à nouveau prospérer et détruire le cep en un ou deux ans. » Après l’opération, un pied peut avoir perdu beaucoup de sa substance. Stéphane conseille de ne pas le tailler pendant deux à trois ans, le temps que la vigne refasse des couches et des vaisseaux qui vont de nouveau conduire la sève. Cureter reste une opération chronophage. Intervenir peut se limiter à trois minutes ou monter à quinze, quand il faut contourner le cep. Stéphane calcule avec une moyenne de dix pieds curetés à l’heure. Depuis 2016, il confie l’essentiel de ce travail à deux occasionnels polonais qu’il a formés. Ils sont payés à l’heure et interviennent avec leur matériel chez les adhérents de Vignes Vivantes. Ils ont remarqué que les pieds malades ont plutôt été plantés après les années 1975 à 1980. « Arracher et replanter coûte de 7 à 8 € le pied. Cureter avec un taux de réussite de 80 % revient entre 3 et 3,50 €, matériel, main-d’œuvre, amortissement, consommables compris », calcule Stéphane. « Le curetage sauve mes ceps. Ils peuvent continuer à s’appuyer sur le système racinaire en place. Les plus dynamiques repartent comme si on les avait libérés d’un poids. Quand je vois de telles réponses, je me dis que c’est dommage de ne pas s’intéresser davantage à cette technique. »

Pages

Les vidéos